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Articulu di u numaru 23, marzu di u 2007


Les représentants des mouvements de la coordination du Fiumorbu répondent au Ribombu



Il y a inconstestablement un esprit du Fiumorbu. Lorsque l’on parle de cet esprit, c’est bien évidemment à l’union de tous les nationalistes que l’on pense. Le Ribombu a donc voulu leur donner la parole, à eux les représentants des mouvements, partis et comités de défense des prisonniers politiques pour en savoir plus, pour trouver ensemble de nouvelles voies à l’union, pour concrétiser cette envie affichée par tous de voir enfin les nationalistes marcher ensemble.

Nous avons donc contacté tous les représentants des mouvements qui avaient participé aux réunions de la coordination du Fiumorbu. Nous les avons contacté individuellement pour qu’ils répondent à nos questions. Certains ont fait le choix de porter une réponse collective, d’autres, tout en s’appuyant sur leur base ont répondu en leur nom propre.

Nous n’avons pas changé une seule ligne de ces réponses et nous les publions dans leur intégralité. Un problème technique nous a empêché de publier les réponses de A Riscossa Paisana. Le débat reste ouvert.


U Ribombu : Que pensez-vous de la situation politique actuelle de la Corse ?

Saveriu Luciani (Coordination du Fiumorbu)


A la lecture d’Economie Corse, voire des chiffres de l’INSEE, pour ne prendre que les derniers paramètres photographiant la société corse, dire que la situation est catastrophique n’étonnera plus personne. Catastrophique, elle l’est depuis longtemps. Les récentes manifestations traduisent, si besoin est, du profond malaise au plan économique et social, et par contre coup d’un mal-être généralisé.

L’incurie claniste, qui se complait dans un « lascia corre » politiquement rentable, fait de la Corse la région la plus faible d’Europe occidentale. Seuls y prospèrent voyoucratie et multinationales (dans les transports, la gestion de l’eau, etc.), le tout dopé par la bénédiction complice de l’Etat. Notons au passage l’action « dynamique » de cet Etat dans la chasse au nationalisme et dans sa furieuse campagne de décorsisation des emplois.

A cela, au rang des conséquences, on peut y ajouter le recul historique de la langue corse, de nos valeurs, une situation de précarité qui s’accélère et l’assistanat comme ultime recours pour la jeunesse. C’est la Corse du « paraître », vidée peu à peu de son être profond, qui parle encore des « lois de l’hospitalité », quand l’hospitalité se résume au développement des résidences secondaires et des listes électorales qui bouchent année après année les portes de notre destin. Ce qui, en fin de compte, se révèle cocasse, c’est cette persistance du « mensonge de santé » de la classe politique traditionnelle.


Jean-Guy Talamoni (Corsica Nazione Indipendente)

D’une façon générale, elle est bloquée, du fait du refus du gouvernement français actuel de traiter politiquement le problème corse. Dans l’île même, les principales institutions, celles de la CTC en particulier, sont entre les mains des relais de Paris. Mais on sent que les Corses supportent de plus en plus difficilement la situation qui leur est faite. Il leur faudra bientôt exprimer leur refus avec énergie, s’ils ne veulent pas disparaître purement et simplement en tant que peuple…


Jean Christophe Angelini (Partitu di a Nazione Corsa)

A l’instar des militants ou représentants de l’ensemble du Mouvement National, j’estime que la situation politique actuelle est réellement dramatique. L’Etat s’enferme dans une stratégie répressive et de refus de tout espace d’ouverture ou de dialogue, à rebours des cycles de négociations organisés ces dernières années entre la Corse et Paris, mais également entre les Corse eux-mêmes. A ce sujet, nos élus, et particulièrement ceux de la majorité Territoriale, ont une attitude insupportable.

Inféodés au gouvernement, ils s’illustrent par une absence totale de prise en compte de la question Corse, dans sa dimension nationale et globale, et par une volonté d’imposer à l’île un régime d’essence ultra libérale. Il existe toutefois de nombreux points positifs, qui relèvent essentiellement de la politique d’Union engagée dans certains domaines : Chambres d’Agricultures, avec la victoire du Sud, travail à l’Assemblée, dynamique du Fiumorbu, manifestation du 13 Janvier, commémorations aux 4 coins de l’île de la mort de Paoli, etc. Incontestablement, le Mouvement National, malgré les difficultés enregistrées, reste au centre du jeu politique.


A Chjama Naziunale

La situation est inquiétante au plan économique (précarité croissante, difficultés des particuliers et des entreprises, tentation d’un mono-tourisme prédateur). Elle apparaît également bloquée au plan politique. Au plan français, le refus d’envisager une véritable solution politique est aujourd’hui le discours dominant des principales formations. Et au plan corse, il y a manifestement une offensive idéologique, initiée par Paris et activement relayée par les conservateurs de droite et de gauche, pour marginaliser non seulement le nationalisme en tant que force ou courant politique, mais également tout ce qui, au plan symbolique, associatif, culturel, économique, est rattachable à la volonté de défendre et promouvoir notre identité collective en tant que Peuple. Il faut donc que nous nous hissions collectivement à la hauteur des enjeux, qui sont décisifs.


Rinnovu

Le pouvoir français continue à actionner son rouleau compresseur de normalisation, de répression, de colonisation de peuplement multiforme accélérée et de dépossession foncière. Il espère liquider le peuple corse comme communauté vivante et consciente d’elle-même. Le contexte européen et mondial basé sur le “tout marché” ultra libéral réserve à la Corse un seul rôle de zone de loisir pour riches européens comme l’indique par exemple le projet de PADDUC que nous dénonçons avec force de la première à la dernière mouture. On voit aussi la concrétisation d’une Corse à deux vitesses : celle des privilèges au service des plus nantis et celle de la paupérisation et la précarité. La classe politique corse est soit amorphe soit le plus souvent complice de cette situation car dans son ensemble elle constitue une oligarchie dont le pouvoir est sous-tendu par des privilèges et des passe-droits. Cependant dans la société corse, il y a une prise de conscience collective.

Des yeux s’ouvrent, des têtes se relèvent comme l’a montré le succès de la manifestation “resistenza” de Bastia. C’est par la résistance et le refus de l’aliénation que la Corse redeviendra une nation moderne.


Fronte Pupulare

La corse est dans une situation politique que l’on peut qualifier de bloquée. Les années 1980/1990 ont été celles de la mise en place de 2 statuts “particuliers” qui avaient pu faire naître certains espoirs. Ils ont été très vite déçus. Aujourd’hui, après 40 ans de lutte “contemporaine”, la Corse est dans une impasse. Notre peuple est de plus en plus minoritaire sur sa terre ; notre culture régresse de jour en jour. Aucun signe d’espoir n’est en vue. La question Nationale Corse n’est pas résolue et pire ne se pose même pas pour l’Etat français pour qui notre peuple n’existe même pas. C’est d’ailleurs ce qu’ont réaffirmé les candidats les plus connus à la prochaine élection présidentielle.


Manca Naziunale

Il paraît que notre pays est une terre de contrastes. Si on adhère à ce propos et que l’on transpose cette observation au champ politique, alors pour le moins surgissent quelques aspects, voire quelques paradoxes.

D’aucuns, par exemple, pensaient que le clanisme vivait ses derniers moments. Cette analyse avancée au tout début des années 90 s’appuyait sur au moins deux faits. D’une part, les percées électorales réalisées par le mouvement national et de l’autre l’apparition d’hommes politiques aux discours qualifiés alors de « corsistes ». Le pronostic s’est révélé hasardeux car à l’heure où nous parlons, les clans sont parvenus à s’adapter non seulement aux institutions qu’ils refusaient de prime abord (l’Assemblée de Corse) et ils ont intégré dans leur démarche le néo-libéralisme en favorisant un mode de développement basé sur le tout tourisme. Dans le même temps, les idées et les propositions portées depuis des décennies par le mouvement national sont devenues largement majoritaires au sein du peuple, sans pour autant retrouver cette traduction au niveau du terrain institutionnel.

Nous tirons plusieurs enseignements à partir de ces données. Tant que perdureront des institutions étrangères aux intérêts fondamentaux du Peuple Corse, jamais ce dernier ne recouvrera un légitime pouvoir. Car la limite imposée par l’État Français demeure la même. C’est donc que les rapports entre l’impérialisme tricolore et la Corse sont restés identiques à ceux qui prévalent depuis plus de deux siècles. Ce qui rend très grave la situation de l’heure tient au fait qu’à cet immobilisme colonial se rajoute un séisme social dont nous ne faisons qu’entrevoir les premiers effets. Le mouvement national serait bien inspiré en ne négligeant pas ce dernier aspect, car il pèse désormais sur toute la vie politique.


Ghjuvan Filippu Antolini (Cumitatu contr’à ARipressione)

La Corse va mal, et ce ne sont certainement pas les clanistes au pouvoir, inféodés à Paris, qui font quelque chose pour faire avancer la situation. Au niveau social, c’est une catastrophe, les gens souffrent de plus en plus et le pouvoir d’achat ne cesse de diminuer. On se demande comment certaines familles arrivent encore à s’en sortir, et s’il n’y avait pas en Corse une très forte solidarité familiale, beaucoup de personnes seraient très mal. Les jeunes corses ne peuvent plus espérer pouvoir acheter une maison et les emplois sont très difficiles à trouver. Pendant ce temps, les étrangers, Français en particulier, débarquent en masse (4000 par an selon l’INSEE) et eux n’ont pas de problème pour trouver des emplois, acheter des terres ou faire construire des maisons. Au niveau culturel, la désorsisation est encore plus flagrante et notre langue ne cesse de reculer.

Dans ce pays, la République fonctionne uniquement pour les intérêts de certains et toutes les forces qui sont mobilisées en Corse le sont contre les nationalistes, pendant que les mafieux prospèrent.


