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Articulu di u numaru 14, ghjugnu di u 2006


Macagne è detti di i paesi corsi


L’ancien Bâtonnier du Barreau de Marseille, muratais dans l’âme et cap corsin de coeur, nous livre un travail de mémoire.

Il le centre sur le clin d’oeil porté par la communauté corse sur les caractéristiques de nos villages, de leurs habitants, de leurs fortunes ou malheurs.(1) Qu’est ce qu’un dicton sinon une sentence qui ne souffre ni appel ni contradiction et qui est le contraire d’une opinion démocratique donc mesurée ?

A l’issue de son méritoire essai, plus de deux cents villages sont passés au crible, l’auteur s’interroge : « Pourquoi cette critique systématique de l’autre ? ». Les dictons, i detti, sont en effet, pour l’essentiel, peu flatteurs. Ne sont-ils pas cependant le détour qu’emprunte toute communauté humaine pour déplacer le conflit de l’affrontement physique à la simple dérision, pour faire de l’humour, fut-il acide, une arme d’équilibre ?(2)

La Corse est autant le pays de Grossu Minutu que celui de Paoli ou Napoléon. Sixte Ugolini, dans sa quête, n’a cure de la compilation à laquelle il préfère l’explication pétrie d’histoire ou de géographie. Son ouvrage est à inscrire au registre des excellents recueils sur la question.(3) Il renouvelle même le genre pour certains « detti », même si évidemment les éminents spécialistes pourront çà et là émettre quelques réserves sur certaines interprétations émises par ce talentueux avocat.

I detti, parcelle de vérité cachée sous une forte dose d’exagération, sont le dernier rempart d’une culture orale que la collecte écrite empêchera peut être de mourir.

Ils représentent une philosophie de l’existence faite d’énergie et de renoncements, ils découpent la Corse au scalpel tout en ne négligeant pas de cautériser les plaies quelquefois. Sixte Ugolini apporte son éclairage amusé avec son commentaire particulier, souvent percutant. Retenons par exemple son explication sur ce fameux dicton relatif à Bastia : « À chì và in Bastia senza esse spugliatu, O Gregori e mortu o Campana e malatu » Gregori était un gros marchand de vin, et Campana un habile joueur de cartes et dans cette ville tout était réuni pour plumer les villageois, gros buveurs et joueurs invétérés.

Sourions avec lui à l’évocation de Porti Vechju « In Porti Vechju, ci hè più voti chè zinzale » (il y plus de suffrages que de moustiques).

Amusons-nous encore et toujours avec le plus célèbre des dictons « Torna à Vignale chì ghjè un bellu paese » qui permet à notre auteur de préciser la différence qu’il faut opérer entre « u tragulinu » et « u bancaruttiè ».

Redevenons sérieux avec l’appellation de Nuceta « paese di forche » nous remémorant le patriotisme de ce village qui s’opposa toujours aux Génois et dont cinq membres d’une même famille, les Arrighi, capturés par les Génois auxquels on proposa une grâce, préférèrent mourir pendus sur la place de l’église. Et si bien des detti sont plus terre à terre et parfois d’une rustre causticité nul ne pourra trouver à redire à l’exclamation sur A Petra di Verde « Hè cum’è un campanile di A Petra di Verde, tantu ci n’hè sottu chè sopra » qui signifie la force et l’endurance.

Sixte Ugolini ne manque point de conclure par un village corse qui n’existe pas : celui de Calviani. Quand on dit « Avè una lenza in calviani » revient à prétendre que l’on possède de la terre dans un village qui n’existe pas, autrement dit qu’on ne possède rien. Dommage que Sixte Ugolini ne nous donne pas le sens extensif pris par ce dicton qui signifie avoir un grain de folie.

Vision d’une Corse essentiellement agraire et pastorale, mais qui n’a pas été que cela « i detti » nous ramènent à un passé révolu où la langue sifflait comme la rivière. Le propre de la mémoire n’est-il pas de redonner vie à l’étincelle et de ranimer la braise ?

Avec son bel ouvrage Sixte Ugolini vole le feu aux apôtres de la société unidimensionnelle qui ne voient en l’homme qu’un citoyen abstrait et un consommateur repu.

Vincent Stagnara

(1) Macàgne e detti di i paesi corsi : Railleries et dictons des villages corses. Editions Piazzola 2006.
(2) Consulter « Ô Corse île d’humour » de André SANTINI et Pierre DOTTELONDE. Le Cherche Midi 2004
(3) Sans parler des livres sur les proverbes et locutions de Fernand ETTORI, Paul DALMAS- ALFONSI, Charles SANTONI, Jean Guy TALAMONI, Stéphanie ORSINI ou Robert et Jean COLONNA D’ISTRIA, les amateurs de « detti » pourront se plonger avec délectation dans trois ouvrages essentiels :
Martinu APPINZAPALU (Dumenicu Carlotti) « A Corsica in pruverbi è detti » Editions Méditerranéa 1995.
Paul ARRIGHI “ le livre des dictons corses” Editions Privat 1976
Charles CASTELLANI « Cap corsins et bastiais à travers les dictons » Imprimerie Sammarcelli 1993.

 

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