Plus de trois ans après les faits, la lamentable affaire de Luri vient enfin de prendre fin.
Seuls quatre prévenus comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Bastia. Il fallait
juger des événements qui avaient défrayé la chronique en septembre 2003, lorsque
les villageois avaient enfermé les gendarmes dans leur gendarmerie...
La veille du procès, le CAR avait
donné son point de vue sur la
situation. Au cours de l’année
2003, le comportement des gendarmes de
Luri et de certaines de leurs compagnes a
alimenté la chronique humoristique du
village. L’agressivité des gendarmes,
aussi bien entre eux qu’envers les jeunes
du village, a fini par créer des incidents.
Une bouteille contentant de l’huile et de
l’essence a été jetée dans l’enceinte de la
gendarmerie. Cette bouteille a brûlé un
pneu et noirci le bas de caisse d’une autre
voiture. Avec quelques bombages nationalistes,
ce sont les seuls faits délictuels
qui se sont produits avant le déclenchement
de ce qui est devenu l’affaire de
Luri.
Ces simples faits ont suffit à déclencher
une offensive de masse de la DNAT. Une
centaine de gendarmes a envahi le village
et cerné plusieurs maisons.
Parmi les personnes agressées à 6 heures
du matin par cette force, on note un
militant nationaliste de la première heure.
Pour le CAR, c’était vraisemblablement
la véritable cible de cette opération.
Malheureusement pour les instigateurs,
on ne trouvera rien de compromettant
chez lui. Ces fils sont quand même interpellés
et transférés à la gendarmerie, malgré
le fait que les gendarmes lui disent
qu’ils n’y sont pour rien.
Sept personnes sont interpellées et transférées
à la gendarmerie de Montesoru au
total.
A la suite de ce déploiement de force
disproportionné, les villageois tentent de
négocier avec les gendarmes de Luri.
Même le procureur se déplace. Malgré
cela, deux jeunes interpellés sont transférés
vers la capitale française.
Cet événement excède la population villageoise
qui finit par pénétrer dans l’enceinte
de la gendarmerie, pour tenter
d’avoir des explications. L’extérieur de la
gendarmerie subit des dégâts. Ce sont ces
incidents qui ont été jugés par le tribunal
correctionnel de Bastia. Or, l’enquête
avait démontré que tout le quartier était
plongé dans une totale obscurité au
moment des faits. Dans ces conditions,
sans aucune preuve, sans aucune photo, le
CAR a posé la question de savoir comment
les gendarmes et leurs femmes, parties
civiles, avaient-ils pu mettre en causes
les quatre villageois qui ont été jugé.
Le Comité Anti Répression a apporté
son soutien aux personnes jugées et exigé
qu’elles soient relaxées et que l’on mette
enfin un terme final à cette lamentable
affaire.
Le procès s’est déroulé dans un climat
serein et les faits ont été eximinés, sans
que l’on puisse apporter la moindre
preuve de l’implication des prévenus.
Les avocats des parties civiles ont tenté
malgré tout de demander à ce que les prévenus
soient condamnés, juste pour que
les “victimes” puissent obtenir des dommages
et intérêts.
Un avocat, très perspicace notera qu’il y
a en Corse “une certaine forme de
racisme envers les gendarmes qui représentent
la France”. Cet avocat ira même
jusqu’à dire que les prisonniers politiques
corses sont des “délinquants de droit
commun et non des déportés”.
Effectivement, le dictionnaire français ne
nous autorise pas à appeler nos résistants
incarcérés des “déportés”, terme réservé à
ceux qui ont connu la déportation pendant
la seconde guerre mondiale. Mais, si cet
avocat de pacotille avait fait un peu plus
attention aux propros des personnes qui
défendent les prisonniers politiques corses,
il aurait remarqué que personne n’a
jamais dit que c’étaient des déportés, mais
qu’ils étaient déportés. La nuance est
importante car déporter une personne,
cela veut dire l’incarcérer hors de son
pays, ce qui est exactement le cas de nos
prisonniers.
