Il y a inconstestablement
un esprit du Fiumorbu.
Lorsque l’on parle de cet
esprit, c’est bien évidemment
à l’union de tous les
nationalistes que l’on pense.
Le Ribombu a donc voulu
leur donner la parole, à eux
les représentants des mouvements,
partis et comités de
défense des prisonniers politiques
pour en savoir plus,
pour trouver ensemble de
nouvelles voies à l’union,
pour concrétiser cette envie
affichée par tous de voir
enfin les nationalistes marcher
ensemble.
Nous avons donc contacté
tous les représentants des
mouvements qui avaient
participé aux réunions de la
coordination du Fiumorbu.
Nous les avons contacté
individuellement pour qu’ils
répondent à nos questions.
Certains ont fait le choix de
porter une réponse collective,
d’autres, tout en s’appuyant
sur leur base ont
répondu en leur nom propre.
Nous n’avons pas
changé une seule ligne de
ces réponses et nous les
publions dans leur intégralité.
Un problème technique
nous a empêché de publier
les réponses de A Riscossa
Paisana.
Le débat reste ouvert.
U Ribombu : Que pensez-vous de
la situation politique actuelle de la
Corse ?
Saveriu Luciani
(Coordination du Fiumorbu)
A la lecture d’Economie Corse, voire des
chiffres de l’INSEE, pour ne prendre que les
derniers paramètres photographiant la société
corse, dire que la situation est catastrophique
n’étonnera plus personne. Catastrophique,
elle l’est depuis longtemps. Les récentes
manifestations traduisent, si besoin est, du
profond malaise au plan économique et
social, et par contre coup d’un mal-être généralisé.
L’incurie claniste, qui se complait dans
un « lascia corre » politiquement rentable,
fait de la Corse la région la plus faible
d’Europe occidentale. Seuls y prospèrent
voyoucratie et multinationales (dans les
transports, la gestion de l’eau, etc.), le tout
dopé par la bénédiction complice de l’Etat.
Notons au passage l’action « dynamique »
de cet Etat dans la chasse au nationalisme et
dans sa furieuse campagne de décorsisation
des emplois.
A cela, au rang des conséquences, on peut y
ajouter le recul historique de la langue corse,
de nos valeurs, une situation de précarité qui
s’accélère et l’assistanat comme ultime
recours pour la jeunesse. C’est la Corse du
« paraître », vidée peu à peu de son être profond,
qui parle encore des « lois de l’hospitalité
», quand l’hospitalité se résume au développement
des résidences secondaires et des
listes électorales qui bouchent année après
année les portes de notre destin. Ce qui, en
fin de compte, se révèle cocasse, c’est cette
persistance du « mensonge de santé » de la
classe politique traditionnelle.
Jean-Guy Talamoni
(Corsica Nazione Indipendente)
D’une façon générale, elle est bloquée, du
fait du refus du gouvernement français actuel
de traiter politiquement le problème corse.
Dans l’île même, les principales institutions,
celles de la CTC en particulier, sont entre les
mains des relais de Paris. Mais on sent que
les Corses supportent de plus en plus difficilement
la situation qui leur est faite. Il leur
faudra bientôt exprimer leur refus avec énergie,
s’ils ne veulent pas disparaître purement
et simplement en tant que peuple…
Jean Christophe Angelini
(Partitu di a Nazione Corsa)
A l’instar des militants ou représentants
de l’ensemble du Mouvement National,
j’estime que la situation politique actuelle
est réellement dramatique. L’Etat s’enferme
dans une stratégie répressive et de
refus de tout espace d’ouverture ou de dialogue,
à rebours des cycles de négociations
organisés ces dernières années entre la
Corse et Paris, mais également entre les
Corse eux-mêmes. A ce sujet, nos élus, et
particulièrement ceux de la majorité
Territoriale, ont une attitude insupportable.
Inféodés au gouvernement, ils s’illustrent
par une absence totale de prise en compte
de la question Corse, dans sa dimension
nationale et globale, et par une volonté
d’imposer à l’île un régime d’essence ultra
libérale. Il existe toutefois de nombreux
points positifs, qui relèvent essentiellement
de la politique d’Union engagée dans certains
domaines : Chambres d’Agricultures,
avec la victoire du Sud, travail à
l’Assemblée, dynamique du Fiumorbu,
manifestation du 13 Janvier, commémorations
aux 4 coins de l’île de la mort de
Paoli, etc. Incontestablement, le
Mouvement National, malgré les difficultés
enregistrées, reste au centre du jeu politique.
A Chjama Naziunale
La situation est inquiétante au plan économique
(précarité croissante, difficultés des particuliers et des entreprises, tentation d’un
mono-tourisme prédateur). Elle apparaît également
bloquée au plan politique. Au plan
français, le refus d’envisager une véritable
solution politique est aujourd’hui le discours
dominant des principales formations. Et au
plan corse, il y a manifestement une offensive
idéologique, initiée par Paris et activement
relayée par les conservateurs de droite et de
gauche, pour marginaliser non seulement le
nationalisme en tant que force ou courant
politique, mais également tout ce qui, au plan
symbolique, associatif, culturel, économique,
est rattachable à la volonté de défendre et
promouvoir notre identité collective en tant
que Peuple. Il faut donc que nous nous hissions
collectivement à la hauteur des enjeux,
qui sont décisifs.
Rinnovu
Le pouvoir français continue à actionner
son rouleau compresseur de normalisation,
de répression, de colonisation de peuplement
multiforme accélérée et de dépossession foncière.
Il espère liquider le peuple corse
comme communauté vivante et consciente
d’elle-même. Le contexte européen et mondial
basé sur le “tout marché” ultra libéral
réserve à la Corse un seul rôle de zone de
loisir pour riches européens comme l’indique
par exemple le projet de PADDUC que nous
dénonçons avec force de la première à la dernière
mouture. On voit aussi la concrétisation
d’une Corse à deux vitesses : celle des privilèges
au service des plus nantis et celle de la
paupérisation et la précarité. La classe politique
corse est soit amorphe soit le plus souvent
complice de cette situation car dans son
ensemble elle constitue une oligarchie dont le
pouvoir est sous-tendu par des privilèges et
des passe-droits. Cependant dans la société
corse, il y a une prise de conscience collective.
Des yeux s’ouvrent, des têtes se relèvent
comme l’a montré le succès de la manifestation
“resistenza” de Bastia. C’est par la résistance
et le refus de l’aliénation que la Corse
redeviendra une nation moderne.
Fronte Pupulare
La corse est dans une situation politique que
l’on peut qualifier de bloquée. Les années
1980/1990 ont été celles de la mise en place
de 2 statuts “particuliers” qui avaient pu faire
naître certains espoirs. Ils ont été très vite
déçus. Aujourd’hui, après 40 ans de lutte
“contemporaine”, la Corse est dans une
impasse. Notre peuple est de plus en plus
minoritaire sur sa terre ; notre culture
régresse de jour en jour. Aucun signe d’espoir
n’est en vue. La question Nationale Corse
n’est pas résolue et pire ne se pose même pas
pour l’Etat français pour qui notre peuple
n’existe même pas. C’est d’ailleurs ce qu’ont
réaffirmé les candidats les plus connus à la
prochaine élection présidentielle.
Manca Naziunale
Il paraît que notre pays est une terre de
contrastes. Si on adhère à ce propos et que
l’on transpose cette observation au champ
politique, alors pour le moins surgissent quelques
aspects, voire quelques paradoxes.
D’aucuns, par exemple, pensaient que le clanisme
vivait ses derniers moments. Cette analyse
avancée au tout début des années 90
s’appuyait sur au moins deux faits. D’une
part, les percées électorales réalisées par le
mouvement national et de l’autre l’apparition
d’hommes politiques aux discours qualifiés
alors de « corsistes ». Le pronostic s’est
révélé hasardeux car à l’heure où nous parlons,
les clans sont parvenus à s’adapter non
seulement aux institutions qu’ils refusaient de
prime abord (l’Assemblée de Corse) et ils ont
intégré dans leur démarche le néo-libéralisme
en favorisant un mode de développement
basé sur le tout tourisme. Dans le même
temps, les idées et les propositions portées
depuis des décennies par le mouvement
national sont devenues largement majoritaires
au sein du peuple, sans pour autant retrouver
cette traduction au niveau du terrain institutionnel.
Nous tirons plusieurs enseignements
à partir de ces données. Tant que perdureront
des institutions étrangères aux intérêts fondamentaux
du Peuple Corse, jamais ce dernier
ne recouvrera un légitime pouvoir. Car la
limite imposée par l’État Français demeure la
même. C’est donc que les rapports entre l’impérialisme
tricolore et la Corse sont restés
identiques à ceux qui prévalent depuis plus
de deux siècles. Ce qui rend très grave la
situation de l’heure tient au fait qu’à cet
immobilisme colonial se rajoute un séisme
social dont nous ne faisons qu’entrevoir les
premiers effets. Le mouvement national serait
bien inspiré en ne négligeant pas ce dernier
aspect, car il pèse désormais sur toute la vie
politique.
Ghjuvan Filippu Antolini
(Cumitatu contr’à ARipressione)
La Corse va mal, et ce ne sont certainement
pas les clanistes au pouvoir, inféodés à Paris,
qui font quelque chose pour faire avancer la
situation. Au niveau social, c’est une catastrophe,
les gens souffrent de plus en plus et le
pouvoir d’achat ne cesse de diminuer. On se
demande comment certaines familles arrivent
encore à s’en sortir, et s’il n’y avait pas en
Corse une très forte solidarité familiale, beaucoup
de personnes seraient très mal. Les jeunes
corses ne peuvent plus espérer pouvoir
acheter une maison et les emplois sont très
difficiles à trouver. Pendant ce temps, les
étrangers, Français en particulier, débarquent
en masse (4000 par an selon l’INSEE) et eux
n’ont pas de problème pour trouver des
emplois, acheter des terres ou faire construire
des maisons. Au niveau culturel, la désorsisation
est encore plus flagrante et notre langue
ne cesse de reculer.
Dans ce pays, la République fonctionne
uniquement pour les intérêts de certains et
toutes les forces qui sont mobilisées en Corse
le sont contre les nationalistes, pendant que
les mafieux prospèrent.
