Du 11 au 18 juin 2008, s’est déroulée à Bastia une conférence sur l’indépendance de la Corse, animée
par des responsables et élus de Corsica Nazione Indipendente et Giuventù Indipendentista. De
nombreux sujets ont été abordés : institutions, banques, santé publique, tourisme, Université, formation,
emploi, foncier, flux financiers entre la Corse et la France… Les organisateurs ont souhaité bénéficier
d’un regard neuf, porté par un expert étranger à la Corse. Ainsi, Phillipe Simonnot, docteur ès
sciences économiques, ex-professeur d’économie du droit à Paris X (Nanterre), journaliste spécialisé et
auteur de nombreux ouvrages, a suivi l’ensemble des travaux et a pu s’entretenir avec de nombreux
spécialistes et acteurs économiques et sociaux. Son avis est donc particulièrement précieux, non seulement
en raison de sa qualité d’expert, mais également parce qu’il est dans une position de totale
neutralité s’agissant de la politique corse. Les travaux de cette conférence contribueront à alimenter le
projet d’indépendance qui demande, plus que jamais, à être précisé et popularisé. La faillite de la politique
française dans notre pays étant aujourd’hui patente, il convient d’en tirer au plus tôt toutes les
conséquences, en proposant aux Corses une alternative sérieuse et porteuse d’avenir.
U Ribombu : M. Simmonot vous êtes en Corse, et
apparemment vous vous intéressés à la Corse et êtes
prêts à aider les Corses notamment en apportant vos
capacités en économie, alors pourquoi cet intérêt ?
Philippe Simmonot : Alors je m’intéresse à la Corse
parce que je pense que c’est un cas exemplaire où
l’indépendance peut être mise en oeuvre, et c’est
aussi un cas exemplaire de dépendance par rapport
à l’Etat français. Ce que je veux dire par là en tant
qu’économiste, qui raisonne donc de la sorte, avec
des chiffres, avec des faits etc., c’est que je pense
que l’on peut démontrer que la dépendance vis-à-vis
de la France, contrairement à ce que l’on dit beaucoup
à un coût et très peu de bénéfices. Et que par
conséquent pour moi, une des conditions nécessaire,
mais pas suffisante, à la prospérité de l’économie
corse et donc de la Corse, c’est son indépendance.
Pour moi, le premier effet de l’indépendance
c’est au niveau des élites, puisque ce qui se passe
c’est que les gens se font élire ici avec comme objectif
d’obtenir des subventions de la métropole. C'està-
dire que c’est l’accès au Trésor Public, l’accès à la
subvention principalement française qui légitime en
quelque sorte l’élu. Et c’est donc quelque chose qui
est mauvais. D’abord parce que la subvention pour
moi est une chose mauvaise en soi, parce que la subvention
publique abouti à des gaspillages et qu’elle
est très souvent à l’origine de mauvais investissements
; et d’autre part, politiquement c’est mauvais
puisque les gens sont élus non pas pour leur capacité
à gérer correctement la ville, mais sur leur capacité
à faire les couloirs des ministères et de
l’Assemblée Nationale à Paris.
U Ribombu : Vous confirmer que l’appartenance de la
Corse à l’Etat français empêche un développement
économique naturel de la Corse qui devrait se tourner
vers les côtes de la Toscane proche, vers la
Sardaigne ?
Philippe Simmonot : C’est parfaitement évident ! Dans
l’optique jacobine de ces hauts-fonctionnaires qu’est
ce que c’est que cette continuité territoriale ? Ca veut
dire qu’il n’y a pas de mer ! C’est la négation de la
mer, on fait comme si la Corse était collée - d’ailleurs
à la météo on voit toujours la Corse un peu plus proche
du continent - c’est comme si l’on voulait nier
l’insularité, alors qu’elle peut être un avantage. C’est
ça qui est extraordinaire, c’est un non sens économique
de ne pas tenir compte de la nature. C’est de la
bureaucratie, ce sont des techniciens, des ingénieurs,
ce ne sont pas des économistes.
U Ribombu :C’est un premier argument pour dire que
l’économie corse se porterait beaucoup mieux sans
la France.
Philippe Simmonot : Je pense que la Corse souffre de
la culture de dépendance et de l’asservissement de
la politique à cette dépendance : c’est tout un
contexte. Je pense qu’il est extrêmement difficile
de sortir de ce cercle vicieux, il faut trouver le
moyen de faire sauter ce cercle. J’ajouterais qu’en
plus, la petitesse n’est pas un handicap, c’est un
avantage. Il n’y a qu’à voir en Europe : plus les
pays sont petits plus ils sont prospères et riches. Il
y a une raison à cela, c’est que les petits pays peuvent
se permettre une vraie solidarité parce que les
gens se connaissent. Au niveau d’un pays comme
la France, l’Etat-Providence est forcément un Etat
qui va contenir des fraudes, des tromperies, des
marchés noirs, mais pas au niveau d’une Corse
indépendante comme c’est le cas pour le
Danemark ou le Luxembourg.
