Le FLNC-UC a
donné dans le courant
du mois d’octobre,
quelque part en
Corse, une interview
au mensuel Corsica.
Quatre responsables
de l’Organisation
politico-militaire,
entourés d’une vingtaine
de militants
armés, ont répondu
aux questions de
Gilles Millet sur la
situation politique
actuelle, les perspectives
de lutte dans les
semaines et mois à
venir, la « concurrence
» sur le terrain
de l’action clandestine,
la lisibilité des
attentats ou la question
de la spéculation
foncière. Ce qui permet
au FLNC de
rappeler ses orientations
politiques, le
sens de son action, et
de répondre sans
ambages à toutes ces
demandes.
U Ribombu publie
les principaux
extraits de cette communication..
La situation politique
actuelle
Il y a deux ans, après l’échec
référendaire de 2003, le
FLNC prenait l’initiative
politique majeure, sans
aucune contre partie, de créer
les conditions d’une solution
politique, porteuse d’une
paix durable en Corse, par
une suspension de ses actions
clandestines. Cette démarche
est restée lettre morte à Paris.
Actuellement figée et bloquée,
la situation de crise est
principalement liée pour le
FLNC à « l’incapacité du
gouvernement français et de
ses alliés clanistes à prendre
en considération, à un
moment de notre lutte, l’initiative
qui était la nôtre (...) ».
Cela « démontre une fois de
plus que les tenants d’une
véritable solution politique
ne sont que d’un côté » ; Et
que « ce qui est confus et
encore plus dangereux, c’est
la volonté réaffirmée, brutale
et autoritaire (…) de balayer
d’un revers de main (…) les
possibilités exploratrices et
les appels lancés dans ce
sens pour une sortie de crise.
La Corse ne peut osciller,
selon les aléas électoraux
des présidentielles françaises
successives, et alterner entre
répression policière et judiciaire,
et timide avancée institutionnelle.
La question
corse est une question exclusivement
politique, et elle
doit être actée comme telle
au plus haut niveau de
l’Etat ».
Partant de ce constat, Le
FLNC remarque que selon
« une constante de l’histoire
coloniale (…) la
France ne transige que sous
les rapports de force » , ce
qui l’a « amené à redéployer
» ses « unités de
combat » et que son « activité
politico-militaire se
poursuivra tant que l’Etat
français n’optera pas pour
une réelle solution politique ».
La « concurrence »
du 22 octobre
A la question de l’existence
depuis 2002 d’une
Organisation clandestine dite
FLNC « du 22 octobre », les
responsables de l’UC déclarent
: « Nous répondons aux
exigences d’une lutte stratégique,
organisée et structurée.
Notre réflexion dépend
de l’analyse que nous avons
du système. Nos actions
constituent une réponse à
l’agression de type colonial
que subit notre peuple et
tiennent compte de la
conscience politique et collective
de ce dernier ». Sur
les différenciations à l’origine
des deux Organisations,
le Front précise qu’il reste
fidèle « aux principes fondamentaux
qui sont à l’origine
de la constitution de notre
Organisation en 1976 et à la
philosophie politique qui a
matérialisé, en 1999, la
démarche stratégique de
l’Union des Combattants.
Cela précisé, nous n’avons
aucunement la prétention de
régir, ni d’occuper de
manière hégémonique un terrain
de lutte qui a déjà connu
et qui connaîtra probablement,
de façon éphémère ou
pas, d’autres sigles que le
nôtre. L’Union des
Combattants est un repère
philosophique et politique
incontournable, parfaitement
lisible et comprise par les
différentes couches de notre
peuple ».
L’action clandestine et la lisibilité
des attentats
Pour le FLNC : « nos
actions politico-militaires,
parce qu’elles découlent
d’une conception organisée
et structurée de notre mouvement,
ne peuvent être assimilées
à de quelconques activités
crapuleuses. C’est le
propre de tout système propagandiste
colonial, à travers
ses différents et multiples
relais, particulièrement
en matière de communication,
d’asséner le contraire.
Nos actions sont parfaitement
comprises par notre
peuple. En témoigne directement
votre récent sondage
sur le littoral et l’approbation
majoritaire résultant de
la question sur les attentats
et leur influence sur la bétonisation.
(NDLR : dans le
Numéro 85 d’octobre 06 du
mensuel Corsica, un sondage
indiquait que 55% des
Corses considéraient que les
attentats avaient empêché le
bétonnage des côtes insulaires).
A cet égard, la ridicule
gesticulation d’un préfet de
passage témoigne, chez les
sujets et tenants du système
français en place, de la
crainte de cette compréhension
collective et lisible de la
résistance armée ».
En fin d’interview, Corsica
revient sur la question de la
spéculation immobilière et
foncière. Il demande pourquoi
les zones les plus
touchées par les dépossessions,
comme l’Extrême-
Sud, « seraient » les
moins visées par les attentats.
A cela, il est précisé par
le Front que « nous frappons
militairement dans la région
dite de l’Extrême-Sud,
comme nous frappons dans
toutes les pieve de Corse.