Cuscenza Viva

Par le fait colonial, la Corse est dans l’impossibilité d’édicter ses propres lois. Les conséquences de la politique française sont de plus en plus néfastes pour les Corses ; la dépossession de leur propre terre, mise aux enchères, est programmée. La langue et la culture sont niées. Le pays est exsangue, son économie est mise à mal et cette situation est aggravée par la colonisation de peuplement. La précarité prend une place de plus en plus importante dans la société. La classe politique et sa représentation à l’Assemblée de Corse sont incapables de s’attaquer aux problèmes de fond.


Norbert Laredo (I Verdi Corsi)

La situation politique de la Corse apparaît bloquée du fait, essentiellement, de l’attitude de refus de la part de l’Etat soutenu par les clans, de prendre en considération la spécificité de l’île. Celle-ci ne peut que passer par une approche institutionnelle dotant la Corse des compétences législatives et consacrant la langue et la culture corses dans un cadre de co-officialité. Mais l’Etat français persiste à ignorer la situation institutionnelle des îles de l’Union européenne et aussi de nombreuses régions continentales à identité forte (Pays de Galles, Ecosse, Länder allemands, etc…) qui jouissent des compétences législatives.


U Ribombu : Depuis quelques semaines, les nationalistes corses se retrouvent ensemble sur le terrain. Quelles en sont les raisons selon vous ?

Saveriu Luciani (Coordination du Fiumorbu)


Les raisons évoquées plus haut sembleraient justifier notre réaction. Un mot pour remarquer que les nationalistes n’ont pas, jusqu’à ce mois de janvier, su démontrer efficacement et durablement leur capacité à s’unir et à prendre le terrain des luttes… Pour autant, mon propos n’entend pas entrer dans une quelconque polémique avec les mouvements et partis qui ont une action politique propre. Je remarque simplement que c’est à l’occasion d’un nouveau drame, comme souvent par le passé, que le mouvement national se retrouve.

Alors, si l’on peut se réjouir de nos capacités à mobiliser – jusqu’à quand, et à quand la prochaine ? –, c’est toujours la génération du nationalisme d’avant 1990 qui mène la charge. L’effort sur la jeunesse reste à nos yeux l’axe déterminant de notre combat pour éviter des réflexes de tribu ou de dernière peuplade. L’union est donc l’objectif majeur parce qu’elle induit une construction pérenne et surtout permet une large mobilisation.

L’union c’est aussi conquérir des pans de crédibilité au sein de notre peuple. Ancrer le combat, au-delà des fondamentaux historiques de la lutte (langue, terre, construction de la nation corse moderne) sur le terrain social, économique, etc. Résister, retrouver le terrain, c’est bien, mobiliser un jour tout un peuple dans la durée, sur un projet national, là est désormais notre chantier. En ce sens, notre message doit dépasser l’incantation : « l’important pour le nationalisme n’est plus de promettre un autre avenir, mais de le permettre ! »


Jean-Guy Talamoni (Corsica Nazione Indipendente)

Les raisons sont évidentes. Il y a d’abord la situation que nous décrivions précédemment, qui impose aux nationalistes de prendre l’initiative d’une riposte efficace, donc unitaire. C’est tout le sens d’une union autour du mot d’ordre « resistenza », qui me paraît tout à fait approprié. Si l’on devait retenir de notre histoire, lointaine ou récente, une seule chose, ce serait que l’union a toujours été la condition du succès. Particulièrement dans les situations difficiles comme celles que nous connaissons. Au début de l’année, la mort tragique d’Ange-Marie a créé une grande émotion au sein du mouvement national. Le Fiumorbu a pris un certain nombre d’initiatives en faveur d’une union plus que jamais nécessaire. La manifestation de Bastia a été un succès, mais ça ne suffit pas. Il nous faut consolider cette démarche unitaire.


Jean Christophe Angelini (Partitu di a Nazione Corsa)

Elles procèdent de la première question, et des réponses unitaires que nous souhaitons apporter à la situation. Cette mobilisation fait également suite, de mon point de vue, aux efforts consentis par diverses organisations en 2003 et 2004, qui tout en préservant leur spécificité ont su trouver les voies de l’Union. Ce processus a généré un certain nombre d’ évolutions, et de nouvelles relations humaines et politiques, fondées sur la confiance et le souci de cohérence face à nos adversaires, et non plus sur les rapports de force et les logiques concurrentielles du passé. Le drame d’ U Sulaghju, qui a coûté la vie à un militant unanimement apprécié, Anghjulu Maria Tiberi, a cristallisé tous ces changements, cette nécessité de réagir ensemble, et suscité des réactions spontanées et massives de la part des militants et au delà, de très nombreux corses. A Cuurdinazione di U Fiumorbu a fait le reste !


A Chjama Naziunale

Les drames que nous avons vécu, parmi lesquels la mort récente d’Ange Marie Tiberi, militant exemplaire, connu et très apprécié de tous, et l’aggravation de la répression ont joué comme des accélérateurs de tendances. Sans doute y-a-t-il aussi, du moins faut-il l’espérer, la conscience de plus en plus claire et partagée, que la désunion ou l’union factice nous conduisent collectivement à l’échec.


Rinnovu

Pour notre part, depuis notre création, nous nous retrouvons toujours sur les actions de lutte de terrain avec d’autres patriotes. Ces dernières années, le respect entre organisations et le pluralisme non-conflictuel se sont ancrés ; il y a eu un retour aux fondamentaux de la lutte. Rinnovu s’inscrit pleinement dans une démarche claire de résistance globale, dans le fil de la coordination du Fiumorbu et de la manifestation de Bastia. Avec une telle démarche, les nationalistes toutes tendances confondues se retrouvent ensemble. Ils se dispersent lorsque prévalent des pseudo stratégies à courte vue basées sur des tactiques électoralistes, sur des discussions confuses avec l’Etat sans cadre national corse. 2006 a été une année de résistance dramatique avec le décès tragique de 4 militants. Nous saluons la mémoire de Lisandru, d’Antone, de Stefanu, et d’anghjulu maria. Elle nous impose de mener cette lutte à des succès.


Fronte Pupulare

Le mouvement national corse ne peut que faire le triste constat précèdent, à savoir l’impasse totale au niveau de l’évolution politique. A ce blocage s’ajoute une répression politique, judiciaire, des drames comme celui du Sulaghju. Face à cette situation le Mouvement National se remobilise sur le terrain. Un besoin d’unité s’impose aux partis Le peuple est d’ailleurs très demandeur d’unité, en témoignent les derniers rassemblements du Fiumorbu et de Bastia.


Manca Naziunale

Les raisons sont multiples. D’abord il se pourrait bien que beaucoup de nationaux ne se satisfassent pas de ce qu’ils vivent et ressentent au quotidien. Et nous sommes certains qu’ils le font savoir, en des termes ouvertement critiques par rapport à l’absence de perspectives proposées par les formations du mouvement national. Il y a par ailleurs les déclarations du ministre candidat Sarkosy qui, tout en affirmant que le mouvement national n’est plus au centre de la vie politique Corse, poursuit une politique démagogique où la répression doit illustrer ce que serait sa conception du pouvoir. Nous pensons que ces quelques éléments et surtout le sentiment de ne plus rien maîtriser de notre avenir ont conduit à un début de prise de conscience.


Ghjuvan Filippu Antolini (Cumitatu contr’à ARipressione)

C’est évidemment la terrible émotion causée par la mort du pauvre Ange Marie Tiberi, le fait que c’était le quatrième mort en un an et la répression indigne de l’Etat français dans les jours qui ont suivis. Les nationalistes se sont retrouvés et ont laissé entrevoir une énorme volonté d’union. Ce drame a servi de révélateur. Les nationalistes ont réussi à aller au devant de leurs divergences personnelles et ont compris que le véritable ennemi c’était l’Etat français. Plus on durcira la répression et plus les Corses, de toutes générations seront unis. Un fossé se creuse actuellement entre la jeunesse corse et la République française.

Il n’y a qu’à voir les images des réunions publiques des clanistes corses et les comparer avec les manifestations nationalistes.


Cuscenza Viva

2006 a été une année noire pour tout le mouvement national : la disparition de quatre militants a frappé au coeur tous les partisans sincères et ces deuils cruels ont renforcé le sursaut de conscience nationale ; ce qui n’était qu’un tressaillement provoqué par les injustices identitaires et sociales faites à la Corse et aux Corses, est devenu un mouvement de résistance populaire. Ce mouvement est la résultante d’une attente de la base militante, d’un besoin viscéral de définir tous ensemble une réelle stratégie de reconstruction nationale.


Norbert Laredo (I Verdi Corsi)

Ce n’est pas la première fois que les représentants de la démarche nationale corse dans leur diversité se retrouvent sur le terrain. Cela dit, il est très positif que les rapprochements s’intensifient actuellement.

La mort récente dans des circonstances dramatiques d’Ange Marie Tiberi, responsable syndical de la pêche insulaire et qui était depuis très longtemps un acteur dynamique de la vie publique, puis le transfert incompréhensible à Paris de Joseph Colombani ont choqué l’opinion publique, en particulier dans le Fiumorbu et dans toute la Plaine Orientale, ce qui a entraîné une forte réaction de solidarité. Celle-ci a débouché sur la grande manifestation de Bastia le 13 janvier derrière la banderole « Resistenza », puis sur la journée du 3 février à Ghisunaccia qui a réuni entre 1200 et 1500 personnes à l’occasion du premier grand rassemblement de commémoration du bicentenaire de la mort de Pasquale Paoli. Il faut saluer à cet égard le rôle moteur joué par A Cuurdinazione di u Fiumorbu qui s’est affirmée une nouvelle fois comme un remarquable cadre d’échanges ouvert à tous.