Cuscenza Viva
Par le fait colonial, la Corse est dans l’impossibilité
d’édicter ses propres lois. Les
conséquences de la politique française sont
de plus en plus néfastes pour les Corses ; la
dépossession de leur propre terre, mise aux
enchères, est programmée. La langue et la
culture sont niées. Le pays est exsangue, son
économie est mise à mal et cette situation est
aggravée par la colonisation de peuplement.
La précarité prend une place de plus en plus
importante dans la société. La classe politique
et sa représentation à l’Assemblée de Corse sont incapables de s’attaquer aux problèmes
de fond.
Norbert Laredo
(I Verdi Corsi)
La situation politique de la Corse apparaît
bloquée du fait, essentiellement, de l’attitude
de refus de la part de l’Etat soutenu
par les clans, de prendre en considération la
spécificité de l’île. Celle-ci ne peut que
passer par une approche institutionnelle
dotant la Corse des compétences législatives
et consacrant la langue et la culture
corses dans un cadre de co-officialité. Mais
l’Etat français persiste à ignorer la situation
institutionnelle des îles de l’Union européenne
et aussi de nombreuses régions
continentales à identité forte (Pays de
Galles, Ecosse, Länder allemands, etc…)
qui jouissent des compétences législatives.
U Ribombu : Depuis quelques
semaines, les nationalistes corses
se retrouvent ensemble sur le terrain.
Quelles en sont les raisons
selon vous ?
Saveriu Luciani
(Coordination du Fiumorbu)
Les raisons évoquées plus haut sembleraient
justifier notre réaction. Un mot pour
remarquer que les nationalistes
n’ont pas, jusqu’à ce mois de janvier,
su démontrer efficacement et
durablement leur capacité à s’unir et
à prendre le terrain des luttes…
Pour autant, mon propos n’entend
pas entrer dans une quelconque
polémique avec les mouvements et
partis qui ont une action politique
propre. Je remarque simplement
que c’est à l’occasion d’un nouveau
drame, comme souvent par le passé,
que le mouvement national se
retrouve.
Alors, si l’on peut se réjouir de
nos capacités à mobiliser – jusqu’à
quand, et à quand la prochaine ? –,
c’est toujours la génération du
nationalisme d’avant 1990 qui mène
la charge. L’effort sur la jeunesse reste à nos
yeux l’axe déterminant de notre combat pour
éviter des réflexes de tribu ou de dernière
peuplade. L’union est donc l’objectif majeur
parce qu’elle induit une construction pérenne
et surtout permet une large mobilisation.
L’union c’est aussi conquérir des pans de crédibilité
au sein de notre peuple. Ancrer le
combat, au-delà des fondamentaux historiques
de la lutte (langue, terre, construction de
la nation corse moderne) sur le terrain social,
économique, etc. Résister, retrouver le terrain,
c’est bien, mobiliser un jour tout un peuple
dans la durée, sur un projet national, là est
désormais notre chantier. En ce sens, notre
message doit dépasser l’incantation : « l’important
pour le nationalisme n’est plus de
promettre un autre avenir, mais de le permettre
! »
Jean-Guy Talamoni
(Corsica Nazione Indipendente)
Les raisons sont évidentes. Il y a d’abord la
situation que nous décrivions précédemment,
qui impose aux nationalistes de prendre l’initiative
d’une riposte efficace, donc unitaire.
C’est tout le sens d’une union autour du mot
d’ordre « resistenza », qui me paraît tout à
fait approprié. Si l’on devait retenir de notre
histoire, lointaine ou récente, une seule chose,
ce serait que l’union a toujours été la condition
du succès. Particulièrement dans les
situations difficiles comme celles que nous
connaissons. Au début de l’année, la mort tragique
d’Ange-Marie a créé une grande émotion
au sein du mouvement national. Le
Fiumorbu a pris un certain nombre d’initiatives
en faveur d’une union plus que jamais
nécessaire. La manifestation de Bastia a été
un succès, mais ça ne suffit pas. Il nous faut
consolider cette démarche unitaire.
Jean Christophe Angelini
(Partitu di a Nazione Corsa)
Elles procèdent de la première question,
et des réponses unitaires que nous souhaitons
apporter à la situation. Cette mobilisation
fait également suite, de mon point de
vue, aux efforts consentis par diverses
organisations en 2003 et 2004, qui tout en
préservant leur spécificité ont su trouver les
voies de l’Union. Ce processus a généré
un certain nombre d’ évolutions, et de nouvelles
relations humaines et politiques, fondées
sur la confiance et le souci de cohérence
face à nos adversaires, et non plus
sur les rapports de force et les logiques
concurrentielles du passé. Le drame d’ U
Sulaghju, qui a coûté la vie à un militant
unanimement apprécié, Anghjulu Maria
Tiberi, a cristallisé tous ces changements,
cette nécessité de réagir ensemble, et suscité
des réactions spontanées et massives
de la part des militants et au delà, de très
nombreux corses. A Cuurdinazione di U
Fiumorbu a fait le reste !
A Chjama Naziunale
Les drames que nous avons vécu, parmi lesquels
la mort récente d’Ange Marie Tiberi,
militant exemplaire, connu et très apprécié de
tous, et l’aggravation de la répression ont
joué comme des accélérateurs de tendances.
Sans doute y-a-t-il aussi, du moins faut-il
l’espérer, la conscience de plus en plus claire
et partagée, que la désunion ou l’union factice
nous conduisent collectivement à l’échec.
Rinnovu
Pour notre part, depuis notre création, nous
nous retrouvons toujours sur les actions de
lutte de terrain avec d’autres patriotes. Ces
dernières années, le respect entre organisations
et le pluralisme non-conflictuel se sont
ancrés ; il y a eu un retour aux fondamentaux
de la lutte. Rinnovu s’inscrit pleinement dans
une démarche claire de résistance globale,
dans le fil de la coordination du Fiumorbu et
de la manifestation de Bastia. Avec une telle
démarche, les nationalistes toutes tendances
confondues se retrouvent ensemble. Ils se
dispersent lorsque prévalent des pseudo stratégies
à courte vue basées sur des tactiques
électoralistes, sur des discussions confuses
avec l’Etat sans cadre national corse. 2006 a
été une année de résistance dramatique avec
le décès tragique de 4 militants. Nous saluons
la mémoire de Lisandru, d’Antone, de
Stefanu, et d’anghjulu maria. Elle nous
impose de mener cette lutte à des succès.
Fronte Pupulare
Le mouvement national corse ne peut que
faire le triste constat précèdent, à savoir l’impasse
totale au niveau de l’évolution politique.
A ce blocage s’ajoute une
répression politique, judiciaire,
des drames comme celui du
Sulaghju. Face à cette situation le
Mouvement National se remobilise
sur le terrain. Un besoin
d’unité s’impose aux partis Le
peuple est d’ailleurs très demandeur
d’unité, en témoignent les
derniers rassemblements du
Fiumorbu et de Bastia.
Manca Naziunale
Les raisons sont multiples.
D’abord il se pourrait bien que
beaucoup de nationaux ne se satisfassent
pas de ce qu’ils vivent et
ressentent au quotidien. Et nous
sommes certains qu’ils le font
savoir, en des termes ouvertement
critiques par rapport à l’absence de perspectives
proposées par les formations du mouvement
national. Il y a par ailleurs les déclarations
du ministre candidat Sarkosy qui, tout
en affirmant que le mouvement national n’est
plus au centre de la vie politique Corse, poursuit
une politique démagogique où la répression
doit illustrer ce que serait sa conception
du pouvoir. Nous pensons que ces quelques
éléments et surtout le sentiment de ne plus
rien maîtriser de notre avenir ont conduit à un
début de prise de conscience.
Ghjuvan Filippu Antolini
(Cumitatu contr’à ARipressione)
C’est évidemment la terrible émotion causée
par la mort du pauvre Ange Marie Tiberi,
le fait que c’était le quatrième mort en un an
et la répression indigne de l’Etat français
dans les jours qui ont suivis. Les nationalistes se sont retrouvés et ont laissé entrevoir une
énorme volonté d’union. Ce drame a servi de
révélateur. Les nationalistes ont réussi à aller
au devant de leurs divergences personnelles
et ont compris que le véritable ennemi c’était
l’Etat français. Plus on durcira la répression
et plus les Corses, de toutes générations
seront unis. Un fossé se creuse actuellement
entre la jeunesse corse et la République française.
Il n’y a qu’à voir les images des réunions
publiques des clanistes corses et les
comparer avec les manifestations nationalistes.
Cuscenza Viva
2006 a été une année noire pour tout le
mouvement national : la disparition de quatre
militants a frappé au coeur tous les partisans
sincères et ces deuils cruels ont renforcé le
sursaut de conscience nationale ; ce qui
n’était qu’un tressaillement provoqué par les
injustices identitaires et sociales faites à la
Corse et aux Corses, est devenu un mouvement
de résistance populaire. Ce mouvement
est la résultante d’une attente de la base militante,
d’un besoin viscéral de définir tous
ensemble une réelle stratégie de reconstruction
nationale.
Norbert Laredo
(I Verdi Corsi)
Ce n’est pas la première fois que les
représentants de la démarche nationale
corse dans leur diversité se retrouvent sur
le terrain. Cela dit, il est très positif que les
rapprochements s’intensifient actuellement.
La mort récente dans des circonstances
dramatiques d’Ange Marie Tiberi, responsable
syndical de la pêche insulaire et qui
était depuis très longtemps un acteur dynamique
de la vie publique, puis le transfert
incompréhensible à Paris de Joseph
Colombani ont choqué l’opinion publique,
en particulier dans le Fiumorbu et dans
toute la Plaine Orientale, ce qui a entraîné
une forte réaction de solidarité. Celle-ci a
débouché sur la grande manifestation de
Bastia le 13 janvier derrière la banderole
« Resistenza », puis sur la journée du 3
février à Ghisunaccia qui a réuni entre
1200 et 1500 personnes à l’occasion du
premier grand rassemblement de commémoration
du bicentenaire de la mort de
Pasquale Paoli. Il faut saluer à cet égard le
rôle moteur joué par A Cuurdinazione di u
Fiumorbu qui s’est affirmée une nouvelle
fois comme un remarquable cadre d’échanges
ouvert à tous.
A l’évidence, la nécessité du rassemblement
de l’ensemble du Mouvement national
face aux enjeux majeurs se fait sentir.
