Corsica Nazione Indipendente et le Comité Anti Répression se retrouvent aujourd’hui pratiquement
seuls en première ligne, face à la répression annoncée de l’Etat français. Pendant
ce temps, les professionnels de la condamnation condamnent et appellent à la répression.
Mais il en faudra plus pour faire reculer les héritiers des nationaux du XVIIIe !
Tout avait commencé par une
volonté du Rinnovu de renouer
les fils du dialogue entre toutes
les organisations du mouvement
national. Encore une fois, c’est
dans une situation grave que le
mouvement national corse était
capable de se retrouver.
La scandaleuse condamnation
d’Yvan Colonna, les rafles qui
se sont déroulées pendant le
procès (50 interpellations en 5
semaines), la constitution d’un
fichier génétique du peuple
corse, le non rapprochement des
prisonniers politiques corses ou
encore la demande de reconnaissance
de leur statut de prisonnier
politiques avant bien entendu in
fine, leur libération, voici les
thèmes qui ont amené les nationalistes
corses, de toutes les tendances
à se retrouver une fois de plus dans
l’urgence. Et ils ont tous répondu
présent, même si certain n’étaient là
que du bout des lèvres, juste pour
ne pas se retrouver en dehors d’une
démarche unitaire. Les militants qui
ne sont pas dans les structures
également sont venus participer.
Plus de 200 personnes pour ce qui
devaient être juste une réunion technique
!
De mauvaises langues n’hésitaient
pas à prédire l’échec de cette nouvelle
union, moins d’un an après
l’abandon de la démarche
Resistenza. Mais ils ne se
rendaient sans doute pas
compte que c’était déjà une
grande victoire pour le
nationalisme corse d’avoir le
reflex et la capacité de se
retrouver dans un moment difficile.
la réunion, dont les débats
étaient très animés débouchait
sur la volonté d’organiser
deux manifestations unitaires
pour répondre aux provocations
répressives de l’Etat
français et à la condamnation
digne de la justice tchadienne
d’Yvan Colonna.
la première manifestation
prévue à Corti devait être
annulée par un déluge de pluie qui avait coupé de nombreuses
routes.
La grande manifestation contre la
répression, initialement prévue à
Bastia était donc organisée, le 12
janvier, finalement à Aiacciu.
Encore une fois, le temps n’était
pas au rendez-vous et malgré la
pluie, et la neige qui empêchait de
franchir le col de Vizzavona sans
équipements spéciaux, des milliers
de nationalistes répondaient
présents. Le Premier ministre de la
France pourra toujours filosopher
sur les difficultés rencontrées par le
mouvement national à mobiliser,
nous sommes en Corse, sur un territoire
sous peuplé, sur lequel le peuple
corse est largement minoritaire,
il n’y a aucune force politique en
Corse qui est capable d’organiser
des rassemblements plus importants
et aucune force politique ne se
risque d’ailleurs à le faire. Il n’y a
qu’à voir les réunions de la CFR
new look de Zuccarelli, qui fait des
salles “combles” lorqu’elles n’ont
que 10 m2 et que l’on peut y faire
entrer les gens avec leur déambulateurs
!
Les nationalistes corses étaient
bien présents dans les rues
d’Aiacciu le samedi 12 janvier,
malgré les conditions
météorologiques et l’alerte orange.
Le préfet avait également tout
prévu. Il avait même demander à
rencontrer les responsables des
organisations qui avaient appelé à
manifester, mais personne n’avait
répondu à son appel. Ce même
préfet qui avait interdit les Corses
de manifester dans les rues
d’Aiacciu lors de la tenue du conseil
des ministres français décentralisé.
La préfecture avait donc tout
prévu, y compris les policiers
déguisés en manifestants, foulards
sur la tête et veste militaire pour
passer inaperçus. Pas de chance
pour eux, ils ont été vue avant la
manifestation, talkie walkie à la
main, passant derrière les grilles des
CRS.