(…) qu’un certain nombre de
nos actions dans la région
susnommée sont volontairement
dissimulées par les services
de police et la presse
instrumentalisée (…) que
dans une cité comme celle de
Porti Vechju, soumise à une
constante pression immobilière
et affairiste véreuse et
ce, sous la férule de Camille
de Rocca Serra, actuel président
de la Collectivité territoriale
de Corse, les nationalistes
unis constituent la
première force d’opposition
au clan et à la dépossession
collective ».
Le Mouvement National
public, l’union et la
clandestinité
Confronté à l’idée fausse
d’une perte de vitesse politique
des mouvements nationalistes
publics, le FLNC ne
croit pas « que le mouvement
national soit en perte de
vitesse. Sa philosophie, ses
propositions sont largement
partagées par toutes les couches
sociales de notre peuple.
Son enracinement n’est
même plus à contester : il
demeure la principale alternative
à toute sortie de crise ».
En ce qui concerne l’union
des nationalistes, celle-ci
« est positive et constructive.
C’est un souci permanent
chez nous. Du traité du
Fiumorbu à aujourd’hui,
nous n’avons eu de cesse
d’oeuvrer dans ce sens.
L’union est une constante
que l’évolution politique de
la situation nous amène à
évaluer régulièrement. Plus
que l’union, c’est l’unité
stratégique et patriotique qui
nous incombe le plus, et que
nous lançons à la réflexion
de chacune et chacun ».
Pour ce qui est du rôle des
élus nationalistes à
l’Assemblée de Corse, issus
de la coalition Unione
Naziunale, qui a totalisé
25000 voix au 2e tour des
Territoriales en 2004, « la
manipulation de la communication,
la désinformation
systématique font que très
souvent les initiatives et propositions
politiques des élus
nationalistes (…) sont volontairement
étouffées pour tenter
de relativiser la réalité et
la portée de leurs actions.
Toutefois, la nature autoritaire
et en même temps soumise,
de l’Exécutif territorial
en place nécessite, selon
nous, une opposition plus
offensive beaucoup plus
grande et parfaitement lisible,
qui doit dépasser le
cadre de cette collectivité,
aujourd’hui totalement inféodée
à Paris. Elle nécessite
tout autant une stratégie de
rupture qui ne doit laisser
place à de quelconques
contorsions politiciennes.
Cet Exécutif là compte tenu
de la nature de ses imbrications
véreuses, est à combattre
et à abattre ».
En ce qui concerne les priorités
stratégiques de l’ensemble
des nationalistes, elles
doivent converger « sur un
droit international qui est le
droit pour chaque peuple à
décider librement de son
avenir. C’est-à-dire, pour
notre peuple, à un moment
donné de son évolution, à
vivre l’exercice du droit à
l’autodétermination et de
choisir le statut le plus adéquat
pour garantir l’émergence
en tant que Nation de
sa communauté historique et
de destin. Cela sous-tend que
notre combat repose sur des
critères de principe comme
la terre, le foncier, le patrimoine,
la langue, la culture,
le développement économique
et social et surtout le
peuple. Evidemment, cela
découle d’une projection
stratégique sur laquelle peuvent
et doivent se retrouver
toutes les forces patriotiques
(…) devra inévitablement se
nourrir des rapports de force
que peut et doit susciter le
mouvement national uni face
à l’Etat français, et des évolutions
statutaires graduelles
conséquentes ».
Après avoir évoqué ce droit
imprescriptible à l’autodétermination,
inscrit dans la
charte des Nations Unis, le
Front réaffirme qu’en ce qui
le concerne il reste fidèle au
fil historique de son combat,
à savoir l’émergence en final
« d’un Etat Corse indépendant
». Objectif qui, notamment
en Europe, se matérialise
continuellement « sur les
multiples prises de
conscience des peuples et
Nations sans Etat (…) leur
quête d’émancipation et de
souveraineté démontre que le
choix de l’indépendance est
plus que jamais d’actualité
(Monténégro, Irlande du
Nord, Pays Basques) ».
L’avenir
« L’ancrage de notre
Organisation, le but recherché
par les forces vives (…) d’une
unité plus conséquente, font
que, malgré la répression,
malgré les coups assénés, l’espoir
est permis de voir aboutir
un processus de sortie de
crise. La Corse ne peut être à
contre-courant de ce qui se
passe en Europe (…) ne peut
indéfiniment vivre prise en
étau par le parti de l’anti
corse, avec l’affairiste Camille
de Rocca Serra pour la droite
et le national réactionnaire
Emile Zuccarelli pour la gauche.
L’avenir et l’espoir
appartiennent au mouvement
patriotique et à tous les Corses
soucieux de l’intérêt collectif,
dès lors qu’à l’instant présent
ils puisent dans ses capacités
unificatrices la force stratégique
adéquate pour inverser le
constat alarmant d’une situation
conflictuelle, et construire
la résistance nécessaire pour
ériger la Corse en actrice souveraine
de son destin ».
Batti Lucciardi