En choisissant de combattre les armes à la main, nos ancêtres tombés au champ d'honneur à Ponte Novu en mai 1769 nous ont offert le plus beau des cadeaux. Nous avons reçu en héritage cet amour pour notre terre et cette volonté indestructible de continuer à lutter pour la sauvegarder. Ponte Novu ne marque pas une fin, mais le début de la résistance
! Voici le récit de cette battaille.
Pendant longtemps, on a cherché
à expliquer la Corse et son
Histoire, uniquement en fonction
d'événements extérieurs à la
Corse. Et encore aujourd'hui, nous en
avons la preuve à travers l'affaire du
site San Ghjuvan Battista, on voudrait
faire croire que la culture et l'Histoire
de la Corse ne commencent qu'en
1769, avec la conquête militaire
française et la naissance de
Nabuliò Buonaparte.
Dans tous les " bons "
manuels scolaires, on apprend
que la Corse est passée sous la
domination de la France en
1768. Et nous parlons de ces
manuels scolaires encore en
vigueur où nos enfants apprennent
que les Gaulois auraient
été nos ancêtres, comme ils
étaient ceux des Algériens ou
des Sénégalais au début du XXe
siècle…
On l'entend même parfois
dans des conférences historiques,
pourtant données par
de grands historiens corses qui
plutôt que de parler de l'époque
de l'indépendance, préfèrent
utiliser la périphrase " le
généralat de Pascal Paoli ",
comme si le mot indépendance
leur faisait peur…
Considérer cette date de 1768
comme date de l'annexion de la
Corse par la France est une
grave erreur historique, mais surtout
une insulte pour les Corses qui se
sont battus jusqu'en mai 1769 pour la
liberté de notre patrie, au prix, pour
beaucoup, de leur vie.
La bataille
Dans le Nebbiu, les Corses avaient
disposé une ligne de défense allant
du village d'Olmeta di Tuda à celui de
San Petru di Tenda, pour contenir les
12 000 soldats français présents dans
le secteur, dont la base de départ était
Oletta. Cependant, seulement 1200 à
1500 corses étaient présents sur cette
ligne de front.
A l'Est, l'occupation du village de U
Borgu permettait à quelque 500 nationaux
de contrôler cette route.
Le 4 mai, le comte de Vaux ordonne
à ses troupes de faire de fausses
manoeuvres pour tromper les Corses.
A l'aube du 5 mai, la bataille commence.
Les Français sous le commandement
du Comte de Vaux attaquent
avec près de 5000 hommes pour forcer
la ligne de défense entre Olmeta
di Tuda et San Petru di Tenda. 7500
autres hommes suivent en réserve.
Malgré l'infériorité numérique, les
Nationaux résistent sauf en un point.
Le passage entre Rapale et Pieve,
défendu par une cinquantaine d'homme,
et attaquée par 2000 soldats français
! Les Français passent et vont se
positionner à l'église de San Niculaiu.
Cette manoeuvre a été rendu possible
grâce à la trahison de Boccheciampe
d'Oletta et de quelque 250 corses
qui ont guidé les Français
et qui leur ont indiqué le point
faible de la défense.
Toujours le 5 mai, le sinistre
comte de Marbeuf attaque U
Borgu avec 2700 hommes,
alors que le village est défendu
par 450 soldats corses. Le village
cède.
Pasquale Paoli et Chilimentu
son frère sont à Muratu, et se
retrouvent dans une position
très inconfortable, risquant à
tout moment de se faire prendre
en étau par les troupes françaises.
Les chefs corses prennent
alors la décision de retirer
les troupes et de faire évacuer
les habitants des villages du
Nebbiu que les Français trouveront
déserts.
Pour réorganiser la ligne de
front, Paoli redéploie ses hommes
sur trois points de passage
de voix de communication : U
Ponte Novu, U Pont'à a Leccia
et Petralba.
Les 6 et 7 mai 1769, les Français se
regroupent à Lentu et occupent les
cols de Tenda et de San Ghjacumu.
Paoli demande à toutes les pieve d'envoyer
des renforts pour la bataille
qu'il sait décisive. Les Français qui
tiennent plusieurs voies de passage
ne laissent pas arriver ses renforts.
Le 8 mai à 10 heures du matin, les troupes corses tentent de reprendre
les cols de Tenda et de San
Ghjacumu. L'échec de la prise de ces
cols a eu des conséquences désastreuses.
Cela aurait pu permettre aux
Corses de menacer l'armée du compe
de Vaux par derrière. Au contraire,
celui-ci, se sentant en sécurité, a pu
mettre toutes ses troupes dans la
bataille.
Le 8 mai à partir de 14 heures commence
la bataille de Ponte Novu. Les
Français engagent 5000 soldats contre
les 2400 corses et une centaine de
mercenaires.
Tout d'abord, Paoli fait attaquer San
Ciprianu où sont cantonnées les troupes
d'élite du comte de Vaux, à l'Est
de Lentu. Les Nationaux prennent le
dessus sur les Français mais Le comte
de Vaux réagit en envoyant immédiatement
des renforts pour empêcher
San Ciprianu de tomber. Il envoie
également des forces vers Canavaggia
et Costa afin de couper la retraite
éventuelle des troupes corses.
La seule manoeuvre possible pour
les Nationaux est alors de reculer et
de se regrouper sur la rive droite du
pont. Mais les hauteurs dominant le
pont à l'ouest n'étaient pas occupées
par les Corses pour protéger le pont,
car cette partie de l'armée française
aurait dû être occupée à batailler avec
les renforts corses venant du col de
Tenda.

De plus Paoli lui
même explique le 9 mai
dans une lettre : " Hier,
nous fûmes sur le point de
remporter une victoire
capitale. L'ardeur trop
importante des nôtres les
précipita trop vers l'ennemi.
Le temps que j'organise
un détachement pour
occuper les hauteurs qui
dominent le pont, les nôtres
s'affolèrent sur le pont
et empêchèrent sa traversée".
Les nationaux se sont
alors retrouvés attaqués de
front par 1900 soldats et sur le flan
par 1200.
Les historiens divergent sur la raison
pour laquelle les Corses n'ont pas
réussis à se regroupper sur la rive
droite du pont. Certaines sources parlent
des mercenaires prussiens qui
auraient tiré sur les Nationaux qui
voulaient franchir le pont, soit par
méprise, soit par trahison (des
Prussiens ou celle d'un Corse qui
aurait donné l'ordre de tirer sur tous
les "fuyards" pour empêcher les troupes
de Paoli de se regrouper). Il semble
en fait que Paoli avait ordonné la
construction d'un mur pour défendre
le pont, déjà très étroit, et que les
Nationaux lorsqu'ils ont passé le pont,
ont perdu beaucoup de temps et se
sont retrouvés sous le feu des
Français qui, de part leur position
dominante, ont pu infliger de lourdes
pertes aux troupes corses.
Après, il était trop tard et les Corses
avaient perdu trop d'hommes, il ne
restait plus que la solution de la retraite.
Suivant les chiffres des différents
auteurs, cette semaine de bataille
aurait coûté la vie à 500 nationaux,
voire un millier. Les Français auraient
perdu entre 400 et 800 hommes.
Henri-Joseph Alfonsi
Sources : U ricordu di Ponte Novu, éditions
d'Altri Orizonti, tome II, 1995.
Campagne du comte De Vaux, Pontinovu,
Paoli Multeldu, Cismonte è Pumonti edizione,
1988.
Recherches historiques et statistiques sur la Corse, par Robiquet, 1835.