Josette Risterucci, déléguée CGT du personnel de l’hôpital de Bastia a accordé un
entretien au Ribombu pour évoquer les difficultés du Centre Hospitalier.
U Ribombu Internaziunale : Le budget
de l’hôpital de Bastia laisse-t-il
craindre des difficultés financières ?
Josette Risterucci : L’exercice 2008 va
se terminer avec un déficit de 2,5
millions d’euro. En 2006 après la
désastreuse gestion ESCRIVA le déficit
était de 6,5 Millions. L’Etat français
par l’intermédiaire de l’agence
régionale d’hospitalisation avait
promis l’effacement de la dette. A ce
jour cette promesse est non tenue et
l’ARH a injecté un supplément de
900 000 euro ce qui est insuffisant.
Le C.H.Bastia a fait de gros efforts
de gestion, il a augmenté son activité,
sa production de soins mais le
compte n’y est toujours pas.
U Ribombu Internaziunale : Quelles
sont les raisons de ce déficit
chronique ?
J.R : Le C.H.Bastia a toujours été
moins doté depuis son installation à
Falconaghja en particulier par rapport
à Aiacciu. Il nous faut des
stocks de médicaments et de gaz
médicaux beaucoup plus importants
qu’un hôpital du continent. Le prix
des marchandises qu’achète l’hôpital
est plus élevé, toutes les ménagères
corses quand elles font leurs
courses s’en aperçoivent. Les travaux
d’entretien ou autres coûtent également
plus cher. Ceci entraîne un
surcoût évalué à 15%. Pour
mémoire l’Ile de France a un surcoût
de 7% accepté par le ministre. En
Corse ce surcoût n’est pas compensé.
Les évacuations sanitaires
coûtent au C.H.Bastia 1,5 millions
d’euro par an, elles ne sont pas prises
en compte par un budget spécifique.
Enfin les recettes de l’hôpital se
partagent entre recettes d’activité
médicale et ce qui est appelé les
missions d’intérêt général, c'est-àdire
surtout l’ouverture 24h/24 l’accueil
de tous les patients y compris
non assurés. La tarification à l’activité
que les médecins doivent enregistrer
pour permettre la facturation
à la CPAM laisse apparaître un déficit
d’exhaustivité occasionnant un
manque à gagner de 5 millions.
Vous voyez qu’avec toutes ces recettes,
non réalisées aujourd’hui, le
budget serait largement équilibré.
Pour conclure sur ce sujet, la situation
s’est améliorée, le déficit persiste
mais cependant l’hôpital n’est
pas menacé et surtout ne traîne pas
de dettes, comme à Aiacciu. Par
contre l’absence de fonds propres ne
permet pas à l’hôpital d’investir.
U Ribombu Internaziunale :
L’encadrement est peu corsisé, n’est
ce pas une cause d’instabilité
sociale ?
J.R : Pour la CGT la non corsisation
n’est pas un handicap, cependant à
compétence égale nous donnons la
préférence à un Corse. Une personne
d’origine Corse va s’impliquer
dans la gestion, comprendra
mieux les problématiques locales et
tiendra compte de son environnement
dans ses relations sociales.
U Ribombu Internaziunale : L’ascenseur
social au C.H.Bastia est-il en panne ?
J.R : Non car aujourd’hui les cadres
de santé sont issus de l’hôpital, ils
sont formés par l’école des cadres
installée à Toga. Le budget formation
du C.H.Bastia est en grande
partie consacré à la promotion du
personnel. On peut très bien commencer
Agent de service et finir
cadre si on a la volonté et les capacités.
Il existe pour cela des
concours internes qui garantissent
l’équité et préservent de la
« magouille ». Pour la CGT il y a un
réel effort de promotion interne y
compris au niveau des administratifs.
D’ailleurs le nouveau Directeur
des Ressources Humaines est Corse.
U Ribombu Internaziunale : Les hôpitaux
locaux, par exemple celui de
Corti où il a été investi près de 5millions
d’euro, sont-ils justifiés ?
