Accolta

Accolta Cap'articulu Attualità Pulitica Ghjustizia Internaziunale I Prigiuneri Fiure Cultura Abbunamentu Cuntatti Ligame


Articulu di u numaru 19, nuvembre di u 2006


Le vent se lève


C’est le titre d’un film, d’un film de Ken Loach sur la guerre coloniale d’Irlande qu’a menée durant presque un siècle, l’armée anglaise. C’est un film que je conseille ardemment d’aller voir même si je ne pense pas, personnellement, le voir pour les mois à venir.

Il a ceci de particulier, c’est sa volonté, celle de l’auteur, de poser les choses dans leur contexte réel et non pas celui qui a été trop souvent, prudemment avancé.

La guerre d’Irlande, celle qui remonte à 1916 et s’est quasiment terminée avec les fameux accords de la Pâque en 1996, ne fut jamais une guerre de religion, ce fut une véritable guerre coloniale, au sens strict du terme. Elle pose sans ambiguïté aucune la réalité du fait colonial, non seulement de l’Europe en direction d’autres continents envahis, traditionnellement pourrait on dire, par la force militaire, elle dénonce la réalité du colonialisme interne, de celui d’un peuple européen sur un autre peuple européen.

Les méthodes sont les mêmes et parfois même pires encore, plus brutales, la sauvagerie de l’envahisseur n’est pas gradué.

On retrouve les mêmes méthodes et les mêmes schémas du colonialisme interne dans le conflit basque avec son enchaînement de violences et, aujourd’hui, dans la possibilité d’une sortie de guerre par la négociation. Ce qui est, il faut le dire, la meilleure chose envisageable pour tous, Basques ou Espagnols.

Cette même logique coloniale est présente, depuis la fin du XVIIIème siècle, en Corse, elle ne cessa jamais de s’exprimer, sous les mêmes formes. Les arrivants, Alsaciens ou Lorrains au début du XVIIIème siècle étaient dénommés, sans ambiguïté toujours, aucune, des colons par l’Etat français. C’est ce même terme de colons qui fut repris officiellement, en 1962, pour l’introduction massive d’étrangers au peuple corse, les fameux colons rapatriés d’Afrique du nord. Les droits qui leur furent octroyés et auxquels les agriculteurs indigènes de corse n’eurent jamais droit, relèvent de la pratique du fait colonial, c’est à dire la prédominance du colonisateur sur l’indigène, l’octroi d’un statut différent et supérieur, en particulier dans les aides économiques.

Les Zuccarelli de tous poils peuvent bien hausser le ton, tout au long des sempiternels communiqués de condamnation dans les médias français, ce ne sont en réalité, nul n’en doute, que des communiqués de justification du colonialisme et ils ne changent rien. Ils sont assimilables aux tracts que la Luftwaffe lâchait sur la zone dite libre ou, plus récemment, aux tracts que l’aviation israélienne lâche sur le Liban, toujours dans les mêmes intentions.

Lui et les siens sont, et il ne faut pas s’en heurter ni leur en vouloir car c’est dans l’ordre naturel des choses, les harkis nouveaux dont nul ne doute qu’ils devront, de leur plein gré ou pas, eux et leur descendance, constituer les vagues du harkisme de ce début du XXIème siècle, ayant à retourner, le jour venu, sur la terre de leur patrie qu’ils ont choisie, la France.

Ils n’y changeront rien, pas davantage d’ailleurs que la séculaire ronde des ministres coloniaux, choisis le plus souvent, depuis des décennies, sur des critères d’aptitude naturelle à la violence d’Etat, qui viennent régulièrement tenter de rassurer leurs troupes en corse ou lancer un énième plan de développement économique qui n’a pour seule vocation que de renflouer, à chaque fois, les caisses des clans coloniaux, qu’ils soient de droite et de gauche.

On nous parle, en dernier recours, de la graduation relative de la violence en Corse. Que signifie ce discours menteur, veut on une croissance exponentielle de la violence, la question mérite d’être posée. Elle ne saurait cacher la véritable violence d’Etat, celles des troupes armées, de la police, de la gendarmerie, des forces spécialisées en répression anticorse.

On dénonce les exactions de la DNAT, cela est normal car elles sont bien réelles. Sait on ou dit on que cette unité spécialisée possède en son sein, une brigade particulière et dénommée anticorse. Cette pratique de spécialisation raciale ou ethnique, dans un corps de police d’Etat, n’a existé, officiellement du moins, qu’au milieu du siècle dernier, c’était au sein de la fameuse Gestapo, organe nazi de la police allemande.