U Ribombu : La Corse a actuellement un Produit
Intérieur Brut de 15.200 euros / hab., qu’est ce que
cela vous inspire ?
Philippe Simmonot : Rien ! Parce que ces chiffres sont
des moyennes, parce qu’il faut savoir comment ils
ont été calculés. Cela ne tient pas compte de la
richesse patrimoniale de ce pays, cela ne tient pas
compte de la qualité de vie, des paysages. Pour moi
cela n’a strictement aucun sens, je suis très clair là dessus.
Simplement on peut raisonner en tendances
et démontrer si le niveau de vie progresse ou
régresse, ça c’est une vrai question. Mais chiffrer
cela à 15.000 , cela n’a aucune valeur, c’est du
papier, donc je suis tout à fait radical là-dessus, ça
n’a pas de sens.
U Ribombu : Alors je pose la question de manière différente,
le Corse a un pouvoir d’achat inférieur de 25
% à la moyenne des autres régions européennes,
c’est énorme…
Philippe Simmonot : Oui, c’est énorme, mais encore une
fois la Corse est victime de toute la politique absurde
qui a été menée jusqu’à maintenant. Vous supportez les
conséquences de choses qui sont décidées ici et ailleurs.
Ce chiffre que vous citez, qui ne m’étonne pas, ne
fait que confirmer le diagnostic que nous faisions tout à
l’heure sur les inconvénients de la dépendance.
U Ribombu : Et si la Corse se séparait de l’Etat français
vous pensez qu’elle aurait les moyens d’avoir une
qualité de vie ou un pouvoir d’achat supérieur ?
Philippe Simmonot : Evidemment, puisqu’il y aurait
une croissance authentique des activités. Et puis on
peut rechercher dans le domaine de la finance par
exemple ou dans le domaine du tertiaire, du service,
dans le domaine culturel. De plus en plus
l’économie se dématérialise. On pourrait imaginer
beaucoup de choses, s’il n’y avait pas aussi cette
fuite de matière grise vers le continent. Tout cela
dépend en réalité d’une seule chose. On a tellement
raconté d’histoire sur les subventions, sur
l’Etat, alors que la prospérité, la croissance ne
dépend que d’une seule chose : le droit de propriété.
Si le droit de propriété est respecté, au sens
large, vous avez de la croissance. Or, le droit de
propriété en Corse n’est pas respecté parce que
d’abord il y a la fiscalité française qui est une
atteinte au droit de propriété : il ne faut jamais
oublier que l’impôt est une atteinte au droit de
propriété, toute réglementation des prix est une
atteinte au droit de propriété, la subvention d’une
certaine manière également puisqu’elle ne vient
pas de nulle part ; donc la liberté elle-même
dépend du droit de propriété, vous ne pouvez être
assurés d’être libres si vous n’êtes au moins propriétaire
de votre corps, la liberté c’est la propriété
de soi. Il n’y a pas de secret à la croissance. La
Corse si elle est indépendante, qu’elle abandonne
la politique étatique française et trouve un véritable
outil économique qui respecte le droit de propriété
avec toutes ses conséquences fiscales, réglementaires,
est assurée de la croissance.
U Ribombu : En Corse nous avons près de 30% de
fonctionnaires, ce qui est énorme et donc beaucoup
plus que la moyenne de chaque région. Comment
s’en sortir avec 30% de fonctionnaires, et avec les
Rmistes, les gens qui ont de petits contrats, les gens
qui ne font rien du tout et les chômeurs, près de 20%
des actifs qui ne font rien ?
Philippe Simmonot : C’est évidemment désastreux, et
encore une fois ces chiffres ne font que confirmer
tout ce que nous avons dit jusqu’à maintenant, c’est
le résultat et il est encore plus désastreux que je ne
l’imaginais. On ne peut sortir de là qu’en ne remplaçant
pas des gens qui partent à la retraite et en faisant
en sorte que l’on gagne quand même un plus
lorsqu’on travaille que lorsqu’on ne travaille pas. Il
est évident qu’actuellement ce poids de la fonction
publique est absolument intolérable, il ne faut pas
cesser de le dire. C’est-à-dire que si vous avez un
niveau de vie inférieur à la moyenne européenne,
c’est que vous avez un nombre de fonctionnaires
supérieurs à la moyenne, les deux choses sont strictement
liées. Pourquoi ? Mais parce que le fonctionnaire
ne produit rien en vérité, il ne fait que vivre
sur l’impôt. Evidemment il en faut, je ne suis pas
en train de dire qu’il n’en faut pas, mais il est évident que d’après les chiffres que vous me donnez
que la fonction publique est surdimensionnée à un
niveau caricatural.
