C’est le titre d’un film, d’un film de
Ken Loach sur la guerre coloniale
d’Irlande qu’a menée durant presque
un siècle, l’armée anglaise. C’est un
film que je conseille ardemment d’aller
voir même si je ne pense pas,
personnellement, le voir pour les
mois à venir.
Il a ceci de particulier, c’est sa
volonté, celle de l’auteur, de poser
les choses dans leur contexte réel et
non pas celui qui a été trop souvent,
prudemment avancé.
La guerre d’Irlande, celle qui
remonte à 1916 et s’est quasiment
terminée avec les fameux accords de
la Pâque en 1996, ne fut jamais une
guerre de religion, ce fut une véritable
guerre coloniale, au sens strict du
terme. Elle pose sans ambiguïté
aucune la réalité du fait colonial, non
seulement de l’Europe en direction
d’autres continents envahis, traditionnellement
pourrait on dire, par la
force militaire, elle dénonce la réalité
du colonialisme interne, de celui d’un
peuple européen sur un autre peuple
européen.
Les méthodes sont les mêmes et
parfois même pires encore, plus brutales,
la sauvagerie de l’envahisseur
n’est pas gradué.
On retrouve les mêmes méthodes et
les mêmes schémas du colonialisme
interne dans le conflit basque avec
son enchaînement de violences et,
aujourd’hui, dans la possibilité d’une
sortie de guerre par la négociation.
Ce qui est, il faut le dire, la meilleure
chose envisageable pour tous, Basques
ou Espagnols.
Cette même logique coloniale est
présente, depuis la fin du XVIIIème
siècle, en Corse, elle ne cessa jamais
de s’exprimer, sous les mêmes formes.
Les arrivants, Alsaciens ou Lorrains
au début du XVIIIème siècle
étaient dénommés, sans ambiguïté
toujours, aucune, des colons par
l’Etat français. C’est ce même terme
de colons qui fut repris officiellement,
en 1962, pour l’introduction
massive d’étrangers au peuple corse,
les fameux colons rapatriés d’Afrique
du nord. Les droits qui leur furent
octroyés et auxquels les agriculteurs
indigènes de corse n’eurent jamais
droit, relèvent de la pratique du fait
colonial, c’est à dire la prédominance
du colonisateur sur l’indigène, l’octroi
d’un statut différent et supérieur, en
particulier dans les aides économiques.
Les Zuccarelli de tous poils peuvent
bien hausser le ton, tout au long des
sempiternels communiqués de
condamnation dans les médias français,
ce ne sont en réalité, nul n’en
doute, que des communiqués de justification
du colonialisme et ils ne
changent rien. Ils sont assimilables
aux tracts que la Luftwaffe lâchait sur
la zone dite libre ou, plus récemment,
aux tracts que l’aviation israélienne
lâche sur le Liban, toujours
dans les mêmes intentions.
Lui et les siens sont, et il ne faut pas
s’en heurter ni leur en vouloir car
c’est dans l’ordre naturel des choses,
les harkis nouveaux dont nul ne
doute qu’ils devront, de leur plein
gré ou pas, eux et leur descendance,
constituer les vagues du harkisme de
ce début du XXIème siècle, ayant à
retourner, le jour venu, sur la terre de
leur patrie qu’ils ont choisie, la
France.
Ils n’y changeront rien, pas davantage
d’ailleurs que la séculaire ronde
des ministres coloniaux, choisis le
plus souvent, depuis des décennies,
sur des critères d’aptitude naturelle à
la violence d’Etat, qui viennent régulièrement
tenter de rassurer leurs
troupes en corse ou lancer un
énième plan de développement économique
qui n’a pour seule vocation
que de renflouer, à chaque fois, les
caisses des clans coloniaux, qu’ils
soient de droite et de gauche.
On nous parle, en dernier recours,
de la graduation relative de la violence
en Corse. Que signifie ce discours
menteur, veut on une croissance
exponentielle de la violence, la
question mérite d’être posée. Elle ne
saurait cacher la véritable violence
d’Etat, celles des troupes armées, de
la police, de la gendarmerie, des forces
spécialisées en répression anticorse.
On dénonce les exactions de
la DNAT, cela est normal car elles
sont bien réelles. Sait on ou dit on
que cette unité spécialisée possède
en son sein, une brigade particulière
et dénommée anticorse. Cette pratique
de spécialisation raciale ou ethnique,
dans un corps de police
d’Etat, n’a existé, officiellement du
moins, qu’au milieu du siècle dernier,
c’était au sein de la fameuse Gestapo,
organe nazi de la police allemande.
