Accolta

Accolta Cap'articulu Attualità Pulitica Ghjustizia Internaziunale I Prigiuneri Fiure Cultura Abbunamentu Cuntatti Ligame


Articulu di u numaru 39, Dicembre di u 2008


Hôpital de Bastia : Difficultés chroniques...



Josette Risterucci, déléguée CGT du personnel de l’hôpital de Bastia a accordé un entretien au Ribombu pour évoquer les difficultés du Centre Hospitalier.

U Ribombu Internaziunale : Le budget de l’hôpital de Bastia laisse-t-il craindre des difficultés financières ?

Josette Risterucci :
L’exercice 2008 va se terminer avec un déficit de 2,5 millions d’euro. En 2006 après la désastreuse gestion ESCRIVA le déficit était de 6,5 Millions. L’Etat français par l’intermédiaire de l’agence régionale d’hospitalisation avait promis l’effacement de la dette. A ce jour cette promesse est non tenue et l’ARH a injecté un supplément de 900 000 euro ce qui est insuffisant. Le C.H.Bastia a fait de gros efforts de gestion, il a augmenté son activité, sa production de soins mais le compte n’y est toujours pas.


U Ribombu Internaziunale : Quelles sont les raisons de ce déficit chronique ?

J.R :
Le C.H.Bastia a toujours été moins doté depuis son installation à Falconaghja en particulier par rapport à Aiacciu. Il nous faut des stocks de médicaments et de gaz médicaux beaucoup plus importants qu’un hôpital du continent. Le prix des marchandises qu’achète l’hôpital est plus élevé, toutes les ménagères corses quand elles font leurs courses s’en aperçoivent. Les travaux d’entretien ou autres coûtent également plus cher. Ceci entraîne un surcoût évalué à 15%. Pour mémoire l’Ile de France a un surcoût de 7% accepté par le ministre. En Corse ce surcoût n’est pas compensé. Les évacuations sanitaires coûtent au C.H.Bastia 1,5 millions d’euro par an, elles ne sont pas prises en compte par un budget spécifique.

Enfin les recettes de l’hôpital se partagent entre recettes d’activité médicale et ce qui est appelé les missions d’intérêt général, c'est-àdire surtout l’ouverture 24h/24 l’accueil de tous les patients y compris non assurés. La tarification à l’activité que les médecins doivent enregistrer pour permettre la facturation à la CPAM laisse apparaître un déficit d’exhaustivité occasionnant un manque à gagner de 5 millions. Vous voyez qu’avec toutes ces recettes, non réalisées aujourd’hui, le budget serait largement équilibré. Pour conclure sur ce sujet, la situation s’est améliorée, le déficit persiste mais cependant l’hôpital n’est pas menacé et surtout ne traîne pas de dettes, comme à Aiacciu. Par contre l’absence de fonds propres ne permet pas à l’hôpital d’investir.


U Ribombu Internaziunale : L’encadrement est peu corsisé, n’est ce pas une cause d’instabilité sociale ?

J.R :
Pour la CGT la non corsisation n’est pas un handicap, cependant à compétence égale nous donnons la préférence à un Corse. Une personne d’origine Corse va s’impliquer dans la gestion, comprendra mieux les problématiques locales et tiendra compte de son environnement dans ses relations sociales.


U Ribombu Internaziunale : L’ascenseur social au C.H.Bastia est-il en panne ?

J.R :
Non car aujourd’hui les cadres de santé sont issus de l’hôpital, ils sont formés par l’école des cadres installée à Toga. Le budget formation du C.H.Bastia est en grande partie consacré à la promotion du personnel. On peut très bien commencer Agent de service et finir cadre si on a la volonté et les capacités. Il existe pour cela des concours internes qui garantissent l’équité et préservent de la « magouille ». Pour la CGT il y a un réel effort de promotion interne y compris au niveau des administratifs.

D’ailleurs le nouveau Directeur des Ressources Humaines est Corse.


U Ribombu Internaziunale : Les hôpitaux locaux, par exemple celui de Corti où il a été investi près de 5millions d’euro, sont-ils justifiés ?

J.R :
Il faut ici aborder l’organisation territoriale des soins. Les hôpitaux comme Bastia et Aiacciu sont les seuls à disposer d’un plateau technique lourd permettant une vaste gamme de soins avec le maximum de sécurité. Un hôpital local ne peut offrir ce même niveau de compétence et de sécurité. Nous pensons qu’un réseau d’antennes médicales comme celle de Calvi avec accueil des urgence et SMUR est plus pertinent.

On peut alors maintenir des services de moyen et long séjour, des services d’accueil spécialisés, par exemple pour les pathologies neurologiques ou les handicaps lourds. Dans l’idéal il faudrait en Haute-Corse une antenne à Calvi Corti et Ghisonaccia. Les moyens médicaux manquent aujourd’hui et il n’est pas de bonne gestion de les éparpiller. Investir à Corti se fait au détriment d’autres projets médicalement plus importants mais c’est la politique qui décide. Dans le rural il y a un réel problème de couverture sanitaire qui pourrait être résolu par des centres de santé bien répartis où infirmières et médecins pourraient travailler en réseau.


U Ribombu Internaziunale : Les maires présidents des conseils d’administration des hôpitaux ont tendance à embaucher inconsidérément, n’est ce pas une des causes de difficultés financières ?

J.R :
pour ce qui concerne l’emploi peu qualifié il y a eu des dérives de la part des maires. Les emplois qualifiés nécessitent des diplômes et des qualifications spécifiques, ils ne sont pas concernés par ce type d’embauche politique. Il faut dire aussi que les instances dirigeantes des hôpitaux ne jouent pas leur rôle et sont aussi responsables par leur passivité. Ces nominations non justifiées se font au détriment du personnel soignant. L’hôpital d’Aiacciu est en sureffectif et il se trouve que les premiers à partir seront les employés en CDD y compris ceux qui sont au lit du patient.


