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Articulu di u numaru 21, ghjennaghju di u 2007


Affaire de Luri : suite et FIN !



Plus de trois ans après les faits, la lamentable affaire de Luri vient enfin de prendre fin. Seuls quatre prévenus comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Bastia. Il fallait juger des événements qui avaient défrayé la chronique en septembre 2003, lorsque les villageois avaient enfermé les gendarmes dans leur gendarmerie...

La veille du procès, le CAR avait donné son point de vue sur la situation. Au cours de l’année 2003, le comportement des gendarmes de Luri et de certaines de leurs compagnes a alimenté la chronique humoristique du village. L’agressivité des gendarmes, aussi bien entre eux qu’envers les jeunes du village, a fini par créer des incidents.

Une bouteille contentant de l’huile et de l’essence a été jetée dans l’enceinte de la gendarmerie. Cette bouteille a brûlé un pneu et noirci le bas de caisse d’une autre voiture. Avec quelques bombages nationalistes, ce sont les seuls faits délictuels qui se sont produits avant le déclenchement de ce qui est devenu l’affaire de Luri.

Ces simples faits ont suffit à déclencher une offensive de masse de la DNAT. Une centaine de gendarmes a envahi le village et cerné plusieurs maisons.

Parmi les personnes agressées à 6 heures du matin par cette force, on note un militant nationaliste de la première heure.

Pour le CAR, c’était vraisemblablement la véritable cible de cette opération. Malheureusement pour les instigateurs, on ne trouvera rien de compromettant chez lui. Ces fils sont quand même interpellés et transférés à la gendarmerie, malgré le fait que les gendarmes lui disent qu’ils n’y sont pour rien.

Sept personnes sont interpellées et transférées à la gendarmerie de Montesoru au total.

A la suite de ce déploiement de force disproportionné, les villageois tentent de négocier avec les gendarmes de Luri.

Même le procureur se déplace. Malgré cela, deux jeunes interpellés sont transférés vers la capitale française.

Cet événement excède la population villageoise qui finit par pénétrer dans l’enceinte de la gendarmerie, pour tenter d’avoir des explications. L’extérieur de la gendarmerie subit des dégâts. Ce sont ces incidents qui ont été jugés par le tribunal correctionnel de Bastia. Or, l’enquête avait démontré que tout le quartier était plongé dans une totale obscurité au moment des faits. Dans ces conditions, sans aucune preuve, sans aucune photo, le CAR a posé la question de savoir comment les gendarmes et leurs femmes, parties civiles, avaient-ils pu mettre en causes les quatre villageois qui ont été jugé.

Le Comité Anti Répression a apporté son soutien aux personnes jugées et exigé qu’elles soient relaxées et que l’on mette enfin un terme final à cette lamentable affaire.

Le procès s’est déroulé dans un climat serein et les faits ont été eximinés, sans que l’on puisse apporter la moindre preuve de l’implication des prévenus. Les avocats des parties civiles ont tenté malgré tout de demander à ce que les prévenus soient condamnés, juste pour que les “victimes” puissent obtenir des dommages et intérêts.

Un avocat, très perspicace notera qu’il y a en Corse “une certaine forme de racisme envers les gendarmes qui représentent la France”. Cet avocat ira même jusqu’à dire que les prisonniers politiques corses sont des “délinquants de droit commun et non des déportés”.

Effectivement, le dictionnaire français ne nous autorise pas à appeler nos résistants incarcérés des “déportés”, terme réservé à ceux qui ont connu la déportation pendant la seconde guerre mondiale. Mais, si cet avocat de pacotille avait fait un peu plus attention aux propros des personnes qui défendent les prisonniers politiques corses, il aurait remarqué que personne n’a jamais dit que c’étaient des déportés, mais qu’ils étaient déportés. La nuance est importante car déporter une personne, cela veut dire l’incarcérer hors de son pays, ce qui est exactement le cas de nos prisonniers.