A l’évidence, la nécessité du rassemblement de l’ensemble du Mouvement national face aux enjeux majeurs se fait sentir. Face au PADDUC, par exemple, un dossier de tous les risques, avec en toile de fond une spéculation immobilière grandissante entraînant l’augmentation forte des prix des terrains et du logement.


U Ribombu : On a souvent l’impression que les nationalistes ne sont capables d’unité que face à la répression. Mais à long terme, une union “stratégique” de l’ensemble du Mouvement National est-elle réellement envisageable? Peut-elle notamment surmonter les obstacles que sont les intérêts de partis, les “querelles” de personnes ou l’écueil des consultations électorales ?

Saveriu Luciani (Coordination du Fiumorbu)


Bien sûr. Quel nationaliste corse ne rêve pas aujourd’hui d’unité ? A-t-on encore le temps de se perdre en chemin ? Les générations passent et le temps « colonial », nous le savons, joue contre nous. Beaucoup, depuis les réunions de Ghisunaccia parlent de méthode et d’organisation de la résistance. Beaucoup sont échaudés par les unions passées, aussi. Mais pour autant faut-il désespérer de l’union ? Ce n’est plus raisonnable lorsqu’on regarde la situation faite à ce peuple.

C’est un luxe d’enfant gâté au regard des enjeux. Avant d’aborder la question cruciale de la lutte armée, avançons avec l’objectif de retrouver l’unité. Et là, c’est s’organiser sur tous les terrains, irriguer la Corse d’associations, de forums, d’initiatives locales pour vulgariser notre message et construire une société ouverte.

La méthode préconisée par a Cuurdinazione du Fiumorbu est sans ambiguité ; il faut viser à l’union en prenant à bras le corps ensemble le terrain des luttes, en rétablissant la confiance. Pour ce qui est des élections, le mouvement national a traversé bien des campagnes, il en traversera d’autres. Il se doit d’avoir une réponse commune et cohérente, sous peine de casser la dynamique actuelle. L’heure est peut être de prendre unis le terrain électoral pour peser, car, à court terme, la question cruciale des moyens de lutte reste objectivement dépendante de notre capacité à développer notre courant électoralement aussi.


Jean-Guy Talamoni (Corsica Nazione Indipendente)

En ce qui nous concerne, nous plaidons pour une unité stratégique pérenne. Celle-ci ne doit pas, à notre avis, se faire dans le cadre d’un parti unique, qui préfigurerait un modèle de société dont nous ne voulons pas. Nous proposons pour notre part qu’un espace réunisse toutes les formations et militants inorganisés. Il s’agirait d’une organisation représentative de la Nation, comme l’a été l’OLP avant la création de l’autorité palestinienne.

Cette organisation représenterait tous ceux qui se reconnaissent dans la Nation, dans l’île comme sur le plan international. Unione Naziunale ou A Cunsulta Naziunale pourraient jouer ce rôle. Le problème est que certaines formations ne veulent pas intégrer Unione Naziunale, et que d’autres se refusent à entrer dans A Cunsulta Naziunale ! En ce qui nous concerne, à Corsica Nazione Indipendente, nous faisons partie des deux espaces, car nous voulons travailler avec tous les nationaux. Mais il faudra bien un jour que tout le monde se retrouve autour de la table.

Devant la difficulté née du refus de certaines structures de rejoindre les organisations unitaires existantes, nous avons été conduits à proposer la création d’une nouvelle organisation dans laquelle chacun pourrait trouver sa place. Comme on le voit, la position de Corsica Nazione Indipendente est particulièrement ouverte. Nous appelons les autres nationalistes à s’engager résolument dans la voie d’une construction commune, dont le nom importe peu. Seule compte ce que, déjà, les nationaux du XVIIIème siècle appelaient de leur voeux : « Fà l’Unione » !


Jean Christophe Angelini (Partitu di a Nazione Corsa)

L’union stratégique et globale s’imposera d’elle même, dès lors que son contenu, ses perspectives auront été précisés par tout un chacun. Il n’existe pas d’alternative à l’Union mais on ne peut pour autant la bâtir à l’emporte pièce. Je voudrais rappeler qu’Unione Naziunale, validée par 25 000 Corses, est aujourd’hui un référent important qui permet d’envisager une construction plus large avec sérénité, en ce sens que nous disposons d’un socle d’expériences, d’échanges, de mutualisation des parcours et des compétences.

Les militants du Fiumorbu, en écho aux accords de 2004, on fixé une perspective : Dépasser la seule résistance pour engager une dynamique de construction nationale, unitaire et plurielle. Considérant cet impératif, je pense qu’il reste peu de place pour les intérêts partisans, qu’ils soient personnels ou de mouvements. L’enjeu consiste plutôt, selon moi, à définir une articulation originale et efficace entre union et partis politiques, de façon à laisser à chacun un espace qui lui soit propre, tout en organisant les convergences sur l’essentiel du combat. L’Union doit être la reconnaissance et la structuration de la diversité, pas sa négation. Aces conditions, je pense vraiment qu’elle s’élargira vite.

Quant aux consultations électorales, que l’on se rassure : L’optique privilégiée en 2004, de prise du pouvoir et de partage des responsabilités, ouvre un espace immense au Mouvement National. Dans tous les secteurs, celui-ci peut devenir une force de propositions et d’actions, à vocation majoritaire.

Nous avons donc besoin de quantité de militants pour investir tous ces créneaux. Je ne vois donc, dans le temps, aucun facteur de division. J’aurais même la crainte inverse : Pour affronter tous ces enjeux, serons-nous suffisamment nombreux, formés, disponibles ?


A Chjama Naziunale

Les réponses sont dans votre question. Il n’y a pas d’autre chemin que celui d’une union stratégique entre l’ensemble des forces du mouvement national : c’est à dire la mise en cohérence, à travers des procédures démocratiques, de l’ensemble des forces qui placent au coeur de leur action la lutte pour le droit du peuple corse à la maîtrise de son destin.

Cette union est une nécessité non seulement au plan politique, mais également économique et social, où nous sommes largement défaillants par rapport aux exigences du terrain Elle ne se fera certes pas en un jour, mais il faut commencer à construire les contours, et à matérialiser sur le terrain la démarche de convergence des nationalistes.

Cette union stratégique passe nécessairement par le dépassement des querelles de personnes, des patriotismes de partis, ou les luttes d’influence.


Rinnovu

L’unité stratégique de tous les patriotes dans les luttes est une nécessité. Elle doit, après plus de 30 ans de lutte, s’inscrire dans le cadre d’une nécessaire refondation clarifiant et dépassant les errements du passé et fixant les modalités de leur évitement. Le pluralisme doit être basé sur des tendances, des courants d’idées suivant d’une part les choix de société (libéraux ou socialistes, multiculturalistes ou pas, etc.), et d’autre part suivant les objectifs institutionnels finaux recherchés (indépendance, fédération, autonomie). Nous redisons notre hostilité aux unions de façade, aux unions électoralistes, aux simples unions d’appareils. C’est ce genre de démarche qui entretient l’esprit de parti ou le tribalisme sans contenu idéologique et sans finalité stratégique.

Les organisations engagées dans Unione naziunale depuis 2004 énoncent elles-mêmes ces insuffisances et leurs déceptions. Il n’est pas question pour Rinnovu de s’y accoler car ce serait renforcer les rapports de force entre organisations au détriment d’un véritable projet refondateur de résistance répondant aux aspirations de la base militante et sympathisante.

A plus ou moins long terme, un mouvement pluraliste unitaire doit voir le jour et rassembler l’essentiel des patriotes. Les tendances organisées devraient y exprimer des courants d’idées : choix de société et choix institutionnels tels que nous venons de le dire. Nous sommes prêts à débattre de ce grand chantier de régénérescence avec l’aboutissement de ce mouvement de résistance. Nous engageons les organisations politiques actuelles à débattre et à entrevoir leur disparition au profit d’un tel mouvement stratégique.


Fronte Pupulare

Il existe une confusion entre 2 notions a savoir L’UNITE et l’UNION. L’unité consiste a se retrouver ensemble face aux nombreuses agressions que subit notre nation. On peut parler d’unité nationale.

L’union même si elle peut de prime abord paraître comme un mythe magnifique et séduire l’ensemble des patriotes pourrait très vite selon la forme qui lui est donnée s’avérer réductrice pour l’expression du mouvement national et dériver vers la création d’un parti unique. Il faut bien comprendre qu’a l’image de toutes les nations du monde la nôtre est également traversée par différents courants de pensée. Si de nombreuses organisations politiques composent le mouvement National Corse c’est que chacune est porteuse d’une sensibilité particulière. Chaque courant politique doit pouvoir s’exprimer. A Cunsulta Naziunale devrait être le lieu privilégié pour cette expression démocratique et plurielle. Le principe d’unité nationale doit s’exercer face au colonialisme français. En résumé il nous semble très réducteur et faux, voire dangereux d’expliquer la pluralité des organisations par des querelles de personnes ou des intérêts de partis. Cette réduction occultant le nécessaire débat démocratique interne à notre Nation.


Manca Naziunale

L’union n’a de sens que si elle est au service d’objectifs clairs et partagés par la majorité des nationaux. Les structures politiques ne peuvent pas être une fin en soi, mais des lieux de réflexions en vue d’actions sur les courts, moyens et longs termes. Nous ne croyons donc pas aux querelles de « personnes » mais plutôt à des flous parfois entretenus.

Cela peut servir des ambitions de carrières et des conceptions ou le pouvoir pour le pouvoir prime sur la défense des intérêts populaires. On ne fera donc pas l’économie d’un effort d’abord destiné à rendre les programmes lisibles, particulièrement en termes de projets de sociétés. Les questions d’éthiques devront être également abordées.