De même comment ne pas faire de
parallèle entre les tribunaux d’exception
qui jugent les patriotes corses et
les « tribunaux spéciaux » qui, sous
Pétain, jugeaient les résistants et les
politiques comme fut jugé Mendes
France ?
La violence d’Etat française est bien
la même, toute dans sa tradition, à
connotation coloniale, elle ne diffère
en rien de la violence d’Etat qui a
sévi en Irlande ou au Pays Basque. Il
nous faut sortir des clichés falsificateurs
selon lesquels le colonialisme
est une affaire de couleur de peau ou
de religion, il existe bien un colonialisme
blanc, un colonialisme intraeuropéen.
Qui a oublié les répressions sanglantes
et les ratonnades du début du
XIXème siècle, dans le Niolu ou le
Fiumorbu ? Qui a oublié l’envoi des
forces militaires, en 1931, pour tenter,
prétendument, de mater les révoltes
des bandits insulaires ?
Qui a oublié, dans les vingt dernières
années, les assassinats délibérés
de Michelle Lenck par des CRS avinés
ou celui de Guidu Orsoni par des
barbouzes d’Etat, ou celui de Petrucciu
Lorenzi par les hommes du Commando
Hubert, et tant d’autres
encore, sans compter les tirs d’armes
à feu par les policiers du Raid et
autre DNAT sur des militants ?
La forme, y compris institutionnelle,
de la présence française actuelle en
Corse s’inscrit dans la continuité
d’une violence coloniale, les forces
de gendarmerie y sont envoyées dans
le cadre d’un service de guerre
comptant double pour leurs retraites
militaires. Et ce n’est nullement par
l’effet du hasard silla Corse a la plus
forte concentration policière de
France et peut être d’Europe.
Cela ne changera rien pourtant à ses
évolutions car, pour nous aussi, le
vent se lève. La résistance nationale
continue à s’organiser et à s’opposer
à tous les efforts déployés pour tenter
de réduire le Peuple Corse au
silence.
Demain, n’en doutons jamais, notre
jour viendra.
Achrafiyeh
Les faits auxquels je fais référence ne
sont pas récents, ils datent de cette
période placée sous les caricatures,
danoises et grotesques par ailleurs, du
Prophète Mahomet.
Achrafiyeh est peu connu, c’est un quartier
chrétien de Beyrouth, le centre même
de ce quartier aisé où se côtoient paisiblement,
depuis toujours, les différentes
cultures du Liban, et ses différentes
confessions. L’église Saint Maron en est le
fleuron, elle est, bien sûr, la principale
église chrétienne libanaise.
De tout temps les religions et les langues
s’y mélangent et, paradoxalement,
en trente années de guerres civiles, Achrafiyeh
est resté inviolé, malgré les tensions,
souvent dramatiques, qui ont
secoué le Liban.
Pourtant ce dimanche 12 février, tout a
basculé, Achrafiyeh a été envahi par une
foule hétéroclite de manifestants, certes
d’origine arabe selon les services de
police, probablement aussi des musulmans,
et qui s’en sont pris à l’église Saint
Maron, entre autres édifices.
Le but et la raison de ce débordement
somme toute inattendu, tiennent donc à
ces caricatures danoises, désormais
connues et le fait que le Danemark ait
installé un consulat dans ce quartier.
Depuis ces émeutes qui n’avaient, ce fut
prouvé par la suite, rien de confessionnelles
et voulaient peut être démontrer
qu’il n’y a pas qu’au royaume du Danemark
que quelque chose serait pourri,
des centaines de manifestants ont été
arrêtés, uniquement des délinquants sans
aucun lien avec des mouvements religieux
et le ministre de l’intérieur a démissionné.
Bastia n’est certes pas Beyrouth et
Lupinu n’est pas Achrafiyeh, loin s’en
faut. Pourtant la Corse connaît depuis
quelques années des sursauts de violences
urbaines que d’aucuns se hâteront de
qualifier de confessionnelles et que d’autres
qualifient depuis longtemps déjà de
racistes.
Certes, elles ne sont qu’un épiphénomène
si l’on compare une petite dizaine
d’attentats aux douze mille qui ont eu
lieu en Corse ces trente dernières années.
Malgré cela, nous ne pouvons les ignorer
et surtout nous devons avoir à l’esprit
l’épisode malheureux qui a vu de jeunes
corse se précipiter sur les voies d’une
clandestinité raciste qui nous est intolérable
tout comme nous sont intolérables la
déportation, forme républicaine du
racisme, qui leur est infligée et l’acharnement
qui les frappe en tant que corses.