U Ribombu Internaziunale : Qu’en estil de l’absentéisme que l’on dit élevé au C.H.Bastia ?

J.R :
Je m’inscris en faux, l’absentéisme est entre 1O et 12% selon les catégories de personnel. C’est la moyenne nationale. Il a pu être élevé mais il y a une prise de conscience du personnel et l’absentéisme est aujourd’hui constitué de congés maternité et d’affections de longue durée.


U Ribombu Internaziunale : Que pensez- vous du regroupement régional des hôpitaux de Corse ?

J.R :
Ce serait nier les difficultés géographiques du terrain, cela apporterait peu de gains financiers. Au niveau du SAMU les professionnels disent qu’il faut une parfaite connaissance du terrain pour être efficace lorsque chaque minute compte. Nous préférons que chaque établissement garde son autonomie et nous redoutons qu’en mutualisant les moyens aériens on ne les diminue. Pour terminer je voudrais ajouter que le gouvernement cherche à réduire sans cesse les budgets affectés aux soins.

Or la demande de soins de plus en plus performants et coûteux ne peut que croître. Il faut être très vigilants pour que toute la population, quels que soient sa condition et ses ressources, soit soignée de la meilleure façon possible.



Le point de vue de Corsica Libera

Même si nous ne partageons pas, loin s’en faut, la vision de Josete Risterucci quant à l’avenir de la Corse, Corsica Libera défend le service public de santé. A ce titre nous défendrons les hôpitaux de Bastia et Aiacciu et serons toujours vigilants sur le principe d’accès libre pour tous, sans distinction de situation sociale à des soins de qualité, performants, conformes aux acquis scientifiques actuels.

Pour autant, l’hospitalisation privée et la médecine libérale ont toute leur place dans le système de santé. Nous devons cependant rationaliser l’offre de soins, éviter l’éparpillement en structures au service médical rendu faible, maintenues par la seule volonté de quelques élus locaux. La santé publique nécessite aujourd’hui des moyens financiers importants, des compétences médicales pointues et des plateaux techniques performants.

Les structures dites de proximité ne peuvent satisfaire à ces trois critères. C’est pour cela que le mélange des genres entre pulitichella et politique de santé n’a que trop duré au détriment de la bonne santé des Centres Hospitaliers de Bastia et Aiacciu. Non seulement ces hôpitaux surtout le C.H Aiacciu, sont mal gérés, mais de plus des ressources financières non négligeables consacrées au fonctionnement des hôpitaux dits de proximité leur échappent.

Les déficits chroniques ont deux principales origines. L’excès de personnel peu qualifié non attaché au service direct du malade généré par les embauches de complaisance dont sont coutumiers les maires présidents des conseils d’administration. La sous-dotation financière des deux hôpitaux de Bastia et Aiacciu due entre autre à l’absence de prise en compte du surcoût de l’insularité et la compensation insuffisante du coût très important du service d’urgence nécessitant un plateau technique lourd disponible à toute heure du jour et de la nuit, 365 jours par an. Nous formulons quelques propositions de bon sens tenant compte de ces observations, pour l’organisation du réseau public de soins en Corse.

Deux hôpitaux généraux avec service d’accueil des urgences et SAMU. Un établissement dans l’extrême sud, la clinique de l’Ospédale, conventionnée pour participer au service d’urgence. Dans les régions, trois antennes médicales en haute corse, Calvi, Corti, Fium’Orbu avec réception des urgences et SMUR, sans hospitalisation sauf de très courte durée (ce que l’on appelle un service de porte limité à des durées de moins de 24 heures). En Corse du sud la couverture médicale serait assurée par un SMUR à Portivechju et une antenne médicale à Sartè. Les services de moyen et long séjour des hôpitaux locaux sont conservés. Pour ce qui concerne le secteur rural l’évolution de notre société a influé sur la profession médicale. La profession s’est beaucoup féminisée, le temps médical a diminué, certains praticiens ont délaissé l’exercice médical traditionnel pour d’autres activités (homéopathie, médecines dites douces, ostéopathie, esthétique…), enfin les jeunes médecins n’acceptent plus un exercice isolé nécessitant une disponibilité de tous les instants. Il est donc probable que de vastes zones de notre territoire seront dépourvues de médecin dans les années à venir. Il faut ici relancer notre proposition de « Case di a salute » implantées dans les communes- centre des microrégions, en relation étroite avec les CSP pour l’organisation des urgences. Un réseau local de surveillance et de suivi des patients souvent âgés serait alors créé autour du ou des médecins avec le concours des infirmières, kinésithérapeutes et auxiliaires de vie qui sont au quotidien auprès des populations.

Ces réseaux d’alerte fonctionnent déjà dans plusieurs micro-régions sans être formalisés et participent au maintien à domicile des personnes agées. Les efforts des pouvoirs publics doivent aller dans ce sens, proposer des installations de groupe dans des locaux adaptés permettant une mise en commun des moyens.

Les mesures d’aide ponctuelle qu’elles soient matérielles ou fiscales ne peuvent qu’attirer des professionnels recherchant l’effet d’aubaine, forcément limité dans le temps. La médecine et les médecins ont beaucoup évolué ces vingt dernières années, les schémas datant de trente ans ne sont plus du tout d’actualité. Ceci doit conduire à une révision complète des politiques de santé publique.

Corsica Libera se préoccupe de ces questions, au coeur de l’aménagement durable de notre pays.

C.Filippi

 

Sur le même thème

© U Ribombu Internaziunale — 2008