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Articulu di u numaru 34, Lugliu di u 2008


Conférence sur l’indépendance de la Corse à Bastia

L’économiste Phillipe Simmonot répond aux question du Ribombu



Du 11 au 18 juin 2008, s’est déroulée à Bastia une conférence sur l’indépendance de la Corse, animée par des responsables et élus de Corsica Nazione Indipendente et Giuventù Indipendentista. De nombreux sujets ont été abordés : institutions, banques, santé publique, tourisme, Université, formation, emploi, foncier, flux financiers entre la Corse et la France… Les organisateurs ont souhaité bénéficier d’un regard neuf, porté par un expert étranger à la Corse. Ainsi, Phillipe Simonnot, docteur ès sciences économiques, ex-professeur d’économie du droit à Paris X (Nanterre), journaliste spécialisé et auteur de nombreux ouvrages, a suivi l’ensemble des travaux et a pu s’entretenir avec de nombreux spécialistes et acteurs économiques et sociaux. Son avis est donc particulièrement précieux, non seulement en raison de sa qualité d’expert, mais également parce qu’il est dans une position de totale neutralité s’agissant de la politique corse. Les travaux de cette conférence contribueront à alimenter le projet d’indépendance qui demande, plus que jamais, à être précisé et popularisé. La faillite de la politique française dans notre pays étant aujourd’hui patente, il convient d’en tirer au plus tôt toutes les conséquences, en proposant aux Corses une alternative sérieuse et porteuse d’avenir.

U Ribombu : M. Simmonot vous êtes en Corse, et apparemment vous vous intéressés à la Corse et êtes prêts à aider les Corses notamment en apportant vos capacités en économie, alors pourquoi cet intérêt ?

Philippe Simmonot :
Alors je m’intéresse à la Corse parce que je pense que c’est un cas exemplaire où l’indépendance peut être mise en oeuvre, et c’est aussi un cas exemplaire de dépendance par rapport à l’Etat français. Ce que je veux dire par là en tant qu’économiste, qui raisonne donc de la sorte, avec des chiffres, avec des faits etc., c’est que je pense que l’on peut démontrer que la dépendance vis-à-vis de la France, contrairement à ce que l’on dit beaucoup à un coût et très peu de bénéfices. Et que par conséquent pour moi, une des conditions nécessaire, mais pas suffisante, à la prospérité de l’économie corse et donc de la Corse, c’est son indépendance.

Pour moi, le premier effet de l’indépendance c’est au niveau des élites, puisque ce qui se passe c’est que les gens se font élire ici avec comme objectif d’obtenir des subventions de la métropole. C'està- dire que c’est l’accès au Trésor Public, l’accès à la subvention principalement française qui légitime en quelque sorte l’élu. Et c’est donc quelque chose qui est mauvais. D’abord parce que la subvention pour moi est une chose mauvaise en soi, parce que la subvention publique abouti à des gaspillages et qu’elle est très souvent à l’origine de mauvais investissements ; et d’autre part, politiquement c’est mauvais puisque les gens sont élus non pas pour leur capacité à gérer correctement la ville, mais sur leur capacité à faire les couloirs des ministères et de l’Assemblée Nationale à Paris.


U Ribombu : Vous confirmer que l’appartenance de la Corse à l’Etat français empêche un développement économique naturel de la Corse qui devrait se tourner vers les côtes de la Toscane proche, vers la Sardaigne ?

Philippe Simmonot :
C’est parfaitement évident ! Dans l’optique jacobine de ces hauts-fonctionnaires qu’est ce que c’est que cette continuité territoriale ? Ca veut dire qu’il n’y a pas de mer ! C’est la négation de la mer, on fait comme si la Corse était collée - d’ailleurs à la météo on voit toujours la Corse un peu plus proche du continent - c’est comme si l’on voulait nier l’insularité, alors qu’elle peut être un avantage. C’est ça qui est extraordinaire, c’est un non sens économique de ne pas tenir compte de la nature. C’est de la bureaucratie, ce sont des techniciens, des ingénieurs, ce ne sont pas des économistes.


U Ribombu :C’est un premier argument pour dire que l’économie corse se porterait beaucoup mieux sans la France.

Philippe Simmonot :
Je pense que la Corse souffre de la culture de dépendance et de l’asservissement de la politique à cette dépendance : c’est tout un contexte. Je pense qu’il est extrêmement difficile de sortir de ce cercle vicieux, il faut trouver le moyen de faire sauter ce cercle. J’ajouterais qu’en plus, la petitesse n’est pas un handicap, c’est un avantage. Il n’y a qu’à voir en Europe : plus les pays sont petits plus ils sont prospères et riches. Il y a une raison à cela, c’est que les petits pays peuvent se permettre une vraie solidarité parce que les gens se connaissent. Au niveau d’un pays comme la France, l’Etat-Providence est forcément un Etat qui va contenir des fraudes, des tromperies, des marchés noirs, mais pas au niveau d’une Corse indépendante comme c’est le cas pour le Danemark ou le Luxembourg.


