Antulugia bislingua, in corsu è francese, di a literatura corsa : Eccu l'opera
di u nostru amicu Ghjuvan Guidu Talamoni chì ci face una presentazione di
seideci autori di u « prumi riacquistu ». Sti pueti, anu fattu a scelta di rompe
cù a tradizione literaria è culturale di a lingua taliana, pè sprime, in lingua
nustrale, i so sentimenti è u l'estru d'una terra. Un attu di cuscenza chì mostra
chì a cultura hà un sensu universale, pè tutti i populi , chjuchi ò maiò, è
tutte e lingue di u mondu.
U Ribombu Internaziunale : Jean-Guy
Talamoni, vous venez de publier
une anthologie bilingue de la littérature
corse, en présentant
seize écrivains de la fin du XIXe
siècle à la moitié du XXe siècle.
En quoi ces auteurs sont-ils représentatifs
de ce que vous appelez «
u primu Riacquistu » ?
Jean-Guy Talamoni : Dans cette
entreprise, il a fallu procéder à des
choix. J'ai, pour ce premier tome,
voulu offrir au lecteur non initié
une « porte d'entrée » dans notre
littérature. Le premier choix a été
celui de la période : j'ai décidé de
traiter celle qui va de la fin du
XIXe à la seconde guerre mondiale
et que j'ai appelée « le premier
Riacquistu ». Il s'agit d'une
période très féconde et où les genres
littéraires sont extrêmement
diversifiés. Le second choix a été
celui des auteurs et des textes.
Compte tenu de mon objectif, il
fallait chercher à rendre compte
de cette grande diversité que
j'évoquais à l'instant : poésie lyrique
ou épique, théâtre, roman,
sans parler de la littérature politique
qui est un genre littéraire à
part entière et que Santu Casanova
a créé en langue corse, au seuil de
ce primu Riacquistu. J'ai par ailleurs
eu la chance de disposer
d'un grand nombre d'inédits dont
j'ai publié ce qui étaient, à mon
sens, les plus remarquables.
U.R.I : Selon vous quelles sont les
raisons et les contextes qui les
amènent à rompre avec « la lingua
del sì » ?
J.G.T : Là encore, c'est Santu
Casanova qui a donné le signal de
départ en demandant publiquement
aux collaborateurs de son
journal, A Tramuntana, de ne plus
lui envoyer de textes en italien,
expliquant que la langue de la
Corse était le corse. Cela peut
paraître anodin à notre époque,
mais au XIXe siècle il s'agissait
d'une position révolutionnaire.
N'oublions pas que Pasquale Paoli
lui-même considérait que la langue
de la nation était l'italien, et
que, bien plus tard, un patriote
corse comme Salvatore Viale pensait
la même chose : si le corse
était utilisé dans son Serinatu di
Scappinu, c'était en tant qu'italien
populaire, bon pour écrire des «
bagatelles », pour reprendre le
mot de Mgr de la Foata…
D'ailleurs, ce dernier ne publiera
pas lui-même sa « poesia giocosa
» en langue corse, alors qu'elle
était de grande qualité. Avant
Santu Casanova, le corse n'était
pas placé, par les intellectuels corses
eux-mêmes, sur un plan
d'égale dignité par rapport à l'italien
et au français. Ce que l'on
observe avec ce « premier
Riacquistu », c'est une démarche
ayant à la fois une dimension linguistique
et littéraire, mais également
une dimension politique. Il
s'agit de sauver une identité nationale
et, pour la première fois, la
langue est considérée comme un
élément majeur de cette identité.
U.R.I : Souvent, qui dit anthologie
dit choix. A ce titre, la sélection de
ces poètes et prosateurs a-t-elle
été difficile ? Vous a-t-on demandé
pourquoi certains auteurs, comme
Carulu Giovoni, Simonu Poli,
Tumasgiu Pasquale Peretti et d'autres,
n'y figuraient pas ?
J.G.T : Toute anthologie donne lieu
à des questions de ce genre. J'ai,
pour ma part, essayé de donner à
travers cette « porte d'entrée » un
aperçu général d'une période très
importante, mais il faudra ensuite
traiter d'autres auteurs de cette
époque ainsi que des auteurs
d'autres périodes. Je n'ai pas
voulu suivre un ordre chronologique.
