Depuis quelques années, chacun
peut s’en rendre compte, il devient
extrêmement difficile de se loger dans
l’île. Les prix de l’immobilier atteignent
des niveaux rendant impossible l’accession
à la propriété pour la plupart
des familles corses. La suppression de
l’arrêté Miot, déjà décidée par Paris,
sera bientôt effective, ce qui aggravera
encore la situation : nombre de
Corses, ne pouvant acquitter les droits
d’enregistrement, seront contraints de
vendre leurs biens familiaux. Là
encore, des étrangers fortunés se porteront
acquéreurs, offrant des sommes
dont les insulaires ne disposeront pas.
La démarche qui est en route a donc
pour effet de chasser purement et simplement
les Corses de leurs villages,
de leurs quartiers, de leur terre.
Ajoutez à cela l’actuelle décorsisation
systématique des emplois, particulièrement
dans les fonctions à responsabilités,
et le projet affiché sans vergogne
par Monsieur Zuccarelli et sa funeste
association « La Corse dans la
République », visant à peupler la
Corse de non-Corses… Bref, le vieux
rêve de « la cage sans les oiseaux »
pourrait bien devenir une réalité.
La seule question méritant
aujourd’hui d’être posée est la suivante
: allons-nous nous laisser faire ?
S’agissant de la question – centrale –
des biens immobiliers, Corsica
Nazione a plaidé, durant des années,
tant à l’Assemblée de Corse qu’au
cours du processus dit « de Matignon
», pour qu’un nombre minimal d’années
de résidence effective soit exigé
pour l’achat de tels biens, comme cela
se fait déjà dans certains pays
d’Europe. Malheureusement, les nationalistes
corses n’ont pas été entendus,
et le résultat est là : en quelques
années, la situation s’est tellement
détériorée qu’à défaut de mesures
drastiques, elle ne sera bientôt plus
seulement préoccupante mais dramatique.
Compte tenu de l’urgence, Corsica
Nazione a formulé une proposition qui
ne s’adresse pas uniquement au mouvement
national, mais à l’ensemble du
peuple corse : emparons-nous du
pouvoir législatif que Paris nous a
refusé, faisons notre propre loi sur
l’immobilier et appliquons là. Bien
reçue par de nombreux Corses, cette
proposition ne semble cependant pas
avoir été bien comprise par certains
observateurs. Un journaliste insulaire
écrivait, au lendemain des journées
internationales, que la loi n°1 « n’aurait
pas de portée juridique ». Il s’agit
d’une erreur. Nous ne proposons pas
de faire une loi uniquement symbolique,
mais une loi qui serait applicable
immédiatement par tous ceux qui se
reconnaissent dans la nation, et, plus
largement, par tous les Corses qui
n’entendent pas être jetés hors de leur
pays. Cette loi ne s’inscrit nullement
dans la hiérarchie des normes juridiques
françaises. Elle fonde une nouvelle
légalité. Au cours de son histoire,
la Corse a déjà connu des situations
de légalités concurrentes. Au XVIIIe
siècle, par exemple, il existait la loi de
Gênes et celle du gouvernement national
corse. Les Corses d’alors ont su
relever le défi. Dans la situation que
nous connaissons aujourd’hui, nous
devons nous inspirer de leur exemple.
Au demeurant, il n’existe rien de plus
naturel que de faire la loi chez soi.
C’est bien en vertu d’un principe
intangible du droit naturel que nous
invitons les Corses à agir dès
aujourd’hui : celui qui autorise tout
peuple à pourvoir à sa propre conservation.
Jean-Guy Talamoni
Actuellement, du fait de l’augmentation vertigineuse des prix de l’immobilier, les Corses sont dépossédés de leurs terres et de leurs maisons. Des étrangers fortunés offrent en effet des sommes sans commune mesure avec les capacités financières des familles corses, qui se voient ainsi privées de l’accession à la propriété. Cette démarche de spoliation sera bientôt aggravée par l’abrogation de l’arrêté Miot, déjà décidée par l’Etat français. Devant cette situation d’urgence, la défense des intérêts collectifs de la communauté corse doit conduire celle-ci à adopter des mesures énergiques, avant qu’il ne soit trop tard.
LOI N°1 (SUR LES BIENS IMMOBILIERS)
Le peuple corse, légitimement maître de lui-même, décide, à travers la présente loi, de prendre toutes dispositions pour faire échec à la démarche actuellement mise en œuvre pour le déposséder de sa terre, et plus généralement de ses biens immobiliers :
Article 1er : L’acquisition de biens immobiliers situés sur le territoire de la Corse est réservée aux citoyens corses, ces derniers étant définis par référence aux conditions requises par « A Cunsulta Naziunale di A Corsica », soit, pour les non originaires de Corse, une résidence effective, à titre principal, de 10 ans sur l’île.
Article 2 : Tout achat d’un bien immobilier effectué en violation de l’article précédent sera considéré comme nul et non avenu dès l’accession effective aux responsabilités politiques d’autorités nationales corses. Ces dernières procèderont alors à une mesure générale de réappropriation collective qui constituera le premier acte de souveraineté. Cette réappropriation ne donnera lieu au versement d’aucune indemnité.
Article 3 (dispositions transitoires) : Dès à présent, le présent texte sera appliqué par les Corses se reconnaissant dans la nation. Ceux d’entre eux qui exercent des responsabilités, notamment électives, contribueront, dans toute la mesure du possible, à sa mise en œuvre.