U Ribombu : La Corse a actuellement un Produit Intérieur Brut de 15.200 euros / hab., qu’est ce que cela vous inspire ?

Philippe Simmonot :
Rien ! Parce que ces chiffres sont des moyennes, parce qu’il faut savoir comment ils ont été calculés. Cela ne tient pas compte de la richesse patrimoniale de ce pays, cela ne tient pas compte de la qualité de vie, des paysages. Pour moi cela n’a strictement aucun sens, je suis très clair là dessus.

Simplement on peut raisonner en tendances et démontrer si le niveau de vie progresse ou régresse, ça c’est une vrai question. Mais chiffrer cela à 15.000 , cela n’a aucune valeur, c’est du papier, donc je suis tout à fait radical là-dessus, ça n’a pas de sens.


U Ribombu : Alors je pose la question de manière différente, le Corse a un pouvoir d’achat inférieur de 25 % à la moyenne des autres régions européennes, c’est énorme…

Philippe Simmonot :
Oui, c’est énorme, mais encore une fois la Corse est victime de toute la politique absurde qui a été menée jusqu’à maintenant. Vous supportez les conséquences de choses qui sont décidées ici et ailleurs. Ce chiffre que vous citez, qui ne m’étonne pas, ne fait que confirmer le diagnostic que nous faisions tout à l’heure sur les inconvénients de la dépendance.


U Ribombu : Et si la Corse se séparait de l’Etat français vous pensez qu’elle aurait les moyens d’avoir une qualité de vie ou un pouvoir d’achat supérieur ?

Philippe Simmonot :
Evidemment, puisqu’il y aurait une croissance authentique des activités. Et puis on peut rechercher dans le domaine de la finance par exemple ou dans le domaine du tertiaire, du service, dans le domaine culturel. De plus en plus l’économie se dématérialise. On pourrait imaginer beaucoup de choses, s’il n’y avait pas aussi cette fuite de matière grise vers le continent. Tout cela dépend en réalité d’une seule chose. On a tellement raconté d’histoire sur les subventions, sur l’Etat, alors que la prospérité, la croissance ne dépend que d’une seule chose : le droit de propriété.

Si le droit de propriété est respecté, au sens large, vous avez de la croissance. Or, le droit de propriété en Corse n’est pas respecté parce que d’abord il y a la fiscalité française qui est une atteinte au droit de propriété : il ne faut jamais oublier que l’impôt est une atteinte au droit de propriété, toute réglementation des prix est une atteinte au droit de propriété, la subvention d’une certaine manière également puisqu’elle ne vient pas de nulle part ; donc la liberté elle-même dépend du droit de propriété, vous ne pouvez être assurés d’être libres si vous n’êtes au moins propriétaire de votre corps, la liberté c’est la propriété de soi. Il n’y a pas de secret à la croissance. La Corse si elle est indépendante, qu’elle abandonne la politique étatique française et trouve un véritable outil économique qui respecte le droit de propriété avec toutes ses conséquences fiscales, réglementaires, est assurée de la croissance.


U Ribombu : En Corse nous avons près de 30% de fonctionnaires, ce qui est énorme et donc beaucoup plus que la moyenne de chaque région. Comment s’en sortir avec 30% de fonctionnaires, et avec les Rmistes, les gens qui ont de petits contrats, les gens qui ne font rien du tout et les chômeurs, près de 20% des actifs qui ne font rien ?

Philippe Simmonot :
C’est évidemment désastreux, et encore une fois ces chiffres ne font que confirmer tout ce que nous avons dit jusqu’à maintenant, c’est le résultat et il est encore plus désastreux que je ne l’imaginais. On ne peut sortir de là qu’en ne remplaçant pas des gens qui partent à la retraite et en faisant en sorte que l’on gagne quand même un plus lorsqu’on travaille que lorsqu’on ne travaille pas. Il est évident qu’actuellement ce poids de la fonction publique est absolument intolérable, il ne faut pas cesser de le dire. C’est-à-dire que si vous avez un niveau de vie inférieur à la moyenne européenne, c’est que vous avez un nombre de fonctionnaires supérieurs à la moyenne, les deux choses sont strictement liées. Pourquoi ? Mais parce que le fonctionnaire ne produit rien en vérité, il ne fait que vivre sur l’impôt. Evidemment il en faut, je ne suis pas en train de dire qu’il n’en faut pas, mais il est évident que d’après les chiffres que vous me donnez que la fonction publique est surdimensionnée à un niveau caricatural.


