Le samedi 21 avril, à la veille du 1er tour de
l’élection présidentielle française, les nationalistes
sont, une nouvelle fois, descendus massivement
dans les rues pour dénoncer l’actuelle
politique coloniale de l’Etat français en Corse,
et pour apporter un soutien fraternel aux prisonniers
politiques. Cette manifestation organisée par le Comité
Anti Répression en collaboration avec la coordination du
Fium’Orbu, dans des conditions difficiles en raison de
l’actualité répressive, a connu un grand succès populaire.
En effet, près de 5000 personnes se sont déplacées
pour lancer un message fort à l’Etat, en lui rappelant que
le peuple corse n’a pas vocation à disparaître sous les
fourches de la répression et de la normalisation, et qu’il
a des droits politiques à faire valoir. Cette mobilisation a
également témoigné d’une solidarité sans faille aux prisonniers
politiques et à leur famille. Les prisonniers ne
sont pas des soldats perdus, des marginaux coupés des
réalités. Ce sont, au contraire, la force consciente de ce
peuple, et, en ce jour, nos compagnons étaient à nos
côtés : dans les esprits et dans les coeurs.
Le nombre, la force, la détermination de la manifestation
ont fait impression, et ce d’autant plus
que la ville d’Aiacciu avait été littéralement
quadrillée par des détachements de CRS et
autres gardes mobiles. Chose rare, une grille
anti-émeute, de 2 mètres de hauteur, a été dressée au
niveau de la Poste, afin d’empêcher les gens d’avancer
en direction de la Préfecture…un triste spectacle digne
des pires régimes fascistes d’Amérique latine des années
70. De plus, les accès à la ville étaient également soumis
à des contrôles de gendarmerie, avec ordre de fouiller
sans distinction toutes les voitures et de prendre les
identités – nom et prénom – de toutes les personnes qui
étaient à l’intérieur ! Même les gens qui se promenaient
ce jour-là ont le plaisir d’avoir été fichés, ce qui témoigne
de la dérive sécuritaire du Pouvoir en Corse et une
d’atteinte élémentaire aux libertés individuelles et aux
droits de chaque citoyen. Par ailleurs, il est à noter que
les argousins n’ont pas attendu la fin des discours pour
actionner leur gaz lacrymogène pour disloquer, à leur
manière, la manifestation. De nombreux passants, souvent
accompagnés de jeunes enfants, ont pu eux aussi
apprécier les méthodes particulières de la police française…
De plus, il est désolant de constater, mais c’est
malheureusement une habitude, que certains
organes de presse, notamment corses, prennent
dorénavant la fâcheuse habitude de chiffrer
la participation en fonction des renseignements
communiqués par la police et non pas par rapport
à ce qu’ils voient. C’est ainsi que l’on a pu entendre que
ce rassemblement avait réuni environ « 400 personnes
», après avoir même été qualifié « d’une poignée » à
son commencement, sur les ondes régionales de Radio
France et France Télévision. Certes il a été précisé (pour
éventuellement se couvrir ?) que ces chiffres sont ceux
donnés par la police. Mais, en fin de compte, ce sont
aussi les seuls qui ont été dits et qui ont fait, par conséquent,
foi auprès des téléspectateurs et des auditeurs.
Heureusement que la photo de « une » publiée le lendemain
par Corse-Matin balayait tous ces comptes d’apothicaires
ratés, et permettait de restituer la réalité du
nombre dans les rues d’Aiacciu.
Au plan politique, ce qu’il faut néanmoins retenir
de cette journée c’est avant tout la capacité
de mobilisation des nationalistes pour soutenir
les prisonniers politiques et leur volonté
de refuser le sombre avenir que réserve l’Etat
français au peuple corse. Cette réponse est un fait politique
d’importance, une riposte cinglante, et n’en
déplaise aux tenants du système les nationalistes sont
toujours là et ils représentent encore et toujours la seule
force crédible et progressiste. Le problème corse reste
une question hautement politique, et d’actualité, pour
une France qui s’apprête à élire son nouveau chef d’Etat.
A méditer, à Paris comme à Aiacciu.
Battì Lucciardi