Non, la Corse ce n'est toujours pas la France.
Mème pour une élection qui la concerne si peu , elle sait
marquer sa différence au grand dam des politologues
autoproclamés , des observateurs avertis , des analystes
de tout poil , des tenants de la pensée unique qui encombrent
de leursuffisance le paysage médiatique . D'ailleurs
la capacité des médias à formater les esprits est devenue
telle que désormais les campagnes électorales tiennent
d'avantage du marketing que du débat d'idées.
La dernière présidentielle fraançaise en a été une
parfaite illustration . En ce qui concerne la Corse , le
poids des médias est moindre dans la seule mesure où le
temps audio et télévisuel qui lui est consacré est extrèmement
réduit . Mais les efféts
sont les mèmes . A la différence
qu'ici , les journalistes manquent
singulièremeent d'impertinence.
Ceci est peut-ètre dù à notre
société de proximité qui privilégie
les rapports humains . Mais quand
on se souvient de la création de
FR3 Corse et de la réaction indignée
de la classe politique corse , on peut penser que les
mèmes préssions continuent de s'exercer , tant les
tenants du pouvoir tolèrent difficilement l'esprit critique.
Quoiqu'il en soit , après le résultat des dernières législatives
, les analystes officiels insistaient sur le fait que le
vote corse avait enfin céssé de se différencier du vote
français ! Si celà n'est pas de la propagande , ça lui ressemble
et ce genre de constat péremptoire révèle les
contradictions de ces esprits éclairés qui admettent par
ailleurs que le vote nationaliste a été déterminant dans
trois circonscriptions sur quatre . Que ces faiseurs d'opinion
cessent donc d'interroger les chiffres et de se livrer
à d'inutiles contorsions , le fait est là et l'argument irréfutable
: tant que le mouvement national sera présent
dans une élection de quelque nature que ce soit , l'élection
en Corse ne ressemblera jamais à l'élection en
France . Et c'est peut-ètre là l'interèt majeur d'occuper
ce terrain institutionnel dont on sait pourtant à priori
combien il nous est défavorable , d'autant plus quand le
mouvement national , au nom de sa diversité , donne
dans la cacophonie la plus totale.
Dans ces conditions le score réalisé par les candidats se
réclamant du mouvement national ne peut ètre que
satisfaisant , voire surprenant quand on se remémore le
nombre de communiqués transmis à la presse émanant le
plus souvent de groupuscules dont l'électeur lambda a
déjà oublié le sigle . Entre l'abstention pronée par les
uns, le vote sélectif des autres , la candidature de
diversion de tel autre , l'électorat nationaliste a eu bien
du mérite à se positionner et à se mobiliser , parfois de
la meilleure des façons comme ce fùt le cas dans la
deuxième circonscription de la Corse du sud . On peut
penser que le discours provocateur tenu à Porti Vechju
par Sarkozy y a largement contribué . Mais il n'y a pas
que celà . Le résultat des candidats d'Unioni Naziunali ,
a été ici , la conséquence d'une union stratégique bien
comprise par les militants , qui bien avant ce défi électoral
, avaient su multiplier les réunions communes et se
retrouver sur le terrain pour dénoncer la politique de
dépossession de la terre ou pour s'opposer aux arrestations
arbitraires . A propos de cette circonscription , sur
le plateau de l'émission Cuntrastu , des observateurs
dont on se demande toujours ce qu'ils représentent et
surtout ce qu'ils font là , ont cru devoir attribuer ce
résultat au seul PNC , rejoignant en celà les voeux de
Sarkozy alors ministre de l'intérieur , qui entendait isoler
les militants de la LLN . Cette affirmation qui rappelle
combien le commentaire politique peut ètre pervers ,
n'est cependant pas sans interèt , car elle illustre parfaitement
le discours dominant
et les interèts conjugués
du pouvoir français et
du clanisme , qui ne désespèrent
pas de voir le mouvement
national se déchirer
pour des problèmes d'hégémonie
, de luttes d'influence
ou parfois tout simplement
pour des querelles de personnes.
Or l'union stratégique
représente précisément le
meilleur garde-fou pour ce genre de dérive . Et ce pour
plusieurs raisons . D'abord parce-qu'elle n'a pas été
conçue comme une addition de sigles , ensuite de par son
caractère conjoncturel et enfin et surtout parce-qu'elle
obéit à un mouvement dialectique qui permet de
résoudre les contradictions internes dans une synthèse
commune . L'espace institutionnel français se prètant
d'autant mieux à l'expression de l'union stratégique que
les militants indépendantistes savent pertinemment que
ce n'est pas là que va se sceller le destin politique de la
Nation corse . Et ils savent aussi que la situation du mouvement
national est bien plus complexe qu'il n'y parait et
qu'il est préférable de se garder de tout manichéisme.
Car la pratique militante nous enseigne que le courant
indépendantiste tout comme celui du réformisme , traverse
toutes les structures politiques du mouvement
national . Et d'ailleurs , bien malin celui qui pourrait dire
, quel a été le poids des voix réformistes ou des voix
indépendantistes qui se sont portées sur les candidats de
l'Unioni.
Dumenicu Tognotti