Face au PADDUC, par exemple, un dossier
de tous les risques, avec en toile de fond
une spéculation immobilière grandissante
entraînant l’augmentation forte des prix des
terrains et du logement.
U Ribombu : On a souvent l’impression
que les nationalistes ne
sont capables d’unité que face à la
répression. Mais à long terme, une
union “stratégique” de l’ensemble
du Mouvement National est-elle
réellement envisageable? Peut-elle
notamment surmonter les obstacles
que sont les intérêts de partis,
les “querelles” de personnes ou
l’écueil des consultations électorales
?
Saveriu Luciani
(Coordination du Fiumorbu)
Bien sûr. Quel nationaliste corse ne rêve pas
aujourd’hui d’unité ? A-t-on encore le temps
de se perdre en chemin ? Les générations
passent et le temps « colonial », nous le
savons, joue contre nous. Beaucoup, depuis
les réunions de Ghisunaccia parlent de
méthode et d’organisation de la résistance.
Beaucoup sont échaudés par les unions passées,
aussi. Mais pour autant faut-il désespérer
de l’union ? Ce n’est plus raisonnable
lorsqu’on regarde la situation faite à ce peuple.
C’est un luxe d’enfant gâté au regard des
enjeux. Avant d’aborder la question cruciale
de la lutte armée, avançons avec l’objectif de
retrouver l’unité. Et là, c’est s’organiser sur
tous les terrains, irriguer la Corse d’associations,
de forums, d’initiatives locales pour
vulgariser notre message et construire une
société ouverte.
La méthode préconisée par a Cuurdinazione
du Fiumorbu est sans ambiguité ; il faut viser
à l’union en prenant à bras le corps ensemble
le terrain des luttes, en rétablissant la
confiance. Pour ce qui est des élections, le
mouvement national a traversé bien des campagnes,
il en traversera d’autres. Il se doit
d’avoir une réponse commune et cohérente,
sous peine de casser la dynamique actuelle.
L’heure est peut être de prendre unis le terrain
électoral pour peser, car, à court terme, la
question cruciale des moyens de lutte reste
objectivement dépendante de notre capacité à
développer notre courant électoralement
aussi.
Jean-Guy Talamoni
(Corsica Nazione Indipendente)
En ce qui nous concerne, nous plaidons
pour une unité stratégique pérenne. Celle-ci
ne doit pas, à notre avis, se faire dans le cadre
d’un parti unique, qui préfigurerait un modèle
de société dont nous ne voulons pas. Nous
proposons pour notre part qu’un espace réunisse
toutes les formations et militants inorganisés.
Il s’agirait d’une organisation représentative
de la Nation, comme l’a été l’OLP
avant la création de l’autorité palestinienne.
Cette organisation représenterait tous ceux
qui se reconnaissent dans la Nation, dans l’île
comme sur le plan international. Unione
Naziunale ou A Cunsulta Naziunale pourraient
jouer ce rôle. Le problème est que certaines
formations ne veulent pas intégrer
Unione Naziunale, et que d’autres se refusent
à entrer dans A Cunsulta Naziunale ! En ce
qui nous concerne, à Corsica Nazione
Indipendente, nous faisons partie des deux
espaces, car nous voulons travailler avec tous
les nationaux. Mais il faudra bien un jour que
tout le monde se retrouve autour de la table.
Devant la difficulté née du refus de certaines
structures de rejoindre les organisations unitaires
existantes, nous avons été conduits à
proposer la création d’une nouvelle organisation
dans laquelle chacun pourrait trouver sa
place. Comme on le voit, la position de
Corsica Nazione Indipendente est particulièrement
ouverte. Nous appelons les autres
nationalistes à s’engager résolument dans la
voie d’une construction commune, dont le
nom importe peu. Seule compte ce que, déjà,
les nationaux du XVIIIème siècle appelaient de
leur voeux : « Fà l’Unione » !
Jean Christophe Angelini
(Partitu di a Nazione Corsa)
L’union stratégique et globale s’imposera
d’elle même, dès lors que son contenu, ses
perspectives auront été précisés par tout un
chacun. Il n’existe pas d’alternative à
l’Union mais on ne peut pour autant la
bâtir à l’emporte pièce. Je voudrais rappeler
qu’Unione Naziunale, validée par
25 000 Corses, est aujourd’hui un référent
important qui permet d’envisager une
construction plus large avec sérénité, en ce
sens que nous disposons d’un socle d’expériences,
d’échanges, de mutualisation des
parcours et des compétences.
Les militants du Fiumorbu, en écho aux
accords de 2004, on fixé une perspective :
Dépasser la seule résistance pour engager
une dynamique de construction nationale, unitaire et plurielle. Considérant cet impératif,
je pense qu’il reste peu de place pour
les intérêts partisans, qu’ils soient personnels
ou de mouvements. L’enjeu consiste
plutôt, selon moi, à définir une articulation
originale et efficace entre union et partis
politiques, de façon à laisser à chacun un
espace qui lui soit propre, tout en organisant
les convergences sur l’essentiel du
combat. L’Union doit être la reconnaissance
et la structuration de la diversité, pas
sa négation. Aces conditions, je pense vraiment
qu’elle s’élargira vite.
Quant aux consultations électorales, que
l’on se rassure : L’optique privilégiée en
2004, de prise du pouvoir et de partage des
responsabilités, ouvre un espace immense
au Mouvement National. Dans tous les secteurs,
celui-ci peut devenir une force de
propositions et d’actions, à vocation majoritaire.
Nous avons donc besoin de quantité
de militants pour investir tous ces créneaux.
Je ne vois donc, dans le temps,
aucun facteur de division. J’aurais même la
crainte inverse : Pour affronter tous ces
enjeux, serons-nous suffisamment nombreux,
formés, disponibles ?
A Chjama Naziunale
Les réponses sont dans votre question. Il
n’y a pas d’autre chemin que celui d’une
union stratégique entre l’ensemble des forces
du mouvement national : c’est à dire la mise
en cohérence, à travers des procédures démocratiques,
de l’ensemble des forces qui placent
au coeur de leur action la lutte pour le
droit du peuple corse à la maîtrise de son destin.
Cette union est une nécessité non seulement
au plan politique, mais également économique
et social, où nous sommes
largement défaillants par rapport aux exigences
du terrain Elle ne se fera certes pas en un
jour, mais il faut commencer à construire les
contours, et à matérialiser sur le terrain la
démarche de convergence des nationalistes.
Cette union stratégique passe nécessairement
par le dépassement des querelles de
personnes, des patriotismes de partis, ou les
luttes d’influence.
Rinnovu
L’unité stratégique de tous les patriotes dans
les luttes est une nécessité. Elle doit, après
plus de 30 ans de lutte, s’inscrire dans le
cadre d’une nécessaire refondation clarifiant
et dépassant les errements du passé et fixant
les modalités de leur évitement. Le pluralisme
doit être basé sur des tendances, des
courants d’idées suivant d’une part les choix
de société (libéraux ou socialistes, multiculturalistes
ou pas, etc.), et d’autre part suivant
les objectifs institutionnels finaux recherchés
(indépendance, fédération, autonomie). Nous
redisons notre hostilité aux unions de façade,
aux unions électoralistes, aux simples unions
d’appareils. C’est ce genre de démarche qui
entretient l’esprit de parti ou le tribalisme
sans contenu idéologique et sans finalité stratégique.
Les organisations engagées dans
Unione naziunale depuis 2004 énoncent
elles-mêmes ces insuffisances et leurs déceptions.
Il n’est pas question pour Rinnovu de
s’y accoler car ce serait renforcer les rapports
de force entre organisations au détriment
d’un véritable projet refondateur de résistance
répondant aux aspirations de la base militante
et sympathisante.
A plus ou moins long terme, un mouvement
pluraliste unitaire doit voir le jour et
rassembler l’essentiel des patriotes. Les tendances
organisées devraient y exprimer des
courants d’idées : choix de société et choix
institutionnels tels que nous venons de le
dire. Nous sommes prêts à débattre de ce
grand chantier de régénérescence avec
l’aboutissement de ce mouvement de résistance.
Nous engageons les organisations politiques
actuelles à débattre et à entrevoir leur
disparition au profit d’un tel mouvement stratégique.
Fronte Pupulare
Il existe une confusion entre 2 notions a
savoir L’UNITE et l’UNION. L’unité
consiste a se retrouver ensemble face aux
nombreuses agressions que subit notre
nation. On peut parler d’unité nationale.
L’union même si elle peut de prime abord
paraître comme un mythe magnifique et
séduire l’ensemble des patriotes pourrait très
vite selon la forme qui lui est donnée s’avérer
réductrice pour l’expression du mouvement
national et dériver vers la création d’un parti
unique. Il faut bien comprendre qu’a l’image
de toutes les nations du monde la nôtre est
également traversée par différents courants de
pensée. Si de nombreuses organisations politiques
composent le mouvement National
Corse c’est que chacune est porteuse d’une
sensibilité particulière. Chaque courant politique
doit pouvoir s’exprimer. A Cunsulta
Naziunale devrait être le lieu privilégié pour
cette expression démocratique et plurielle. Le
principe d’unité nationale doit s’exercer face
au colonialisme français. En résumé il nous
semble très réducteur et faux, voire dangereux
d’expliquer la pluralité des organisations
par des querelles de personnes ou des intérêts
de partis. Cette réduction occultant le nécessaire
débat démocratique interne à notre
Nation.
Manca Naziunale
L’union n’a de sens que si elle est au service
d’objectifs clairs et partagés par la majorité
des nationaux. Les structures politiques ne
peuvent pas être une fin en soi, mais des lieux
de réflexions en vue d’actions sur les courts,
moyens et longs termes. Nous ne croyons
donc pas aux querelles de
« personnes » mais plutôt à
des flous parfois entretenus.
Cela peut servir des ambitions
de carrières et des conceptions
ou le pouvoir pour le
pouvoir prime sur la défense
des intérêts populaires. On ne
fera donc pas l’économie
d’un effort d’abord destiné à
rendre les programmes lisibles,
particulièrement en termes
de projets de sociétés.
Les questions d’éthiques
devront être également abordées.
Peut-on tout faire ou tout se permettre
au nom d’une prétendue défense de la Nation
? Le droit à l’autodétermination nous
apparaît comme le socle commun, qui seul
peut garantir l’aboutissement d’une revendication
fondamentalement démocratique. Une
volonté d’union stratégique y trouverait là
une justification. Quant aux consultations
électorales, s’il s’agit de se servir d’une tribune
pour donner aux luttes une expression
parmi d’autres, pourquoi pas. S’il s’agit de se
compter entre nationaux pour déterminer qui
aurait le plus de légitimité, alors là le piège se
referme.
