Accolta

Accolta Cap'articulu Attualità Pulitica Ghjustizia Internaziunale I Prigiuneri Fiure Cultura Abbunamentu Cuntatti Ligame


Articulu di u numaru 32, Ghjennaghju di u 2008


Di pettu à a ripressione, i naziunali arritti !



Corsica Nazione Indipendente et le Comité Anti Répression se retrouvent aujourd’hui pratiquement seuls en première ligne, face à la répression annoncée de l’Etat français. Pendant ce temps, les professionnels de la condamnation condamnent et appellent à la répression. Mais il en faudra plus pour faire reculer les héritiers des nationaux du XVIIIe !

Tout avait commencé par une volonté du Rinnovu de renouer les fils du dialogue entre toutes les organisations du mouvement national. Encore une fois, c’est dans une situation grave que le mouvement national corse était capable de se retrouver.

La scandaleuse condamnation d’Yvan Colonna, les rafles qui se sont déroulées pendant le procès (50 interpellations en 5 semaines), la constitution d’un fichier génétique du peuple corse, le non rapprochement des prisonniers politiques corses ou encore la demande de reconnaissance de leur statut de prisonnier politiques avant bien entendu in fine, leur libération, voici les thèmes qui ont amené les nationalistes corses, de toutes les tendances à se retrouver une fois de plus dans l’urgence. Et ils ont tous répondu présent, même si certain n’étaient là que du bout des lèvres, juste pour ne pas se retrouver en dehors d’une démarche unitaire. Les militants qui ne sont pas dans les structures également sont venus participer. Plus de 200 personnes pour ce qui devaient être juste une réunion technique !

De mauvaises langues n’hésitaient pas à prédire l’échec de cette nouvelle union, moins d’un an après l’abandon de la démarche Resistenza. Mais ils ne se rendaient sans doute pas compte que c’était déjà une grande victoire pour le nationalisme corse d’avoir le reflex et la capacité de se retrouver dans un moment difficile.

la réunion, dont les débats étaient très animés débouchait sur la volonté d’organiser deux manifestations unitaires pour répondre aux provocations répressives de l’Etat français et à la condamnation digne de la justice tchadienne d’Yvan Colonna.

la première manifestation prévue à Corti devait être annulée par un déluge de pluie qui avait coupé de nombreuses routes.

La grande manifestation contre la répression, initialement prévue à Bastia était donc organisée, le 12 janvier, finalement à Aiacciu. Encore une fois, le temps n’était pas au rendez-vous et malgré la pluie, et la neige qui empêchait de franchir le col de Vizzavona sans équipements spéciaux, des milliers de nationalistes répondaient présents. Le Premier ministre de la France pourra toujours filosopher sur les difficultés rencontrées par le mouvement national à mobiliser, nous sommes en Corse, sur un territoire sous peuplé, sur lequel le peuple corse est largement minoritaire, il n’y a aucune force politique en Corse qui est capable d’organiser des rassemblements plus importants et aucune force politique ne se risque d’ailleurs à le faire. Il n’y a qu’à voir les réunions de la CFR new look de Zuccarelli, qui fait des salles “combles” lorqu’elles n’ont que 10 m2 et que l’on peut y faire entrer les gens avec leur déambulateurs !

Les nationalistes corses étaient bien présents dans les rues d’Aiacciu le samedi 12 janvier, malgré les conditions météorologiques et l’alerte orange.

Le préfet avait également tout prévu. Il avait même demander à rencontrer les responsables des organisations qui avaient appelé à manifester, mais personne n’avait répondu à son appel. Ce même préfet qui avait interdit les Corses de manifester dans les rues d’Aiacciu lors de la tenue du conseil des ministres français décentralisé.

La préfecture avait donc tout prévu, y compris les policiers déguisés en manifestants, foulards sur la tête et veste militaire pour passer inaperçus. Pas de chance pour eux, ils ont été vue avant la manifestation, talkie walkie à la main, passant derrière les grilles des CRS.

Oui, tout était prévu. Une grille immense bouchait complètement le cours Napoléon, non loin de la préfecture. Impossible, même pour un jeune de 14 ans de passer au travers pour aller se faire prendre son ADN.

Et de l’autre côté du cours, à la hauteur de la couronne impériale, plusieurs camions et des rangés de CRS que l’on avait placé là, en arrière garde au cas où un nationaliste connaissant le plan d’Aiacciu aurait eu l’idée de contourner l’ingénieux système de protection de la préfecture.

Vers 16 heures 30, le cortège s’élançait donc vers le cours Napoléon, normalement. Les CRS étaient prêts à l’affrontement, les hommes en civil étaient déjà en train de choisir les cibles qu’ils allaient apréhender dès le début de la bataille. Le préfet avait peut-être même déjà rédigé sa communication de condamnation de ces méchants nationalistes qui avaient fait dégénérer la manifestation, ceux-là même qui avaient refuser de le rencontrer. C’est qu’il est malin le préfet. Il avait tout prévu. Sauf que en face de lui, il n’avait pas des irresponsables qui recherche l’affrontement pour l’affrontement.

Alors, lorsque que le cortège a brusquement bifurqué vers la rue Fesch, le préfet qui avait tout prévu a dû se poser beaucoup de questions ! Il avait tout prévu, mais il n’avait rien compris. Dommage pour lui.

Voilà notre cortège, dans le Borgu, entre les passants qui se précipitaient sur les soldes et les commerçants, amusés, qui relevaient les stores de leur magasins pour laisser passer les manifestants.

Les milliers de corses présents dans le cortège ont vite fait d’arriver sur la place des Palmiers et de se diriger vers la couronne impérial. Ouf de soulagement à la préfecture, heureusement que l’on a laissé quelques camions et quelques hommes en arrière.

