Le Ribombu a reçu une lettre de la part de prisonniers politiques corses qui ont décidé
de participer au débat politique à la veille de l’assemblée générale du Comité Anti
Répression. En voici l’intégralité :
Voilà quelques années que les
Cours d’Assises spéciales nous
condamnent à des peines de
prison sans commune mesure. Et ce,
quel qu’en soit le motif, avéré ou pas !
Certains disent que nous n’avons que
ce que nous méritons ! Peut-être sur le
fond, si nous nous faisons l’avocat du
diable. Mais sur la forme, peut-il en
être de même ?
Pour cela il est difficile, vue de l’extérieur,
de pouvoir donner une réponse.
C’est pourquoi nous tenons par la présente,
tout en essayant d’être le plus
objectif possible, à analyser, à comprendre
les critères de la Justice pour
prononcer de telles peines.
Mais aussi, pour que cela serve à toutes
ces personnes qui, sans le savoir,
cautionnent ces mesures d’un autre âge
par leur silence, par leur impassibilité.
Pour ce faire, nous nous devons
d’être le plus impartial possible. Alors
nous éluderons les raisons politiques
qui conduisent certaines personnes à
choisir cette voie.
Soumis aux lois françaises, nous ne
pouvons attendre une quelconque clémence.
A fortiori, là où toute forme de violence
doit être condamnable, et ce quel
qu’en soit l’auteur.
Personne ne peut nier la gravité des
actions qui sont menées. Même si la
gravité ne réside pas dans leur nombre,
ni leur importance, mais dans le fait de
les avoir commises, d’avoir fait usage
ou d’avoir eu recours à la violence.
Malheureusement, il faut arriver en
prison, dans ces cours de promenade
où malgré vous, vous êtes obligés de
discuter avec certaines personnes, où
celles-ci vous exposent leurs affaires,
vous font prendre connaissance de leur
peine pour qu’à ce moment là, vous
découvriez le degré de discrimination
pénale que vous subissez.
Quelques exemples de condamnations
de personnes de droit commun,
de nos connaissances :
- Après avoir tué sa femme, une personne
a été condamnée à une peine de
12 ans de prison. Sortie au bout de 6
ans, elle allait récidiver 17 mois après,
avec une autre de ses compagnes. Et
cette fois ci, elle était condamnée à une
peine de 13 ans.
- Jugé pour avoir reconnue 15 braquages
de banque à main armée, 7 ans.
- Pour avoir mis le feu dans un
immeuble ayant entraîné, sans l’avoir
voulu, la mort d’un jeune couple, 8
ans.
- Condamné à 13 ans, pour avoir
assassiné par arme à feu. Sortie au bout
de 6 ans.
- 6 mois de prison avec sursis pour
détention et port d’arme de 1ère catégorie.
La liste est loin d’être exhaustive,
dans tout les sens du terme.
Alors, tout en reconnaissant la gravité
intrinsèque qui en découle, combien
devrait « valoir » la destruction par
explosif d’un bien immobilier, cela, il
est important de le souligner, sans
avoir porté ou voulu porter atteinte à la
vie humaine ?
Faut-il comprendre à la vue des exemples
que nous connaissons, qu’une vie
humaine vaut bien moins qu’une habitation
ou un bâtiment public ?
Une association de malfaiteurs en relations
avec une « entreprise terroriste »,
encore une fois avérée ou pas, vaut-elle
dans sa gravité autant qu’une série de
braquages de banque à mains armées ?
Quelle différence y a-t-il entre une
personne prise avec une arme, comme
l’exemple précité au-dessus, et une
autre supposée être un nationaliste ?
Normalement aucune ! Pourtant cette
dernière écopera d’une peine de prison
ferme de quelques années.
Et à tant de démesure à notre égard
vient s’ajouter une deuxième et troisième
peine, qui sont, d’une part notre
déportation, et d’autre part l’assujettissement
que subissent nos familles dû à
cet éloignement.
Alors il est temps d’arrêter de cautionner
cette discrimination pénale par notre
mutisme. Il faut se rendre à l’évidence
et comprendre que c’est bien parce que
nous sommes corses qu’on nous afflige
de telles condamnations. Il faut aussi
arrêter de dire, ou de penser, que telle
ou telle personne risque d’avoir telle
peine par rapport à ce qu’elle a fait ou
par rapport à un contexte politique soi
disant défavorable. Aucun contexte ne
peut justifier autant de démesure ! La
Justice ne doit-elle pas être la même
pour tous ? Arrêtons l’auto flagellation !
Arrêtez de nous condamner avant que la
Justice française ne le fasse !
Ceci dit, replaçons les choses dans leur
contexte. Malgré toutes les réserves que
l’éthique nous impose, les actions politico-
militaires qui ont été menées par certains,
ne s’inscrivaient-elles pas dans l’intérêt
de la lutte de libération, ne servaientelles
pas à la sauvegarde des intérêts de la
Corse et du peuple corse ? Alors oui, sur
le plan juridique nous sommes certainement
condamnables, mais moralement
nous ne sommes pas coupables ! Par
conséquent, méritons-nous vraiment de
telles peines ?
Dans tous les cas, sachez que nous ne
sommes ni des assassins, ni des braqueurs,
ni même des terroristes, mais
de simple gens qui au détriment de leur
bien être ont tout sacrifié pour la
Corse. Et ça, nous supposons que tout
le monde en est conscient.
Prisonniers Politiques Corses
de 1ère division de la Santé