Le 17 mars, dans les rues de
Beziers, à l’appel du collectif
« Anem ! per la lenga occitana,
oc ! », plus de 20 000
personnes ont manifestées
pour rappeler la réalité d’une
langue et d’une culture.
Une langue et une culture
mise à mal par un centralisme
français débridé, anachronique
avec la construction européenne
et en totale inadéquation
avec les droits universels
que sont le droit à la différence
et les droits de chaque
peuple à choisir librement son
destin.
Un environnement
défavorable
Le collectif qui comprend les organisations
suivantes, Institut
d’Estudis Occitans, le Felibrige
(mouvement fondé en 1854 par Frédéric
Mistral pour défendre la langue d’oc), la
Fédération des Enseignants de Langue et
Culture d’Oc de l’Education nationale),
les calandreta (écoles occitanes associatives
laïques), l’association de parents
d’élèves Oc-Bi et enfin la Conselh de la
Joventut d’Oc (plateforme de jeunesse
d’Oc), dénonce une situation alarmante :
« la langue occitane est particulièrement
menacée par l’absence de politique positive
pour sa transmission ». Une situation
qui, à l’échelle de la France centraliste
n’est hélas pas nouvelle, et il suffit pour
s’en convaincre d’analyser sous cet angle
linguistique et culturel les territoires bretons,
basques, alsaciens, catalans,
savoyards, et corses.
Et la Charte ?
Le collectif énumère ainsi un certain
nombre de mesures susceptibles selon lui
de recréer « un environnement favorable
à l’enseignement de la langue et dans la
langue, à la création culturelle en occitan,
à la présence de la langue dans les médias
électroniques, audiovisuels et écrits, à son
emploi dans la vie publique et sociale. »
Des propositions pesées, adéquates mais
qui se heurtent à l’indifférence et à l’hostilité
des pouvoirs publics français qui
récusent cette aspiration à vivre sa différence
au nom d’une citoyenneté républicaine…
Quand Marine le Pen du Front
National s’offusque de l’usage du breton
en Bretagne, elle ne traduit pas seulement
la position de son parti post – fasciste,
elle reprend cet état d’esprit qui transcende
les formations de droite et de gauche
françaises pour qui la France est
« une et indivisible » et pour laquelle il
n’existe qu’une seule langue, le français…
Et au moment de la construction
européenne, ils sont nombreux à jeter aux
orties, malgré des apparences bien trompeuses,
cette charte européenne des langues
minoritaires…
Le blocage
constitutionnel
Nicolas Dupont-Aignan, candidat du
sigle « Debout pour la République »
(sic !) dénonce « l’encouragement aux
langues minoritaires et régionales qui
menace l’intégrité de la République ».
L’UMP à travers Nicolas Sarkozy, peu ou
prou, reprend une position similaire.
Celui qui prétend se lancer dans une
« large et profonde révision de la constitution
» se fait très frileux dés lors qu’il
aborde la question de la ratification de la
Charte. A Caen, le 9 mars dans son discours
il précise qu’il ne sera pas favorable
à la charte européenne des langues régionales,
car il ne veut pas que demain, « un
juge européen ayant une expérience historique
du problème des minorités différente
de la nôtre puisse décider qu’une
langue régionale doit être considérée
comme langue de la République au même
titre que le français »… Des oppositions
philosophiques de fond, outrancièrement
jacobines et qui s’appuient surtout sur le
verrou constitutionnel français qui
condamne à l’avance toute possibilité
d’application de cette charte européenne…
Les masques de
la tromperie…
Ainsi quand Ségolène Royal s’engage
par courrier en réponse au questionnaire
de l’association bretonne d’Ar Falz au
nom du « respect des identités régionales
» à parapher la charte, elle laisse toutefois
un trouble sur la portée de son geste.
Même François Bayrou, locuteur occitan
tient plus ou moins les mêmes propos.
Jacques Chirac, il y a quelques années
affichait sa sympathie pour cette charte, il
n’a rien fait pour aller dans son sens. Et la
situation corse, avec des votes répétés sur
la reconnaissance du peuple corse, unanimement
par une assemblée territoriale
s’est toujours opposée au refus constitutionnel
français…
Au-delà d’une
manifestation…
La manifestation populaire de Beziers
rappelle au-delà des impasses prévisibles
inhérentes au centralisme français, la réalité
de situations des peuples soumis à la
dangerosité d’une uniformisation politique
pensée à Paris. Car à travers les langues
et les cultures, ce sont bel et bien les
droits des peuples qui sont niés parce que
remettant en cause un ordre et un système,
un espace conquis et des frontières
établies.
Ces manifestations, ces luttes, comme
celles du peuple occitan marquent toutefois
la vitalité d’expressions collectives
identitaires qui rappellent qu’au-delà et
par-dessus la France, il existe de toutes
autres réalités que des combats porteront
un jour à reconnaissance, au nom du droit
international à la langue, à la culture, à la
différence et surtout au nom du droit à
choisir librement son destin.
Ulivieru Sauli