Le Ribombu a rencontré l'élu nationaliste pour faire le point sur la situation politique et les
dossiers en cours, l'évolution à l'Assemblée de Corse, un exécutif en difficultés, l'état de
l'union que certains aimeraient voire disparaître, Corsica Nazione Indipendente et le procès
Castela Andriuzzi qui s'approche.
U Ribombu : Vous êtes élu
à l'Assemblée de Corse
depuis 1992, cela fait donc
13 ans que vous y siégez.
Quelle évolution avez-vous
constaté depuis l'époque de
Jean-Paul de Rocca Serra,
puis de José Rossi pour arriver
aujourd'hui à Camille
de Rocca Serra ?
Jean-Guy Talamoni : Les
choses se sont considérablement
dégradées. Même
si les précédents responsables
de la Collectivité
Territoriale de Corse n'étaient
pas nos amis politiques,
ils avaient quand
même davantage de compétences
que ceux que
nous connaissons aujourd'-
hui, qui sont totalement
incapables de gérer les
affaires de la Corse. On ne
peut pas parler d'une évolution
positive, et c'est un
euphémisme !
U Rib. : Jean-Guy
Talamoni, vous êtes élu à
l'Assemblée de Corse au
nom de l'Unione Naziunale
depuis un an et demi, quel
bilan pouvez-vous tirer ?
J.-G. T. : Le bilan est globalement
positif, le groupe
Unione Naziunale à
l'Assemblée de Corse a traité
de différents dossiers
dans les domaines économiques,
sociaux et culturels,
mais surtout, s'est comporté
comme une vraie
force d'opposition face à
l'exécutif et au président de
l'Assemblée. Le groupe
Unione Naziunale a contribué
a plusieurs reprises à
mettre en difficulté l'exécutif
et il a même été le
moteur principal de l'opposition
qui a mis en minorité
cet exécutif.
Globalement, on peut dire
que les choses se sont passées
correctement.
U Rib. : L'exécutif de
l'Assemblée de Corse a été
mis en minorité à plusieurs
reprises. Qu'est-ce qui
manque aujourd'hui pour
le renverser et obtenir sa
destitution ?
J.-G. T. : L'opposition est
constituée de groupes qui
sont extrêmement différents
et il n'y a pas de cohésion
d'ensemble si ce n'est pour
mettre en cause l'exécutif et
pour le mette en minorité
sur certains dossiers comme
le PADDUC, le PIFFEN et
des dossiers concernant des
secteurs bien délimités. Ce
défaut de cohésion de l'opposition
fait qu'il est très
difficile aujourd'hui de
déposer une motion de
censure avec un exécutif de
substitution comme l'impose
le statut. Toutefois, il y
aura des événements
importants comme le vote
du budget, à l'occasion
duquel l'opposition pourra
de nouveau mettre efficacement
en minorité l'exécutif.
U Rib. : Quel est l'état de
l'Unione Naziunale actuellement
?
J.-G. T. : Déjà, chacun aura
pu constater un an et demi
après la création de
l'Unione qu'il ne s'agissait
pas, comme l'annonçaient
certains observateurs prétendument
avisés, d'une
union électorale. On
annonçait qu'elle ne survivrait
pas aux élections,
alors qu'elle s'est poursuivie
et qu'elle a même été
renforcée. Une coordination
nationale a été crée,
des comités locaux également.
Cette union a globalement
progressé. Bien
entendu, on ne peut pas
dire qu'elle ait atteint
aujourd'hui sa pleine efficacité.
Il faut continuer à travailler.
Les débats de fond
sur les sujets qui ne font pas l'objet d'un consensus,
comme la clandestinité ou
comme la revendication de
l'Indépendance, doivent
être poursuivis. Il faut également
renforcer notre présence
sur le terrain, à travers
les luttes quotidiennes,
sur la spéculation immobilière,
sur la langue corse,
sur la décorsisation des
emplois, sur la défense des
prisonniers politiques. Il est
important que les nationalistes
aillent ensemble sur le
terrain.
U Rib. : Corsica Nazione
Indipendente participe activement
à l'Unione
Naziunale, quels sont le rôle
et la place du parti indépendantiste
au sein de la Lutte de Libération Nationale ?
J.-G. T. : L'union n'a pas
fait disparaître les partis
politiques qui l'ont constituée.
Le PNC porte son discours
et Corsica Nazione
Indipendente, comme la
Chjama, développe un discours
spécifique. CNI a
comme spécificité au sein
de l'union sa solidarité politique
à l'égard du FLNC
d'une part, et d'autre part
l'objectif d'indépendance
nationale. Bien entendu,
Corsica Nazione
Indipendente ne va pas
renoncer à cet objectif
parce qu'elle participe à l'union.
A côté du discours de
l'union auquel prennent
part les responsables et les
militants d'Unione
Naziunale, il y a le discours
de Corsica Nazione
Indipendente qui mérite
également d'être porté au
quotidien.
U Rib. : quelle est la position
de l'Unione Naziunale
sur le conflit à la SNCM ?
J.-G. T. : Unione Naziunale
défend le projet de création
d'une compagnie publique
maritime corse. C'est une
position ancienne des
nationalistes et aujourd'hui,
c'est la seule alternative
sérieuse à la privatisation
de la SNCM. Les marins du
STC mènent un combat
exemplaire à cet égard. Ils
viennent d'être rejoints par
la CGT sur cette position,
ce dont nous nous réjouissons.
U Rib. : Le préfet Bernard
Bonnet a publié un nouveau
livre annonçant encore
des révélations. Que pensez-
vous de l'attitude de
celui que l'Unione
Naziunale a traité de " préfet
incendiaire " ?
J.-G. T. : Aujourd'hui, le
préfet Bonnet se distingue à
nouveau en intervenant
dans une procédure judiciaire
en cours, par rapport
à un procès extrêmement
lourd qui va se dérouler
dans quelques mois : le
procès Castela Andriuzzi.
L'intervention du préfet
Bonnet a pour objet de
venir à la rescousse d'une
accusation qui est véritablement
dans une mauvaise
posture compte tenu du
vide sidéral du dossier.
C'est réellement quelque
chose de scandaleux. Ce
livre porte atteinte à la présomption
d'innocence des
accusés. Il vise à semer le
trouble à la veille de ce procès.
U Rib. : Par rapport à ce
procès, quelle sera la position
de Corsica Nazione
Indipendente ?
J.-G. T. : Bien entendu,
Corsica Nazione
Indipendente soutient
depuis le début, et continuera
à soutenir, Jean
Castela et Vincent
Andriuzzi. Par ailleurs,
Unione Nazionale a pris
une position extrêmement
claire sur la question. Nous
serons aux côtés de Jean et
de Vincent au cours du procès.
Propos reccueillis par
Felice Baciocchi