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Alain Mosconi Pour une révolution sociétale |
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Alain Mosconi : C'est une démonstration flagrante qui doit faire réfléchir, et réagir, les mouvements politiques mais aussi les sociétés. Les organisations syndicales ne peuvent pas se cantonner à de simples visions professionnelles ou corporatistes. Elles doivent se poser des questions sur les évolutions sociétales, en se battant pour les libertés individuelles et collectives, pour le droit des travailleurs, mais aussi pour le droit des peuples à disposer d'eux même. C'est ce qu’a fait le cas du LKP en Guadeloupe. Les organisations syndicales doivent vivre avec leur temps, à savoir s’élever contre toutes les dominations : patronales et institutionnelles. Dans ce cadre là, en Corse, c'est là que la spécificité du STC, avec la slogan Lutte de Libération Nationale et Sociale prend tout son sens. On ne peut pas avoir une simple vision syndicale, comme au siècle passé, il faut de nos jours se battre pour l'ensemble des libertés. U.R.I : Le conflit en Guadeloupe a fait ressortir certains problèmes comme la précarité, la vie chère, le coût de l'essence…Ce sont des problématiques que l'on connaît aussi en Corse, peut-on alors faire un parallèle entre les deux situations ? A.M : De toute évidence. Chez nous, chacun le sait, la chereté de la vie est prégnante et les salaires sont pratiquement les plus bas de ce qu’on appelle la « Métropole ». Il y a aussi le problème récurrent du logement, le prix de l'essence exorbitant. Mais, en Corse, la mayonnaise n'a pas pris car, à mon avis, nous n'avons pas réussi à agglomérer à ces problématiques la dimension sociétale et nationale. En tout cas culturelle. En somme la spécificité de l'île. Est-ce que la Corse est une région française à part entière ? En revanche, je crois qu'en Guadeloupe ils ont compris cela. La problématique est sociale mais aussi d'ordre nationale. Le conflit a montré que les choses pouvaient changer, car, là bas, les Békés s'appuyaient sur une domination économique et institutionnelle. En Corse, les organisations syndicales françaises ne veulent pas aller au bout de ce raisonnement car elles considèrent qu'il n’y a pas de domination institutionnelle. Alors, le STC, à lui seul, c'est un constat et on peut le regretter, ne peut pas insuffler la dynamique d'un réel changement de société.
A.M : Effectivement, c'est un processus inéluctable. La Kanaky est déjà à deux doigts de l'indépendance, je vous rappelle qu'il va y avoir des référendums en 2014/2016/2018… et d'autres si d'aventure le peuple kanak souhaite être consulté sur la thématique du droit à l'autodétermination. Il est clair que les lignes ont bougé pour les colonies d'outre- mer, comme il est clair qu'elles n'ont pas bougé pour la Corse. Pourquoi ? Car le rapport de force n'a pas permis de le faire. Je me félicite de ce qui arrive aux autres tout comme je regrette le statut quo chez nous. Je pense qu'on aurait dû réussir, du moins essayer, de s'inscrire dans cette démarche globale, pour essayer de tirer avec les autres vers plus de liberté et vers une évolution institutionnelle. On n’a pas réussi pour diverses raisons. Pour l'heure nous n'avons pas les mêmes perspectives que la Guadeloupe, et les autres colonies françaises. Ca va être plus dur pour nous, j'en suis intimement convaincu, car l'Etat français essaye de nous insérer de force dans une boite franco-française. Actuellement, nous sommes malheureusement en incapacité, presque anesthésiés, de réagir dans ce domaine là. U.R.I : Au-delà de la réticence des syndicats français, qui sont proches du système, au sein même du STC certains seraient réticents à lancer un mouvement d'ampleur en Corse. Qu'en est-il exactement ? A.M : C'est vrai que le STC est composé de courants, d'hommes et de femmes libres qui font valoir leurs idées à travers des réunions. Nous ne sommes pas tous sur une vision révolutionnaire. C'est une réalité. Nous parlons bien ici de révolution. Lorsqu'on veut changer les choses en profondeur ce n'est même plus de l'évolution mais de la révolution, et donc force est de constater qu'au sein de ce syndicat nous ne sommes pas tous sur la même position. Alors, ce qui nous pose peut-être aujourd'hui problème sera éventuellement une chance pour demain car je ne suis pas non plus pour la pensée unique, figée et stéréotypée. Pour autant, il y a, à défaut de divergences, des opinions différentes sur le sujet et c'est ce qui fait également que le STC n’a pas pu capitaliser l’élan né en outre-mer, même s'il n'aurait pas pu le faire à lui seul. U.R.I : L'actualité est aussi politique et bientôt électorale. A ce titre, vous êtes présent à la 3e place sur la liste du NPA d'Olivier Besancenot, pour la circonscription du sud-est de la France. Comment est née votre candidature ? A.M : C'est une candidature qui est née il y a déjà plus d'un an, avec des discussions très politiques entre moi-même, qui allait devenir un candidat d'ouverture, des gens en Corse proches du NPA, comme la Manca, et le NPA lui même à Paris. Ces discussions ont tourné autour des questions sociétales, comme la place de la Corse au sein de l'Europe et au sein de la Méditerranée, mais aussi sur le fait de