Ghjuvan Filippu Antolini
(Cumitatu contr’à ARipressione)
Il faudra bien surmonter les écueils dont
vous parlez pour arriver à l’objectif commun
de tous les nationalistes, la libération de la
Corse ! Ceux qui en sont encore aux querelles
de personnes et qui ne seront pas capables
de les dépasser montreront qu’ils font passer
leurs intérêts personnels avant celui de la
nation. Qui voudra en prendre la responsabilité
? Il est temps d’opposer à nos ennemis un
front uni. C’est ce que les Corses attendent
depuis longtemps.
Cuscenza Viva
Cette union stratégique n’est pas seulement
envisageable, elle doit se concrétiser le plus
vite possible. Dans un projet commun de
résistance et de construction susceptibles de
redonner confiance à l’ensemble des bases
militantes et, au-delà, au peuple Corse. Les
intérêts des Partis et des « personnes » s’effaceront
si nous poussons tous dans la même
direction. Nous restons quand même circonspects
quant à la participation aux échéances
électorales tant que cette union, appelée de
tous les voeux, n’est pas réalisée. Pour l’instant,
même l’assemblée de Corse a prouvé
son impuissance face à l’état français :
depuis le vote à l’unanimité de la reconnaissance
du peuple corse jusqu’à l’adoption de
la motion concernant le rapprochement des
prisonniers. La priorité reste donc à l’organisation
de la lutte de libération nationale, lorsque
les troupes seront en état de marche nous
participerons aux combats électoraux.
Norbert Laredo
(I Verdi Corsi)
Poser ces questions indique bien les
réponses que l’ensemble du mouvement
national doit y apporter, tout particulièrement
l’année du bicentenaire de la mort de Pasquale Paoli .
Surmonter tous les obstacles que vous
évoquez a constitué en effet la préoccupation
essentielle et constante de Pasquale
Paoli. Ce serait lui rendre véritablement
hommage, en cette année 2007, de s’attacher
à oeuvrer dans le sens d’une réunion
stratégique de toutes les composantes du
Mouvement National.
U Ribombu : La question de la
clandestinité est-elle un frein à
l’union ?
Saveriu Luciani
(Coordination du Fiumorbu)
Pourquoi ne pas demander plutôt : la question
de l’union est-elle un frein à la clandestinité
? Plus sérieusement, votre question
devrait interpeller les mouvements
clandestins puisqu’à ce jour, ils sont
divisés… En soi, cette situation renvoie,
qu’ils le veuillent ou non, un message
brouillé à l’opinion publique
corse.
Pour le militant public que je suis, en
l’état actuel de la situation, il parait difficile
de vouloir l’union enrubannée de
préalables. Ce que nous défendons, ce
que nous voulons, ce qui nous unit dans
toutes les Pieve est bien plus fort que ce
qui est souvent cité comme une ligne
de partage, voire un clivage, entre
nationalistes. Point besoin de démonstration.
La violence a-t-elle prouvé son
inutilité ? A l’heure où beaucoup voient
dans la clandestinité un bouclier, l’organisation
du mouvement national doit
quand même pouvoir créer à terme, y
compris par la conquête de pans de
souveraineté à l’échelon local (élections),
les conditions de sa disparation.
Reste le jeu de l’état français qui ne
semble pas prêt à ouvrir un dialogue ou
à proposer la moindre avancée… Peut
être souhaite-t-il voir perdurer la configuration
actuelle de notre lutte…
Jean-Guy Talamoni
(Corsica Nazione Indipendente)
La naissance d’Unione Naziunale et le travail
fait dans ce cadre, notamment à
l’Assemblée de Corse, montre que cette question
n’empêche nullement d’avancer sur ce
qui est commun à tous les nationaux. La clandestinité
n’est pas un problème pour les
nationaux, ni même pour les Corses de façon
générale. C’est le moyen que certains patriotes
ont choisi pour défendre leur pays. C’est
un choix difficile que chaque Corse devrait
respecter.
Jean Christophe Angelini
(Partitu di a Nazione Corsa)
Le P.N.C. a une position constante sur
cette question, qu’il me paraît pas utile de
rappeler tant elle est connue de l’opinion.
En 2004, un point d’équilibre avait été
défini entre les différents mouvements,
notamment sur le thème de la violence
politique. Les circonstances ont quelque
peu bousculé cet équilibre, et suscité de
fortes réactions au sein de la clandestinité,
elle-même divisée. S’ils n’ont pas donné
lieu à un éclatement de l’union, ces changements
ont toutefois provoqué d’importants
débats, particulièrement au sein du
P.N.C.
En ce sens, et pour répondre directement,
certaines positions de la clandestinité ont
pu gêner le développement de l’Unione.
Ceci étant posé, je pense que nous devrions
surmonter ces contradictions et qu’une
ouverture politique, à Paris comme en
Corse, pourrait contribuer à faire bouger
les lignes, y compris au sein de la clandestinité.
Rien n’est donc figé ou définitif et
surtout, rien ne doit entraver le débat
interne au Mouvement National, dans la
cohérence et l’exigence de crédibilité, de
popularité et d’efficacité.
A Chjama Naziunale
La question de la clandestinité doit être
débattue, et d’abord au plan interne, sans
tabou, ni langue de bois, dans un sens ou un
autre. Nous avons pour notre part une approche
pragmatique de la question de la violence
clandestine : elle est le produit d’une situation
politique et ne disparaîtra durablement,
puis définitivement, que si on crée les conditions
politiques de cette disparition. Cette réalité
ne dispense pas d’une réflexion vraie, et
sincère, sur les mérites, mais aussi les limites,
les inconvénients, les dangers de l’action
clandestine. Et la réflexion ne se limite pas à
la question de la légitimité d’une riposte à
une politique d’Etat qui est incontestablement
elle aussi d’une grande violence. Il faut écouter,
sur la question de la violence clandestine,
ce que disent non seulement les nationalistes,
mais également l’ensemble de la société
corse, qui attend de tous les nationalistes, et
donc y compris des clandestins, qu’ils
ouvrent des perspectives et permettent d’espérer
en l’avenir.
Rinnovu
Elle n’a pas été un frein pour créer l’union
électorale Unione naziunale malgré des positions
apparemment antagonistes La notre est
connue : Rinnovu a choisi une lutte publique.
D’autres patriotes ont choisi un autre moyen
de résistance et payent un lourd tribut pour
l’émancipation du peuple corse. Nous respectons
leur choix dans la mesure où leurs interventions
respectent les valeurs qui fonde
notre peuple en excluant l’affairisme et les
volontés d’hégémonie. Par ailleurs ce qui
peut être un frein à l’unité, c’est l’absence de
débats de fond, y compris sur les dérives de
la lutte. Le renouveau des pratiques et des
hommes est un impératif. Les nationalistes
doivent redevenir pour les Corses, un repère
fort en terme d’équité sociale et d’ éthique
politique.
Fronte Pupulare
Nous venons d’exprimer notre sentiment
sur ce terme d’union. Pour ce qui
est de la clandestinité, il ne faut y voir
qu’un moyen de lutte différent utilisé par
des patriotes qui perdent espoir dans la
lutte dite légale. Cette différence de
moyen de lutte ne constitue pas pour
autant une différence politique profonde.
Les visions politiques, économiques,
sociales ou même sociétales peuvent être
communes entre un mouvement clandestin
et un mouvement dit “légal”. Ces
visions peuvent par contre être différentes
entre 2 mouvements pratiquant le
même type de lutte.
Considérant donc la clandestinité uniquement
comme un moyen de lutte différent
utilisé par certains patriotes elle
ne semble en aucun cas empêcher l’unité
nationale entre mouvements “légaux”.
Manca Naziunale
La question de la clandestinité ne se
résume pas au frein éventuel en vue
d’une union. Sommes-nous d’abord certains
que tous les espaces des luttes dites
de masses sont occupés ? Il est bien possible
que des nécessités d’actions publiques
soient incontournables. Prenons le sujet des
centaines de « PLU » qui sont en voie d’élaboration,
mais dont nous savons d’ors et déjà
qu’ils constituent une atteinte gravissime à
nos espaces naturels et qu’ils autorisent une
spéculation immobilière et foncière sans précédent.
C’est là, l’affaire de tous les nationaux
que de se mobiliser et d’organiser la
résistance en invitant le Peuple à défendre ses
propres conditions de vie. Sommes nous tous
bien conscients des enjeux ? Et surtout, sommes
nous tous en phase, par rapport au tout
tourisme où a une vision de ce que devrait
être la maîtrise de nos moyens de transport ?
Tant que ces sujets (parmi d’autres) n’auront
pas fait l’objet de débats de fond, il demeurera
difficile de donner à des propositions
d’union ou d’unité, un contour précis. A
Manca Naziunale a toujours donné ses points
de vue en ce qui concerne le débat sur la
clandestinité et la violence politique (ce qui n’est pas nécessairement la même chose).
Nous sommes donc prêts à rechercher toutes
les convergences possibles afin de favoriser
les luttes et leurs aboutissements. La pluralité
politique est un acquis précieux que toutes les
volontés d’unions ou d’unité devront prendre
en compte.
Ghjuvan Filippu Antolini
(Cumitatu contr’à ARipressione)
Non, elle ne devrait pas l’être. Il appartient
à chacun de faire en son âme et conscience
les choix qu’il estime justes pour lutter.
L’union stratégique, cela veut dire qu’il faut
que les nationalistes, toutes tendances
confondues, soient capables de se retrouver
sur le terrain, comme cela est le cas depuis
deux mois. Il faut que l’on continue à se
retrouver sur les points qui nous unissent et
ne pas s’arrêter à ce qui nous divise. Chacun
doit garder ses idées, mais il est indispensable
que sur tous les terrains de lutte ou cela est
possible, nous avancions ensemble.
Cuscenza Viva
Non, certainement pas ; nous avons vu de
quelle façon se sont organisées spontanément
la solidarité et l’unité du mouvement autour
des clandestins morts pour la Corse. Cet élan
spontané a permis la création de la plateforme
« Resistenza » initiée par la
Coordination du Fiumorbu. Cette forme de
combat et ceux qui l’adoptent doivent être
respectés par tous. Nous ne devrons jamais
rendre vains les sacrifices consentis par les
clandestins et leurs familles.
