« Se fossi padrone del tuono, del tuono mi servirei » Pasquale Paoli
Si l’on y regarde
bien, depuis trente
ans, les patriotes
qui ont fait le choix difficile
de la clandestinité
n’ont jamais cessé de proclamer
leur attachement à
la paix. Ce qui peut
paraître paradoxal pour
ceux qui estiment qu’il n’y
a pas de question corse.
Mais pour les autres, les
plus nombreux, il est clair
que l’Etat français a toujours
voulu ignorer la
dimension politique de la
Nation corse d’où les
échecs successifs des politiques
mises en oeuvre.
Car on ne peut pas
répondre à un problème
historique qui demande
réparation par des
mesures décentralisatrices
qui pourraient s’appliquer
à n’importe lequel des
départements français. En
fait depuis le statut
Deferre jusqu’à ce jour,
les questions essentielles
comme celles de la reconnaissance
du peuple
corse, de l’officialisation
de la langue ou de la protection
du patrimoine foncier
ont toujours été
superbement ignorées.
Les dirigeants politiques
français se réfugiant derrière
une Constitution
sacralisée mais qu’ils n’hésitent
pas à modifier
quand leurs intérêts le
commandent. A l’exception
de Jospin qui était
sans doute animé des
meilleures intentions,
aucun gouvernant français
n’a jamais voulu réellement
prendre la mesure
d’une situation de type
colonial dont l’issue programmée
était et demeure
à l’évidence, la disparition
du peuple corse. Depuis
la réélection de Chirac
dans les conditions
ubuesques que l’on sait,
cette situation s’est considérablement
aggravée. Au
prétexte d’un référendum
dont les Corses sont en
droit de contester la légitimité,
les dirigeants politiques
français au premier
rang desquels le très agité
ministre de l’intérieur, ont
estimé que le débat institutionnel
était clos.
Cette
affirmation péremptoire
qui ne peut que satisfaire
les élus corses les plus
réactionnaires, est surtout
destinée à rassurer les
promoteurs immobiliers,
les affairistes d’ici et
d’ailleurs, les investisseurs
de tout poil qui voient à
travers l’élaboration du
PADDUC un encouragement
à leurs sinistres
ambitions. Quand le
député Rocca Serra en
appelle sans vergogne à
la bétonisation du littoral,
il se fait le porte-parole
d’une politique conçue au
plus haut niveau de l’Etat
français et qui consiste à
déposséder les corses de
leur terre, une politique
qui pour réussir a besoin
du statu quo institutionnel.
On le voit bien, les
conditions d’un apaisement
sont donc loin d’être
réunies. A l’encontre de
ses voisins anglais et
espagnols, la France
demeure crispée sur son
idéologie jacobine et
n’entend pas se débarrasser
de sa culture coloniale.
A ces données historiques
qui façonnent la
personnalité politique de
ce pays, il convient
d’ajouter la confiscation
de l’appareil d’Etat par un
parti politique qui n’a que
l’autoritarisme pour toute
ambition. Alors, sans vouloir
jouer les cassandre,
on voit mal pour l’heure,
le FLNC renoncer, sauf à
se renier, à ses actions
armées. Les conditions
politiques de sa constitution
n’ayant guère évoluées
ou si peu. Quand
on se réfère à son premier
tract du 5 mai 1976, que
U Ribombu a opportunément
reproduit dans son
dernier numéro, on
s’aperçoit que le même
constat de dépendance
coloniale pourrait être
dressé aujourd’hui.
Certes,
la négation du problème
corse dont Giscard de
sinistre mémoire s’était
fait le champion, n’est
plus d’actualité dans la
mesure où le législateur
français, en octroyant un
statut particulier, reconnaît
la nécessité d’appréhender
la question corse
dans sa globalité. Mais
cette réforme, tout
comme le statut Joxe qui
a suivi, s’inscrit dans un
aménagement administratif
de la France et non pas
en rupture avec une situation
coloniale consécutive
à une conquête militaire.
Tout le monde a en
mémoire le discours de
Rocard devant
l’Assemblée nationale
française où pour la première
fois, un responsable
politique français reconnaissait
le fait colonial,
l’abandon économique et
le déficit démocratique.
Mais pour brillant qu’il fut
son discours demeura
sans effet. La seule
conclusion à en tirer eût
été alors de permettre à la
Corse de légiférer. Et cette
problématique demeure.
Car sans préjuger des
intentions politiques du
FLNC, il est clair pour tout
observateur, que la prise
en compte par la France
du concept de peuple
corse et de ses droits collectifs,
amènerait l’organisation
clandestine à
reconsidérer sa stratégie.
Mais pour l’heure le gouvernement
UMP de la
France et ceux qui en
Corse le servent, ne
semble pas en mesure de
se hisser au niveau de tels
enjeux historiques. Et il
est probable que la situation
de blocage que
connaît la Corse, tant au
niveau de son assemblée
territoriale que dans ses
rapports à l’Etat français,
perdure. Au moins jusqu’à
la prochaine élection présidentielle.
Dumenicu Tognotti