Peut-on tout faire ou tout se permettre au nom d’une prétendue défense de la Nation ? Le droit à l’autodétermination nous apparaît comme le socle commun, qui seul peut garantir l’aboutissement d’une revendication fondamentalement démocratique. Une volonté d’union stratégique y trouverait là une justification. Quant aux consultations électorales, s’il s’agit de se servir d’une tribune pour donner aux luttes une expression parmi d’autres, pourquoi pas. S’il s’agit de se compter entre nationaux pour déterminer qui aurait le plus de légitimité, alors là le piège se referme.


Ghjuvan Filippu Antolini (Cumitatu contr’à ARipressione)

Il faudra bien surmonter les écueils dont vous parlez pour arriver à l’objectif commun de tous les nationalistes, la libération de la Corse ! Ceux qui en sont encore aux querelles de personnes et qui ne seront pas capables de les dépasser montreront qu’ils font passer leurs intérêts personnels avant celui de la nation. Qui voudra en prendre la responsabilité ? Il est temps d’opposer à nos ennemis un front uni. C’est ce que les Corses attendent depuis longtemps.


Cuscenza Viva

Cette union stratégique n’est pas seulement envisageable, elle doit se concrétiser le plus vite possible. Dans un projet commun de résistance et de construction susceptibles de redonner confiance à l’ensemble des bases militantes et, au-delà, au peuple Corse. Les intérêts des Partis et des « personnes » s’effaceront si nous poussons tous dans la même direction. Nous restons quand même circonspects quant à la participation aux échéances électorales tant que cette union, appelée de tous les voeux, n’est pas réalisée. Pour l’instant, même l’assemblée de Corse a prouvé son impuissance face à l’état français : depuis le vote à l’unanimité de la reconnaissance du peuple corse jusqu’à l’adoption de la motion concernant le rapprochement des prisonniers. La priorité reste donc à l’organisation de la lutte de libération nationale, lorsque les troupes seront en état de marche nous participerons aux combats électoraux.


Norbert Laredo (I Verdi Corsi)

Poser ces questions indique bien les réponses que l’ensemble du mouvement national doit y apporter, tout particulièrement l’année du bicentenaire de la mort de Pasquale Paoli . Surmonter tous les obstacles que vous évoquez a constitué en effet la préoccupation essentielle et constante de Pasquale Paoli. Ce serait lui rendre véritablement hommage, en cette année 2007, de s’attacher à oeuvrer dans le sens d’une réunion stratégique de toutes les composantes du Mouvement National.


U Ribombu : La question de la clandestinité est-elle un frein à l’union ?

Saveriu Luciani (Coordination du Fiumorbu)


Pourquoi ne pas demander plutôt : la question de l’union est-elle un frein à la clandestinité ? Plus sérieusement, votre question devrait interpeller les mouvements clandestins puisqu’à ce jour, ils sont divisés… En soi, cette situation renvoie, qu’ils le veuillent ou non, un message brouillé à l’opinion publique corse.

Pour le militant public que je suis, en l’état actuel de la situation, il parait difficile de vouloir l’union enrubannée de préalables. Ce que nous défendons, ce que nous voulons, ce qui nous unit dans toutes les Pieve est bien plus fort que ce qui est souvent cité comme une ligne de partage, voire un clivage, entre nationalistes. Point besoin de démonstration.

La violence a-t-elle prouvé son inutilité ? A l’heure où beaucoup voient dans la clandestinité un bouclier, l’organisation du mouvement national doit quand même pouvoir créer à terme, y compris par la conquête de pans de souveraineté à l’échelon local (élections), les conditions de sa disparation. Reste le jeu de l’état français qui ne semble pas prêt à ouvrir un dialogue ou à proposer la moindre avancée… Peut être souhaite-t-il voir perdurer la configuration actuelle de notre lutte…


Jean-Guy Talamoni (Corsica Nazione Indipendente)

La naissance d’Unione Naziunale et le travail fait dans ce cadre, notamment à l’Assemblée de Corse, montre que cette question n’empêche nullement d’avancer sur ce qui est commun à tous les nationaux. La clandestinité n’est pas un problème pour les nationaux, ni même pour les Corses de façon générale. C’est le moyen que certains patriotes ont choisi pour défendre leur pays. C’est un choix difficile que chaque Corse devrait respecter.


Jean Christophe Angelini (Partitu di a Nazione Corsa)

Le P.N.C. a une position constante sur cette question, qu’il me paraît pas utile de rappeler tant elle est connue de l’opinion. En 2004, un point d’équilibre avait été défini entre les différents mouvements, notamment sur le thème de la violence politique. Les circonstances ont quelque peu bousculé cet équilibre, et suscité de fortes réactions au sein de la clandestinité, elle-même divisée. S’ils n’ont pas donné lieu à un éclatement de l’union, ces changements ont toutefois provoqué d’importants débats, particulièrement au sein du P.N.C.

En ce sens, et pour répondre directement, certaines positions de la clandestinité ont pu gêner le développement de l’Unione. Ceci étant posé, je pense que nous devrions surmonter ces contradictions et qu’une ouverture politique, à Paris comme en Corse, pourrait contribuer à faire bouger les lignes, y compris au sein de la clandestinité.

Rien n’est donc figé ou définitif et surtout, rien ne doit entraver le débat interne au Mouvement National, dans la cohérence et l’exigence de crédibilité, de popularité et d’efficacité.


A Chjama Naziunale

La question de la clandestinité doit être débattue, et d’abord au plan interne, sans tabou, ni langue de bois, dans un sens ou un autre. Nous avons pour notre part une approche pragmatique de la question de la violence clandestine : elle est le produit d’une situation politique et ne disparaîtra durablement, puis définitivement, que si on crée les conditions politiques de cette disparition. Cette réalité ne dispense pas d’une réflexion vraie, et sincère, sur les mérites, mais aussi les limites, les inconvénients, les dangers de l’action clandestine. Et la réflexion ne se limite pas à la question de la légitimité d’une riposte à une politique d’Etat qui est incontestablement elle aussi d’une grande violence. Il faut écouter, sur la question de la violence clandestine, ce que disent non seulement les nationalistes, mais également l’ensemble de la société corse, qui attend de tous les nationalistes, et donc y compris des clandestins, qu’ils ouvrent des perspectives et permettent d’espérer en l’avenir.


Rinnovu

Elle n’a pas été un frein pour créer l’union électorale Unione naziunale malgré des positions apparemment antagonistes La notre est connue : Rinnovu a choisi une lutte publique.

D’autres patriotes ont choisi un autre moyen de résistance et payent un lourd tribut pour l’émancipation du peuple corse. Nous respectons leur choix dans la mesure où leurs interventions respectent les valeurs qui fonde notre peuple en excluant l’affairisme et les volontés d’hégémonie. Par ailleurs ce qui peut être un frein à l’unité, c’est l’absence de débats de fond, y compris sur les dérives de la lutte. Le renouveau des pratiques et des hommes est un impératif. Les nationalistes doivent redevenir pour les Corses, un repère fort en terme d’équité sociale et d’ éthique politique.


Fronte Pupulare

Nous venons d’exprimer notre sentiment sur ce terme d’union. Pour ce qui est de la clandestinité, il ne faut y voir qu’un moyen de lutte différent utilisé par des patriotes qui perdent espoir dans la lutte dite légale. Cette différence de moyen de lutte ne constitue pas pour autant une différence politique profonde.

Les visions politiques, économiques, sociales ou même sociétales peuvent être communes entre un mouvement clandestin et un mouvement dit “légal”. Ces visions peuvent par contre être différentes entre 2 mouvements pratiquant le même type de lutte.

Considérant donc la clandestinité uniquement comme un moyen de lutte différent utilisé par certains patriotes elle ne semble en aucun cas empêcher l’unité nationale entre mouvements “légaux”.


Manca Naziunale

La question de la clandestinité ne se résume pas au frein éventuel en vue d’une union. Sommes-nous d’abord certains que tous les espaces des luttes dites de masses sont occupés ? Il est bien possible que des nécessités d’actions publiques soient incontournables. Prenons le sujet des centaines de « PLU » qui sont en voie d’élaboration, mais dont nous savons d’ors et déjà qu’ils constituent une atteinte gravissime à nos espaces naturels et qu’ils autorisent une spéculation immobilière et foncière sans précédent.

C’est là, l’affaire de tous les nationaux que de se mobiliser et d’organiser la résistance en invitant le Peuple à défendre ses propres conditions de vie. Sommes nous tous bien conscients des enjeux ? Et surtout, sommes nous tous en phase, par rapport au tout tourisme où a une vision de ce que devrait être la maîtrise de nos moyens de transport ? Tant que ces sujets (parmi d’autres) n’auront pas fait l’objet de débats de fond, il demeurera difficile de donner à des propositions d’union ou d’unité, un contour précis. A Manca Naziunale a toujours donné ses points de vue en ce qui concerne le débat sur la clandestinité et la violence politique (ce qui n’est pas nécessairement la même chose). Nous sommes donc prêts à rechercher toutes les convergences possibles afin de favoriser les luttes et leurs aboutissements. La pluralité politique est un acquis précieux que toutes les volontés d’unions ou d’unité devront prendre en compte.


Ghjuvan Filippu Antolini (Cumitatu contr’à ARipressione)

Non, elle ne devrait pas l’être. Il appartient à chacun de faire en son âme et conscience les choix qu’il estime justes pour lutter. L’union stratégique, cela veut dire qu’il faut que les nationalistes, toutes tendances confondues, soient capables de se retrouver sur le terrain, comme cela est le cas depuis deux mois. Il faut que l’on continue à se retrouver sur les points qui nous unissent et ne pas s’arrêter à ce qui nous divise. Chacun doit garder ses idées, mais il est indispensable que sur tous les terrains de lutte ou cela est possible, nous avancions ensemble.


