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Articulu di u numaru 14, ghjugnu di u 2006


La fin de la lutte armée, une question récurrente




« Se fossi padrone del tuono, del tuono mi servirei » Pasquale Paoli

Si l’on y regarde bien, depuis trente ans, les patriotes qui ont fait le choix difficile de la clandestinité n’ont jamais cessé de proclamer leur attachement à la paix. Ce qui peut paraître paradoxal pour ceux qui estiment qu’il n’y a pas de question corse.

Mais pour les autres, les plus nombreux, il est clair que l’Etat français a toujours voulu ignorer la dimension politique de la Nation corse d’où les échecs successifs des politiques mises en oeuvre.

Car on ne peut pas répondre à un problème historique qui demande réparation par des mesures décentralisatrices qui pourraient s’appliquer à n’importe lequel des départements français. En fait depuis le statut Deferre jusqu’à ce jour, les questions essentielles comme celles de la reconnaissance du peuple corse, de l’officialisation de la langue ou de la protection du patrimoine foncier ont toujours été superbement ignorées.

Les dirigeants politiques français se réfugiant derrière une Constitution sacralisée mais qu’ils n’hésitent pas à modifier quand leurs intérêts le commandent. A l’exception de Jospin qui était sans doute animé des meilleures intentions, aucun gouvernant français n’a jamais voulu réellement prendre la mesure d’une situation de type colonial dont l’issue programmée était et demeure à l’évidence, la disparition du peuple corse. Depuis la réélection de Chirac dans les conditions ubuesques que l’on sait, cette situation s’est considérablement aggravée. Au prétexte d’un référendum dont les Corses sont en droit de contester la légitimité, les dirigeants politiques français au premier rang desquels le très agité ministre de l’intérieur, ont estimé que le débat institutionnel était clos.

Cette affirmation péremptoire qui ne peut que satisfaire les élus corses les plus réactionnaires, est surtout destinée à rassurer les promoteurs immobiliers, les affairistes d’ici et d’ailleurs, les investisseurs de tout poil qui voient à travers l’élaboration du PADDUC un encouragement à leurs sinistres ambitions. Quand le député Rocca Serra en appelle sans vergogne à la bétonisation du littoral, il se fait le porte-parole d’une politique conçue au plus haut niveau de l’Etat français et qui consiste à déposséder les corses de leur terre, une politique qui pour réussir a besoin du statu quo institutionnel.

On le voit bien, les conditions d’un apaisement sont donc loin d’être réunies. A l’encontre de ses voisins anglais et espagnols, la France demeure crispée sur son idéologie jacobine et n’entend pas se débarrasser de sa culture coloniale.

A ces données historiques qui façonnent la personnalité politique de ce pays, il convient d’ajouter la confiscation de l’appareil d’Etat par un parti politique qui n’a que l’autoritarisme pour toute ambition. Alors, sans vouloir jouer les cassandre, on voit mal pour l’heure, le FLNC renoncer, sauf à se renier, à ses actions armées. Les conditions politiques de sa constitution n’ayant guère évoluées ou si peu. Quand on se réfère à son premier tract du 5 mai 1976, que U Ribombu a opportunément reproduit dans son dernier numéro, on s’aperçoit que le même constat de dépendance coloniale pourrait être dressé aujourd’hui.

Certes, la négation du problème corse dont Giscard de sinistre mémoire s’était fait le champion, n’est plus d’actualité dans la mesure où le législateur français, en octroyant un statut particulier, reconnaît la nécessité d’appréhender la question corse dans sa globalité. Mais cette réforme, tout comme le statut Joxe qui a suivi, s’inscrit dans un aménagement administratif de la France et non pas en rupture avec une situation coloniale consécutive à une conquête militaire.

Tout le monde a en mémoire le discours de Rocard devant l’Assemblée nationale française où pour la première fois, un responsable politique français reconnaissait le fait colonial, l’abandon économique et le déficit démocratique. Mais pour brillant qu’il fut son discours demeura sans effet. La seule conclusion à en tirer eût été alors de permettre à la Corse de légiférer. Et cette problématique demeure. Car sans préjuger des intentions politiques du FLNC, il est clair pour tout observateur, que la prise en compte par la France du concept de peuple corse et de ses droits collectifs, amènerait l’organisation clandestine à reconsidérer sa stratégie.

Mais pour l’heure le gouvernement UMP de la France et ceux qui en Corse le servent, ne semble pas en mesure de se hisser au niveau de tels enjeux historiques. Et il est probable que la situation de blocage que connaît la Corse, tant au niveau de son assemblée territoriale que dans ses rapports à l’Etat français, perdure. Au moins jusqu’à la prochaine élection présidentielle.

Dumenicu Tognotti

 

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