J.R : Il faut ici aborder l’organisation
territoriale des soins. Les hôpitaux
comme Bastia et Aiacciu sont les
seuls à disposer d’un plateau technique
lourd permettant une vaste
gamme de soins avec le maximum
de sécurité. Un hôpital local ne peut
offrir ce même niveau de compétence
et de sécurité. Nous pensons
qu’un réseau d’antennes médicales
comme celle de Calvi avec accueil
des urgence et SMUR est plus pertinent.
On peut alors maintenir des services de moyen et long séjour,
des services d’accueil spécialisés,
par exemple pour les pathologies
neurologiques ou les handicaps
lourds. Dans l’idéal il faudrait en
Haute-Corse une antenne à Calvi
Corti et Ghisonaccia. Les moyens
médicaux manquent aujourd’hui et
il n’est pas de bonne gestion de les
éparpiller. Investir à Corti se fait au
détriment d’autres projets médicalement
plus importants mais c’est la
politique qui décide. Dans le rural il
y a un réel problème de couverture
sanitaire qui pourrait être résolu par
des centres de santé bien répartis où
infirmières et médecins pourraient
travailler en réseau.
U Ribombu Internaziunale : Les maires
présidents des conseils d’administration
des hôpitaux ont tendance
à embaucher inconsidérément,
n’est ce pas une des causes de difficultés
financières ?
J.R : pour ce qui concerne l’emploi
peu qualifié il y a eu des dérives de
la part des maires. Les emplois qualifiés
nécessitent des diplômes et des
qualifications spécifiques, ils ne
sont pas concernés par ce type
d’embauche politique. Il faut dire
aussi que les instances dirigeantes
des hôpitaux ne jouent pas leur rôle
et sont aussi responsables par leur
passivité. Ces nominations non justifiées
se font au détriment du personnel
soignant. L’hôpital d’Aiacciu
est en sureffectif et il se trouve que
les premiers à partir seront les
employés en CDD y compris ceux
qui sont au lit du patient.
U Ribombu Internaziunale : Qu’en estil
de l’absentéisme que l’on dit
élevé au C.H.Bastia ?
J.R : Je m’inscris en faux, l’absentéisme
est entre 1O et 12% selon
les catégories de personnel. C’est
la moyenne nationale. Il a pu
être élevé mais il y a une prise de
conscience du personnel et l’absentéisme
est aujourd’hui constitué
de congés maternité et d’affections
de longue durée.
U Ribombu Internaziunale : Que pensez-
vous du regroupement régional
des hôpitaux de Corse ?
J.R : Ce serait nier les difficultés géographiques
du terrain, cela apporterait
peu de gains financiers. Au niveau
du SAMU les professionnels disent
qu’il faut une parfaite connaissance
du terrain pour être efficace lorsque
chaque minute compte. Nous préférons
que chaque établissement garde
son autonomie et nous redoutons
qu’en mutualisant les moyens aériens
on ne les diminue. Pour terminer je
voudrais ajouter que le gouvernement
cherche à réduire sans cesse les
budgets affectés aux soins.
Or la demande de soins de plus en
plus performants et coûteux ne peut
que croître. Il faut être très vigilants
pour que toute la population, quels
que soient sa condition et ses ressources,
soit soignée de la meilleure façon possible.
Le point de vue de Corsica Libera
Même si nous ne partageons
pas, loin s’en faut, la
vision de Josete Risterucci
quant à l’avenir de la Corse, Corsica
Libera défend le service public de
santé. A ce titre nous défendrons les
hôpitaux de Bastia et Aiacciu et
serons toujours vigilants sur le principe
d’accès libre pour tous, sans distinction
de situation sociale à des
soins de qualité, performants, conformes
aux acquis scientifiques actuels.