Cuscenza Viva

Non, certainement pas ; nous avons vu de quelle façon se sont organisées spontanément la solidarité et l’unité du mouvement autour des clandestins morts pour la Corse. Cet élan spontané a permis la création de la plateforme « Resistenza » initiée par la Coordination du Fiumorbu. Cette forme de combat et ceux qui l’adoptent doivent être respectés par tous. Nous ne devrons jamais rendre vains les sacrifices consentis par les clandestins et leurs familles.


Norbert Laredo (I Verdi Corsi)

Cela est compréhensible, mais il est évident également que si la démarche nationale dans toute la diversité de ses composantes était porteuse d’un projet global de société, l’espoir émergerait alors au sein du peuple corse qu’il devient possible de mettre en place une véritable alternative à vocation majoritaire.

Le rassemblement de toutes les énergies militantes afin d’expliquer et convaincre de l’intérêt pour tous d’accompagner la démarche nationale, serait alors grandement facilité.


U Ribombu : Selon vous, la Cunsulta Naziunale ne devrait-elle pas se substituer à la coordination du Fiumorbu, et jouer ainsi son véritable rôle fédérateur ?

Saveriu Luciani (Coordination du Fiumorbu)


A l’heure actuelle, décréter la disparition de l’une au profit de l’autre apparaitrait comme une grave erreur. Il est évident que si la Cunsulta fonctionnait bien, était réellement représentative de toutes les sensibilités du mouvement national, a Cuurdinazione n’aurait aucune raison d’être. Or, nous n’en sommes pas là. Il faut appréhender les deux entités comme deux espaces différents, qui ne se trouvent pas sur le même niveau. L’important ? L’avenir reste au débat sur la construction d’un outil, peut être l’avènement d’un grand parti à tendances.


Jean-Guy Talamoni (Corsica Nazione Indipendente)

Nous avons fait cette proposition. La Cunsulta nous paraît être le cadre idéal pour une union la plus large possible. Mais le PNC et la Chjama refusent, pour l’heure, d’y entrer. En revanche, les trois organisations étudiantes ont décidé d’appeler les jeunes Corses à rejoindre A Cunsulta. Nous avons enregistré cette prise de position avec beaucoup de satisfaction. Il est bon que ce soient les étudiants de notre Université qui montrent le chemin de l’union. J’en profite pour saluer les « Scontri » internationaux organisés ces derniers jours par ces étudiants qui, comme à l’époque de Paoli, constituent la richesse de l’Université et l’avenir de la Nation.


Jean Christophe Angelini (Partitu di a Nazione Corsa)

Nous avons, là aussi, une position régulière et parfaitement admise au sein de notre peuple. A Cunsulta ne nous paraît pas aujourd’hui un espace prioritaire et pertinent pour des raisons de stratégie, de méthode et même de conception du combat politique. Nous sommes toutefois disposés à débattre régulièrement, au-delà du P.N.C. ou d’Unione Naziunale, sur des thèmes à déterminer. Nous pensons en outre qu’aucun espace en particulier ne peut se substituer à a Cuurdinazione di u Fiumorbu, pour au moins 2 raisons : Premièrement, celle-ci a joué un rôle central ces dernières années, de la réconciliation de 1999 à la manifestation du 13 janvier 2007, et nous sommes persuadés qu’elle a encore un certain nombre de « missions » à remplir. Deuxièmement, a Cuurdinazione, l’Unione, et tous nos mouvements respectifs ont vocation à fédérer, sur les bases éventuelles d’un nouveau contrat, d’un autre pacte, l’ensemble du Mouvement National. Donc, prudence face à la tentation de créer en permanence de nouveaux espaces, au détriment de la lisibilité et de l’impact politiques.


A Chjama Naziunale

Il faut là encore être pragmatique. Rappelons d’abord que la recherche de la convergence, puis de l’union, entre tous les nationalistes est une des raisons d’être de la Chjama. Elle n’a pas pu être, en 2004, aussi complète que nous l’aurions souhaité. Encore faut-il rappeler que nous partions de loin, c’est à dire d’une situation de désunion et de non-communication quasi-totale entre les principales forces nationalistes. Nous avons donc avancé, et il faut aller plus loin, en tenant compte de la réalité et de l’existant.

Si la Cunsulta naziunale est un espace de dialogue, d’échanges entre les nationalistes, cela est utile ; l’évolution satisfaisante des contacts permettrait éventuellement à cet outil d’évoluer vers d’autres contenus. Par contre, si Unione Naziunale dont le bilan est satisfaisant devait disparaître au profit de la Cunsulta, nous y serions défavorables.


Rinnovu

La Cunsulta est un outil émancipateur qui cherche à promouvoir un contre-pouvoir constitutionnel. Il s’adresse à tous les patriotes, sur la base de la libre adhésion individuelle.

Par son rôle législatif et la force de son corps électoral légitime la Cunsulta peut prendre des décisions importantes et donner à la lutte des repères forts. Elle peut être un instrument fédérateur d’internationalisation de la lutte en s’adressant à l’ONU ou à l’Europe pour obtenir notre reconnaissance en tant que peuple. La Cunsulta Naziunale, véritable projet constitutionnel alternatif est pour nous l’espace stratégique à long terme qui doit être investi prioritairement par tous les patriotes organisés ou non.

La coordination du Fiumorbu est un regroupement spontané et conjoncturel de patriotes issus de toutes les composantes. Son mérite principal a été il y a 8 ans de transcender les clivages et les positions antagonistes dans le mouvement national pour aboutir à « l’accord historique de Migliacciaru » et plus récemment à relancer le débat de fond sur la situation du mouvement national avec l’avènement d’une nouvelle dynamique dont la manifestation RESISTENZA de Bastia est le point de départ.


Fronte Pupulare

Voila un thème qui pour nous est capital : A Cunsulta Naziunale. Elle doit être la représentation élue de notre Nation. La fille de la Cunsulta di a Casabianca qui le 13 et 14 juillet 1755 a donné naissance a notre Etat indépendant sous la direction de Pasquale Paoli. Dans la Cunsulta seront appelées a siéger toutes les composantes du mouvement National. Leur représentativité sera celle que notre nation leur aura démocratiquement fixé par son vote.

Il est plus qu évident et logique que c’est au sein de cette Cunsulta que doivent se faire entendre tous les courants du mouvement national. C’est là que doivent se discuter et se prendre toutes les orientations et décisions de notre nation dont elle sera la seule expression légitime.


Manca Naziunale

Ce serait une erreur. La coordination du Fiumorbu a dans la période une importance vitale car elle permet de mobiliser des énergies, dans le cadre d’un large front anti-colonialiste.

La Cunsulta Naziunale à une vocation première : celle de créer les conditions en vue de la mise en place d’une représentation démocratique de la Nation en lutte. Ce qui implique un travail de fond en termes d’adhésions et de mise en place des moyens pratiques. Bien entendu, il nous faut convaincre les sceptiques où celles et ceux qui ne mesurent pas encore l’importance stratégique de ce processus. Les deux démarches sont actuellement complémentaires. La première permet à celles et ceux qui ne sont pas encore acquis aux principes du droit à l’autodétermination de participer à des mobilisations larges. La seconde pose les bases d’un pouvoir indépendant du peuple Corse et ce, en fonction de sa seule volonté.


Ghjuvan Filippu Antolini (Cumitatu contr’à A Ripressione)

La Cunsulta Naziunale peut tout à fait être la structure qui permet à tous les nationalistes de se retrouver pour discuter, débattre et prévoir ensemble des actions communes pour être présents sur tous les terrains de lutte. Du débat et de la confrontation ne peuvent que naître des idées nouvelles et intéressantes pour défendre notre patrie qui est bien en danger aujourd’hui. Au-delà des sigles, des terminologies et des appareils, ce qui est important c’est l’union sacrée pour la sauvegarde de la nation.


Cuscenza Viva

Ce sont deux entités différentes. La première est un atout pour favoriser le jeu institutionnel démocratique et roder ce qui doit devenir à terme un véritable parlement où chaque tendance pourra s’exprimer librement.

La seconde ne doit pas prendre le caractère éphémère qu’a malheureusement connu le fameux Comité du Fium’orbu. Il doit au contraire rester cette plateforme de résistance qui nous permettra, en commun, de trouver des axes de combat pour contrer les attaques aussi diverses que sournoises de l’état français. Pour ce faire, il faut évidemment décentraliser la Coordination et créer à l’échelon local des cellules dans toutes les villes ou les régions de Corse qui joueront le même rôle sur tous les terrains de lutte.


Norbert Laredo (I Verdi Corsi)

Pour I Verdi Corsi, il s’agit là de deux lieux complémentaires correspondant à des niveaux différents. A Cuurdinazione di u Fiumorbu jouit d’une image symbolique très forte de rassemblement de toutes les sensibilités du Mouvement national. Elle a à son actif l’apaisement intervenu en 1999 grâce à l’accord de Migliacciaru après la spirale dramatique que nous avons tous en mémoire. Et tout récemment nous avons pu constater le rôle essentiel qu’elle a joué, dans le droit fil de l’esprit du Babbu di a Patria. A cet égard, nous pensons qu’elle doit, en cette année du bicentenaire, poursuivre son action car la commémoration ne peut se résumer pour le Mouvement national à ce temps très fort qu’a constitué la journée du 3 février à Ghisunaccia et à la présence d’une délégation à Merusaglia le 5 février lors des cérémonies officielles.

Au-delà d’importantes manifestations populaires de type festif comme celle du 24 février à Bastia, nous considérons qu’il est essentiel d’approfondir notre connaissance de l’oeuvre et des engagements de Pasquale Paoli en les plaçant en perspective des défis auxquels la société corse est confrontée aujourd’hui pour se construire.

Dans le même temps, I Verdi Corsi considèrent qu’il est très important de mettre en place A Cunsulta Naziunale dans les meilleurs délais. Celle-ci constituera un espace d’échange et de réflexion pour tous types de thèmes intéressant l’avenir de la Corse, et permettra de dégager par recours au vote majoritaire des avis sur des axes d’orientation, qu’il s’agisse du vote des représentants élus en son sein ou de l’ensemble des membres de son corps électoral qui sera constitué des personnes ayant effectué une démarche individuelle d’inscription volontaire.