De même comment ne pas faire de parallèle entre les tribunaux d’exception qui jugent les patriotes corses et les « tribunaux spéciaux » qui, sous Pétain, jugeaient les résistants et les politiques comme fut jugé Mendes France ?

La violence d’Etat française est bien la même, toute dans sa tradition, à connotation coloniale, elle ne diffère en rien de la violence d’Etat qui a sévi en Irlande ou au Pays Basque. Il nous faut sortir des clichés falsificateurs selon lesquels le colonialisme est une affaire de couleur de peau ou de religion, il existe bien un colonialisme blanc, un colonialisme intraeuropéen.

Qui a oublié les répressions sanglantes et les ratonnades du début du XIXème siècle, dans le Niolu ou le Fiumorbu ? Qui a oublié l’envoi des forces militaires, en 1931, pour tenter, prétendument, de mater les révoltes des bandits insulaires ?

Qui a oublié, dans les vingt dernières années, les assassinats délibérés de Michelle Lenck par des CRS avinés ou celui de Guidu Orsoni par des barbouzes d’Etat, ou celui de Petrucciu Lorenzi par les hommes du Commando Hubert, et tant d’autres encore, sans compter les tirs d’armes à feu par les policiers du Raid et autre DNAT sur des militants ?

La forme, y compris institutionnelle, de la présence française actuelle en Corse s’inscrit dans la continuité d’une violence coloniale, les forces de gendarmerie y sont envoyées dans le cadre d’un service de guerre comptant double pour leurs retraites militaires. Et ce n’est nullement par l’effet du hasard silla Corse a la plus forte concentration policière de France et peut être d’Europe.

Cela ne changera rien pourtant à ses évolutions car, pour nous aussi, le vent se lève. La résistance nationale continue à s’organiser et à s’opposer à tous les efforts déployés pour tenter de réduire le Peuple Corse au silence.

Demain, n’en doutons jamais, notre jour viendra.


Achrafiyeh

Les faits auxquels je fais référence ne sont pas récents, ils datent de cette période placée sous les caricatures, danoises et grotesques par ailleurs, du Prophète Mahomet.

Achrafiyeh est peu connu, c’est un quartier chrétien de Beyrouth, le centre même de ce quartier aisé où se côtoient paisiblement, depuis toujours, les différentes cultures du Liban, et ses différentes confessions. L’église Saint Maron en est le fleuron, elle est, bien sûr, la principale église chrétienne libanaise.

De tout temps les religions et les langues s’y mélangent et, paradoxalement, en trente années de guerres civiles, Achrafiyeh est resté inviolé, malgré les tensions, souvent dramatiques, qui ont secoué le Liban.

Pourtant ce dimanche 12 février, tout a basculé, Achrafiyeh a été envahi par une foule hétéroclite de manifestants, certes d’origine arabe selon les services de police, probablement aussi des musulmans, et qui s’en sont pris à l’église Saint Maron, entre autres édifices.

Le but et la raison de ce débordement somme toute inattendu, tiennent donc à ces caricatures danoises, désormais connues et le fait que le Danemark ait installé un consulat dans ce quartier.

Depuis ces émeutes qui n’avaient, ce fut prouvé par la suite, rien de confessionnelles et voulaient peut être démontrer qu’il n’y a pas qu’au royaume du Danemark que quelque chose serait pourri, des centaines de manifestants ont été arrêtés, uniquement des délinquants sans aucun lien avec des mouvements religieux et le ministre de l’intérieur a démissionné.

Bastia n’est certes pas Beyrouth et Lupinu n’est pas Achrafiyeh, loin s’en faut. Pourtant la Corse connaît depuis quelques années des sursauts de violences urbaines que d’aucuns se hâteront de qualifier de confessionnelles et que d’autres qualifient depuis longtemps déjà de racistes.

Certes, elles ne sont qu’un épiphénomène si l’on compare une petite dizaine d’attentats aux douze mille qui ont eu lieu en Corse ces trente dernières années.

Malgré cela, nous ne pouvons les ignorer et surtout nous devons avoir à l’esprit l’épisode malheureux qui a vu de jeunes corse se précipiter sur les voies d’une clandestinité raciste qui nous est intolérable tout comme nous sont intolérables la déportation, forme républicaine du racisme, qui leur est infligée et l’acharnement qui les frappe en tant que corses.

