Une révolution dans la connaissance historique du peuple corse ?
José STROMBONI frappe du sceau
de l’originalité tout ce qu’il entreprend..
Les connaisseurs de la Corse
moderne se rappelleront sa fracassante
déclaration à BEYROUTH, au
moment de l’affaire des « boues rouges
», où il situait la Corse en tant
que Nation injustement privée de la
maîtrise de ses affaires propres et
ceux qui s’intéressent au XVIIème siècle
corse n’ont pas oublié son superbe
ouvrage historique, en collaboration
avec Antoine Marie GRAZIANI, « Les
feux de la Saint Laurent » concernant
les tragiques évènements des trois
pieve des Seigneuries BOZZI et
ORNANO.(1)
Avec KUR-SIG José Stromboni nous
convie à une véritable révolution culturelle
qui bat en brèche bien des
idées reçues en soulignant que notre
île n’a pas commencé à écrire son
histoire et à posséder une authentique
civilisation avec les Grecs et les
Romains.
Préfacé avec talent par Louis
ORSINI, maître de conférence à l’UFR
Droit de l’Université de Corti, qui ne
manque pas lui aussi d’affirmer que
le fonds culturel commun à toutes les
parties du bassin méditerranéen
aurait été forgé bien avant les Grecs
et bien avant les Romains, l’ouvrage
qui vient de paraître aux Editions
DUMANE(2) est appelé à bien des
commentaires voire de controverses.
Nous espérons seulement que le
débat qui s’instaurera empruntera la
rigueur scientifique qui s’impose afin
d’éviter la resucée des ratiocinations
habituelles.
La thèse de Stromboni, ou à tout le
moins l’hypothèse, constitue en effet
un véritable éclair dans la nuit: les
Sumériens, inventeurs de l’écriture,
puis les Etrusques auraient été partie
constituante du peuple corse d’origine !
Et l’auteur d’expliquer que le fil
conducteur qui a permis de tout raccorder
c’est la langue, l’antique langue
sumérienne et la .langue corse à
partir de la révélation du mot « ZI »
qui ramène à la flèche et à la vie.
Ce mot « ZI », présent dans toute la
Corse, nous parle d’une Corse qui vit
depuis des millénaires avec une culture
d’avant garde et non d’une île
dépendante et assistée.
Il nous invite à inscrire notre passé
dans l’exceptionnel terreau de la
Mésopotamie et l’on regrettera seulement
que dans cet ouvrage, si parfaitement
illustré, ne figure pas une
carte complète de la MESOPOTAMIE
de l’époque pour mieux permettre le
cheminement du lecteur.
Quelques clefs de lectures sont
cependant infiniment précieuses : l’
Omu di Cagna n’était pas seul, il y
avait plein Nord un autre homme,
l’Omu d’Uvaccia.
Le toponyme MORO ou MURU n’a
rien à voir avec les Maures mais sa
signification doit être recherchée
dans le mot « MURU » en sumérien
qui désigne le brouillard et qui signifie
également mur.
Des trois parties du livre, langues et
cultures, peuples et terres, émergent
de multiples éléments novateurs qui
ont nécessité un travail de recherche,
à partir d’une géographie de terrain,
proprement faramineux.
Les mots, les choses, les vestiges,
s’emboîtent les uns dans les autres
mieux que ne sauraient le faire les
fameuses poupées russes.
L’asphodèle, plante magique de la
Corse, nous y est révélée avec tous
ses secrets et la conclusion paraît
s’imposer à l’évidence: les premiers
peuplements migrèrent vers les îles
de la Méditerranée et notamment
vers le bloc corso-sarde.
De fait José Stromboni nous conduit
à de nouvelles interprétations sur les
« Peuples de la Mer), - leurs tribus et
leurs déplacements et les premiers
corses n’ont pas subi la domination
de ces « Peuples de la mer » mais ont
purement et simplement constitué
l’un des plus prestigieux de ces peuples
d’origine.
Même l’énigme du drapeau à tête
de maure est complètement revisitée
par notre auteur qui nous donne une
véritable leçon de philosophie en
écrivant : « Il est peu de dire que la
culture corse est menacée, victime
parce qu’écrasée par la culture dominante,
elle-même agressée par d’autres
cultures qui très démocratiquement
vont s’imposer. La seule
résistance à cette absorption ne propose
d’autre solution que celle d’emprunter
des mots à la langue dominante
qui finissent par faire dériver
vers un sabir. Si l’on renonce à
conserver son patrimoine linguistique
que ce soit sous la forme de la toponymie,
de sa pratique en respectant
rigoureusement la prononciation
pour ne pas se laisser aller aux
modes, si l’on renonce tout simplement
à son Histoire alors l’arbre
sans racines sera définitivement
condamné ».
DILMUN, TALAMONE, le Royaume
d’Aratta à l’époque de GILGAMESH,
le Pays des quatre Fleuves, la vallée
de l’ORTOLU et tant d’autres lieux tel
est le parcours initiatique que nous
décrit José Stromboni avec autant de
rigueur que de talent.
Et l’histoire de l’île de reprendre
alors tous ses droits, ceux d’un peuple
souverain.
KUR-SIG est une autre façon de voir
la Corse, après avoir déchaussé les
lunettes de l’idéologie dominante et
de la paresse tranquille.
Vincent Stagnara
(1) Les feux de la Sain( Laurent:
Antoine Marie Graziani et José
Stromboni. Editions Alain PIAZZOLA
1992. Prix du Jury du Livre Corse
1992.
(2) KUR-SIG: l’Eden retrouvé. José
Stromboni. Editions DUMÂNE 3ème
trimestre 2006