Un autre avocat s’en est pris au CAR,
estimant que puisqu’il n’y avait pas de
répression en Corse, il ne pouvait pas y
avoir de comité anti répression ! Ce
même avocat a d’ailleurs cité le communiqué du CAR s’indignant que cette organisation
puisse exiger la relaxe des prévenus.
Le CAR devient de plus en plus célèbre
!
Dans les absurdités entendues, notons
encore cet avocat qui aurait voulu inventer
la responsabilité collective (qui
n’existe pas dans le droit française) pour
pouvoir faire condamner les prévenus :
“Il y a solidarité morale, donc pénale,
vous étiez là, solidaires des autres, donc
vous êtes coupables”.
Enfin, un autre avocat des parties civiles,
a dit que les gendarmes étaient “terrorisés
de savoir que leurs enfants étaient
terrorisés”. Ce qui a sans doute dû terroriser
aussi les enfants, de savoir que leur
père était terrorisé...
Les gendarmes français qui touchent
une double prime de risque lorsqu’ils
viennent en Corse, ces militaires, sont
vite traumatisés dès qu’ils ont un problème
avec les Corse. Nous avons apris à
l’audience que l’un des gendarmes
avaient eu tellement peur qu’il en était
parti en... Polynésie ! Apparemment, il a
un goût certain pour les colonnies, le
monsieur.
Enfin, le substitut du procureur, après
avoir annoncé à grand renfort de manches
qu’il prenait sa liberté de parole, laissant
entendre qu’il allait faire des déclarations
fracassantes, a in fine laissé l’auditoire
sur sa faim ! Un discours vide et creux,
sans arguments, demandant une condamnation
avec sursis, sans précision de longueur
de peine, pour que les victimes
soient reconnues comme telles et que la
greffière ait quelque chose à noter (sic) !
C’est avec brio et beaucoup d’humour
que les avocats de la défense, à tour de
rôle, reprirent et démontèrent une à une
les plaidoiries des parties civiles.
Les conseils des accusés ont rappelé que
le rôle de la Cour n’était point de
condamner pour que les victimes soient
reconnues, ce qui serait une grave dérive
de la justice et que la violence, mot cher
et revenant comme une litanie dans la
bouche de l’accusation, que cette violence,
elle était des deux côtés. Sinon
comment qualifier le fait qu’un jeune
mineur de seize ans soit réveillé à six
heures du matin avec une arme braquée
sur la tempe ? Qu’un autre adolescent
soit plaqué au sol et menotté comme un
malpropre sur son lieu de travail, devant
tous les clients du magasin ? Et la liste
serait encore longue…
C’est avec un grand sentiment d’injustice
devant le transfert de leurs enfants à
Paris que la population de Luri s’était réunie
devant la gendarmerie, et non par
racisme, comme a honteusement osé l’affirmer
dans sa plaidoirie le dernier conseil
de l’accusation.
Et c’est sur le ton de la « magagna bastiaccia
» que les avocats de la défense ont
continué leurs plaidoiries. Certes, « au
pays de la polyphonie », tout est
possible ! Même que deux personnes
expriment les mêmes paroles, à la virgule
près, et fassent le même geste simultanément
! Mais, nous dirons même plus,
comme l’a malicieusement souligné
Maître Talamoni, il pouvait tout aussi
bien s’agir des fameux Dupond et
Dupont ! Et que dire des divers témoignages
de gendarmes qui affirment avoir
identifié un des accusés vociférant à intervalles
réguliers de 22 heures à minuit :
« Vous allez tous sauter ! » et faisant le
geste d’appuyer sur un détonateur ?
Comme l’a souligné Maître Simeoni, il
devait encore s’agir d’un quelconque
« chanteur compulsif » !
Plus sérieusement, les avocats de la
défense ont démontré que les accusations
et les témoignages des gendarmes ne
reposaient sur rien et ont demandé la
relaxe de leurs clients. Le tribunal leur a
donné raison en prononçant une relaxe
général. C’est la fin de l’affaire de Luri
qui aura ridiculisé, une fois de plus, la
gendarmerie française en Corse.
Idoia Corsa et Marzulinu