U Ribombu : Ces niveaux ont tendance à augmenter
avant les élections…
Philippe Simmonot : En plus ! Je pense qu’une campagne
d’un mouvement politique doit répéter inlassablement
que c’est intolérable. Alors évidemment ça
peut être coûteux à court terme politiquement… La
dépendance est là aussi, c’est une politique de clientèle.
Je pense à la limite que les fonctionnaires ne
devraient pas avoir le droit de vote, parce qu’ils sont
juges et partis. Au moment du vote d’un budget, les
fonctionnaires vont voter pour l’augmentation du
budget, donc les jeux sont faussés ! Au moins pour
certaines catégories de vote ont devrait exclure les
fonctionnaires. C’est tout à fait radical ce que je dis
là, mais l’idée est que l’Etat fabrique des clientèles
qui viennent ensuite le consolider. C’est extrêmement
difficile d’en sortir, mais ça passe par la persuasion.
Il faut tenir en permanence ce discours qui est
d’une simplicité biblique. Tout homme de bonne foi
doit pouvoir le comprendre et le faire sien.
U Ribombu : L’économie de la Corse c’est aussi
20.000 entreprises dont la moitié n’ont qu’un
employé, dont 96% ont moins de 10 employés, c’est
également aucun grand groupe qui ne s’implantent
en Corse. Est-ce que cela a selon vous une conséquence
directe sur la faiblesse du pouvoir d’achat,
sur le mal être de l’économie de la Corse et comment
y remédier ?
Philippe Simmonot : Non, je trouve que la micro-entreprise
est une chose excellente. Il n’y a pas de déperdition.
Le drame de ces grandes boîtes est qu’il y a
un gaspillage incroyable. C’est ingérable ! Ils
construisent ces groupes pour des raisons boursières,
pour faire apparaître des chiffres, mais souvent ces
groupes se détruisent eux-mêmes. Il y a un mouvement
de concentration puis de déconcentration. À
mon avis c’est l’un des atouts de la Corse : la microentreprise
est l’entreprise de l’avenir. Parce qu’il n’y
a pas de relation salariale si vous êtes votre propre
patron ou si vous avez un salarié, ce n’est pas réellement
un salarié, c’est un partenaire. Vous ne pouvez
pas avoir la même relation qu’avec le millième
employé d’une grande entreprise, ça n’a aucun rapport.
Là encore la petitesse est un gage de qualité
dans les rapports humains, d’efficience, de productivité.
Ce n’est
pas du tout
pour moi un
handicap.
Quant aux
grands groupes
ils sont présents
dans ce qu’ils
vous vendent
dans l’industrie,
dans les supermarchés
où on trouve leurs marques. Actuellement
qui crée de l’emploi ? On voit bien le problème de
la France par rapport à l’Allemagne, c’est qu’en
France il n’y a pas assez de petites entreprises : l’emploi
est créé par les petites entreprises, les grands
groupes ne créent pas d’emplois. Vous avez des problèmes
d’économie et de déséconomie d’échelle.
On le dit assez en France et on ne le fait pas, l’avenir
est dans la petite entreprise notamment parce
qu’elle crée des emplois, mais à condition de ne pas
lui mettre des seuils : au-delà de certains seuils vous
passez dans d’autres catégories fiscales ou réglementaires
ce qui est autant de freins à l’emploi. À
partir du moment où ces micro-entreprises auront
une législation et une fiscalité appropriée il n’y a
aucune raison pour qu’elles ne se développent pas.
U Ribombu : Aujourd’hui les gens ont souvent l’impression
que la Corse coûte cher à la France. Or,
à chaque fois que l’on a demandé un examen précis
de ce qui rentrait et de ce qui sortait, on n’a
pas obtenu de véritables chiffres. Pensez-vous
aujourd’hui que la Corse coûte cher à la France ou
au contraire qu’elle perd de l’argent si l’on effectue
la base commerciale entre ce qui rentre et ce
qui sort ?
Philippe Simmonot : Dans le débat franco-corse il serait
important d’établir une bonne fois pour toute ce
bilan, c’est une des choses que je demanderais
volontiers : faisons les comptes. On cite des chiffres
ici et là : faisons la vraie balance fiscale complète du
rapport franco-corse. Mais dans la logique de ce que
je viens de dire je ne pense pas que le coût soit au
détriment de la France, je crois que le coût est au
détriment de la Corse. Parce que si d’un côté vous
avez ces subventions vous avez également des
impôts qui vont dans l’autre sens. Mon intuition
est que ça ne coûte rien à la France et que ça
coûte à la Corse.