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Leria Francheschini : Nouveau docteur en archéologie |
« La mise en valeur du patrimoine archéologique préhistorique et protohistorique de la Corse : propositions en fonction des réalités archéologiques et des spécificités des différentes zones naturelles de l'île » tel est l'intitulé qui a valu a Leria Franceschini d'être promue au grade de docteur en archéologie avec mention très honorable et félicitations du jury, assorties de l'autorisation de publication de ces travaux. La parfaite maîtrise du sujet ainsi que la pertinence des observations et propositions apportées lui auront valu cette consécration scientifique. Cependant à la lecture de cette imposante recherche (3 tomes, 1120 pages) ressort en filigrane une vision militante de la prise en considération de notre patrimoine venu du fonds des âges parfois trop méconnu de notre peuple dont il est pourtant le seul dépositaire légitime. Un patrimoine physiquement en péril En dressant l'état des lieux du patrimoine archéologique de la Corse on mesure l'ampleur de la tâche à réaliser dans l'optique d'une mise en valeur de celui-ci. Leria Franceschini affirme en effet que ce patrimoine est « physiquement en péril ». Deux sites seulement ont été mis en valeur (Filitosa et Cuccurruzzu / Capula) alors même que dans le cadre de cette étude l'auteur établit un inventaire de « 100 sites de différentes typologies et d'importance inégale répartis sur l'ensemble de l'île. Il s'agit principalement de mégalithes (soit 49 sites dont 24 menhirs ou stantare, 8 alignements ou groupements de monolithes et 17 complexes funéraires), de sites d'habitat (42 dont 16 castelli/torre), 8 sites d'art rupestre et une nécropole non mégalithique. » Cette recherche constitue un potentiel non exhaustif dans le cadre d'un aménagement futur. Ce constat apparaît d'autant plus inacceptable au regard du décalage existant entre l'état de la connaissance, la richesse de nos sites d'une part et l'état de ce patrimoine d'autre part. Un état d'entretien et d'aménagement foncièrement insuffisant alors même que de vastes possibilités d'applications peuvent être dégagées. « Le domaine de l'archéologie préventive constitue aujourd'hui une réponse insuffisante » aux défis qui s'offrent à nous. Cet état de l'art mérite d'être appréhendé à la lumière d'autres régions du monde. Au cours de son exposé, - citons le parc archéologique de Beynac auquel il a été fait référence - ou encore dans la très proche Sardaigne où l'utilisation optimale du statut d'autonomie permet chaque année de progresser fortement en la matière. Ce qui tend à démontrer que le développement et la mise en valeur de ce patrimoine dépend fortement de l'existence - ou non - d'une volonté politique…
Leria Franceschini par le biais de cette thèse - réalisée sous la direction du Professeur Michel-Claude Weiss pour qui son étudiante a « jeté les bases d'une action de valorisation qui n'en est qu'à ses débuts » - ne se limite pas au nécessaire travail d'inventaire, d'ailleurs salué par les membres du jury dont le géographe Gérard Richez reconnaissait le « travail considérable dans le recueil de l'information ». De nombreuses propositions de valorisation ont été énoncées devant un public nombreux et intéressé. Pour cela, le nouveau docteur faisait remarquer qu'une « stratégie d'ensemble est nécessaire ». Celle-ci passe inévitablement par la mise en place de circuits de visite. Ainsi, l'aménagement des sites pourrait-il se faire à « deux principaux niveaux : « léger » (signalétique, panneaux d'information, chemin d'accès, canalisation du parcours des visiteurs, etc.) ou « complet » avec la création d'une structure d'accueil. Ce type d'aménagement implique généralement une étude très approfondie du site, mais aussi une étude de marché et la mise en place d'un cahier des charges précis et spécifique à chaque site. » Dans un second temps, Leria Franceschini entend développer une stratégie visà- vis de l'Università di Corsica qui apparaît selon elle « par son action dans la recherche et la valorisation, comme un acteur central de ce processus de valorisation ». Sont de ce fait proposés un archéodrome ou parc archéologique, sur le futur troisième campus universitaire. Un projet qui est porté depuis plusieurs années par le Groupe de recherches préhistoriques et protohistoriques et le Département d'Archéologie expérimentale et de moulage. Un dépôt de fouilles permanent, qui serait aussi un espace muséal permettrait de rendre l'archéologie accessible au plus grand nombre, d'autant plus qu'une véritable demande, une envie d'apprendre et de comprendre se fait sentir. Enfin, la loi LRU du 10 août 2007 permet la création de Fondations Universitaires. Ce système semble offrir selon la jeune chercheur de nombreuses possibilités pour le développement de la recherche : « En faisant appel aux dons et subventions, il pourrait permettre le financement d'une structure comme le parc archéologique. Ce système convient parfaitement au domaine de l'archéologie, de par sa vocation d'intérêt général, son intégration à l'université en tant que composante, qui peut alors tirer davantage de bénéfices du potentiel de la discipline en termes d'image et de valeur ajoutée, et sa souplesse de fonctionnement, à travers une autonomie interne et financière. »
La valorisation de notre patrimoine multimillénaire est un enjeu pour la société. Il est en effet en mesure d'induire en matière de développement des retombées directes de nature économique, mais est aussi un « atout pour le développement durable » : l'aménagement de sites, pour la plupart situés en milieu rural, permettrait de redynamiser l'ensemble de notre territoire sur le long terme. Une conception à l'opposé de celle proposée par les tenants du projet de PADDUC dont les orientations économiques sont limitées dans le temps et dans l'espace et dont la patrimonialisation fait figure de grande absente. Mais cette patrimonialisation a également un aspect socio-culturel. De tous temps, nombre de vestiges, stantare, stazzone ou sites ont véhiculé dans la mémoire collective le souvenir d'un lointain passé : L'exemple des stantare est significatif, elles ont été associées à différentes légendes qui sont parvenues jusqu'à nous, représentant le guerrier Paladin (U palatinu), l'envahisseur Turc vaincu (les alignements de Pallaghju, « campu di i Turchi »), la jeune fille pétrifiée pour avoir transgressé la morale (Santa Maria, Appricciani, etc.), ou encore une idole de la fertilité (Luzzipeu). » Puis depuis les débuts du Riacquistu, nous avons assisté selon l'auteur à une réappropriation populaire de ces symboles. Il s'agit alors de point de repères essentiels, intangibles, face au rouleau compresseur uniformisant de la mondialisation, mais également d'une porte d'entrée afin d'accéder à la connaissance universelle en ayant conscience de ce que nous sommes et en le transmettant aux générations futures. L'Histoire de l'Humanité est « la fois commune à tous les hommes et spécifique à chaque peuple ». L'appropriation collective de ce socle millénaire de notre Nation retrouve toute sa pertinence dans le défi que nous lance Leria Franceschini en guise de conclusion, dans ce domaine comme dans tant d'autres : « Tocca à noi ! » P.A Tomasi | ||
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© U Ribombu Internaziunale — 2009 |