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Articulu di u numaru 40, Ghjennaghju 2009


Lettres de Fresnes de Marcel Lorenzoni



En ce début d'année qui s'avance, revêtu du manteau de l'incertitude, j'ai pris un réel plaisir à relire les "Lettres de Fresnes" écrites du fond de sa cellule par le très regretté Marcel Lorenzoni, homme dont le courage n'avait d'égal que l'amitié dont il irradiait quelques dizaines de privilégiés.

(1) Les lettres de prisonniers politiques corses sont particulièrement instructives pour le décryptage de la société insulaire et j'en ai gardé personnellement plusieurs d'excellente facture. (2) Celles de "MARCELLU", comme chacun l'appelait, méritaient bien un ouvrage spécifique. Tout y est ou presque à commencer par de doctes conseils : " Démasquer les faux amis. Distinguer rumeur et vérité.

Apprendre les règles de la guerre psychologique qu'on nous applique depuis plus de 15 ans. Revenir sur nos vraies bases culturelles de raisonnement et de comportement…".

Ou cette lettre au juge Bruguiere datée du 31 mai 1998 : " Au lieu d'appliquer la stricte répression policière et judiciaire, la gloire de la France aurait gagné à ce qu'on traite les évènements dans notre pays par l'intelligence, l'évaluation exacte de leur signification politique, économique, sociale et culturelle. La Corse et la France y auraient gagné du temps et de l'énergie…". Je m'arrête encore à la lecture de ce véritable appel du 18 juin de Marcel aux militants de A Cuncolta de l'époque qui avaient opté pour la ligne politique de l'indépendance lors de leur assemblée générale de 1998 : " L'indépendance de la Corse ne pourra être celle du Gabon, de la Côte d'Ivoire ni même celle de l'Algérie. Elle ne pourra naitre que d'une démarche claire, sereine et partagée par un nombre suffisant de Corses ; qu'ils le soient par le sang ou par le choix ! Les Corses ne voudront pas d'un Parti Unique…".

Que dire de cette lettre du 8 novembre 1998 adressée à Jean Maestracci : " Je me prépare à être entendu un jour ou l'autre sur la crucifixion de Jésus Christ..." ou l'humour noir le dispute à la lucidité sur l'aveugle et souvent grotesque répression ?

Marcel Lorenzoni était un Européen convaincu : il croyait à l'Europe des Peuples et détestait toute forme de jacobinisme : " le projet de fédération européenne se heurtera durement en France aux intérêts installés.

Il y a de grands risques que ce pays, conformément à son histoire, ne voie ses nécessaires mutations naitre dans la douleur ; les féodalités nées des accords contre nature de la Libération, et toutes encadrées par les brillants produits des grandes écoles, ne lâcheront pas si facilement leurs rentes de situation…".

Au début de l'année 2000, du plus profond de sa prison, Marcel Lorenzoni envoyait au peuple corse des voeux dont la résonnance actuelle n'a pas besoin d'une quelconque déconstruction : " Au début de la dernière année du millénaire chrétien, j'envoie à la Corse et à tous ceux qui ont choisi d'y vivre tous mes voeux. Que cette année soit celle de la clairvoyance, du recul de la dépendance et de son cortège de misères et d'injustice. Que la Corse retrouve dans sa réalité physique et culturelle les raisons de croire en elle même. Qu'elle sache reconnaitre et surmonter les entreprises de démoralisation. Que son peuple sache réaffirmer son combat éternel pour le respect de son identité dans l'ensemble des nations. Qu'il ne s'y trompe pas, ce qu'il vit depuis trente ans sera retenu par l'histoire comme sa renaissance. Ce mot, jamais et nulle part, n'a rimé avec tranquillité ". La voix de Marcel Lorenzoni ne s'est pas éteinte : elle tinte aux oreilles de tous ceux qui ne se résignent pas à la sujétion collective ou à l'égoïsme individuel. Lisez ou relisez son ouvrage : du bagne de Toulon à Fresnes la même ferveur patriotique s'est toujours exprimée et Marcel n'est qu'un maillon de cette épouvantable chaine. Quant à nous qui jouissons de la liberté nous ne pouvons relâcher notre combat pour la libération de tous les prisonniers politiques corses !

Vincent Stagnara

(1) Lettres de Fresnes : Marcel Lorenzoni - Editions ALBIANA décembre 2000

(2) Sans atteindre peut être le niveau des correspondances de GRAMSCI, certaines missives mériteront un jour une publication qui témoignera de visions diverses de la résistance corse.

 

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