Norbert Laredo
(I Verdi Corsi)
Cela est compréhensible, mais il est évident
également que si la démarche nationale
dans toute la diversité de ses composantes
était porteuse d’un projet global de
société, l’espoir émergerait alors au sein du
peuple corse qu’il devient possible de mettre
en place une véritable alternative à
vocation majoritaire.
Le rassemblement de toutes les énergies
militantes afin d’expliquer et convaincre de
l’intérêt pour tous d’accompagner la
démarche nationale, serait alors grandement
facilité.
U Ribombu : Selon vous, la
Cunsulta Naziunale ne devrait-elle
pas se substituer à la coordination
du Fiumorbu, et jouer ainsi son
véritable rôle fédérateur ?
Saveriu Luciani
(Coordination du Fiumorbu)
A l’heure actuelle, décréter la disparition de
l’une au profit de l’autre apparaitrait comme
une grave erreur. Il est évident que si la
Cunsulta fonctionnait bien, était réellement
représentative de toutes les sensibilités du
mouvement national, a Cuurdinazione n’aurait
aucune raison d’être. Or, nous n’en sommes
pas là. Il faut appréhender les deux entités
comme deux espaces différents, qui ne se
trouvent pas sur le même niveau. L’important
? L’avenir reste au débat sur la construction
d’un outil, peut être l’avènement d’un
grand parti à tendances.
Jean-Guy Talamoni
(Corsica Nazione Indipendente)
Nous avons fait cette proposition. La
Cunsulta nous paraît être le cadre idéal pour
une union la plus large possible. Mais le PNC
et la Chjama refusent, pour l’heure, d’y
entrer. En revanche, les trois organisations
étudiantes ont décidé d’appeler les jeunes
Corses à rejoindre A Cunsulta. Nous avons
enregistré cette prise de position avec beaucoup
de satisfaction. Il est bon que ce soient
les étudiants de notre Université qui montrent
le chemin de l’union. J’en profite pour saluer
les « Scontri » internationaux organisés ces
derniers jours par ces étudiants qui, comme à
l’époque de Paoli, constituent la richesse de
l’Université et l’avenir de la Nation.
Jean Christophe Angelini
(Partitu di a Nazione Corsa)
Nous avons, là aussi, une position régulière
et parfaitement admise au sein de
notre peuple. A Cunsulta ne nous paraît pas
aujourd’hui un espace prioritaire et pertinent
pour des raisons de stratégie, de méthode
et même de conception du combat
politique. Nous sommes toutefois disposés
à débattre régulièrement, au-delà du P.N.C.
ou d’Unione Naziunale, sur des thèmes à
déterminer. Nous pensons en outre qu’aucun
espace en particulier ne peut se substituer
à a Cuurdinazione di u Fiumorbu, pour
au moins 2 raisons : Premièrement, celle-ci
a joué un rôle central ces dernières années,
de la réconciliation de 1999 à la manifestation
du 13 janvier 2007, et nous sommes
persuadés qu’elle a encore un certain nombre
de « missions » à remplir. Deuxièmement,
a Cuurdinazione, l’Unione, et tous
nos mouvements respectifs ont vocation à
fédérer, sur les bases éventuelles d’un nouveau
contrat, d’un autre pacte, l’ensemble
du Mouvement National. Donc, prudence
face à la tentation de créer en permanence
de nouveaux espaces, au détriment de la
lisibilité et de l’impact politiques.
A Chjama Naziunale
Il faut là encore être pragmatique.
Rappelons d’abord que la recherche de la
convergence, puis de l’union, entre tous les
nationalistes est une des raisons d’être de la
Chjama. Elle n’a pas pu être, en 2004, aussi
complète que nous l’aurions souhaité. Encore
faut-il rappeler que nous partions de loin,
c’est à dire d’une situation de désunion et de
non-communication quasi-totale entre les
principales forces nationalistes. Nous avons
donc avancé, et il faut aller plus loin, en
tenant compte de la réalité et de l’existant.
Si la Cunsulta naziunale est un espace de
dialogue, d’échanges entre les nationalistes,
cela est utile ; l’évolution satisfaisante des
contacts permettrait éventuellement à cet
outil d’évoluer vers d’autres contenus.
Par contre, si Unione Naziunale dont le
bilan est satisfaisant devait disparaître au profit
de la Cunsulta, nous y serions défavorables.
Rinnovu
La Cunsulta est un outil émancipateur qui
cherche à promouvoir un contre-pouvoir
constitutionnel. Il s’adresse à tous les patriotes,
sur la base de la libre adhésion individuelle.
Par son rôle législatif et la force de
son corps électoral légitime la Cunsulta peut
prendre des décisions importantes et donner
à la lutte des repères forts. Elle peut être un
instrument fédérateur d’internationalisation
de la lutte en s’adressant à l’ONU ou à
l’Europe pour obtenir notre reconnaissance
en tant que peuple. La Cunsulta Naziunale,
véritable projet constitutionnel alternatif est
pour nous l’espace stratégique à long terme
qui doit être investi prioritairement par tous
les patriotes organisés ou non.
La coordination du Fiumorbu est un
regroupement spontané et conjoncturel de
patriotes issus de toutes les composantes.
Son mérite principal a été il y a 8 ans de
transcender les clivages et les positions antagonistes
dans le mouvement national pour
aboutir à « l’accord historique de
Migliacciaru » et plus récemment à relancer
le débat de fond sur la situation du mouvement national avec l’avènement d’une nouvelle
dynamique dont la manifestation
RESISTENZA de Bastia est le point de
départ.
Fronte Pupulare
Voila un thème qui pour nous est capital : A
Cunsulta Naziunale. Elle doit être la représentation
élue de notre Nation. La fille de la
Cunsulta di a Casabianca qui le 13 et 14 juillet
1755 a donné naissance a notre Etat indépendant
sous la direction de Pasquale Paoli.
Dans la Cunsulta seront appelées a siéger
toutes les composantes du mouvement
National. Leur représentativité sera celle
que notre nation leur aura démocratiquement
fixé par son vote.
Il est plus qu évident et logique que c’est au
sein de cette Cunsulta que doivent se faire
entendre tous les courants du mouvement
national. C’est là que doivent se discuter et se
prendre toutes les orientations et décisions
de notre nation dont elle sera la seule expression
légitime.
Manca Naziunale
Ce serait une erreur. La coordination du
Fiumorbu a dans la période une importance
vitale car elle permet de mobiliser des énergies,
dans le cadre d’un large front anti-colonialiste.
La Cunsulta Naziunale à une vocation
première : celle de créer les conditions
en vue de la mise en place d’une représentation
démocratique de la Nation en lutte. Ce
qui implique un travail de fond en termes
d’adhésions et de mise en place des moyens
pratiques. Bien entendu, il nous faut convaincre
les sceptiques où celles et ceux qui ne
mesurent pas encore l’importance stratégique
de ce processus. Les deux démarches sont
actuellement complémentaires. La première
permet à celles et ceux qui ne sont pas encore
acquis aux principes du droit à l’autodétermination
de participer à des mobilisations larges.
La seconde pose les bases d’un pouvoir
indépendant du peuple Corse et ce, en fonction
de sa seule volonté.
Ghjuvan Filippu Antolini
(Cumitatu contr’à A Ripressione)
La Cunsulta Naziunale peut tout à fait être
la structure qui permet à tous les nationalistes
de se retrouver pour discuter, débattre et prévoir
ensemble des actions communes pour
être présents sur tous les terrains de lutte. Du
débat et de la confrontation ne peuvent que
naître des idées nouvelles et intéressantes
pour défendre notre patrie qui est bien en
danger aujourd’hui. Au-delà des sigles, des
terminologies et des appareils, ce qui est
important c’est l’union sacrée pour la sauvegarde
de la nation.
Cuscenza Viva
Ce sont deux entités différentes. La première
est un atout pour favoriser le jeu institutionnel
démocratique et roder ce qui doit
devenir à terme un véritable parlement où
chaque tendance pourra s’exprimer librement.
La seconde ne doit pas prendre le
caractère éphémère qu’a malheureusement
connu le fameux Comité du Fium’orbu. Il
doit au contraire rester cette plateforme de
résistance qui nous permettra, en commun, de
trouver des axes de combat pour contrer les
attaques aussi diverses que sournoises de
l’état français. Pour ce faire, il faut évidemment
décentraliser la Coordination et créer à
l’échelon local des cellules dans toutes les
villes ou les régions de Corse qui joueront le
même rôle sur tous les terrains de lutte.
Norbert Laredo
(I Verdi Corsi)
Pour I Verdi Corsi, il s’agit là de deux
lieux complémentaires correspondant à des
niveaux différents. A Cuurdinazione di u
Fiumorbu jouit d’une image symbolique
très forte de rassemblement de toutes les
sensibilités du Mouvement national. Elle a
à son actif l’apaisement intervenu en 1999
grâce à l’accord de Migliacciaru après la
spirale dramatique que nous avons tous en
mémoire. Et tout récemment nous avons pu
constater le rôle essentiel qu’elle a joué,
dans le droit fil de l’esprit du Babbu di a
Patria. A cet égard, nous pensons qu’elle
doit, en cette année du bicentenaire, poursuivre
son action car la commémoration ne
peut se résumer pour le Mouvement national
à ce temps très fort qu’a constitué la
journée du 3 février à Ghisunaccia et à la
présence d’une délégation à Merusaglia le
5 février lors des cérémonies officielles.
Au-delà d’importantes manifestations
populaires de type festif comme celle du 24
février à Bastia, nous considérons qu’il est
essentiel d’approfondir notre connaissance
de l’oeuvre et des engagements de Pasquale
Paoli en les plaçant en perspective des
défis auxquels la société corse est confrontée
aujourd’hui pour se construire.
Dans le même temps, I Verdi Corsi considèrent
qu’il est très important de mettre en
place A Cunsulta Naziunale dans les meilleurs
délais. Celle-ci constituera un espace
d’échange et de réflexion pour tous types
de thèmes intéressant l’avenir de la Corse,
et permettra de dégager par recours au vote
majoritaire des avis sur des axes d’orientation,
qu’il s’agisse du vote des représentants
élus en son sein ou de l’ensemble des
membres de son corps électoral qui sera
constitué des personnes ayant effectué une
démarche individuelle d’inscription volontaire.