A Cunsulta Naziunale pourra ainsi devenir un lieu d’expression majeure de la démocratie participative pour tout(e) citoyen(ne) de Corse rattaché(e) ou non à un parti politique existant ou futur.


U Ribombu : Toutes tendances confondues, il y a près de 70 prisonniers politiques actuellement incarcérés dans les prisons françaises. Votre sentiment à ce sujet ? Quelqu’un disait l’autre jour, au débat de la coordination, qu’ils font partie de la solution...

Saveriu Luciani (Coordination du Fiumorbu)


J’aurai peut être l’air d’enfoncer une porte ouverte en répétant que la question des prisonniers politiques est une question éminemment politique. Tous ont droit à notre respect et à notre soutien pour leur engagement, leur sacrifice, et surtout pour la situation inacceptable dans laquelle ils se trouvent. Améliorer leurs conditions de détention, avec tout ce que cela comporte, semble une priorité.

Arracher leur libération, dans le cadre d’une solution négociée est l’un des impérieux devoirs du mouvement national.


Jean-Guy Talamoni (Corsica Nazione Indipendente)

Mon sentiment est qu’à cet égard, les responsables parisiens se sont totalement déshonorés. J’ai entendu, il y a quelques jours, le premier ministre français dire devant le Congrès, au sujet du corps électoral calédonien, qu’il fallait respecter la parole donnée par la France. Sur ce point, on peut difficilement le contredire. Mais alors, pourquoi ne respecte t-il pas la parole donnée par la France il y a quelques années à la Préfecture d’Aiacciu, à travers quatre membres du gouvernement - dont le premier ministre -, s’agissant du rapprochement des prisonniers ? En tout état de cause, les choses doivent être claires : les militants corses n’ont pas vocation à demeurer en prison, que ce soit à Borgu ou ailleurs. Leur rapprochement ne peut constituer qu’une situation transitoire. Notre revendication fondamentale demeure leur libération.


Jean Christophe Angelini (Partitu di a Nazione Corsa)

Quelque soit la position des différents mouvements sur les moyens du combat politique, je pense que la solidarité à l’égard de nos prisonniers est sans faille.

Leur situation est indissociable de tout processus de règlement politique, et il nous paraît important que le gouvernement débute son action dans ce domaine par le respect des engagements pris il y a plusieurs années, notamment en matière de rapprochement sur la Corse.


A Chjama Naziunale

La question des prisonniers politiques est au coeur de nos préoccupations, et le mouvement dans son ensemble doit la porter plus haut et plus efficacement encore. Il faut d’abord lutter pour un statut de prisonnier politique, contre les dérives de la plice et de la justice anti-terroriste, et pour le rapprochement de tous les prisonniers. Par ailleurs, la perspective politique reste plus que jamais la libération de tous les prisonniers politiques, dans le cadre d’une solution politique d’ensemble.


Rinnovu

Par rapport à la population corse leur proportion est signe une implacable répression. Sarkozy s’est d’ailleurs vanté d’être celui qui a enfermé le plus de nationalistes.

Leur sacrifice est un point de levier de la lutte et en solidarité avec ces patriotes nous devons mener une lutte d’émancipation pour obtenir une “feuille de route” qui amènera avec l’issue du conflit leur libération. Nous revendiquons dans l’immédiat un statut politique pour les militants emprisonnés pour des faits politiques en lien direct avec la lutte de libération.

Face aux sacrifices sans cesses croissants de ces patriotes et aux lourd tribut supporté par leurs proches, nous devons avoir plus que jamais une attitude militante exemplaire en tirant les leçons du passé, pour aboutir enfin à la Refondation tant attendue du mouvement national.


Fronte Pupulare

Les patriotes détenus dans les prisons françaises sont très nombreux et le nombre de patriotes emprisonnés depuis 1973, date de la grande manifestation nationale contre les boues rouges, est affolant. A ce nombre s’ajoute malheureusement des drames humains, la mort de patriotes, la souffrance des familles des proches… Tout ces sacrifices ont une seule et unique origine: La main mise du colonialisme français sur notre pays, avec pour corollaire la situation faite a notre Nation.

Seul le règlement politique de la question nationale corse et la libération de notre pays entraînera la libération des patriotes et évitera a de nombreux autres la route des prisons et d’autres drames terribles.


Manca Naziunale

Pour les révolutionnaires, la prison et tous les moyens de coercition ne pourront jamais trouver de justification. Que l’on ne compte donc pas sur nous pour aboyer avec la meute de tous ceux qui réclament de l’ordre et de la sécurité, tout en oeuvrant pour le maintien d’institutions et de systèmes économiques fondés sur l’injustice et toutes les formes d’exploitations. Voilà pour nos principes généraux. En ce qui concerne la question actuelle, nous sommes pour un rapprochement des prisonniers et pour leur libération sans que cela ne puisse faire l’objet d’un chantage de la part de l’État. En clair, si des négociations devaient s’ouvrir en vue d’une solution politique qui prenne réellement en compte les revendications du mouvement national, la question des détenus politiques ne pourrait être évoquée qu’aux termes du processus, afin d’éviter encore une fois toutes les formes de pression.


Ghjuvan Filippu Antolini (Cumitatu contr’à ARipressione)

Le Comité Anti Répression a vocation à disparaître, et nous espérons pouvoir le faire le plus vite possible. Le CAR a fait des propositions très claires à la Coordination du Fiumorbu en ce qui concerne la place des prisonniers politiques dans la résolution du problème corse. Elles se résument de la manière suivante : “Tout début de règlement de la question corse devra passer par des gestes d’apaisement concernant nos prisonniers. Un premier geste doit être la simple application des lois communes et des directives européennes avec le transfert immédiat de tous les prisonniers politiques en Corse. Après le transfert de tous nos prisonniers en Corse, en même tant que la résolution du problème politique corse par la négociation, il est important d’obtenir que tous ces prisonniers soient reconnus par l’Etat français comme des prisonniers politiques en leur octroyant un statut spécifique. Cette mesure qui ne pourra être considérée que comme transitoire devra être insérée dans les lois françaises.

Enfin, la dernière étape, après la résolution du problème corse, ne pourra être que la libération de tous ces prisonniers, l’arrêt de toutes les poursuites contre des militants nationalistes corses, l’effacement du casier judiciaire de toutes les personnes ayant été condamnées pour des actes de résistance ou de personnes ayant été condamnées en raison de leur engagement politique, ainsi que l’annulation de toutes les condamnations civiles y compris les condamnations financières.

En attendant un début de résolution du problème politique corse, que ce soit par la négociation ou d’une autre manière, il est indispensable que tous les nationalistes corses apportent une réponse commune aux velléités répressives de l’Etat français. Tous les militants nationalistes et toutes les organisations nationalistes signataires doivent :

S’engager à se mobiliser pour empêcher que d’autres patriotes corses ne soient arrêtés et incarcérés ;

S’engager à soutenir tous les prisonniers politiques corses ;

S’engager à soutenir l’action de tous les comités de défense des prisonniers politiques corses (participation aux soirées et aux mobilisations populaires, que ce soient des rassemblements, des manifestations ou des conférences de presse, soutien financier quand cela est possible) ;

S’engager à tout mettre en oeuvre pour obtenir la mise en place d’un statut de prisonnier politique ;

Affirmer solennellement que la résolution du problème politique corse ne pourra pas être envisagée tant qu’il restera ne serait-ce qu’un prisonnier politique corse dans les prisons françaises.”


Cuscenza Viva

Les prisonniers politiques, tous les prisonniers politiques doivent certes rester au centre de nos préoccupations mais il faut surtout les faire participer à la lutte. Au sein des établissements pénitentiaires, ils communiquent entre eux et se tiennent informés de tout ce qui se passe dans leur pays ; leurs commentaires sont souvent avisés et pertinents, nous devons en tenir compte. Nous devons exiger, sans relâche, leur statut de détenu politique et leur rapprochement. La tentative d’assassinat d’Alain Ferrandi et Philippe Fabri, à Clairvaux, aurait-elle eu lieu si ces deux exigences avaient été satisfaites ?


Norbert Laredo (I Verdi Corsi)

La question douloureuse des prisonniers politiques fait pleinement partie de la solution politique globale à laquelle nous aspirons pour sortir de l’impasse où se trouve la Corse. Cette question doit nous inciter à oeuvrer au plus vite pour mettre en place une stratégie d’union de l’ensemble des composantes du Mouvement national, afin de changer la donne politique en Corse. Dans l’immédiat, nous demandons le rapatriement dans l’île de tous les prisonniers politiques.


U Ribombu : Dans 2 mois, la France aura un nouveau Chef d’Etat. La Corse peut-elle en attendre quelque chose de nouveau ?

Saveriu Luciani (Coordination du Fiumorbu)


Sans attendre quelques chose de nouveau, un nouveau président c’est déjà du nouveau , en mieux ou en pire ? Chaque campagne électorale apporte son lot de surprises, bonnes et mauvaises. La Corse peut-elle attendre ? A mon sens, dans un processus de reconstruction du nationalisme, il vaut mieux prendre de l’avance, il y aura alors moins à attendre qu’à recevoir. En cette période, tout commentaire me semble superflu… Reste notre capacité à peser sur notre propre histoire et sur notre propre destin.