Heureusement aussi que le préfet et prévoyant et qu’il a tout prévu. Et voici notre cortège qui s’arrête à la hauteur de l’arrière garde des CRS.

Ils sont tendus, on les a préparé à l’affrontement, et puis ils savent très bien qu’un Corse n’est capable que de ça. On leur dit depuis qu’ils sont tout petits qu’un Corse ça n’a pas de cerveau et qu’en plus c’est fénéant. Mais, à la surprise général, le cortège redémarre, non sans qu’un manifestant, sous le regard amusé des caméras de télévésion n’ait pris soin de lancer quelques graines à ces malheureux CRS de faction, arrière garde de seconde zone qui se retrouvait en première ligne. Et voilà les nationalistes qui repartent sans même chercher l’affrontement !

Et là, notre bon préfet qui avait tout prévu a sans doute eu un grand moment de solitude lorsqu’il s’est rendu compte qu’il n’avait pensé à assurer la sécurité que de son propre bâtiment, la préfecture et non pas les autres bâtiments publics. Les manifestants se sont donc dirigés vers l’Assemblée de Corse et ont pénétré à l’intérieur pour commencer une occupation historique. “Un coup d’éclat” comme titreront plus tard de nombreux médias.

Une grande partie des manifestants s’est alors engoufrée dans l’hémicycle de l’Assemblée de Corse.

Alors que Paul Felix Benedetti prenait la parole pour notamment demander à l’Assemblée de Corse de se donner les moyens d’offrir chaque mois un billet d’avion aux familles des prisonniers politiques, Jean Marie Poli demandait à l’assistance de ne pas fumer dans les locaux et de ne rien dégrader.

Ensuite, dans une ambiance survoltée, le CAR rappelait les revendications de la manifestation. Après avoir décidé de quitter les lieux, les manifestants revenaient finalement dans les locaux de l’Assemblée en attendant un contact des présidents. Finalement, vers 19 heures 30, Camille de Rocca Serra appelait Jean- Guy Talamoni et les responsables du CAR. Alors que les occupants demandaient au président de l’Assemblée de Corse ce qu’il proposait pour enrayer la répression et pour obtenir le rapprochement des prisonniers politiques, Camille de Rocca Serra ne trouvait rien de mieux à proposer aux occupants qu’une hypothètique réunion entre les sénateurs et députés de la Corse et la Chancellerie... Camillou allait même jusqu’à expliquer aux manifestants qu’il était celui qui avait fait le plus pour le retour des prisonniers politiques. Ce qui veut dire pas grand chose si l’on regarde les chiffres, aucun prisonnier condamné à une longue peine n’a été transféré à Borgu et au contraire les quelques rapprochements médiatiques l’ont été pour des prisonniers en fin de peine ou accessibles depuis longtemps à la libération conditionnelle.

Face à ce qui ressemble à s’y méprendre à une fin de non recevoir, les manifestants décidaient quand même de quitter dignement l’Assemblée et de lever l’occupation vers 20 heures 30. Alors que les responsables politiques se mettaient d’accord sur les déclarations à faire aux médias, la nouvelle se répandait : un incendie c’était déclaré dans l’Assemblée.

Les militants et responsables politiques rassemblaient alors des extincteurs et partaient tenter de combattre le feu, mais il était trop tard. La décision était alors immédiatement prise de faire évacuer les locaux et de s’assurer que plus personne n’y demeurait. Les derniers militants quittaient les lieux au moment de l’arrivée des pompiers qu’ils avaient eux-même appelés pour circonscrire le plus rapidement possible l’incendie. Le militant resté sur place pour les guider plus rapidement à la pièce en feu, un pompier volontaire, devait d’ailleurs être interpellé dans les minutes qui suivaient puis relâché après deux jours de garde-à-vue...

Dans les heures qui ont suivi la levée de l’occupation, les médias internationaux se sont emparés de l’information pour lui donner une nouvelle dimension. L’incendie du bureau du président de l’exécutif de l’Assemblée de Corse les intéressait tout d’un coup bien plus qu’une simple occupation.

Dans ce déchainement médiatique, certains ont cru bon de se dégager immédiatement de toute responsabilité, n’hésitant pas à affirmer qu’ils n’étaient pas entrés dans l’Assemblée et même qu’ils avaient demandé aux occupants de quitter les lieux. Pendant que les professionnels de la condamnation, ceux qui s’émeuvent de la moindre grenouille écrasée, tant qu’elle n’est pas d’obédience nationaliste bien entendu, s’en donnaient à coeur joie pour condamner l’incendie, d’autres, pourtant manifestants, se sont mêlés aux loups hurlant pour condamner eux aussi et pour désigner à la vindicte judiciaire ceux qui assumaient l’occupation tout en déplorant l’incendie. Les médias ont parlé de “drame” !

Les élus, de profanation de “lieu saint” (locu santu, en corse dans le texte)... Les responsables du CAR ont rappelé lors d’une conférence de presse qu’un drame c’est bien plus que l’incendie de trois chaises et d’un bureau, expliquant pour eux, le dernier drame que le nationalisme avait connu c’était la mort du pauvre Ange Marie Tiberi...

Mais, il y a quand même une question que personne ne s’est posée, c’est de savoir où les occupants ont pu trouver autant de bouteilles d’alcool dans les locaux de l’Assemblée, sachant que l’on ne sert pas d’alcool au bar ! Y aurait-il des alcooliques anonymes parmis les élus ?

Ghjuvan Filippu Antolini

 

Sur le même thème

© U Ribombu Internaziunale — 2008