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Articulu di u numaru 34, Lugliu di u 2008


Isulacciu di Fium'orbu...dui centi anni fà



1768, Gênes, par le traité de Versailles, cède ses droits sur la Corse à la France. Une politique dite de « pacification » dont vous pourrez juger à la lumière des évènements d'Isulacciu est alors mis en place. Il s'agit de rétablir la paix sur notre terre au moyen de déportations, d'exécutions sommaires, d'incendies de villages, de destructions de récoltes et de bien d'autres crimes. Les édits se multiplient, celui du 24 juin 1770 est révélateur de cette justice expéditive : « Les bandits ou paolistes pris les armes à la main seront pendus au premier arbre et sans autre forme de procès ».


Massacre des bergers du Fium'orbu

En 1772, une ordonnance oblige les bergers transhumants à avoir une résidence fixe dans un village. Cette décision a pour conséquence de les affamer. En 1774, face aux protestations des bergers, l'armée française les invite à venir à Corti pour y exposer leurs griefs. Sur le chemin, ils sont abattus par la troupe chargée de les escorter, alors que leurs cris sont couverts par les flûtes d'une fanfare militaire1.

Trente ans après ce drame, la situation est loin d'être pacifiée et le ressentiment des corses augmente face à l'occupation abusive de leur terre, à l'arrivée massive d'immigrants du midi de la France, à leur exclusion des emplois civils et militaires et à la politique répressive de l'Etat français.


Arrestations et déportations de 1808

Après l'attaque de la caserne de gendarmerie de Prunelli di Fium'orbu, par des Isulaccesi, Morand se rend sur les lieux et ordonne de rassembler les villageois dans l'église d'Isulacciu. 167 hommes, âgés de 15 à 80 ans, sont arrêtés. Transférés à Bastia, 9 d'entre eux sont exécutés. Les autres, après un séjour dans les bagnes flottants de Toulon où ils seront à la merci de la mer démontée, seront déportés sans jugement dans la maison de détention d'Embrun2 (Hautes Alpes).


Embrun : une destination mortelle

Les Fiumurbacci arrivent en Novembre sans vêtements d'hiver, alors que la prison reçoit de plein fouet les vents d'ouest, la pluie et la neige. Ils sont entassés, couchés les uns à côté des autres sur de la paille.

Soumis à de nombreuses privations et au manque d'hygiène, ils sont très rapidement victimes des épidémies ravageant la prison. Les rapports du médecin et du chirurgien de la prison sont édifiants, en voici un extrait: «A leur arrivée, la pâleur, la prostration des forces, un appétit déréglé et un sentiment rigoureux de froid qui les tenait salement accroupis sur la paille[...] annonçaient déjà les germes morbitiques qui couvaient en leur sein, et qui n'attendaient plus qu'une étincelle pour éclater, on ne retrouvait que des signes de mort sur la physionomie éteinte de ces détenus»3.

Ravagés par la maladie, ce séjour sera fatal à ces hommes, victimes d'un crime contre l'humanité, un crime impunément commis et révélateur de la politique de l'Etat français en Corse. Deux cent ans plus tard, l'histoire se poursuit, une histoire faite de drames et de répression. Afin que l'on n'oublie pas ces martyrs de l'histoire de la Corse, l'Associu MIMORIA a été créé en 1993. Parallèlement à l'organisation de nombreuses manifestations commémoratives il a conduit des recherches qui ont permis d'identifier les disparus. Cela aboutit aujourd'hui, dans la continuité du monument érigé en leur mémoire par l'Isulaccesi en 1979, à l'inauguration de stèles portant les noms des détenus. La cérémonie aura lieu courant septembre. Elle sera ponctuée par de nombreux hommages et se clôturera par une grande soirée culturelle.

Serena Talamoni

1. Jean Vandenhove, Les prisons d'Embrum du moyen Age jusqu'en 1943, imprimerie des Alpes, Gap, 2004, p.19; voir également Associu Mimoria, Le Massacre des bergers du Fium'orbu en 1774, in Mimoria di u Fium'orbu Duie fatti di a storia Fiumurbaccia in 1774 e 1808, imprimerie du Fium'orbu.
2. Jean Vandenhove, op. cit. pp. 23-26; Associu Mimoria, op. Cit.
3. Jean Vandenhove, op. cit. p. 35.

 

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