D’ailleurs le même racisme républicain s’affiche sans vergogne, les prisonniers politiques corses ou basques sont déportés sur Paris, loin de leur terre, et les étrangers dit clandestins sont renvoyés vers d’autres cieux, vers des terres qui, malheureusement les condamnent souvent à la famine ou à la guerre. Mais il faut bien vendre des armes, c’est la loi du marché.

Aussi, afin d’éviter à tout jamais le retour à de tels errements, il est du devoir de l’ensemble des structures, partis et organisations du mouvement national d’anticiper, de s’organiser et de mettre en place, avec les différents acteurs de la société corse, un espace concret, officiel et permanent de débat, ouvert à tous, qui puisse nous permettre de construire les mécanismes de dialogue qui font défaut et qui ne dépendent que du Peuple Corse.

En clair, il est de notre ressort de dépasser les limites racistes et étroites des institutions de la France et d’officialiser, en légiférant dans le cadre de la future République Corse, notre propre politique d’intégration par le débat et non par le rejet.

Cet espace qui doit dépasser le cadre, insuffisant, du mouvement national doit être ouvert, nécessairement, à toutes les couches de la société corse, à tous ses intervenants politiques, confessionnels, sociaux, y compris, et même en priorité, à ceux qui ont la charge de veiller au respect des différentes confessions, juive, chrétienne et musulmane.

Il permettra alors de mieux isoler, collectivement, les agissements et les comportements individuels de quelques jeunes délinquants ou désoeuvrés, en réalité bien éloignés des préoccupations de la foi musulmane, probablement obnubilés par les récentes émeutes des régions parisiennes et qui feraient bien mieux de venir faire un petit stage auprès des « cailleras}) locales, lesquelles se chargeraient très vite de leur remettre un peu de sel là où ils semblent en manquer.

Pour les connaître un peu, je peux l’affirmer sans ambages. Il permettra aussi de démontrer qu’il n’existe pas en Corse, contrairement à ce qui est dit, de mutation communautariste et encor~ moins d’affrontements interconfessionnels. Toutefois, il n’est pas questr6nde verser dans l’angélisme béat, la situation, sans être grave est toutefois déjà suffisamment alarmante et le silence, d’où qu’il vienne, est la pire des réponses. Il précède souvent les affrontements.

Notre démarche doit être efficace car elle est la meilleure garantie contre toutes les formes de racisme, un rempart certain contre ces accès gratuits de violence qui ne servent aucune image et desservent par dessus tout, tout ce qui contribue à faire d’un peuple minoritaire sur sa propre terre, un peuple ouvert, un peuple qui se construit à partir du dialogue et des rencontres, un peuple qui sait tourner le dos à l’exclusion.


Le syndrome de Pluton

Ce syndrome, tout à fait récent et non encore suffisamment éclairé, pourrait on dire, est lié à la récente dé classification de Pluton lequel n’est désormais plus un astre ou une planète mais probablement un corps céleste classique et banal.

En réalité c’est exactement ce que je ressens. Il y a trois ans en effet, à la suite des déclarations d’un ministre de l’intérieur qui affirmait avoir reconnu en moi le dernier descendant d’Al Capone, nous avions pu lire, dans l’ensemble de la presse hexagonale et, malheureusement aussi, dans la presse triangulaire, c’est à dire corse, l’émergence d’une galaxie nouvelle, dénommée aussitôt la « Pieri Galaxy ».

J’ai appris alors que je devais être au centre d’un empire financier qui devait avoir la main basse et mise sur la Corse au moins et, pourquoi pas, sur la Sardaigne aussi.

Trois ans sont passés, nous avons été condamnés plus que lourdement, au-delà même du déraisonnable et, il faut le dire, sans que trop de monde, à part une partie du camp nationaliste, ne dise grand mot. Je sais avoir été condamné injustement et surtout hors de toute proportion, c’est-à-dire en dehors du seul contexte judiciaire, la peine prononcée était volontairement politique et donc inique.

C’est en cela que je me sens victime du syndrome de Pluton.

Cela a été démontré, je n’ai pas de richesses, pas de trésor caché, aucun compte ni en Corse, ni en France, ni en Suisse ni sur une autre planète ou ailleurs, rien, absolument rien. Je ne possède ni château, ni palace, ni villa, pas même le moindre petit appartement, pas le plus petit astéroïde, absolument rien. Alors, dans le droit fil du sort de l’ex planète Pluton, je m’interroge.

