A quelques mois du procès en appel Castela-Andriuzzi, Stella Castela revient sur l'état de
santé de son mari, ses conditions de détention et sur la parodie de procès en première
instance. Une fois encore, on peut se rendre compte que dans cette affaire, comme pour
d'autres dossiers nationalistes, l'instruction a été orientée exclusivement à charge.
Comment va Jean Castela ?
Jean a toujours des problèmes de
santé importants, puisque sa maladie
nécessite un traitement médicamenteux
à vie. Il a encore régulièrement
des problèmes d'oedèmes aux jambes
qui l'empêchent de pratiquer des activités
sportives. Il a toujours des problèmes
de tension qui est très très
basse.
D'un point de vue moral, je peux
vous affirmer qu'il est en grande
forme et prêt à se battre pour faire
reconnaître son innocence.
Les conditions de détention ont-elles
une répercussion sur son état de santé
et peut-il actuellement recevoir tous
les soins dont il aurait besoin ?
Il est suivi régulièrement par le médecin
de la maison d'arrêt de Fresnes,
mais ce médecin ne peut que surveiller
sa tension. Depuis son opération
il y a un peu plus d'un an, il n'a
eu qu'un contrôle à l'hôpital de la
Piété Salpetrière, et c'est tout !
On ne peut pas dire aujourd'hui qu'il
est hors de danger, et que l'accident
cardiaque dont il a été victime ne se
reproduira pas. S'il était en liberté, il
pourrait bénéficier d'un véritable suivi
médical et être immédiatement secouru
en cas de problème.
Pourquoi Jean Castela n'a-t-il pas pu
bénéficier des lois communes concernant
les personnes malades en prison ?
Parce qu'il n'est pas ancien ministre
de la République française ! Malgré
ce que prétend l'Etat, nous ne sommes
pas dans la loi commune. Dès
qu'il s'agit de la Corse ou des Corses,
et encore plus lorsque l'on parle de
nationalistes, il n'y a plus aucune loi.
Vous avez assisté seulement à une
partie du procès en première instance
de votre mari. Quels sentiments vous
a inspiré ce procès ?
Sachant mon mari malade du coeur,
sachant qu'il a eu en plus pendant le
procès un zona, j'ai été choquée de le
voir entrer dans
le box des accusés
menotté, surtout
qu'il n'avait
pas la force d'arriver
jusqu'à ce
box sur ses deux
jambes et qu'il
devait être porté
en chaise roulante,
mais pas
devant les juges,
bien entendu,
seulement dans
les couloirs sombres
du palais de
justice…
Sur le procès en lui-même, je dirai
que j'ai assisté à une mascarade de
justice. Je vous rappelle quand même
que Jean a comparu libre dans le dossier
de l'assassinat
du
préfet, et que
s'il a été libéré
par la
chambre de
l'instruction,
c'est tout
simplement
parce qu'il
n'y avait rien
dans le dossier.
Je n'ai pu
assister
qu'aux derniers
jours
du procès,
car avant
mon témoignage,
je n'avais
pas le
droit d'assister
aux
audiences.
Durant les 15
jours où j'ai
été présente,
mon mari n'a
pas été interrogé
par les juges…
Mon témoignage m'a permis de réaliser
à quelle justice nous avions à
faire… J'avais des sentiments de
révolte quand le président essayait de
me couper la parole quand une de
mes réponses ne lui plaisait pas, car
elle allait dans le sens de la défense et non de l'accusation ! C'était ça, le
procès en première instance de mon
mari.
Après des années d'enquête, comment
a évolué le dossier de l'accusation
?
Il a toujours évolué dans le même
sens, à charge et uniquement à charge
! Pourtant, aucun élément nouveau
n'est
venu corroborer
les thèses
de l'accusation.
Les
juges ont
décidé que
Jean était
coupable, et
à partir de là,
tous les actes
d'instruction
sont diligentés
dans ce
sens, pour
tenter de coller
avec la
version de la
Galerie Saint
Eloi.
Je vous rappelle
que
Jean a toujours
affirmé
son innocence
dans l'affaire
du préfet,
depuis
les premières
heures de sa
garde-à-vue,
jusqu'aux dernières secondes de son
procès. Mais, on n'a pas voulu l'entendre
et les juges ont délibérément
laissé de côté tous les éléments qui
pouvaient plaider en faveur de Jean.
Vous avez fait 6 mois de prison.
Pourquoi ? Où en est votre dossier
d'instruction 7 ans après
?
J'ai fait 6 mois de prison
car c'était un moyen de
pression sur mon mari.
D'ailleurs, dès la garde-àvue,
les inspecteurs de la
DNAT n'arrêtaient pas de
lui dire que s'il n'avouait
pas, j'irais en prison. Mon
mari n'avait rien à
avouer, il est innocent !
Et 7 ans après, je suis
toujours contrainte d'aller
tous les 15 jours pointer
au commissariat de
Bastia. Je suis toujours en
attente d'un procès où
d'un non-lieu. Mais ce
procès n'arrivera jamais
puisque c'est celui de la
piste agricole… Des
dizaines de personnes
ont été emprisonnées
pour rien.
Combien de temps avez-vous attendu
avant de pouvoir voir votre mari ?
Je n'ai eu le permis de visite qu'au
bout de deux ans. C'était un autre
moyen de mettre la pression à Jean.
Est-ce que vous pouvez le voir souvent
? Combien vous coûte une visite
à Paris, et comment vous organisezvous
?
Je peux y aller en moyenne deux fois
tous les trois mois. Et encore, parce
que j'ai la chance d'avoir une profession
qui me permet de me libérer.
Ceci étant, c'est très difficile financièrement
car au-delà du billet d'avion,
c'est le logement, les déplacements, la
nourriture, les transports… Il faut
compter à peu près 400 € si on est
hébergé dans une structure d'accueil
pour famille de prisonniers. Quand
cela n'est pas possible et qu'il faut
aller à l'hôtel, il faut compter le double.
Le fait de devoir quitter la Corse pour
aller à un parloir implique que l'on
s'absente pendant une, voire deux ou
trois journées. Cela veut dire que les
travailleurs indépendants ne peuvent
pas travailler et que les salariés doivent
prendre des congés…
Si Jean était incarcéré en Corse, je
pourrais le voir toutes les semaines.
Ce serait plus facile pour toute la
famille et il pourrait rencontrer plus
de monde. De nombreux parents,
trop âgés, ou n'ayant pas les moyens
de monter à Paris ne peuvent que lui
écrire des lettres...
Que reste-t-il de la présomption d'innocence
après 7 ans de détention préventive
?
C'est un mot qui est rayé du vocabulaire
de la justice française et des politiques
français.
Propos recueillis par
Felice Bacciochi