A Cunsulta Naziunale pourra ainsi devenir
un lieu d’expression majeure de la
démocratie participative pour tout(e)
citoyen(ne) de Corse rattaché(e) ou non à
un parti politique existant ou futur.
U Ribombu : Toutes tendances
confondues, il y a près de 70 prisonniers
politiques actuellement
incarcérés dans les prisons françaises.
Votre sentiment à ce sujet ?
Quelqu’un disait l’autre jour, au
débat de la coordination, qu’ils
font partie de la solution...
Saveriu Luciani (Coordination du
Fiumorbu)
J’aurai peut être l’air d’enfoncer une porte
ouverte en répétant que la question des prisonniers
politiques est une question éminemment
politique. Tous ont droit à notre respect
et à notre soutien pour leur engagement, leur
sacrifice, et surtout pour la situation inacceptable
dans laquelle ils se trouvent. Améliorer
leurs conditions de détention, avec tout ce
que cela comporte, semble une priorité.
Arracher leur libération, dans le cadre d’une
solution négociée est l’un des impérieux
devoirs du mouvement national.
Jean-Guy Talamoni
(Corsica Nazione Indipendente)
Mon sentiment est qu’à cet égard, les responsables
parisiens se sont totalement déshonorés.
J’ai entendu, il y a quelques jours, le
premier ministre français dire devant le
Congrès, au sujet du corps électoral calédonien,
qu’il fallait respecter la parole donnée
par la France. Sur ce point, on peut difficilement
le contredire. Mais alors, pourquoi ne
respecte t-il pas la parole donnée par la
France il y a quelques années à la Préfecture
d’Aiacciu, à travers quatre membres du gouvernement
- dont le premier ministre -,
s’agissant du rapprochement des prisonniers
? En tout état de cause, les choses doivent
être claires : les militants corses n’ont
pas vocation à demeurer en prison, que ce
soit à Borgu ou ailleurs. Leur rapprochement
ne peut constituer qu’une situation transitoire.
Notre revendication fondamentale demeure
leur libération.
Jean Christophe Angelini
(Partitu di a Nazione Corsa)
Quelque soit la position des différents
mouvements sur les moyens du combat
politique, je pense que la solidarité à
l’égard de nos prisonniers est sans faille.
Leur situation est indissociable de tout processus de règlement politique, et il nous
paraît important que le gouvernement
débute son action dans ce domaine par le
respect des engagements pris il y a plusieurs
années, notamment en matière de
rapprochement sur la Corse.
A Chjama Naziunale
La question des prisonniers politiques est au
coeur de nos préoccupations, et le mouvement
dans son ensemble doit la porter plus haut et
plus efficacement encore. Il faut d’abord lutter
pour un statut de prisonnier politique,
contre les dérives de la plice et de la justice
anti-terroriste, et pour le rapprochement de
tous les prisonniers. Par ailleurs, la perspective
politique reste plus que jamais la libération
de tous les prisonniers politiques, dans le
cadre d’une solution politique d’ensemble.
Rinnovu
Par rapport à la population corse leur proportion
est signe une implacable répression.
Sarkozy s’est d’ailleurs vanté d’être celui qui
a enfermé le plus de nationalistes.
Leur sacrifice est un point de
levier de la lutte et en solidarité
avec ces patriotes nous devons
mener une lutte d’émancipation
pour obtenir une “feuille de
route” qui amènera avec l’issue
du conflit leur libération. Nous
revendiquons dans l’immédiat
un statut politique pour les militants
emprisonnés pour des faits
politiques en lien direct avec la
lutte de libération.
Face aux sacrifices sans cesses
croissants de ces patriotes et aux
lourd tribut supporté par leurs
proches, nous devons avoir plus
que jamais une attitude militante
exemplaire en tirant les leçons
du passé, pour aboutir enfin à la
Refondation tant attendue du
mouvement national.
Fronte Pupulare
Les patriotes détenus dans les prisons françaises
sont très nombreux et le nombre de
patriotes emprisonnés depuis 1973, date de
la grande manifestation nationale contre les
boues rouges, est affolant. A ce nombre s’ajoute
malheureusement des drames humains,
la mort de patriotes, la souffrance des familles
des proches… Tout ces sacrifices ont une
seule et unique origine: La main mise du colonialisme
français sur notre pays, avec pour
corollaire la situation faite a notre Nation.
Seul le règlement politique de la question
nationale corse et la libération de notre pays
entraînera la libération des patriotes et évitera
a de nombreux autres la route des prisons et
d’autres drames terribles.
Manca Naziunale
Pour les révolutionnaires, la prison et tous
les moyens de coercition ne pourront jamais
trouver de justification. Que l’on ne compte
donc pas sur nous pour aboyer avec la meute
de tous ceux qui réclament de l’ordre et de la
sécurité, tout en oeuvrant pour le maintien
d’institutions et de systèmes économiques
fondés sur l’injustice et toutes les formes
d’exploitations. Voilà pour nos principes
généraux. En ce qui concerne la question
actuelle, nous sommes pour un rapprochement
des prisonniers et pour leur libération
sans que cela ne puisse faire l’objet d’un
chantage de la part de l’État. En clair, si des
négociations devaient s’ouvrir en vue d’une
solution politique qui prenne réellement en
compte les revendications du mouvement
national, la question des détenus politiques ne
pourrait être évoquée qu’aux termes du processus,
afin d’éviter encore une fois toutes les
formes de pression.
Ghjuvan Filippu Antolini
(Cumitatu contr’à ARipressione)
Le Comité Anti Répression a vocation à
disparaître, et nous espérons pouvoir le faire
le plus vite possible. Le CAR a fait des propositions
très claires à la Coordination du
Fiumorbu en ce qui concerne la place des prisonniers
politiques dans la résolution du problème
corse. Elles se résument de la manière
suivante : “Tout début de règlement de la
question corse devra passer par des gestes
d’apaisement concernant nos prisonniers. Un
premier geste doit être la simple application
des lois communes et des directives européennes
avec le transfert immédiat de tous les
prisonniers politiques en Corse. Après le
transfert de tous nos prisonniers en Corse, en
même tant que la résolution du problème
politique corse par la négociation, il est
important d’obtenir que tous ces prisonniers
soient reconnus par l’Etat français comme
des prisonniers politiques en leur octroyant
un statut spécifique. Cette mesure qui ne
pourra être considérée que comme transitoire
devra être insérée dans les lois françaises.
Enfin, la dernière étape, après la résolution du
problème corse, ne pourra être que la libération
de tous ces prisonniers, l’arrêt de toutes
les poursuites contre des militants nationalistes
corses, l’effacement du casier judiciaire
de toutes les personnes ayant été condamnées
pour des actes de résistance ou de personnes
ayant été condamnées en raison de leur engagement
politique, ainsi que l’annulation de
toutes les condamnations civiles y compris
les condamnations financières.
En attendant un début de résolution du problème
politique corse, que ce soit par la négociation
ou d’une autre manière, il est indispensable
que tous les nationalistes corses
apportent une réponse commune aux velléités
répressives de l’Etat français. Tous les militants
nationalistes et toutes les organisations
nationalistes signataires doivent :
S’engager à se mobiliser pour empêcher
que d’autres patriotes corses ne soient arrêtés
et incarcérés ;
S’engager à soutenir tous les prisonniers
politiques corses ;
S’engager à soutenir l’action de tous les
comités de défense des prisonniers politiques
corses (participation aux soirées et aux
mobilisations populaires, que ce soient des
rassemblements, des manifestations ou des
conférences de presse, soutien financier
quand cela est possible) ;
S’engager à tout mettre en oeuvre pour obtenir
la mise en place d’un statut de prisonnier
politique ;
Affirmer solennellement
que la résolution du problème
politique corse ne pourra pas
être envisagée tant qu’il restera
ne serait-ce qu’un prisonnier
politique corse dans les
prisons françaises.”
Cuscenza Viva
Les prisonniers politiques,
tous les prisonniers politiques
doivent certes rester au centre
de nos préoccupations mais il
faut surtout les faire participer
à la lutte. Au sein des établissements
pénitentiaires, ils
communiquent entre eux et se
tiennent informés de tout ce
qui se passe dans leur pays ;
leurs commentaires sont souvent
avisés et pertinents, nous
devons en tenir compte. Nous
devons exiger, sans relâche, leur statut de
détenu politique et leur rapprochement. La
tentative d’assassinat d’Alain Ferrandi et
Philippe Fabri, à Clairvaux, aurait-elle eu lieu
si ces deux exigences avaient été satisfaites ?
Norbert Laredo
(I Verdi Corsi)
La question douloureuse des prisonniers
politiques fait pleinement partie de la solution
politique globale à laquelle nous aspirons
pour sortir de l’impasse où se trouve
la Corse. Cette question doit nous inciter à
oeuvrer au plus vite pour mettre en place
une stratégie d’union de l’ensemble des
composantes du Mouvement national, afin
de changer la donne politique en Corse.
Dans l’immédiat, nous demandons le rapatriement
dans l’île de tous les prisonniers
politiques.
U Ribombu : Dans 2 mois, la
France aura un nouveau Chef
d’Etat. La Corse peut-elle en attendre
quelque chose de nouveau ?
Saveriu Luciani
(Coordination du Fiumorbu)
Sans attendre quelques chose de nouveau,
un nouveau président c’est déjà du nouveau ,
en mieux ou en pire ? Chaque campagne
électorale apporte son lot de surprises, bonnes
et mauvaises. La Corse peut-elle attendre ? A
mon sens, dans un processus de reconstruction
du nationalisme, il vaut mieux prendre
de l’avance, il y aura alors moins à attendre
qu’à recevoir. En cette période, tout commentaire
me semble superflu… Reste notre capacité
à peser sur notre propre histoire et sur
notre propre destin.
Jean-Guy Talamoni
(Corsica Nazione Indipendente)
Nous n’avons pas vocation à prédire l’avenir.