Un autre avocat s’en est pris au CAR, estimant que puisqu’il n’y avait pas de répression en Corse, il ne pouvait pas y avoir de comité anti répression ! Ce même avocat a d’ailleurs cité le communiqué du CAR s’indignant que cette organisation puisse exiger la relaxe des prévenus. Le CAR devient de plus en plus célèbre !

Dans les absurdités entendues, notons encore cet avocat qui aurait voulu inventer la responsabilité collective (qui n’existe pas dans le droit française) pour pouvoir faire condamner les prévenus : “Il y a solidarité morale, donc pénale, vous étiez là, solidaires des autres, donc vous êtes coupables”.

Enfin, un autre avocat des parties civiles, a dit que les gendarmes étaient “terrorisés de savoir que leurs enfants étaient terrorisés”. Ce qui a sans doute dû terroriser aussi les enfants, de savoir que leur père était terrorisé...

Les gendarmes français qui touchent une double prime de risque lorsqu’ils viennent en Corse, ces militaires, sont vite traumatisés dès qu’ils ont un problème avec les Corse. Nous avons apris à l’audience que l’un des gendarmes avaient eu tellement peur qu’il en était parti en... Polynésie ! Apparemment, il a un goût certain pour les colonnies, le monsieur.

Enfin, le substitut du procureur, après avoir annoncé à grand renfort de manches qu’il prenait sa liberté de parole, laissant entendre qu’il allait faire des déclarations fracassantes, a in fine laissé l’auditoire sur sa faim ! Un discours vide et creux, sans arguments, demandant une condamnation avec sursis, sans précision de longueur de peine, pour que les victimes soient reconnues comme telles et que la greffière ait quelque chose à noter (sic) ! C’est avec brio et beaucoup d’humour que les avocats de la défense, à tour de rôle, reprirent et démontèrent une à une les plaidoiries des parties civiles.

Les conseils des accusés ont rappelé que le rôle de la Cour n’était point de condamner pour que les victimes soient reconnues, ce qui serait une grave dérive de la justice et que la violence, mot cher et revenant comme une litanie dans la bouche de l’accusation, que cette violence, elle était des deux côtés. Sinon comment qualifier le fait qu’un jeune mineur de seize ans soit réveillé à six heures du matin avec une arme braquée sur la tempe ? Qu’un autre adolescent soit plaqué au sol et menotté comme un malpropre sur son lieu de travail, devant tous les clients du magasin ? Et la liste serait encore longue…

C’est avec un grand sentiment d’injustice devant le transfert de leurs enfants à Paris que la population de Luri s’était réunie devant la gendarmerie, et non par racisme, comme a honteusement osé l’affirmer dans sa plaidoirie le dernier conseil de l’accusation.

Et c’est sur le ton de la « magagna bastiaccia » que les avocats de la défense ont continué leurs plaidoiries. Certes, « au pays de la polyphonie », tout est possible ! Même que deux personnes expriment les mêmes paroles, à la virgule près, et fassent le même geste simultanément ! Mais, nous dirons même plus, comme l’a malicieusement souligné Maître Talamoni, il pouvait tout aussi bien s’agir des fameux Dupond et Dupont ! Et que dire des divers témoignages de gendarmes qui affirment avoir identifié un des accusés vociférant à intervalles réguliers de 22 heures à minuit : « Vous allez tous sauter ! » et faisant le geste d’appuyer sur un détonateur ? Comme l’a souligné Maître Simeoni, il devait encore s’agir d’un quelconque « chanteur compulsif » !

Plus sérieusement, les avocats de la défense ont démontré que les accusations et les témoignages des gendarmes ne reposaient sur rien et ont demandé la relaxe de leurs clients. Le tribunal leur a donné raison en prononçant une relaxe général. C’est la fin de l’affaire de Luri qui aura ridiculisé, une fois de plus, la gendarmerie française en Corse.

Idoia Corsa et Marzulinu

 

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