Qu’un astronome français, politicien, ministre de l’intérieur de surcroît, en pré campagne électorale, m’ait décerné, à tort, un titre qui n’était pas le mien, sincèrement je ne lui en tiens même pas rigueur. C’est dans le droit fil de l’argumentaire classique et grossier d’un candidat à l’investiture pré présidentielle, surfant sur la vague de la tolérance zéro, du moins pour les autres que pour ses bons amis, c’est gros comme une planète qui n’en est pas une mais c’est presque de bonne guerre électorale si ce n’est des étoiles.

Que des médias français, à la botte et n’ayant comme seul statut que celui de relais serviles du ministère de l’intérieur, aient amplifié ces propos et les aient répercutés durant des mois, après tout, c’est faux, c’est malhonnête, c’est lâche, c’est mensonger mais c’est tout simplement français, je ne vois pas où il faudrait chercher l’erreur.

Par contre déjà, que des journalistes corses, vivant en Corse au quotidien, faisant leurs commissions dans le même supermarché que moi et, probablement, avec les mêmes « caddys », aient pu prendre aussi facilement le relais, aient pu être avec autant d’aisance, les vecteurs de la haine, de la diffamation et du mensonge, je ne dirais pas que cela me déçoit, j’en dis que cela m’inquiète.

A ces astronomes là, je me dois de leur dire qu’ils auraient pu vérifier à deux fois la qualité des télescopes qui leur étaient offerts gratuitement par le ministère de l’intérieur avant que d’émettre un jugement, un jugement qui a valu, ne nous cachons pas derrière le petit bout de la lorgnette, son poids de sentences et, pour nous autres, des années de prison.

De même, car je ne veux pas donner l’impression que cette confusion planétaire est à mettre au seul crédit de la presse triangulaire, de même il y eut le silence, gêné et obligatoirement complice, d’astronomes corses beaucoup plus avertis, je parle de certains mouvements ou partis membres à part entière du mouvement national corse, ce qui me touche bien davantage encore.

Davantage car ces mêmes mouvements, membres de l’Unione Naziunale, il faut le dire, ont entretenu, avant même nos arrestations, le brasier de la rumeur plutôt que de l’éteindre.

Je le dis aussi, je crois qu’il est faux qu’un responsable du PNC, prenant un café ou une eau plate avec le ministre de l’intérieur, ait eu fort peu de réaction à la demande qui lui fut faite, à mots feutrés certainement, disons, de ma tête judiciaire. Ce ne sont que des racontars, obligatoirement véhiculés par les officines policières afin de nous nuire mais j’aurais préféré un soutien plus franc, plus visible, plus audible que ce demi silence.

Le syndrome de Pluton, et je veux y revenir, n’est pas nouveau, je le connais très bien. J’en ai déjà été victime en 1983, lors de ma première arrestation lorsque j’étais présenté comme un gibier de potence, lorsque le mouvement nationaliste était « gangstérisé » déjà par les soins de l’astronome Broussard. Nous connaissons la suite, j’ai été acquitté et Broussard a quitté la Corse.

La différence avec la période actuelle est, disons le, qu’à l’époque le soutien militant était sans failles et que personne ne pouvait nous faire prendre des vessies pour des lanternes et des patriotes corses pour des planètes d’une galaxie financière.

Est il possible alors qu’aujourd’hui la vue de certains ait baissé à ce point pour qu’ils aient pu être abusés ? Je mets cela sur le compte de l’âge du capitaine mais il fallait y songer en temps et en heure.

I1 n’est jamais trop tard pour se ressaisir et savoir, ensemble, faire front. Car ce n’est qu’en faisant front que nous donnerons à notre peuple les moyens de se construire autrement qu’à travers le prisme déformant d’une démocratie de façade et depuis toujours bafouée.

A notre peuple de comprendre qu’il est soumis, en permanence, à une propagande qui lui est étrangère.

C’est à lui de réagir car, jamais plus, il ne doit se laisser abuser par les discours des serviteurs d’un Etat qui se repart au quotidien de nos prétendues divisions, en cela il doit cesser d’être, lui aussi, à sa façon victime du syndrome de Pluton.

Carlu Pieri

 

Sur le même thème

© U Ribombu Internaziunale — 2006