Oui, tout était prévu. Une grille
immense bouchait complètement le
cours Napoléon, non loin de la préfecture.
Impossible, même pour un
jeune de 14 ans de passer au travers
pour aller se faire prendre son
ADN.
Et de l’autre côté du cours, à la
hauteur de la couronne impériale,
plusieurs camions et des rangés de
CRS que l’on avait placé là, en
arrière garde au cas où un nationaliste
connaissant le plan d’Aiacciu
aurait eu l’idée de contourner
l’ingénieux système de protection
de la préfecture.
Vers 16 heures 30, le cortège
s’élançait donc vers le cours
Napoléon, normalement. Les CRS
étaient prêts à l’affrontement, les
hommes en civil étaient déjà en
train de choisir les cibles qu’ils
allaient apréhender dès le début de
la bataille. Le préfet avait peut-être
même déjà rédigé sa communication
de condamnation de ces
méchants nationalistes qui avaient
fait dégénérer la manifestation,
ceux-là même qui avaient refuser de
le rencontrer. C’est qu’il est malin
le préfet. Il avait tout prévu. Sauf
que en face de lui, il n’avait pas des
irresponsables qui recherche l’affrontement
pour l’affrontement.
Alors, lorsque que le cortège a
brusquement bifurqué vers la rue
Fesch, le préfet qui avait tout prévu
a dû se poser beaucoup de
questions ! Il avait tout prévu, mais
il n’avait rien compris. Dommage
pour lui.
Voilà notre cortège, dans le Borgu,
entre les passants qui se précipitaient sur les soldes et les commerçants,
amusés, qui relevaient
les stores de leur magasins pour
laisser passer les manifestants.
Les milliers de corses présents
dans le cortège ont vite fait
d’arriver sur la place des Palmiers
et de se diriger vers la couronne
impérial. Ouf de soulagement à la
préfecture, heureusement que l’on a
laissé quelques camions et
quelques hommes en arrière.
Heureusement aussi que le préfet et
prévoyant et qu’il a tout prévu. Et
voici notre cortège qui s’arrête à la
hauteur de l’arrière garde des CRS.
Ils sont tendus, on les a préparé à
l’affrontement, et puis ils savent
très bien qu’un Corse n’est capable
que de ça. On leur dit depuis qu’ils
sont tout petits qu’un Corse ça n’a
pas de cerveau et qu’en plus c’est
fénéant. Mais, à la surprise général,
le cortège redémarre, non sans
qu’un manifestant, sous le regard
amusé des caméras de télévésion
n’ait pris soin de lancer quelques
graines à ces malheureux CRS de
faction, arrière garde de seconde
zone qui se retrouvait en première
ligne. Et voilà les nationalistes qui
repartent sans même chercher l’affrontement
!
Et là, notre bon préfet qui avait
tout prévu a sans doute eu un grand
moment de solitude lorsqu’il s’est
rendu compte qu’il n’avait pensé à
assurer la sécurité que de son propre
bâtiment, la préfecture et non
pas les autres bâtiments publics.
Les manifestants se sont donc
dirigés vers l’Assemblée de Corse
et ont pénétré à l’intérieur pour
commencer une occupation historique.
“Un coup d’éclat” comme
titreront plus tard de nombreux
médias.
Une grande partie des manifestants
s’est alors engoufrée dans
l’hémicycle de l’Assemblée de
Corse.
Alors que Paul Felix Benedetti
prenait la parole pour
notamment demander à
l’Assemblée de Corse de
se donner les moyens
d’offrir chaque mois un
billet d’avion aux familles
des prisonniers politiques,
Jean Marie Poli demandait
à l’assistance de ne pas
fumer dans les locaux et
de ne rien dégrader.
Ensuite, dans une
ambiance survoltée, le
CAR rappelait les revendications
de la manifestation.
Après avoir décidé de
quitter les lieux, les manifestants
revenaient finalement
dans les locaux de
l’Assemblée en attendant
un contact des présidents.