Jean-Guy Talamoni

(Corsica Nazione Indipendente) Nous n’avons pas vocation à prédire l’avenir. Pour notre part, avec d’autres peuples sous tutelle française, comme les Basques ou le Polynésiens, nous avons signé l’été dernier une déclaration commune demandant la reconnaissance et le respect de nos droits nationaux. Il y a quelques jours, nous avons présenté cette déclaration à Paris et interpellé les différents candidats à ce sujet. À présent, nous attendons les réponses. D’ores et déjà, certains se sont positionnés. Dans quelques semaines, nous informerons l’opinion des réponses obtenues…


Jean Christophe Angelini (Partitu di a Nazione Corsa)

Il est trop tôt pour affirmer précisément quelles sont les options des principaux candidats à l’élection présidentielle sur la question Corse. Je voudrais donc rappeler les grands principes qui guident notre action. En premier lieu, nous restons attachés à l’idée d’un processus de paix incluant l’ensemble des parties en présence, démocratique et étapiste. L’initiative de son ouverture doit être prise dans les meilleurs délais, à l’aune des revendications du Mouvement National et des forces progressistes, et sans préjuger totalement du résultat définitif. En second lieu, aucun mouvement ou parti n’a vocation à devenir l’interlocuteur unique et privilégié du prochain pouvoir à Paris.

Il nous faudra engager de nouvelles négociations dans la transparence et l’union, sauf à vouloir renouer avec les démons du passé. Enfin, aucune discussion ne pourra aboutir sans que les nationalistes se réunissent pour approfondir les termes de leur projet commun, et proposer une offre politique dynamique et globale. Il est illusoire d’attendre de l’Etat qu’il nous livre les éléments de la solution, si nous ne faisons pas l’effort de tenter de les définir nous mêmes.


A Chjama Naziunale

La Corse doit compter sur elle-même, ses ressources, sa volonté. Seule l’évolution du rapport de force politique est de nature à conduire le nouveau chef de l’Etat, et plus généralement le pouvoir politique français, à rechercher une solution conforme aux intérêts et droits légitimes du peuple corse.


Rinnovu

Il ne sert à rien de quémander maintenant ou de rencontrer tel ou tel. Les principaux candidats de gauche comme de droite ont fermé la porte, affirmant une volonté normalisatrice avec le refus de reconnaître le peuple corse et son droit à la liberté politique. Dans ce contexte nous appelons les nationalistes à refuser les discussions préalables tant avec les partis nationaux français de gouvernement qu’avec des intermédiaires occultes. Ce sont ces mêmes manoeuvres dilatoires qui lors de précédentes échéances ont favorisé l’émergence des hommes choisis par Paris, et ont conduit en corollaire aux luttes fratricides.

Par contre, nous affirmons que nous devrons amener le futur président ou présidente à engager les débats institutionnels et politiques en vue de tracer une « feuille de route » pour le règlement de la question nationale corse.


Fronte Pupulare

Les élections présidentielles françaises ne sont porteuses d’aucun espoir pour notre pays. Nous avons déjà évoqué la situation bloquée, l’impasse.... Il y a 26 ans en 1981, l’élection présidentielle était porteuse d’un certain espoir, évolution institutionnelle, libération et amnistie des patriotes, ouverture de l’université, ouverture des médias...

En 2007 aucun des candidats susceptibles de accéder aux responsabiltés de chef de la France n’est porteur du moindre espoir pour notre peuple. D’où notre appel à l’abstention en Corse.


Manca Naziunale

La désignation d’une nouvelle tête au sommet de l’État Français ne se résume pas à une banale opération de marketing politique. C’est donc sur le fond qu’il faudrait pouvoir juger des aspects qui concernent notre pays. Pour l’heure un seul candidat s’est exprimé en faveur de la reconnaissance de nos droits nationaux tout en réclamant des mesures de rapprochement des prisonniers politiques dans un premier temps puis leur libération dans le cadre d’un processus d’autodétermination.

En dehors de Besancenot, les autres se caractérisent soit par des discours hyper sécuritaires comme ceux de Sarkosy qui nous promet par ailleurs de favoriser le tout tourisme. Les soutiens apportés à la candidate du Parti Socialiste en Corse (Giaccobbi, Zuccarelli) ne laissent rien augurer de bon pour notre pays. Il est donc bien clair que nos combats ne finiront pas le soir d’un deuxième tour des présidentielles.


Ghjuvan Filippu Antolini (Cumitatu contr’à A Ripressione)

Je crois malheureusement que l’espoir qu’avait suscité les prises de positions courageuses de Lionel Jospin ne sera pas suivi d’effet car la candidate socialiste fait peutêtre preuve d’une grande bravitude, mais avec des alliés comme Zuccarelli et Chevènement on ne peut rien espérer de cette candidature.

Nicolas Sarkozy nous ayant déjà montré son vrai visage à plusieurs reprises, je peux dire que la Corse n’est pas concernée par cette élection franco-française. Il appartiendra au mouvement national de prendre la décision de savoir si nous allons ou pas soutenir au premier tour un « petit » candidat, ils sont trois à avoir fait savoir qu’ils étaient favorables à certaines de nos revendication, Besancenot, Bové et Voynet. Il ne faudra pas oublier que le député européen vert Jean-Luc Benhammias nous a soutenu lorsque nous en avions besoin en nous ouvrant les portes du parlement européen pour défendre les prisonniers politiques et en prenant position de manière courageuse à la veille du procès Castela Andriuzzi.


Cuscenza Viva

Dans le contexte européen actuel, le futur Chef de l’état français peut-il continuer, comme ses prédécesseurs, à ignorer le problème politique corse ? L’état français peut-il rester le dernier état jacobin ? La réponse à ces deux questions se trouve dans la volonté que mettra la résistance corse à se hisser au niveau des enjeux. Nous devons faire en sorte que le problème politique corse soit posé en termes clairs de façon à ce qu’il devienne incontournable pour tous les français donc pour leur président.


Norbert Laredo (I Verdi Corsi)

En l’état de leurs déclarations, aucun des deux principaux candidats n’est animé par un esprit d’ouverture à l’égard d’une solution politique pour la Corse. C’est pourquoi, au-delà du premier tour lors duquel I Verdi Corsi appelleront à voter en faveur de Dominique Voynet, candidate des Verts, certains d’entre nous envisagent aujourd’hui d’appeler à voter « nul » au second tour en inscrivant sur le bulletin de vote « Suluzione pulitica »


U Ribombu : Les nationalistes doivent-ils, éventuellement, se présenter aux élections législatives ?

Saveriu Luciani (Coordination du Fiumorbu)


En tant que porte parole de la coordination, je ne suis aucunement habilité à répondre à cette question. Mais je m’interroge ? Laisser le terrain électoral aux forces du clan est- ce une solution ? C’est un débat récurent au sein de notre mouvance, depuis toujours. Dans l’absolu, « tuttu u lasciatu hè persu ! ».

Doit-on y voir un piège ? Un enjeu francofrançais ? Mais pour autant, peut-on donner procuration à l’immobilisme ? Difficile de dire « Resistenza, occupons tous les terrains » et aller à la pêche certains dimanches…


Jean-Guy Talamoni (Corsica Nazione Indipendente)

C’est une question qui est actuellement examinée, de façon interne, par Corsica Nazione Indipendente. Vous comprendrez que nous réservions la teneur de notre position pour l’exprimer devant les militants, qui se réuniront bientôt pour traiter cette question.


Jean Christophe Angelini (Partitu di a Nazione Corsa)

Pour le P.N.C, comme pour beaucoup d’autres, c’est un impératif d’ordre stratégique. Si nous voulons peser sur les prochaines évolutions, et préparer efficacement les élections municipales, nous devons assurer une présence massive à cette consultation générale, la première depuis les Territoriales de 2004. Les législatives sont pour nous une étape importante de la lutte institutionnelle, au regard notamment de la personnalité des députés sortants, et de l’implication de certains d’entre eux contre toute solution de progrès et d’avenir dans ce pays.


A Chjama Naziunale

Les nationalistes doivent à notre avis être présents sur tous les terrains de lutte, notamment institutionnels, et donc y compris lors des élections législatives. Dans l’idéal, le principe et les modalités de participation devraient être discutées ensemble, et cela peut au demeurant être un premier banc d’essai, relativement à la volonté de dialogue interne à notre famille politique.


Rinnovu

Les législatives de la France n’ont aucun intérêt stratégique pour un nationaliste corse à ce stade de la lutte. Elles pourraient avoir un intérêt tactique car elles offrent un espace de dialogue public, une tribune politique.

Mais elles ne doivent pas être le prétexte à une dérive légaliste électoraliste ,à des arrangements unilatéraux avec le pouvoir français ou à une nouvelle union « aux forceps » qui se ferait au détriment des bases fondamentales de la lutte et de la résistance.

Le Rinnovu dans ce cadre tactique de l’occupation du terrain électoral n’a pas encore pris de décisions sur son positionnement pour les échéances législatives. Notre positionnement sera fondé sur l’analyse du contexte global.


Fronte Pupulare

Les élections législatives? Cette formulation appelle déjà une remarque. Ces élection consistent a élire les représentant de la Nation au sein de l’assemblée législative de cette même nation. En corse cela équivaudrait donc a élire la Cunsulta Naziunale. Dans ce cas la question ne se pose évidement pas.

Si par contre par élections législatives vous entendez législatives françaises qui vont élire l’Assemblée Nationale française, il est évident que ces élections ne concerne pas notre nation Y participer ne présente aucun intérêt autre que d’être une “tribune” politique pour le mouvement national. A-t-il besoin de cette tribune? il faudra en juger le moment venu. Cependant une élection législative est pour nous capitale, c’est celle de la Cunsulta naziunale.


Manca Naziunale

Nous comptons convaincre la majorité des nationaux que le fait de s’inscrire sur les listes électorales du peuple Corse constitue une priorité patriotique et un vrai geste démocratique.

Si des responsables nationalistes veulent se présenter aux législatives nous espérons que ne sera pas au détriment de la Cunsulta Naziunale. La démarche « Resistenza » est par ailleurs là pour nous prouver que la recherche d’axes de luttes communs ne signifie pas le monolithisme politique. A Manca n’ira pas à cette élection et nous souhaitons que l’électorat nationaliste ne soit mobilisé qu’au seul service des intérêts de notre peuple, ce qui nous évitera, peut être, des confusions qui pourraient apparaître comme des combinaisons électorales.