D’ailleurs le même racisme républicain
s’affiche sans vergogne, les prisonniers
politiques corses ou basques sont déportés
sur Paris, loin de leur terre, et les
étrangers dit clandestins sont renvoyés
vers d’autres cieux, vers des terres qui,
malheureusement les condamnent souvent
à la famine ou à la guerre. Mais il
faut bien vendre des armes, c’est la loi du
marché.
Aussi, afin d’éviter à tout jamais le
retour à de tels errements, il est du devoir
de l’ensemble des structures, partis et
organisations du mouvement national
d’anticiper, de s’organiser et de mettre en
place, avec les différents acteurs de la
société corse, un espace concret, officiel
et permanent de débat, ouvert à tous, qui
puisse nous permettre de construire les
mécanismes de dialogue qui font défaut
et qui ne dépendent que du Peuple
Corse.
En clair, il est de notre ressort de dépasser
les limites racistes et étroites des institutions
de la France et d’officialiser, en
légiférant dans le cadre de la future
République Corse, notre propre politique
d’intégration par le débat et non par le
rejet.
Cet espace qui doit dépasser le cadre,
insuffisant, du mouvement national doit
être ouvert, nécessairement, à toutes les
couches de la société corse, à tous ses
intervenants politiques, confessionnels,
sociaux, y compris, et même en priorité,
à ceux qui ont la charge de veiller au respect
des différentes confessions, juive,
chrétienne et musulmane.
Il permettra alors de mieux isoler, collectivement,
les agissements et les comportements
individuels de quelques jeunes
délinquants ou désoeuvrés, en réalité
bien éloignés des préoccupations de la
foi musulmane, probablement obnubilés
par les récentes émeutes des régions parisiennes
et qui feraient bien mieux de
venir faire un petit stage auprès des « cailleras})
locales, lesquelles se chargeraient
très vite de leur remettre un peu de sel là
où ils semblent en manquer.
Pour les connaître un peu, je peux l’affirmer
sans ambages.
Il permettra aussi de démontrer qu’il
n’existe pas en Corse, contrairement à ce
qui est dit, de mutation communautariste
et encor~ moins d’affrontements interconfessionnels.
Toutefois, il n’est pas questr6nde verser
dans l’angélisme béat, la situation, sans
être grave est toutefois déjà suffisamment
alarmante et le silence, d’où qu’il vienne,
est la pire des réponses. Il précède souvent
les affrontements.
Notre démarche doit être efficace car
elle est la meilleure garantie contre toutes
les formes de racisme, un rempart certain
contre ces accès gratuits de violence qui
ne servent aucune image et desservent
par dessus tout, tout ce qui contribue à
faire d’un peuple minoritaire sur sa propre
terre, un peuple ouvert, un peuple
qui se construit à partir du dialogue et
des rencontres, un peuple qui sait tourner
le dos à l’exclusion.
Le syndrome de Pluton
Ce syndrome, tout à fait récent et non
encore suffisamment éclairé, pourrait on dire,
est lié à la récente dé classification de Pluton
lequel n’est désormais plus un astre ou une
planète mais probablement un corps céleste
classique et banal.
En réalité c’est exactement ce que je ressens.
Il y a trois ans en effet, à la suite des déclarations
d’un ministre de l’intérieur qui affirmait
avoir reconnu en moi le dernier descendant
d’Al Capone, nous avions pu lire, dans
l’ensemble de la presse hexagonale et, malheureusement
aussi, dans la presse triangulaire,
c’est à dire corse, l’émergence d’une
galaxie nouvelle, dénommée aussitôt la «
Pieri Galaxy ».
J’ai appris alors que je devais être au centre
d’un empire financier qui devait avoir la main
basse et mise sur la Corse au moins et, pourquoi
pas, sur la Sardaigne aussi.
Trois ans sont passés, nous avons été
condamnés plus que lourdement, au-delà
même du déraisonnable et, il faut le dire,
sans que trop de monde, à part une partie du
camp nationaliste, ne dise grand mot.
Je sais avoir été condamné injustement et
surtout hors de toute proportion, c’est-à-dire
en dehors du seul contexte judiciaire, la
peine prononcée était volontairement politique
et donc inique.
C’est en cela que je me sens victime du syndrome
de Pluton.
Cela a été démontré, je n’ai pas de richesses,
pas de trésor caché, aucun compte ni en
Corse, ni en France, ni en Suisse ni sur une
autre planète ou ailleurs, rien, absolument
rien. Je ne possède ni château, ni palace, ni villa, pas même le moindre petit appartement,
pas le plus petit astéroïde, absolument rien.
