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Articulu di u numaru 17, sittembre di u 2006


« KUR-SIG » de José Stromboni


Une révolution dans la connaissance historique du peuple corse ?

José STROMBONI frappe du sceau de l’originalité tout ce qu’il entreprend..

Les connaisseurs de la Corse moderne se rappelleront sa fracassante déclaration à BEYROUTH, au moment de l’affaire des « boues rouges », où il situait la Corse en tant que Nation injustement privée de la maîtrise de ses affaires propres et ceux qui s’intéressent au XVIIème siècle corse n’ont pas oublié son superbe ouvrage historique, en collaboration avec Antoine Marie GRAZIANI, « Les feux de la Saint Laurent » concernant les tragiques évènements des trois pieve des Seigneuries BOZZI et ORNANO.(1)

Avec KUR-SIG José Stromboni nous convie à une véritable révolution culturelle qui bat en brèche bien des idées reçues en soulignant que notre île n’a pas commencé à écrire son histoire et à posséder une authentique civilisation avec les Grecs et les Romains.

Préfacé avec talent par Louis ORSINI, maître de conférence à l’UFR Droit de l’Université de Corti, qui ne manque pas lui aussi d’affirmer que le fonds culturel commun à toutes les parties du bassin méditerranéen aurait été forgé bien avant les Grecs et bien avant les Romains, l’ouvrage qui vient de paraître aux Editions DUMANE(2) est appelé à bien des commentaires voire de controverses. Nous espérons seulement que le débat qui s’instaurera empruntera la rigueur scientifique qui s’impose afin d’éviter la resucée des ratiocinations habituelles.

La thèse de Stromboni, ou à tout le moins l’hypothèse, constitue en effet un véritable éclair dans la nuit: les Sumériens, inventeurs de l’écriture, puis les Etrusques auraient été partie constituante du peuple corse d’origine !

Et l’auteur d’expliquer que le fil conducteur qui a permis de tout raccorder c’est la langue, l’antique langue sumérienne et la .langue corse à partir de la révélation du mot « ZI » qui ramène à la flèche et à la vie. Ce mot « ZI », présent dans toute la Corse, nous parle d’une Corse qui vit depuis des millénaires avec une culture d’avant garde et non d’une île dépendante et assistée.

Il nous invite à inscrire notre passé dans l’exceptionnel terreau de la Mésopotamie et l’on regrettera seulement que dans cet ouvrage, si parfaitement illustré, ne figure pas une carte complète de la MESOPOTAMIE de l’époque pour mieux permettre le cheminement du lecteur.

Quelques clefs de lectures sont cependant infiniment précieuses : l’ Omu di Cagna n’était pas seul, il y avait plein Nord un autre homme, l’Omu d’Uvaccia.

Le toponyme MORO ou MURU n’a rien à voir avec les Maures mais sa signification doit être recherchée dans le mot « MURU » en sumérien qui désigne le brouillard et qui signifie également mur.

Des trois parties du livre, langues et cultures, peuples et terres, émergent de multiples éléments novateurs qui ont nécessité un travail de recherche, à partir d’une géographie de terrain, proprement faramineux.

Les mots, les choses, les vestiges, s’emboîtent les uns dans les autres mieux que ne sauraient le faire les fameuses poupées russes.

L’asphodèle, plante magique de la Corse, nous y est révélée avec tous ses secrets et la conclusion paraît s’imposer à l’évidence: les premiers peuplements migrèrent vers les îles de la Méditerranée et notamment vers le bloc corso-sarde.

De fait José Stromboni nous conduit à de nouvelles interprétations sur les « Peuples de la Mer), - leurs tribus et leurs déplacements et les premiers corses n’ont pas subi la domination de ces « Peuples de la mer » mais ont purement et simplement constitué l’un des plus prestigieux de ces peuples d’origine.

Même l’énigme du drapeau à tête de maure est complètement revisitée par notre auteur qui nous donne une véritable leçon de philosophie en écrivant : « Il est peu de dire que la culture corse est menacée, victime parce qu’écrasée par la culture dominante, elle-même agressée par d’autres cultures qui très démocratiquement vont s’imposer. La seule résistance à cette absorption ne propose d’autre solution que celle d’emprunter des mots à la langue dominante qui finissent par faire dériver vers un sabir. Si l’on renonce à conserver son patrimoine linguistique que ce soit sous la forme de la toponymie, de sa pratique en respectant rigoureusement la prononciation pour ne pas se laisser aller aux modes, si l’on renonce tout simplement à son Histoire alors l’arbre sans racines sera définitivement condamné ».

DILMUN, TALAMONE, le Royaume d’Aratta à l’époque de GILGAMESH, le Pays des quatre Fleuves, la vallée de l’ORTOLU et tant d’autres lieux tel est le parcours initiatique que nous décrit José Stromboni avec autant de rigueur que de talent.

Et l’histoire de l’île de reprendre alors tous ses droits, ceux d’un peuple souverain.

KUR-SIG est une autre façon de voir la Corse, après avoir déchaussé les lunettes de l’idéologie dominante et de la paresse tranquille.

Vincent Stagnara

(1) Les feux de la Sain( Laurent: Antoine Marie Graziani et José Stromboni. Editions Alain PIAZZOLA 1992. Prix du Jury du Livre Corse 1992.
(2) KUR-SIG: l’Eden retrouvé. José Stromboni. Editions DUMÂNE 3ème trimestre 2006

 

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