Pour notre part, avec d’autres peuples
sous tutelle française, comme les Basques ou
le Polynésiens, nous avons signé l’été dernier
une déclaration commune demandant la
reconnaissance et le respect de nos droits
nationaux. Il y a quelques jours, nous avons
présenté cette déclaration à Paris et interpellé
les différents candidats à ce sujet. À présent,
nous attendons les réponses. D’ores et déjà,
certains se sont positionnés. Dans quelques
semaines, nous informerons l’opinion des
réponses obtenues…
Jean Christophe Angelini
(Partitu di a Nazione Corsa)
Il est trop tôt pour affirmer précisément
quelles sont les options des principaux candidats
à l’élection présidentielle sur la
question Corse. Je voudrais donc rappeler
les grands principes qui guident notre
action. En premier lieu, nous restons attachés
à l’idée d’un processus de paix
incluant l’ensemble des parties en présence,
démocratique et étapiste. L’initiative
de son ouverture doit être prise dans les
meilleurs délais, à l’aune des revendications
du Mouvement National et des forces
progressistes, et sans préjuger totalement
du résultat définitif. En second lieu, aucun
mouvement ou parti n’a vocation à devenir
l’interlocuteur unique et privilégié du prochain
pouvoir à Paris.
Il nous faudra engager de nouvelles négociations
dans la transparence et l’union,
sauf à vouloir renouer avec les démons du
passé. Enfin, aucune discussion ne pourra
aboutir sans que les nationalistes se réunissent
pour approfondir les termes de leur
projet commun, et proposer une offre politique
dynamique et globale. Il est illusoire
d’attendre de l’Etat qu’il nous livre les éléments
de la solution, si nous ne faisons pas
l’effort de tenter de les définir nous mêmes.
A Chjama Naziunale
La Corse doit compter sur elle-même, ses
ressources, sa volonté. Seule l’évolution du
rapport de force politique est de nature à
conduire le nouveau chef de l’Etat, et plus
généralement le pouvoir politique français, à
rechercher une solution conforme aux intérêts
et droits légitimes du peuple corse.
Rinnovu
Il ne sert à rien de quémander maintenant
ou de rencontrer tel ou tel. Les principaux
candidats de gauche comme de droite ont
fermé la porte, affirmant une volonté normalisatrice
avec le refus de reconnaître le peuple
corse et son droit à la liberté politique. Dans
ce contexte nous appelons les nationalistes à
refuser les discussions préalables tant avec
les partis nationaux français de gouvernement
qu’avec des intermédiaires occultes. Ce sont
ces mêmes manoeuvres dilatoires qui lors de
précédentes échéances ont favorisé l’émergence
des hommes choisis par Paris, et ont
conduit en corollaire aux luttes fratricides.
Par contre, nous affirmons que nous devrons
amener le futur président ou présidente à
engager les débats institutionnels et politiques
en vue de tracer une « feuille de route »
pour le règlement de la question nationale
corse.
Fronte Pupulare
Les élections présidentielles françaises ne
sont porteuses d’aucun espoir pour notre
pays. Nous avons déjà évoqué la situation
bloquée, l’impasse.... Il y a 26 ans en 1981,
l’élection présidentielle était porteuse d’un
certain espoir, évolution institutionnelle,
libération et amnistie des patriotes, ouverture
de l’université, ouverture des médias...
En 2007 aucun des candidats susceptibles
de accéder aux responsabiltés de chef de la
France n’est porteur du moindre espoir pour
notre peuple. D’où notre appel à l’abstention
en Corse.
Manca Naziunale
La désignation d’une nouvelle tête au sommet
de l’État Français ne se résume pas à une
banale opération de marketing politique.
C’est donc sur le fond qu’il faudrait pouvoir
juger des aspects qui concernent notre pays.
Pour l’heure un seul candidat s’est exprimé
en faveur de la reconnaissance de nos droits
nationaux tout en réclamant des mesures de
rapprochement des prisonniers politiques
dans un premier temps puis leur libération
dans le cadre d’un processus d’autodétermination.
En dehors de Besancenot, les autres
se caractérisent soit par des discours hyper
sécuritaires comme ceux de Sarkosy qui nous
promet par ailleurs de favoriser le tout tourisme.
Les soutiens apportés à la candidate du
Parti Socialiste en Corse (Giaccobbi,
Zuccarelli) ne laissent rien augurer de bon
pour notre pays. Il est donc
bien clair que nos combats
ne finiront pas le soir d’un
deuxième tour des présidentielles.
Ghjuvan Filippu Antolini
(Cumitatu contr’à A
Ripressione)
Je crois malheureusement
que l’espoir qu’avait suscité
les prises de positions courageuses
de Lionel Jospin ne
sera pas suivi d’effet car la
candidate socialiste fait peutêtre
preuve d’une grande
bravitude, mais avec des
alliés comme Zuccarelli et
Chevènement on ne peut rien
espérer de cette candidature.
Nicolas Sarkozy nous ayant déjà montré son
vrai visage à plusieurs reprises, je peux dire
que la Corse n’est pas concernée par cette
élection franco-française. Il appartiendra au
mouvement national de prendre la décision
de savoir si nous allons ou pas soutenir au
premier tour un « petit » candidat, ils sont
trois à avoir fait savoir qu’ils étaient favorables
à certaines de nos revendication,
Besancenot, Bové et Voynet. Il ne faudra pas
oublier que le député européen vert Jean-Luc
Benhammias nous a soutenu lorsque nous en
avions besoin en nous ouvrant les portes du
parlement européen pour défendre les prisonniers
politiques et en prenant position de
manière courageuse à la veille du procès
Castela Andriuzzi.
Cuscenza Viva
Dans le contexte européen actuel, le futur
Chef de l’état français peut-il continuer,
comme ses prédécesseurs, à ignorer le problème
politique corse ? L’état français peut-il
rester le dernier état jacobin ? La réponse à
ces deux questions se trouve dans la volonté
que mettra la résistance corse à se hisser au
niveau des enjeux. Nous devons faire en sorte
que le problème politique corse soit posé en
termes clairs de façon à ce qu’il devienne
incontournable pour tous les français donc
pour leur président.
Norbert Laredo
(I Verdi Corsi)
En l’état de leurs déclarations, aucun des
deux principaux candidats n’est animé par
un esprit d’ouverture à l’égard d’une solution
politique pour la Corse. C’est pourquoi,
au-delà du premier tour lors duquel I Verdi
Corsi appelleront à voter en faveur de Dominique
Voynet, candidate des Verts, certains
d’entre nous envisagent aujourd’hui
d’appeler à voter « nul » au second tour en
inscrivant sur le bulletin de vote « Suluzione
pulitica »
U Ribombu : Les nationalistes
doivent-ils, éventuellement, se présenter
aux élections législatives ?
Saveriu Luciani
(Coordination du Fiumorbu)
En tant que porte parole de la coordination, je ne suis aucunement habilité à répondre à
cette question. Mais je m’interroge ? Laisser
le terrain électoral aux forces du clan est- ce
une solution ? C’est un débat récurent au
sein de notre mouvance, depuis toujours.
Dans l’absolu, « tuttu u lasciatu hè persu ! ».
Doit-on y voir un piège ? Un enjeu francofrançais
? Mais pour autant, peut-on donner
procuration à l’immobilisme ? Difficile de
dire « Resistenza, occupons tous les
terrains » et aller à la pêche certains dimanches…
Jean-Guy Talamoni
(Corsica Nazione Indipendente)
C’est une question qui est actuellement examinée,
de façon interne, par Corsica Nazione
Indipendente. Vous comprendrez que nous
réservions la teneur de notre position pour
l’exprimer devant les militants, qui se réuniront
bientôt pour traiter cette question.
Jean Christophe Angelini
(Partitu di a Nazione Corsa)
Pour le P.N.C, comme pour beaucoup
d’autres, c’est un impératif d’ordre stratégique.
Si nous voulons peser sur
les prochaines évolutions, et préparer
efficacement les élections
municipales, nous devons assurer
une présence massive à cette
consultation générale, la première
depuis les Territoriales de
2004. Les législatives sont pour
nous une étape importante de la
lutte institutionnelle, au regard
notamment de la personnalité
des députés sortants, et de l’implication
de certains d’entre eux
contre toute solution de progrès
et d’avenir dans ce pays.
A Chjama Naziunale
Les nationalistes doivent à notre
avis être présents sur tous les terrains
de lutte, notamment institutionnels,
et donc y compris lors des
élections législatives. Dans l’idéal,
le principe et les modalités de participation
devraient être discutées
ensemble, et cela peut au demeurant
être un premier banc d’essai, relativement
à la volonté de dialogue interne à notre
famille politique.
Rinnovu
Les législatives de la France n’ont aucun
intérêt stratégique pour un nationaliste corse
à ce stade de la lutte. Elles pourraient avoir
un intérêt tactique car elles offrent un espace
de dialogue public, une tribune politique.
Mais elles ne doivent pas être le prétexte à
une dérive légaliste électoraliste ,à des arrangements
unilatéraux avec le pouvoir français
ou à une nouvelle union « aux forceps » qui
se ferait au détriment des bases fondamentales
de la lutte et de la résistance.
Le Rinnovu dans ce cadre tactique de l’occupation
du terrain électoral n’a pas encore
pris de décisions sur son positionnement pour
les échéances législatives. Notre positionnement
sera fondé sur l’analyse du contexte
global.
Fronte Pupulare
Les élections législatives? Cette formulation
appelle déjà une remarque. Ces élection
consistent a élire les représentant de la
Nation au sein de l’assemblée législative de
cette même nation. En corse cela équivaudrait
donc a élire la Cunsulta Naziunale.
Dans ce cas la question ne se pose évidement
pas.
Si par contre par élections législatives
vous entendez législatives françaises qui
vont élire l’Assemblée Nationale française,
il est évident que ces élections ne concerne
pas notre nation
Y participer ne présente aucun intérêt autre
que d’être une “tribune” politique pour le
mouvement national. A-t-il besoin de cette
tribune? il faudra en juger le moment venu.
Cependant une élection législative est pour
nous capitale, c’est celle de la Cunsulta
naziunale.
Manca Naziunale
Nous comptons convaincre la majorité des
nationaux que le fait de s’inscrire sur les listes
électorales du peuple Corse constitue une
priorité patriotique et un vrai geste démocratique.
Si des responsables nationalistes veulent
se présenter aux législatives nous espérons
que ne sera pas au détriment de la
Cunsulta Naziunale. La démarche «
Resistenza » est par ailleurs là pour nous
prouver que la recherche d’axes de luttes
communs ne signifie pas le monolithisme
politique. A Manca n’ira pas à cette élection
et nous souhaitons que l’électorat nationaliste
ne soit mobilisé qu’au seul service des intérêts
de notre peuple, ce qui nous évitera, peut
être, des confusions qui pourraient apparaître
comme des combinaisons électorales.