Finalement, vers 19
heures 30, Camille de
Rocca Serra appelait Jean-
Guy Talamoni et les
responsables du CAR. Alors que
les occupants demandaient au
président de l’Assemblée de Corse
ce qu’il proposait pour enrayer la
répression et pour obtenir le rapprochement
des prisonniers politiques,
Camille de Rocca Serra ne
trouvait rien de mieux à proposer
aux occupants qu’une hypothètique
réunion entre les sénateurs et
députés de la Corse et la
Chancellerie... Camillou allait
même jusqu’à expliquer aux manifestants
qu’il était celui qui avait
fait le plus pour le retour des prisonniers
politiques. Ce qui veut dire
pas grand chose si l’on regarde les
chiffres, aucun prisonnier condamné
à une longue peine n’a été
transféré à Borgu et au contraire les
quelques rapprochements médiatiques
l’ont été pour des prisonniers
en fin de peine ou accessibles
depuis longtemps à la libération
conditionnelle.
Face à ce qui ressemble à s’y
méprendre à une fin de non
recevoir, les manifestants
décidaient quand même de quitter
dignement l’Assemblée et de lever l’occupation vers 20 heures 30.
Alors que les responsables politiques
se mettaient d’accord sur les
déclarations à faire aux médias, la
nouvelle se répandait : un incendie
c’était déclaré dans l’Assemblée.
Les militants et responsables politiques
rassemblaient alors des
extincteurs et partaient tenter de
combattre le feu, mais il était trop
tard. La décision était alors immédiatement
prise de faire évacuer les
locaux et de s’assurer que plus personne
n’y demeurait. Les derniers
militants quittaient les lieux au
moment de l’arrivée des pompiers
qu’ils avaient eux-même appelés
pour circonscrire le plus rapidement
possible l’incendie. Le militant resté
sur place pour les guider plus rapidement
à la pièce en feu, un
pompier volontaire, devait
d’ailleurs être interpellé dans les
minutes qui suivaient puis relâché
après deux jours de garde-à-vue...
Dans les heures qui ont suivi la
levée de l’occupation, les médias
internationaux se sont emparés de
l’information pour lui donner une
nouvelle dimension. L’incendie du
bureau du président de l’exécutif de
l’Assemblée de Corse les intéressait
tout d’un coup bien plus qu’une
simple occupation.
Dans ce déchainement médiatique,
certains ont cru bon de se dégager
immédiatement de toute responsabilité,
n’hésitant pas à affirmer
qu’ils n’étaient pas entrés dans
l’Assemblée et même qu’ils avaient
demandé aux occupants de quitter
les lieux. Pendant que les professionnels
de la condamnation, ceux
qui s’émeuvent de la moindre
grenouille écrasée, tant qu’elle n’est
pas d’obédience nationaliste bien
entendu, s’en donnaient à coeur joie
pour condamner l’incendie,
d’autres, pourtant manifestants, se
sont mêlés aux loups hurlant pour
condamner eux aussi et pour
désigner à la vindicte judiciaire
ceux qui assumaient l’occupation
tout en déplorant l’incendie.
Les médias ont parlé de “drame” !
Les élus, de profanation de “lieu
saint” (locu santu, en corse dans le
texte)... Les responsables du CAR
ont rappelé lors d’une conférence de
presse qu’un drame c’est bien plus
que l’incendie de trois chaises et
d’un bureau, expliquant pour eux, le
dernier drame que le nationalisme
avait connu c’était la mort du pauvre
Ange Marie Tiberi...
Mais, il y a quand même une
question que personne ne s’est
posée, c’est de savoir où les occupants
ont pu trouver autant de
bouteilles d’alcool dans les locaux
de l’Assemblée, sachant que l’on ne
sert pas d’alcool au bar ! Y aurait-il
des alcooliques anonymes parmis
les élus ?
Ghjuvan Filippu Antolini