Alors, dans le droit fil du sort de l’ex planète
Pluton, je m’interroge.
Qu’un astronome français, politicien, ministre
de l’intérieur de surcroît, en pré campagne
électorale, m’ait décerné, à tort, un titre qui
n’était pas le mien, sincèrement je ne lui en
tiens même pas rigueur. C’est dans le droit fil
de l’argumentaire classique et grossier d’un
candidat à l’investiture pré présidentielle, surfant
sur la vague de la tolérance zéro, du
moins pour les autres que pour ses bons
amis, c’est gros comme une planète qui n’en
est pas une mais c’est presque de bonne
guerre électorale si ce n’est des étoiles.
Que des médias français, à la botte et
n’ayant comme seul statut que celui de relais
serviles du ministère de l’intérieur, aient
amplifié ces propos et les aient répercutés
durant des mois, après tout, c’est faux, c’est
malhonnête, c’est lâche, c’est mensonger mais
c’est tout simplement français, je ne vois pas
où il faudrait chercher l’erreur.
Par contre déjà, que des journalistes corses,
vivant en Corse au quotidien, faisant leurs
commissions dans le même supermarché que
moi et, probablement, avec les mêmes « caddys
», aient pu prendre aussi facilement le
relais, aient pu être avec autant d’aisance, les
vecteurs de la haine, de la diffamation et du
mensonge, je ne dirais pas que cela me
déçoit, j’en dis que cela m’inquiète.
A ces astronomes là, je me dois de leur dire
qu’ils auraient pu vérifier à deux fois la qualité
des télescopes qui leur étaient offerts gratuitement
par le ministère de l’intérieur avant
que d’émettre un jugement, un jugement qui
a valu, ne nous cachons pas derrière le petit
bout de la lorgnette, son poids de sentences
et, pour nous autres, des années de prison.
De même, car je ne veux pas donner l’impression
que cette confusion planétaire est à
mettre au seul crédit de la presse triangulaire,
de même il y eut le silence, gêné et obligatoirement
complice, d’astronomes corses beaucoup
plus avertis, je parle de certains mouvements
ou partis membres à part entière du
mouvement national corse, ce qui me touche
bien davantage encore.
Davantage car ces mêmes mouvements,
membres de l’Unione Naziunale, il faut le
dire, ont entretenu, avant même nos arrestations,
le brasier de la rumeur plutôt que de
l’éteindre.
Je le dis aussi, je crois qu’il est faux qu’un
responsable du PNC, prenant un café ou une
eau plate avec le ministre de l’intérieur, ait eu
fort peu de réaction à la demande qui lui fut
faite, à mots feutrés certainement, disons, de
ma tête judiciaire. Ce ne sont que des racontars,
obligatoirement véhiculés par les officines
policières afin de nous nuire mais j’aurais
préféré un soutien plus franc, plus visible,
plus audible que ce demi silence.
Le syndrome de Pluton, et je veux y revenir,
n’est pas nouveau, je le connais très bien. J’en
ai déjà été victime en 1983, lors de ma première
arrestation lorsque j’étais présenté
comme un gibier de potence, lorsque le mouvement
nationaliste était « gangstérisé » déjà
par les soins de l’astronome Broussard. Nous
connaissons la suite, j’ai été acquitté et Broussard
a quitté la Corse.
La différence avec la période actuelle est,
disons le, qu’à l’époque le soutien militant
était sans failles et que personne ne pouvait
nous faire prendre des vessies pour des lanternes
et des patriotes corses pour des planètes
d’une galaxie financière.
Est il possible alors qu’aujourd’hui la vue de
certains ait baissé à ce point pour qu’ils aient
pu être abusés ? Je mets cela sur le compte
de l’âge du capitaine mais il fallait y songer
en temps et en heure.
I1 n’est jamais trop tard pour se ressaisir et
savoir, ensemble, faire front. Car ce n’est
qu’en faisant front que nous donnerons à
notre peuple les moyens de se construire
autrement qu’à travers le prisme déformant
d’une démocratie de façade et
depuis toujours bafouée.
A notre peuple de comprendre qu’il est
soumis, en permanence, à une propagande
qui lui est étrangère.
C’est à lui de réagir car, jamais plus, il
ne doit se laisser abuser par les discours
des serviteurs d’un Etat qui se repart au
quotidien de nos prétendues divisions, en
cela il doit cesser d’être, lui aussi, à sa
façon victime du syndrome de Pluton.
Carlu Pieri