Pour autant, l’hospitalisation privée
et la médecine libérale ont toute leur
place dans le système de santé. Nous
devons cependant rationaliser l’offre
de soins, éviter l’éparpillement en
structures au service médical rendu
faible, maintenues par la seule
volonté de quelques élus locaux. La
santé publique nécessite aujourd’hui
des moyens financiers importants,
des compétences médicales pointues
et des plateaux techniques performants.
Les structures dites de proximité
ne peuvent satisfaire à ces trois
critères. C’est pour cela que le
mélange des genres entre pulitichella
et politique de santé n’a que trop
duré au détriment de la bonne santé
des Centres Hospitaliers de Bastia et
Aiacciu. Non seulement ces hôpitaux
surtout le C.H Aiacciu, sont mal
gérés, mais de plus des ressources
financières non négligeables consacrées
au fonctionnement des hôpitaux
dits de proximité leur échappent.
Les déficits chroniques ont
deux principales origines. L’excès de
personnel peu qualifié non attaché
au service direct du malade généré
par les embauches de complaisance
dont sont coutumiers les maires présidents
des conseils d’administration.
La sous-dotation financière des deux
hôpitaux de Bastia et Aiacciu due
entre autre à l’absence de prise en
compte du surcoût de l’insularité et
la compensation insuffisante du coût
très important du service d’urgence
nécessitant un plateau technique
lourd disponible à toute heure du jour et de la nuit, 365 jours par an.
Nous formulons quelques propositions
de bon sens tenant compte de
ces observations, pour l’organisation
du réseau public de soins en Corse.
Deux hôpitaux généraux avec service
d’accueil des urgences et
SAMU. Un établissement dans l’extrême
sud, la clinique de l’Ospédale,
conventionnée pour participer au
service d’urgence. Dans les régions,
trois antennes médicales en haute
corse, Calvi, Corti, Fium’Orbu avec
réception des urgences et SMUR,
sans hospitalisation sauf de très
courte durée (ce que l’on appelle un
service de porte limité à des durées
de moins de 24 heures). En Corse du
sud la couverture médicale serait
assurée par un SMUR à Portivechju
et une antenne médicale à Sartè. Les
services de moyen et long séjour des
hôpitaux locaux sont conservés. Pour
ce qui concerne le secteur rural
l’évolution de notre société a influé
sur la profession médicale. La profession
s’est beaucoup féminisée, le
temps médical a diminué, certains
praticiens ont délaissé l’exercice
médical traditionnel pour d’autres
activités (homéopathie, médecines
dites douces, ostéopathie, esthétique…),
enfin les jeunes médecins
n’acceptent plus un exercice isolé
nécessitant une disponibilité de tous
les instants. Il est donc probable que
de vastes zones de notre territoire
seront dépourvues de médecin dans
les années à venir. Il faut ici relancer
notre proposition de « Case di a
salute » implantées dans les communes-
centre des microrégions, en relation
étroite avec les CSP pour l’organisation
des urgences. Un réseau
local de surveillance et de suivi des
patients souvent âgés serait alors créé
autour du ou des médecins avec le
concours des infirmières, kinésithérapeutes
et auxiliaires de vie qui sont
au quotidien auprès des populations.
Ces réseaux d’alerte fonctionnent
déjà dans plusieurs micro-régions
sans être formalisés et participent au
maintien à domicile des personnes
agées. Les efforts des pouvoirs
publics doivent aller dans ce sens,
proposer des installations de groupe
dans des locaux adaptés permettant
une mise en commun des moyens.
Les mesures d’aide ponctuelle qu’elles
soient matérielles ou fiscales ne
peuvent qu’attirer des professionnels
recherchant l’effet d’aubaine, forcément
limité dans le temps. La médecine
et les médecins ont beaucoup
évolué ces vingt dernières années,
les schémas datant de trente ans ne
sont plus du tout d’actualité. Ceci
doit conduire à une révision complète
des politiques de santé publique.
Corsica Libera se préoccupe de
ces questions, au coeur de l’aménagement
durable de notre pays.
C.Filippi