J'ai préféré aller directement
au coeur de la question. Le prochain
tome permettra d'approfondir
cette question (autres auteurs
du primu Riacquistu) et de l'élargir
dans le temps (précurseurs,
comme Guglielmi ou Mgr de la
Foata, ou continuateurs, comme
Gregale)…
U.R.I : Votre ouvrage est une ode à
la culture corse, et, est-elle, quelque
part, « politiquement », une
réponse culturelle à ceux qui
affirment que la langue corse est
un simple idiome oral sans génie
créateur ?
J.G.T : Beaucoup d'inepties ont été
dites et écrites à ce sujet, et pas
seulement par des étrangers à la
Corse. Souvenez-vous des propos
provocateurs d'Angelo Rinaldi
affirmant que les Corses partageaient
uniquement… une même
façon de siffler les chèvres !
Mêmes des Corses qui ne renient
pas leurs origines peuvent tenir
des propos surprenants. Jean-
Claude Casanova écrivait en 2001
dans Le Figaro qu'« il n'existe pas
de littérature en Corse, sauf des
poésies et des chansons ». Le plus
étrange était que la tonalité de son
article était loin d'être hostile à la
langue. Sans doute, malgré son
indiscutable culture et son attachement
à la Corse, Monsieur
Casanova n'avait-il jamais lu «
Pesciu anguilla » de Dalzeto ou «
Flumen Dei » de Filippini…
J'observe par ailleurs que cette
phrase jette aux oubliettes toute la
littérature orale, si chère au coeur
de chaque peuple. Sans compter
la poésie, que l'on semble traiter
par le dédain (« …sauf des poésies
»). S'il ne restait de la somptueuse
littérature française que les vers de
Villon, de René Char ou de Valéry,
les tiendrait-on pour quantité
négligeable ? Ce que je veux montrer
à travers cet exemple, c'est
que la littérature corse est ignorée
des Corses eux-mêmes, et pas seulement
des plus ignorants.
U.R.I :Envisagez-vous un jour
d'établir, à l'instar d'Yvia-Croce
ou de Ceccaldi, une anthologie
plus large allant de nos écrivains
précurseurs à nos auteurs
modernes ?
J.G.T : Ma démarche est un peu différente
de celle des ouvrages que
vous citez, car elle s'adresse à un
public plus étendu. Bien sûr, plusieurs
tomes seront nécessaires. Le
second est en cours de rédaction.
J'envisage de traiter plus tard les
auteurs du « second Riacquistu »,
à savoir ceux des années 70 et suivantes,
ainsi que les auteurs
contemporains.
U.R.I : St'ultimi tempi, avete dettu,
à u corsu d'una emissione à
RCFM, chì di i vostri cinque libri
nant'à a pulitica è a linguistica,
quelli chì cuntavanu u più ghjeranu
quelli scritti nant'à cultura.
Spiecateci u vostru parè, è, al di
là, chì ripresente, per voi, è per
tutti i Corsi, a quistione di a lingua
è di a cultura per u so estru ?
J.G.T : Hè vera. I trè libri chì aghju
scrittu nantu à a lingua sò per mè
assai impurtanti. Pensu chì a lingua
deve esse u core di a
dimarchja naziunale. A lingua
porta i valori di u populu, hè u
santuariu di l'identità nostra. «
Morta a lingua, mortu u populu »
ùn hè solu un pruverbiu. Hè una
minaccia spaventosa… Di difende
a lingua è a literatura, ghjè
difende ciò chè no simu. Ma ùn ci
vole à fà la di modu passeistu.
Entre in u mondu oghjincu incù a
nostra cultura ci impone di mette
in ballu un terzu « Riacquistu ».
Propos recueillis par
Battì Lucciardi
« Anthologie bilingue de la littérature
corse », DCL, Aiacciu. Edition standard
: 20 euros. Edition de luxe, numérotée
de 1 à 100 : 59 euros (en librairie
ou par commande, frais de port
compris, à : DCL Editions, Z.I. du
Vaziu - BP 903, 20 700 Aiacciu. Tél. :
04 95 22 53 53)