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Quelle politique pour lutter contre les incendies ?


Le dernier désastre écologique en Balagne est là pour nous rappeler la triste réalité. Depuis des décennies, de manière récurrente, la Corse brûle et les incendiaires criminels, en toute impunité, ne désarment pas.

Tout a été dit et les constats sont faits depuis longtemps. Les palabres, les polémiques, les discours, les réunions, les sempiternelles redondances le lendemain de drames (de nombreuses victimes) et de catastrophes écologiques (incendies de forêts de VIVARIU, RESTONICA, TARTAGHJINE, GRAVONA, BONIFATU...) ne sont jamais suivis d'effets. Sans généraliser ni chercher de boucs émissaires, les causes diverses des incendies sont connues de tous (industrie du feu, pastoralisme, spéculation foncière, jalousies de chasse, décharges sauvages, etc.). La Corse brûle à cause de l'abandon de l'intérieur. Une fois les gardiens du patrimoine partis, le désert avance et la nature retrouve ses droits pour devenir en période estivale avec la sécheresse une véritable poudrière. Toutes les conditions sont alors remplies pour que la moindre mise à feu par jour (ou de nuit) de grand vent prenne rapidement des proportions gigantesques broyant sur son passage des milliers et des milliers d'hectares de forêts et de végétation avec au bout l'échec, la désolation, la ruine, les larmes et le malheur.

Faut-il se résigner et laisser le désert en héritage aux générations futures. Allons-nous rester passifs et laisser brûler notre patrimoine écologique et économique, notre terre que nous aimons tant !

Pour sortir de cette logique d'échec, il faut un changement radical de politique en matière de lutte contre les incendies. Seul, un plan global de prévention, sous l'égide de la Collectivité Territoriale de Corse (CTC) peut briser cette spirale infernale. Cette solution préconisée à maintes reprises, depuis des années, par de nombreuses associations de défense de l'environnement, autres collectifs et le Mouvement National n'a jamais été prise en compte par l'Etat français et ses relais de la dynastie claniste locale, de gauche comme de droite aux affaires depuis toujours. Incapables de prendre la moindre décision cohérente et de faire les choix qui s'imposent, leur responsabilité est totale.

L'approche très protection civile du plan préfectoral contre les incendies, mais est-ce encore à la Préfecture de le faire, rejeté dernièrement par les élus de la CTC, est une véritable hérésie et est en tout point révélateur.

Véritable travail de technocrate complètement déconnecté des réalités du terrain, ce document privilégie la militarisation de la lutte et l'industrie du feu malgré les résultats désastreux que l'on connaît ! La guerre du feu est ruineuse et inefficace. Les pompiers ne sont bien évidemment pas en cause et il faut rendre hommage à leur courage, à leur esprit d'abnégation et de sacrifice car ils paient, très souvent, trop souvent, le prix fort celui de la vie.

Comme le disait Haroun TAZIEFF, volcanologue bien connu, aujourd'hui disparu, qui dénonçait déjà l'industrie du feu, " plutôt des débroussailleuses que des canadairs ". Et quand on sait que une heure de canadair équivaut à 400 heures de démaquisage mécanisé on imagine facilement tous les travaux de prévention et de mise en valeur qui auraient pu être réalisés avec, en corollaire, la création de nombreux emplois et la prospérité de nos villages et de nos campagnes.

Au lieu de cela, depuis bientôt trente ans, des sommes faramineuses ont été et sont englouties dans la lutte et partent en fumée. Cela se chiffre en millions et millions d'euros, quel gâchis et quelle gabegie ! Plus intéressante est l'approche de l'aménagement agro-sylvo-pastoral de l'intérieur. On ne le dira jamais assez, la prévention des incendies passe par l'aménagement du territoire et est étroitement liée à l'occupation et à la gestion de l'espace permettant la valorisation de nos très nombreuses richesses naturelles. Pour ce faire, la mise en réseau de tous les acteurs de la ruralité est impérative. D'où l'intérêt de mettre en place des passerelles avec l'agriculture et l'hôtellerie de montagne, les professionnels de la filière bois, du tourisme vert, des organisateurs d'activités sportives et de plein air, sans oublier les chasseurs très nombreux chez nous, afin de les faire participer à la récréation de " L'ISULA VERDE ". C'est l'option qu'il est indispensable de retenir lors de l'élaboration du PADDUC (Plan d'aménagement et de développement durable de la Corse) par la CTC en synergie avec les communes, communautés de communes ou pays (pays de Balagne).

Par ailleurs, la future agence foncière, vieille revendication nationaliste, dont la création vient d'être annoncée (enfin), peut-être l'organisme performant pour sortir de l'indivision et régler le problème du foncier pour les agriculteurs. Toutefois, il faudra être vigilant car un tel outil pourrait faciliter un peu plus l'aliénation de notre terre et favoriser la spéculation foncière. Cette structure très complémentaire de l'ODARC et de l'Office de l'environnement doit permettre, avant tout, l'achat ou la location de terres aux jeunes agriculteurs désireux de s'installer dans l'intérieur. Chaque installation supplémentaire constitue un nouveau rempart contre le fléau des incendies car elle permet la réalisation de pare-feux pâturages entretenus et irrigués. Pour l'irrigation, l'aménagement de petites retenues d'eau et l'extension de réseaux d'irrigation sont également à programmer.

Pour que toutes ces opérations soient réalisables, il est nécessaire de dégager d'importants moyens financiers. Ces moyens financiers, on ne peut les trouver qu'en dépensant moins pour la lutte et plus pour la prévention. Actuellement de trop nombreux organismes interviennent dans ce domaine, que ce soit au niveau de l'Etat français et des Conseils généraux - c'est là qu'on se rend compte de la nuisance des Conseils généraux qui sont à supprimer pour en finir avec la dilution des responsabilités. Une réforme structurelle, avec l'unification de la lutte et de la prévention sous la responsabilité de la CTC avec transfert de tous les budgets et la création d'un corps corse de prévention et de lutte, s'impose.

Certes, il n'existe pas de remède miracle et il est toujours à craindre que la main assassine ne continue sa basse besogne. Il est donc essentiel de sensibiliser notre peuple à l'aide des associations, des médias, de l'école et des collectivités afin que chacun comprenne que le feu est l'affaire de tous et non de spécialistes et de militants motivés.

Pour ce qui est de la lutte, l'important c'est d'anticiper en donnant la priorité à la surveillance (vigies, guetteurs), à l'intervention rapide et légère sur les feux naissants. Pour ce type d'intervention, l'hélicoptère bombardier d'eau (HBE) paraît être le moyen le mieux adapté.

Comme on le voit, la solution est dans la prévention, mais il manque la volonté politique de faire ce choix. L'incurie de l'administration coloniale et de ses affidés locaux de la classe politique traditionnelle mène chaque jour davantage ce pays vers l'abîme et la misère. Ils sont tous comptables de cette situation envers le peuple corse. Ils devront un jour, que nous espérons prochain, payer la note. Car gouverner, c'est prévoir.

Seule une importante évolution institutionnelle nous permettant de légiférer est de nature à régler ce problème comme bien d'autres. Il est temps, plus que temps, sinon, le pire est à venir.

Francescu Simeoni

 

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