Cette version corse de l'internationale proposée
au tout début des années 70 par des
militants proches du FRC témoigne parfaitement
d'une époque où la conscience que
tout particularisme renvoyait à l'universel ,
était particulièrement vive .
Au sortir de la décolonisation de l'Afrique , les luttes de
libération nationale menées dans les pays dits du tiersmonde
apparaissaient comme des phares pour les plus
résolus des patriottes corses décidés à renouer avec
l'Histoire . D'ailleurs , peu de temps après , en 1973 lors
du célèbre discours de Beirouth , José Stromboni devait
donner un sérieux coup de pied dans la fourmilière des
lieux communs , des hésitations , du non-dit , en appelant
les peuples de la Méditérranée à se solidariser avec
le peuple corse . Mais cette époque pour essentielle
qu'elle fùt pour le renouveau du mouvement national ,
ne faisait que s'inscrire dans une logique historique qui
veut que les luttes portent en elles une dimension universelle
dont la traduction politique
n'est autre que l'internationalisme.
Certains historiens ont situé l'acte
fondateur de l'internationalisme
corse en 1358 , lorsqu'éclata une
vaste révolte populaire contre la
tutelle feodale et que les corses
sous la conduite de Sambucucciu
d'Alandu en appelèrent à la solidarité des populaires de
Gènes . Et si à ce propos le débat demeure quant à la
personnalité de Sambucucciu et à la pertinence de son
action , il n'en est pas moins vrai que la révolte corse
d'alors est de mème nature que toutes celles qui embrasest
l'occident médiéval ,ce qui n'est certainement pas
un hasard . Et s'il ne fallait en retenir que la symbolique
, on pourrait déjà en conclure que la Corse qui lutte
n'est jamais isolée . Ce qu'avaient parfaitement compris
les militants " corsistes " réunis au sein du PCA et autour
de la revue A Muvra et qui dans leur vision fédéraliste de
l'organisation européenne n'ont jamais cessé d'affirmer
une solidarité active avec des peuples qui constituaient
à leurs yeux des minorités nationales comme les bretons
et les alsaciens ou encore de soutenir la lutte armée des
irlandais ou le réveil des nationalismes arabes et plus
généralement toutes les luttes anti-coloniales . Il est
bon de rappeler ici que La Muvra fùt alors interdite au
Maroc pour encouragement à la subversion et qu'une de
ses figures emblématiques Paulu Orsoni , s'étant mis au
service d'Abd-El-Krim , devait mourir à Taza , en combattant
de la liberté.
Le droit des peuples à disposer d'eux-mèmes
Ce droit fondamental qui est toujours refusé au peuple
corse , était au coeur de la revendication de l'entre
deux-guerres . Il le demeure pour un mouvement national
qui a su intégrer dans ses analyses les évolutions geopolitiques
. Il est clair qu'aujoud'hui la couleur du monde
à venir est moins perceptible que celle que nous proposait
l'internationale . Les héroes mythiques qui enrichissaient
les luttes de leur dimension romantique s'effacent
des mémoires . Mème les staliniens ou ce qu'il en reste
n'hésitent pas àarborer l'effigie du Che . Les anciens
repaires ont été laminés par l'évolution d'un monde où le
matérialisme américain , auquel la France semble de
plus en plus adhérer , le dispute au fanatisme religieux
. Ces deux systèmes qui se combattent se nourrissent en
fait l'un de l'autre et laissent peu de place aux peuples
qui n'entendent pas cautionner ce nouveau manichéisme
. C'est donc ailleurs qu'il faille chercher pour les peuples
dominés , les voies de la libération . Et en la demeure il
n'existe pas de voie royale . Corses , basques , écossais
, sardes , catalans , polynésiens , kanaques.......subissent
à des degrés divers une triple exploitation , celle de
la mondialisation , c.a.d celle du capitalisme triomphant
, celle des états dominants et plus près de nous , celle
de l'union européenne qui pour l'heure ne connait que la
logique économique et rend illusoire le rève fédéraliste
exprimé dans l'entre deux-guerres et repris aujourd'hui
par le mouvement régionaliste
européen . A ce propos , méme, si celà peut paraitre anecdotique, la tout récente fermeture du
consulat d'Italie de Bastia est
symptomatique du peu d'intèrèt
que les dirigeants européens portent
a l'histoire des peuples , a
leur fondement culturel , a leurs
échanges ancestraux . Une décision
d'autant plus affligeante ,
quand elle est prise par Romano Prodi , une personnalité
politique que l'on pouvait croire attentive à la question
nationale corse . Cette parenthèse refermée , il faut
bien admettre que l'évolution européenne ne se fait pas
dans le sens des intérèts des nations sans état . Tout au
contraire . L'attention particulière que les Etats-Unis
portent à l'Europe peut laisser craindre un renforcement
des oligarchies financières et des autoritarismes.
Restent les luttes . Celles que chaque peuple entend
mener en son lieu , selon ses propres forces , en fonction
de sa propre histoire . Et dès lors , chaque avancé
politique significative , chaque progrès social , chaque
espace de liberté arraché à l'oppresseur entraine un
affaiblissement du système dominant . En rupture avec
la thèse des révolutions importées , cette redéfinition
de l'internationalisme s'inspire de préceptes chers au
sous-commandant Marcos . Encore un mythe dira-t-on .
Mais les luttes peuvent-elles se passer du mythe ?
Dumenicu Tognotti