Ghjuvan Filippu Antolini
(Cumitatu contr’à ARipressione)
Les élections pour les nationalistes sont pratiquement
impossibles car le système démocratique
est faussé par la fraude électorale
massive et avec la complaisance du pouvoir
français. Le clan a tous les leviers, emplois,
marchés publiques, prébendes, passe-droits...
qui sont des outils puissants d’aliénation de
l’électeur.
A titre personnel, je pense que les indépendantistes
corses ne doivent pas se présenter à
des élections législatives françaises. Cela dit,
si nous restons dans l’esprit du Fiumorbu, et
si les nationalistes unis se présentent aux
élections, cela pourrait être une occasion de
faire entendre nos idées et d’occuper le terrain
médiatique en continuant notre combat
pour obtenir une solution politique et la libération
de tous les prisonniers.
Cuscenza Viva
Non, ou alors présentez-nous le Léopold
Sédar Senghor capable de faire l’unanimité
autour de sa candidature et d’exprimer la corsitude
au sein de l’Assemblée Nationale française.
Nous menons une lutte de libération
nationale, pas un combat politicien.
Norbert Laredo (I Verdi Corsi)
Pour I Verdi Corsi, le Mouvement national
doit être présent et mobiliser son électorat
lors des élections législatives. Nous
souhaitons que cette participation
s’effectue dans le cadre du rassemblement
de toutes ses composantes.
U Ribombu : 2007 marque
le bicentenaire de la mort
de Pasquale Paoli. Si son
oeuvre politique appartient
à l’ensemble du Peuple
Corse, ne pensez-vous pas
tout de même que certains
chefs clanistes de droite et
de gauche tentent une opération
de récupération ?
Saveriu Luciani
(Coordination du Fiumorbu)
Le long combat mené par le nationalisme
tout au long du Reacquistu
a sûrement porté ses fruits. Paoli n’appartient
plus qu’à l’histoire des corses, il appartient à
l’histoire universelle du combat pour la
liberté, aux côtés de Mandela, de Che
Guevara, de George Washington. U Babbu di
a Patria a retrouvé sa place dans l’histoire que
seule l’histoire des vainqueurs a essayé un
temps d’effacer.
Alors, oui, il faut se réjouir de voir les fils
de ceux qui militaient pour l’histoire des
vainqueurs gérer cette année 2007. Si ce n’est
pas une captation d’héritage, ni forcement du
révisionnisme de droite ou de gauche, c’est
au moins de leur part une belle leçon d’opportunisme.
Malgré leurs célébrations en écharpe tricolore,
nous ne rendrons pas à César ce qui
n’appartient pas à César. Le Pasquale Paoli
célébré en 2007, c’est d’abord la victoire de
la permanence d’une lutte entamée bien avant
Ponte Novu. Puntu è basta ! Quant aux
Césars du Conseil Général ou de la CTC, espérons qu’ils s’en souviennent au lendemain
des élections présidentielles ou législatives…
Jean-Guy Talamoni
(Corsica Nazione Indipendente)
Il est assez amusant d’enregistrer autant de
nouvelles adhésions au Paolisme ! En ce qui
concerne les opérations de récupération, elles
sont assez dérisoires et vouées à l’échec. En
effet, Pasquale Paoli a suffisamment écrit
pour que sa pensée soit connue. À condition
toutefois que l’on se donne la peine de lire et
de tenir compte de ce qui est écrit ! Dans le
cas inverse, on peut aussi considérer que Paoli
était l’homme de la Révolution française, que
Tamerlan était un humaniste et que Che
Guevara était un agent de la CIA !
Jean Christophe Angelini
(Partitu di a Nazione Corsa)
Incontestablement. Mais je pense sincèrement
que la manoeuvre à fait long feu et
que les commémorations organisées par les
nationalistes, sans volonté de caporaliser ni
esprit partisan, ont ramené ces
tentatives à leur triste réalité :
des gesticulations sans lendemain.
A Chjama Naziunale
Pasquale Paoli appartient à
tous les Corses, qu’ils soient
nationalistes ou pas. Son message
et son action restent plus
que jamais d’actualité et nous
enseignent que la Corse et les
Corses valent mieux que le sort
médiocre que le colonialisme et
le clanisme entendent nous assigner.
Ceux qui, hier, ont tenu «
U babbu di a Patria » en dehors
des livres d’histoire, en dehors
des écoles et ont voulu le faire
disparaître de notre mémoire collective
sont aujourd’hui
contraints de reconnaître ses
mérites et la dimension universelle
de son combat en faveur de la Nation
Corse.
Rinnovu
Pasquale Paoli appartient à la mémoire collective
de tous les Corses, paolistes dans
l’âme. Au regard de l’histoire, son oeuvre
politique majeure est la construction d’une
nation libre et indépendante en Europe. Il faut
combattre le révisionnisme ou le négationisme
historique de certains “républicains”
français qui tentent d’occulter ce fait et veulent
faire de Pasquale Paoli un simple
“homme des Lumières”. Que des chefs de
clans soient obligés de reconnaître implicitement
son oeuvre politique est une victoire.
Inscrire une nation corse libre en méditerranée
et en Europe reste notre ambition et cela
nous sépare d’eux.
Fronte Pupulare
Pasquale Paoli est le personnage le plus
illustre de notre histoire nationale; Il est le
fondateur de notre indépendance nationale. Il
a fait reconnaître notre nation sur la scène
internationale du XVIIIe siècle. En quelques
années il a métamorphosé l’image très négative
que le monde se faisait de notre peuple.
Avec lui notre petite Nation est devenue
l’exemple a suivre pour les philosophes mais
aussi pour certains pays qui vont s’inspirer de
son oeuvre comme les Etats-Unis avec leur
constitution. Pasquale Paoli a hissé la Corse
au niveau des grands du monde de son époque.
Il n a jamais transigé sur ces idées pas
même au soir de sa vie quand Napoléon lui
faisait le chantage de son retour en corse
contre des “regrets” de sa part. Depuis 200
ans la France a tout fait pour nier notre histoire
nationale. Pasquale Paoli était même
devenu sur certains dictionnaires français un
traître a la France. il aurait même vendu son
pays à l’Angleterre. Cette même France
républicaine qui na pas hésité en Corse a célébrer
des généraux de l’ancien régime, comme
Marbeuf, qui s’étaient montrés impitoyables
dans la lutte contre Pasquale Paoli et sa
Nation. Alors aujourd’hui voilà que les descendants
spirituels de Butafuoco, les “collabos”
se mettent, en présence même des autorités
françaises, à célébrer la mémoire du
Babbu di a Patria . Cela pourrait être synonyme
de progrès si ces mêmes collabos ne
niaient, encore aujourd’hui, l’existence même
de notre peuple, de notre Nation, de notre
patrie, niant ainsi tout ce qui avait été l’esprit
et l’oeuvre même de Pasquale Paoli.
Manca Naziunale
De son temps, Pasquale Paoli eut fort à faire
avec les féodalités clanistes. Son propre camp
ne fut d’ailleurs pas épargné par les réflexes
tribaux. Deux siècles après sa mort, les clans
sont toujours là et la puissance tutélaire également.
Mais la lutte continue et certains de
ceux qui célèbrent Pasquale Paoli manquent
particulièrement d’honnêteté intellectuelle et
politique. Mais les contorsions des uns et des
autres qui ont tous soigneusement évité l’épisode
de l’invasion ne pourront cependant faire
oublier ce que furent les dragonnades, les collaborations
et toutes les misères infligées à un
peuple. Que l’on puisse sans vergogne célébrer
l’oeuvre du despote Napoléon en même
temps que de faire semblant d’adhérer aux
engagements de Pasquale Paoli relève de la
forfaiture. Tout calcul démagogique n’étant
pas à exclure, ces chefs clanistes ne feraientils
pas le pari d’une marginalisation du mouvement
national ? De là à envisager une récupération
sélective il n’y aurait qu’un pas,
surtout en perspectives des consultations électorales
à venir.
Ghjuvan Filippu Antolini
(Cumitatu contr’à A Ripressione)
La vocation du système politique claniste
est de récupérer tout ce qu’il peut ! La grandeur
du personnage de Paoli ne pouvant être
étouffée, chacun essayera de prouver qu’il
était de droite, de gauche ou même communiste,
et surtout pas qu’il était Corse et uniquement
corse.
Cela dit, c’est encore une grande victoire du
nationalisme que d’être arrivé à donner envie,
même à nos ennemis, de fêter le père de l’indépendance
de la Corse. Ils ont beau chercher
dans l’Histoire des petites phrases sorties de
leur contexte pour tenter de récupérer le personnage,
l’oeuvre de Paoli dans ce siècle des
Lumières c’est avant tout
d’avoir donné son indépendance
à la Corse et d’en avoir
fait la première démocratie
de type moderne d’Europe.
S’ils veulent suivre son
exemple jusqu’au bout, j’en
serai le premier ravi. Mais
alors, qu’ils prennent position
immédiatement pour se détacher
de cette France jacobine
qui voulait couper la tête de
Paoli en 1793, et qu’ils réclament
à nos côtés l’indépendance
de la Corse !
Cuscenza Viva
Pasquale Paoli hè u babbu
di a patrìa ! A ce titre il
appartient effectivement à
tous les Corses.
Que les politiciens du clan
reprennent les idées des
nationaux, nous y sommes habitués… et c’est
tant mieux si cela permet de faire avancer les
choses. Qu’ils s’accaparent les symboles d’un
combat qui n’a jamais été le leur, ma foi pourquoi
pas : on n’honore jamais assez un
homme de la trempe de Pascal Paoli.
Norbert Laredo
(I Verdi Corsi)
Les tentatives de récupération politique ou
politicienne de tous les thèmes porteurs
font partie du paysage politique.
Si besoin était, ces tentatives de récupération
montrent bien que l’oeuvre de Pasquale
Paoli est incontournable deux cent cinquante
ans plus tard. C’est pourquoi le
mouvement national doit engager une vaste
réflexion sur ce thème et son actualisation,
afin de nourrir notre projet de société.
Propos recueillis par
Battì Lucciardi et Marzulinu