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Articulu di u numaru 20, dicembre di u 2006


Lettre ouverte



Le Ribombu a reçu une lettre de la part de prisonniers politiques corses qui ont décidé de participer au débat politique à la veille de l’assemblée générale du Comité Anti Répression. En voici l’intégralité :

Voilà quelques années que les Cours d’Assises spéciales nous condamnent à des peines de prison sans commune mesure. Et ce, quel qu’en soit le motif, avéré ou pas ! Certains disent que nous n’avons que ce que nous méritons ! Peut-être sur le fond, si nous nous faisons l’avocat du diable. Mais sur la forme, peut-il en être de même ?

Pour cela il est difficile, vue de l’extérieur, de pouvoir donner une réponse.

C’est pourquoi nous tenons par la présente, tout en essayant d’être le plus objectif possible, à analyser, à comprendre les critères de la Justice pour prononcer de telles peines.

Mais aussi, pour que cela serve à toutes ces personnes qui, sans le savoir, cautionnent ces mesures d’un autre âge par leur silence, par leur impassibilité. Pour ce faire, nous nous devons d’être le plus impartial possible. Alors nous éluderons les raisons politiques qui conduisent certaines personnes à choisir cette voie.

Soumis aux lois françaises, nous ne pouvons attendre une quelconque clémence. A fortiori, là où toute forme de violence doit être condamnable, et ce quel qu’en soit l’auteur.

Personne ne peut nier la gravité des actions qui sont menées. Même si la gravité ne réside pas dans leur nombre, ni leur importance, mais dans le fait de les avoir commises, d’avoir fait usage ou d’avoir eu recours à la violence.

Malheureusement, il faut arriver en prison, dans ces cours de promenade où malgré vous, vous êtes obligés de discuter avec certaines personnes, où celles-ci vous exposent leurs affaires, vous font prendre connaissance de leur peine pour qu’à ce moment là, vous découvriez le degré de discrimination pénale que vous subissez.

Quelques exemples de condamnations de personnes de droit commun, de nos connaissances :

- Après avoir tué sa femme, une personne a été condamnée à une peine de 12 ans de prison. Sortie au bout de 6 ans, elle allait récidiver 17 mois après, avec une autre de ses compagnes. Et cette fois ci, elle était condamnée à une peine de 13 ans.

- Jugé pour avoir reconnue 15 braquages de banque à main armée, 7 ans.

- Pour avoir mis le feu dans un immeuble ayant entraîné, sans l’avoir voulu, la mort d’un jeune couple, 8 ans.

- Condamné à 13 ans, pour avoir assassiné par arme à feu. Sortie au bout de 6 ans.

- 6 mois de prison avec sursis pour détention et port d’arme de 1ère catégorie. La liste est loin d’être exhaustive, dans tout les sens du terme.

Alors, tout en reconnaissant la gravité intrinsèque qui en découle, combien devrait « valoir » la destruction par explosif d’un bien immobilier, cela, il est important de le souligner, sans avoir porté ou voulu porter atteinte à la vie humaine ?

Faut-il comprendre à la vue des exemples que nous connaissons, qu’une vie humaine vaut bien moins qu’une habitation ou un bâtiment public ?

Une association de malfaiteurs en relations avec une « entreprise terroriste », encore une fois avérée ou pas, vaut-elle dans sa gravité autant qu’une série de braquages de banque à mains armées ?

Quelle différence y a-t-il entre une personne prise avec une arme, comme l’exemple précité au-dessus, et une autre supposée être un nationaliste ?

Normalement aucune ! Pourtant cette dernière écopera d’une peine de prison ferme de quelques années.

Et à tant de démesure à notre égard vient s’ajouter une deuxième et troisième peine, qui sont, d’une part notre déportation, et d’autre part l’assujettissement que subissent nos familles dû à cet éloignement.

Alors il est temps d’arrêter de cautionner cette discrimination pénale par notre mutisme. Il faut se rendre à l’évidence et comprendre que c’est bien parce que nous sommes corses qu’on nous afflige de telles condamnations. Il faut aussi arrêter de dire, ou de penser, que telle ou telle personne risque d’avoir telle peine par rapport à ce qu’elle a fait ou par rapport à un contexte politique soi disant défavorable. Aucun contexte ne peut justifier autant de démesure ! La Justice ne doit-elle pas être la même pour tous ? Arrêtons l’auto flagellation ! Arrêtez de nous condamner avant que la Justice française ne le fasse !

Ceci dit, replaçons les choses dans leur contexte. Malgré toutes les réserves que l’éthique nous impose, les actions politico- militaires qui ont été menées par certains, ne s’inscrivaient-elles pas dans l’intérêt de la lutte de libération, ne servaientelles pas à la sauvegarde des intérêts de la Corse et du peuple corse ? Alors oui, sur le plan juridique nous sommes certainement condamnables, mais moralement nous ne sommes pas coupables ! Par conséquent, méritons-nous vraiment de telles peines ?

Dans tous les cas, sachez que nous ne sommes ni des assassins, ni des braqueurs, ni même des terroristes, mais de simple gens qui au détriment de leur bien être ont tout sacrifié pour la Corse. Et ça, nous supposons que tout le monde en est conscient.

Prisonniers Politiques Corses de 1ère division de la Santé

 

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