Ghjuvan Filippu Antolini (Cumitatu contr’à ARipressione)

Les élections pour les nationalistes sont pratiquement impossibles car le système démocratique est faussé par la fraude électorale massive et avec la complaisance du pouvoir français. Le clan a tous les leviers, emplois, marchés publiques, prébendes, passe-droits... qui sont des outils puissants d’aliénation de l’électeur.

A titre personnel, je pense que les indépendantistes corses ne doivent pas se présenter à des élections législatives françaises. Cela dit, si nous restons dans l’esprit du Fiumorbu, et si les nationalistes unis se présentent aux élections, cela pourrait être une occasion de faire entendre nos idées et d’occuper le terrain médiatique en continuant notre combat pour obtenir une solution politique et la libération de tous les prisonniers.


Cuscenza Viva

Non, ou alors présentez-nous le Léopold Sédar Senghor capable de faire l’unanimité autour de sa candidature et d’exprimer la corsitude au sein de l’Assemblée Nationale française.

Nous menons une lutte de libération nationale, pas un combat politicien.


Norbert Laredo (I Verdi Corsi)

Pour I Verdi Corsi, le Mouvement national doit être présent et mobiliser son électorat lors des élections législatives. Nous souhaitons que cette participation s’effectue dans le cadre du rassemblement de toutes ses composantes.


U Ribombu : 2007 marque le bicentenaire de la mort de Pasquale Paoli. Si son oeuvre politique appartient à l’ensemble du Peuple Corse, ne pensez-vous pas tout de même que certains chefs clanistes de droite et de gauche tentent une opération de récupération ?

Saveriu Luciani (Coordination du Fiumorbu)


Le long combat mené par le nationalisme tout au long du Reacquistu a sûrement porté ses fruits. Paoli n’appartient plus qu’à l’histoire des corses, il appartient à l’histoire universelle du combat pour la liberté, aux côtés de Mandela, de Che Guevara, de George Washington. U Babbu di a Patria a retrouvé sa place dans l’histoire que seule l’histoire des vainqueurs a essayé un temps d’effacer.

Alors, oui, il faut se réjouir de voir les fils de ceux qui militaient pour l’histoire des vainqueurs gérer cette année 2007. Si ce n’est pas une captation d’héritage, ni forcement du révisionnisme de droite ou de gauche, c’est au moins de leur part une belle leçon d’opportunisme.

Malgré leurs célébrations en écharpe tricolore, nous ne rendrons pas à César ce qui n’appartient pas à César. Le Pasquale Paoli célébré en 2007, c’est d’abord la victoire de la permanence d’une lutte entamée bien avant Ponte Novu. Puntu è basta ! Quant aux Césars du Conseil Général ou de la CTC, espérons qu’ils s’en souviennent au lendemain des élections présidentielles ou législatives…


Jean-Guy Talamoni (Corsica Nazione Indipendente)

Il est assez amusant d’enregistrer autant de nouvelles adhésions au Paolisme ! En ce qui concerne les opérations de récupération, elles sont assez dérisoires et vouées à l’échec. En effet, Pasquale Paoli a suffisamment écrit pour que sa pensée soit connue. À condition toutefois que l’on se donne la peine de lire et de tenir compte de ce qui est écrit ! Dans le cas inverse, on peut aussi considérer que Paoli était l’homme de la Révolution française, que Tamerlan était un humaniste et que Che Guevara était un agent de la CIA !


Jean Christophe Angelini (Partitu di a Nazione Corsa)

Incontestablement. Mais je pense sincèrement que la manoeuvre à fait long feu et que les commémorations organisées par les nationalistes, sans volonté de caporaliser ni esprit partisan, ont ramené ces tentatives à leur triste réalité : des gesticulations sans lendemain.


A Chjama Naziunale

Pasquale Paoli appartient à tous les Corses, qu’ils soient nationalistes ou pas. Son message et son action restent plus que jamais d’actualité et nous enseignent que la Corse et les Corses valent mieux que le sort médiocre que le colonialisme et le clanisme entendent nous assigner.

Ceux qui, hier, ont tenu « U babbu di a Patria » en dehors des livres d’histoire, en dehors des écoles et ont voulu le faire disparaître de notre mémoire collective sont aujourd’hui contraints de reconnaître ses mérites et la dimension universelle de son combat en faveur de la Nation Corse.


Rinnovu

Pasquale Paoli appartient à la mémoire collective de tous les Corses, paolistes dans l’âme. Au regard de l’histoire, son oeuvre politique majeure est la construction d’une nation libre et indépendante en Europe. Il faut combattre le révisionnisme ou le négationisme historique de certains “républicains” français qui tentent d’occulter ce fait et veulent faire de Pasquale Paoli un simple “homme des Lumières”. Que des chefs de clans soient obligés de reconnaître implicitement son oeuvre politique est une victoire.

Inscrire une nation corse libre en méditerranée et en Europe reste notre ambition et cela nous sépare d’eux.


Fronte Pupulare

Pasquale Paoli est le personnage le plus illustre de notre histoire nationale; Il est le fondateur de notre indépendance nationale. Il a fait reconnaître notre nation sur la scène internationale du XVIIIe siècle. En quelques années il a métamorphosé l’image très négative que le monde se faisait de notre peuple.

Avec lui notre petite Nation est devenue l’exemple a suivre pour les philosophes mais aussi pour certains pays qui vont s’inspirer de son oeuvre comme les Etats-Unis avec leur constitution. Pasquale Paoli a hissé la Corse au niveau des grands du monde de son époque. Il n a jamais transigé sur ces idées pas même au soir de sa vie quand Napoléon lui faisait le chantage de son retour en corse contre des “regrets” de sa part. Depuis 200 ans la France a tout fait pour nier notre histoire nationale. Pasquale Paoli était même devenu sur certains dictionnaires français un traître a la France. il aurait même vendu son pays à l’Angleterre. Cette même France républicaine qui na pas hésité en Corse a célébrer des généraux de l’ancien régime, comme Marbeuf, qui s’étaient montrés impitoyables dans la lutte contre Pasquale Paoli et sa Nation. Alors aujourd’hui voilà que les descendants spirituels de Butafuoco, les “collabos” se mettent, en présence même des autorités françaises, à célébrer la mémoire du Babbu di a Patria . Cela pourrait être synonyme de progrès si ces mêmes collabos ne niaient, encore aujourd’hui, l’existence même de notre peuple, de notre Nation, de notre patrie, niant ainsi tout ce qui avait été l’esprit et l’oeuvre même de Pasquale Paoli.


Manca Naziunale

De son temps, Pasquale Paoli eut fort à faire avec les féodalités clanistes. Son propre camp ne fut d’ailleurs pas épargné par les réflexes tribaux. Deux siècles après sa mort, les clans sont toujours là et la puissance tutélaire également.

Mais la lutte continue et certains de ceux qui célèbrent Pasquale Paoli manquent particulièrement d’honnêteté intellectuelle et politique. Mais les contorsions des uns et des autres qui ont tous soigneusement évité l’épisode de l’invasion ne pourront cependant faire oublier ce que furent les dragonnades, les collaborations et toutes les misères infligées à un peuple. Que l’on puisse sans vergogne célébrer l’oeuvre du despote Napoléon en même temps que de faire semblant d’adhérer aux engagements de Pasquale Paoli relève de la forfaiture. Tout calcul démagogique n’étant pas à exclure, ces chefs clanistes ne feraientils pas le pari d’une marginalisation du mouvement national ? De là à envisager une récupération sélective il n’y aurait qu’un pas, surtout en perspectives des consultations électorales à venir.


Ghjuvan Filippu Antolini (Cumitatu contr’à A Ripressione)

La vocation du système politique claniste est de récupérer tout ce qu’il peut ! La grandeur du personnage de Paoli ne pouvant être étouffée, chacun essayera de prouver qu’il était de droite, de gauche ou même communiste, et surtout pas qu’il était Corse et uniquement corse.

Cela dit, c’est encore une grande victoire du nationalisme que d’être arrivé à donner envie, même à nos ennemis, de fêter le père de l’indépendance de la Corse. Ils ont beau chercher dans l’Histoire des petites phrases sorties de leur contexte pour tenter de récupérer le personnage, l’oeuvre de Paoli dans ce siècle des Lumières c’est avant tout d’avoir donné son indépendance à la Corse et d’en avoir fait la première démocratie de type moderne d’Europe.

S’ils veulent suivre son exemple jusqu’au bout, j’en serai le premier ravi. Mais alors, qu’ils prennent position immédiatement pour se détacher de cette France jacobine qui voulait couper la tête de Paoli en 1793, et qu’ils réclament à nos côtés l’indépendance de la Corse !


Cuscenza Viva

Pasquale Paoli hè u babbu di a patrìa ! A ce titre il appartient effectivement à tous les Corses. Que les politiciens du clan reprennent les idées des nationaux, nous y sommes habitués… et c’est tant mieux si cela permet de faire avancer les choses. Qu’ils s’accaparent les symboles d’un combat qui n’a jamais été le leur, ma foi pourquoi pas : on n’honore jamais assez un homme de la trempe de Pascal Paoli.


Norbert Laredo (I Verdi Corsi)

Les tentatives de récupération politique ou politicienne de tous les thèmes porteurs font partie du paysage politique. Si besoin était, ces tentatives de récupération montrent bien que l’oeuvre de Pasquale Paoli est incontournable deux cent cinquante ans plus tard. C’est pourquoi le mouvement national doit engager une vaste réflexion sur ce thème et son actualisation, afin de nourrir notre projet de société.


Propos recueillis par Battì Lucciardi et Marzulinu

 

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