Pour qui connaît et s'intéresse
à la Colombie, ce
pays ce n'est pas seulement
le territoire où était
détenue puis libérée
Ingrid Betancourt, ce
pays où existent depuis
plusieurs décennies les
guérillas des F.A.R.C.
(tendance marxiste) et de
l'E.L.N. (tendance guévariste),
c'est aussi un territoire
ou des indigènes
revendiquent le droit à la
vie. En ce mois d'octobre,
ils sont plusieurs
milliers à marcher sur
Cali (500 km au sud -
est de Bogota) pour délivrer
un message au président
Uribe. Une marche
pour le respect de
leur dignité.
LA LONGUE MARCHE…
La marche organisée par
l'Organisation Nationale des
Indigènes de Colombie (O.N.I.C.)
est partie de Maria, village situé
dans une réserve du Cauca.
L'objectif est d'atteindre Cali où
un message peut être délivré au
président colombien. Daniel
Pinacué l'affirme : « Nous marchons
sur Cali, où nous espérons
que le président Alvaro Uribe se
montre ». Ils sont plusieurs milliers
à se déplacer ainsi, 120 km à
faire comme en 2004, année ou
déjà ils avaient entrepris ce mouvement
similaire face ou gouvernement
en place.
… POUR LE DROIT A LA TERRE.
Les revendications portent sur
l'essentiel de leur identité : « ils
marchent parce nous ne voulons
pas disparaître » explique un responsable
de la garde indigène de
la réserve de Cauca. Le message
s'appuie ainsi sur le droit à la
terre et le respect intégral de l'autonomie
de leurs territoires. Ils
manifestent ainsi pour ce qu'ils
appellent légitimement comme le
« droit à la vie ».
LA REPONSE DU GOUVERNEMENT
Pour le gouvernement en place,
les indigènes et le mouvement
déclenché sont infiltrés par les
F.A.R.C. Cette position se traduit
sur le terrain par une répression
policière visant à endiguer la marche
initiée. La police est intervenue
avec des méthodes violentes
pour ainsi empêcher des blocages
de routes. Des affrontements éclatent
faisant un mort et plusieurs
dizaines de blessés parmi les
manifestants.
L'O.N.I.C. affirme que depuis
2002, plus de 1200 indigènes
ont été assassinés et des milliers
ont été déplacés dans le cadre
des différends territoriaux…
Le gouvernement affirme aussi
que les autochtones disposent
déjà de près de 27 % du territoire
et se dit prêt à racheter
d'autres terres pour les remettre
aux indigènes.
ENTRE INTENTIONS ET REALITE…
Pour la Coordination Populaire
Colombienne à Paris « bien que la
Constitution Politique de la
Colombie reconnaisse le caractère
pluri-ethnique et multi-culturel
de la Nation et qu'elle incorpore
certains droits des Peuples
Indigènes, cela ne s'est pas pleinement
traduit par des mesures
concrètes et on observe au
contraire que l'Etat Colombien a
mis en oeuvre une contre-réforme
législative qui revient sur les
droits acquis. Pour ne citer que
quelques exemples, le Statut du
Développement Rural, la Loi des
Forêts, la Loi de l'Eau et le Code
des Mines cherchent à favoriser
les intérêts économiques et
contribuent au pillage des terres.
La marche indigène met en évidence
ce que la même
Coordination Populaire
Colombienne rappelle : « La colonisation
européenne, qui a engendré
le génocide de la majorité des
peuples, continue aujourd'hui en
détruisant le territoire et la vie des
102 ethnies qui habitent en
Colombie. Elle se traduit par des
pratiques de discrimination et
d'exclusion, à tel point que,
actuellement, 18 peuples indigènes
sont en voie imminente d'extinction.
Malgré cela, les indigènes
ont résisté dans leurs territoires
et aujourd'hui, ils marchent en
portant la légitime revendication
de leurs droits et des droits de la
mère terre. »
Ulivieru Sauli