savoir si la Nation Corse existe. Pour le NPA, il est clair qu'elle existe, avec la possibilité d'un processus d'autodétermination, qui la place au rang des Etats d'Europe. Nous avons parlé aussi de citoyenneté corse, de la question de la langue, des prisonniers politiques, d'un processus de paix. Voilà les thématiques sur lesquelles nous avons travaillé durant plus d'un an. Bien sûr, nous avons aussi abordé la question sociale, puisque j'ai à ce titre une culture militante qui veut que l'on traite la question sociale et institutionnelle de la même manière. C'est ce que l'on appelle communément LLN et LLNS. Pendant 1 an, nous avons convaincu nos amis révolutionnaires français qu'il y avait un parcours concomitant des deux côtés de la Méditerranée, entre révolutionnaires, même si nous concevons que ce qui est valable en France ne l'est forcément pas en Corse, et que le schéma de la révolution n'est pas stéréotypé et reproductible à l’identique. Nous considérons que les Français et les Corses ont à construire leurs propres révolutions, et que les deux ne sont pas contradictoirs. Nous pensons qu'il faut s'appuyer sur des convergences et avancer. A travers ces discussions, nous sommes tombés d'accord sur le principe de ma candidature. Celle-ci va permettre à la Corse, durant la mandature, de disposer d'un député européen, puisque ma 3ème place est basée sur un système de tourniquet où chacun des 3 premiers feront un tiers du mandat. Si l'on considère certains sondages qui annoncent le NPA autour de 10%, des voix, on peut déjà dire qu'avec 8% nous obtenons un élu. Cet élu fera un tiers du mandat, puis suivront les deux autres. C'est à dire que sur le dernier tiers du mandat, par ma voix la Corse aura un représentant à Bruxelles. C'est un challenge exaltant pour moi de représenter mon peuple, j'en mesure la difficulté mais aussi la nécessité de faire entendre la voix de la Corse à Bruxelles. U.R.I : On sait l'importance croissante des politiques communautaires, l’absence de la Corse au parlement européen. Que peut apporter un député corse à Bruxelles ? A.M : D'abord mesurer tout ce qui se fait et se construit, dans notre dos, à Bruxelles en terme de politique sociale, de travail ou de logement. Mais aussi aller chercher l’info à la source, et la mettre à la disposition de la population. Par exemple, l'Europe à mis en place un système de cohésion territoriale qui s'appelle le GECT (groupement économique de coopération territoriale). Ce sont des programmes transrégionaux, trans-nationaux qui permettent de mettre en place des outils à la cohésion entre des territoires. Ainsi, entre l'Espagne et le Portugal, ou la cohésion était déjà de fait depuis de nombreuses années, il a été bâti un pont sur le fleuve Guadiana, qui servait de frontière naturelle entre les deux Etats. Et c'est le programme du GECT qui a permis de le financer en intégralité. Pour la Corse, des GECT, avec la Sardaigne, qui est un territoire si proche de nous géographiquement et culturellement, peuvent être mis en place. On peut envisager par exemple un service public maritime entre les deux îles, comme semblent le demander les maires de Bonifaziu et de Santa Teresa di Gallura. Même chose au niveau de la santé. Chaque fois qu'il y a une pathologie lourde il y a nécessité de partir à Marseille, En terme de complémentarité, on pourrait envisager de faire d'Aiacciu un pôle d'excellence en le jumelant avec un hôpital du nord de la Sardaigne. La spécificité des uns et des autres amènerait une complémentarité de fait. Au lieu d'avoir une distance de santé de 300 kms entre Aiacciu et Marseille, un GECT pourrait permettre de gagner en temps et de réduire les coûts. L'Europe pour la Corse, et son peuple, est quelque chose de formidable si l'on cherche à comprendre les mécanismes et à s'ouvrir aux autres, Lorsque je pars en Catalogne pour rencontrer le 1er ministre, au sujet d'un service public entre les territoires, je peux vous dire qu'il comprend de suite l'intérêt d'un tel développement. L'Europe nous permet d'avoir des moyens structurels et financiers. Aujourd'hui la Corse est en retrait de l'Europe, car son représentant actuel, Camille de Rocca Serra, est aux abonnés absents. Son absentéisme est scandaleux et son niveau d'intervention l'est tout autant. J'irai à Bruxelles pour représenter les intérêts de la Corse pour qu'elle puisse s'ouvrir à l'autre dans le respect de son identité. Je veux qu'elle aille vers l'autre pour ce qu'elle est et non pas comme un élément aliéné en proie aux multinationales comme Véolia. U.R.I : En vue de ces élections, comment mobiliser le mouvement national derrière votre candidature ? A.M : Nous avons passé un accord en 10 points, que l'on peut voir sur le site internet de la Manca. Il prévoit notamment le droit à l'autodétermination du peuple corse. Je tiens à souligner qu'aucun parti français n'a intégré jusqu'à ce jour cette dimension de manière aussi claire. C'est un élément probant. On parle des prisonniers, de citoyenneté, d'un processus de paix. On retrouve dans ce programme le socle de 30 années de lutte. Nous allons donc consulter, sereinement, les uns et les autres et demander, aux individus et aux partis, de se positionner sur notre campagne et ma candidature. |
© U Ribombu Internaziunale — 2009 |