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Rose Marie Andriuzzi témoigne


Depuis plus de deux ans, Rose Marie Andriuzzi s'occupe d'un comité de défense de son mari. Elle a obtenu plus de 3000 signatures pour demander que se tienne rapidement un procés équitable en appel, ce qui n'a pas été le cas en première instance.

Comment va Vincent Andriuzzi ? Son moral ?

Vincent va très bien. Son moral ? Il est toujours aussi combatif.

Quelles sont ses conditions de détention actuelles ?
Depuis quelques années, Vincent est détenu à la prison de Fresnes qui est connue pour être une des prisons les plus vétustes et inconfortable de France. Ses conditions sont difficiles.

Vous avez deux enfants, comment se passe la vie pour eux sans leur père ?
Mes deux enfants vont bien. Bien que depuis près de 7 ans, ils soient séparés de leur père. Nous avons toujours essayé de faire en sorte d'être une famille comme les autres. Et bien que physiquement absent, Vincent est partie intégrante de notre vie de tous les jours.

Comment s'est passée votre garde-àvue et celle de votre mari en mai 1999 ?
Comme c'est arrivé à beaucoup de gens en Corse, un beau jour à 6 heures du matin, la police est venue sonner à notre porte en nous demandant de préparer quelques affaires car on devait partir pour aller en prison à Paris. Nous nous sommes exécutés. Et il me reste une image forte de ce jourlà : Vincent et moi avec notre sac à la main, encadrés par des policiers, et les deux enfants en pyjama qui nous disent au revoir sur le pas de la porte.

Comment cela se passe-t-il à ce moment là pour les enfants ?
Ils sont pris en charge par des membres de notre famille.

Vous avez assisté au procès en première instance de votre mari. Quels sentiments vous a inspiré ce procès ?
Quand je suis arrivé au procès, ma grande peur était que tout soit déjà écrit d'avance. Et malheureusement, j'ai le sentiment que c'est ainsi que cela c'est passé. J'ai eu l'impression que pendant ce procès, on s'est très peu intéressé au vrai Vincent Andriuzzi et que c'est un personnage imaginaire créé de toute pièce qui a permis de le condamner à 30 ans de prison.

Vincent lui, est totalement innocent et n'a rien à voir avec cette affaire.

Après des années d'enquête, comment a évolué le dossier de l'accusation ?
L'instruction a été menée uniquement à charge. Tous les témoignages ou éléments à décharge on été occultés.

Est-ce que vous pouvez le voir souvent ? Combien vous coûte une visite à Paris ?
Non, malheureusement, mes enfants et moi ne pouvons pas le voir souvent. Pour plusieurs raisons.

Premièrement, c'est fonction de mes disponibilités au niveau professionnel. Du rythme scolaire des enfants, et surtout par rapport au coût des voyages. Un aller retour Bastia Paris c'est 200 euros pour moi et chacun de mes enfants, auxquels il convient d'ajouter les frais annexes d'hébergement et restauration.

De plus, lorsque l'on monte à Paris, on a toujours l'angoisse que le rendez- vous ne puisse pas se tenir.

Vous avez constitué un comité de soutien pour Vincent Andriuzzi. Quelles ont été les retombées ?
Nous avons réussi à recueillir plus de 3000 signatures pour demander que le procès équitable, en appel, ait lieu, et je peux dire que toutes les personnes que j'ai rencontrées, de tous horizons sociaux et politiques, m'ont prêté une oreille attentive. J'ai été aussi fortement soutenue par la ligue des droits de l'Homme à travers notamment les personnes de André Pacou et Michel Tubiana.

Que reste-t-il de la présomption d'innocence après 7 ans de détention préventive ?
C'est une notion que l'on enseigne sans doute en fac de droit, mais quand à son application… Vincent attend son procès en appel depuis plus de deux ans, il se pourrait qu'il intervienne en février, c'est-à-dire pratiquement trois ans après le procès en première instance. Nos avocats ont d'ailleurs déposé un recours devant la cour européenne des droits de l'Homme pour non respect du délais raisonnable de détention préventive.

Propos recueillis par Felice Bacciochi

 

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