U Ribombu : Ces niveaux ont tendance à augmenter avant les élections…

Philippe Simmonot :
En plus ! Je pense qu’une campagne d’un mouvement politique doit répéter inlassablement que c’est intolérable. Alors évidemment ça peut être coûteux à court terme politiquement… La dépendance est là aussi, c’est une politique de clientèle.

Je pense à la limite que les fonctionnaires ne devraient pas avoir le droit de vote, parce qu’ils sont juges et partis. Au moment du vote d’un budget, les fonctionnaires vont voter pour l’augmentation du budget, donc les jeux sont faussés ! Au moins pour certaines catégories de vote ont devrait exclure les fonctionnaires. C’est tout à fait radical ce que je dis là, mais l’idée est que l’Etat fabrique des clientèles qui viennent ensuite le consolider. C’est extrêmement difficile d’en sortir, mais ça passe par la persuasion.

Il faut tenir en permanence ce discours qui est d’une simplicité biblique. Tout homme de bonne foi doit pouvoir le comprendre et le faire sien.


U Ribombu : L’économie de la Corse c’est aussi 20.000 entreprises dont la moitié n’ont qu’un employé, dont 96% ont moins de 10 employés, c’est également aucun grand groupe qui ne s’implantent en Corse. Est-ce que cela a selon vous une conséquence directe sur la faiblesse du pouvoir d’achat, sur le mal être de l’économie de la Corse et comment y remédier ?

Philippe Simmonot :
Non, je trouve que la micro-entreprise est une chose excellente. Il n’y a pas de déperdition. Le drame de ces grandes boîtes est qu’il y a un gaspillage incroyable. C’est ingérable ! Ils construisent ces groupes pour des raisons boursières, pour faire apparaître des chiffres, mais souvent ces groupes se détruisent eux-mêmes. Il y a un mouvement de concentration puis de déconcentration. À mon avis c’est l’un des atouts de la Corse : la microentreprise est l’entreprise de l’avenir. Parce qu’il n’y a pas de relation salariale si vous êtes votre propre patron ou si vous avez un salarié, ce n’est pas réellement un salarié, c’est un partenaire. Vous ne pouvez pas avoir la même relation qu’avec le millième employé d’une grande entreprise, ça n’a aucun rapport.

Là encore la petitesse est un gage de qualité dans les rapports humains, d’efficience, de productivité. Ce n’est pas du tout pour moi un handicap.

Quant aux grands groupes ils sont présents dans ce qu’ils vous vendent dans l’industrie, dans les supermarchés où on trouve leurs marques. Actuellement qui crée de l’emploi ? On voit bien le problème de la France par rapport à l’Allemagne, c’est qu’en France il n’y a pas assez de petites entreprises : l’emploi est créé par les petites entreprises, les grands groupes ne créent pas d’emplois. Vous avez des problèmes d’économie et de déséconomie d’échelle.

On le dit assez en France et on ne le fait pas, l’avenir est dans la petite entreprise notamment parce qu’elle crée des emplois, mais à condition de ne pas lui mettre des seuils : au-delà de certains seuils vous passez dans d’autres catégories fiscales ou réglementaires ce qui est autant de freins à l’emploi. À partir du moment où ces micro-entreprises auront une législation et une fiscalité appropriée il n’y a aucune raison pour qu’elles ne se développent pas.


U Ribombu : Aujourd’hui les gens ont souvent l’impression que la Corse coûte cher à la France. Or, à chaque fois que l’on a demandé un examen précis de ce qui rentrait et de ce qui sortait, on n’a pas obtenu de véritables chiffres. Pensez-vous aujourd’hui que la Corse coûte cher à la France ou au contraire qu’elle perd de l’argent si l’on effectue la base commerciale entre ce qui rentre et ce qui sort ?

Philippe Simmonot :
Dans le débat franco-corse il serait important d’établir une bonne fois pour toute ce bilan, c’est une des choses que je demanderais volontiers : faisons les comptes. On cite des chiffres ici et là : faisons la vraie balance fiscale complète du rapport franco-corse. Mais dans la logique de ce que je viens de dire je ne pense pas que le coût soit au détriment de la France, je crois que le coût est au détriment de la Corse. Parce que si d’un côté vous avez ces subventions vous avez également des impôts qui vont dans l’autre sens. Mon intuition est que ça ne coûte rien à la France et que ça coûte à la Corse.

 

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© U Ribombu Internaziunale — 2008