Parce qu'elle connaît une liberté de ton à nulle autre égale,
parce qu'elle a le pouvoir de mettre en exergue des mécanismes
susceptibles de déstabiliser l'ordre établi, parce
qu'elle n'est dépendante que de sa propre conscience,
l'information libre dans sa diversité (presse écrite, audiovisuelle,
radio, internet…) subit ces derniers temps des
attaques caractérisées. La sphère financière comme le
pouvoir politique se voient tentés d'en prendre le contrôle
voire de la réduire au silence. Récemment les exemples ne
manquent pas, de la main-mise du groupe Lagardère sur la presse
régionale française aux dénigrements et menaces de plainte à l'encontre
du site amnistia.net jusqu'à la censure d'articles du site rinnovu.com sur ordres du
juge antiterroriste Gilbert Thiel. Dans ce domaine comme dans d'autres la question
nationale corse apparaît comme extrêmement sensible et cristallise nombre de tentations
liberticides.
U Ribombu Internaziunale qui a par le passé été victime d'un acharnement judiciaire ayant
conduit à un arrêt temporaire de sa parution, entend bien continuer à s'inscrire dans un
mouvement de défense du droit à une information libre et apporte son soutien à l'ensemble
des médias faisant l'objet d'attaques et d'ingérences de la part du pouvoir politique.
Rinnovu.com : Quand le juge Thiel entend régler ses comptes…
Gilbert Thiel digère visiblement
mal les rappels à la
réalité : celle d'une justice
d'exception qui en Corse est
devenu monnaie courante. Et lorsque
le site Rinnovu.com dénonce
cet état de fait indigne d'une
société prétendument démocratique
en établissant un parallèle avec
d'autres régimes liberticides, la
pilule ne passe pas. Que le juge
antiterroriste n'apprécie pas d'être
comparé à Augusto Pinochet, on
peut le comprendre. Que par le fait
du prince, il puisse obtenir la censure
d'un média en l'absence de
toute décision de justice préalable,
nous ne pouvons l'admettre.
Comme l'a rappelé Félix Benedetti à
la barre du procès ridicule fait à
Rinnovu.com le 9 janvier dernier,
« Thiel aurait été certainement
moins vexé s'il avait été comparé à
Salvador Allende ». Actuellement,
les inquiétantes dérives de la justice
« antiterroriste » rapprochent cependant
davantage la France du régime
suivant et de l'ère Pinochet… Et
Corsica Libera de resituer les enjeux
de ces poursuites en affirmant que
« par la censure du site faite par la
police avant tout rendu judiciaire
et par ce procès du vendredi 9 janvier
à Paris, la liberté d'expression
et le droit à l'impertinence contre
les puissants sont gravement atteints
alors qu'ils sont nécessaires à une
société vraiment libre. Cette affaire
d'exception, qu'il faut resituer dans
le cadre d'une répression tout-azimut
concernant la Corse, indique
un glissement vers un totalitarisme
moderne.»
En évoquant entre autre une prétendue
« apologie du terrorisme »,
le Parquet a requis à l'encontre de
Félix Benedetti, en sa qualité de
responsable du site Rinnovu.com,
une peine significative, c'est-àdire
une amende substantielle,
laissée à l'appréciation du tribunal,
au titre de la diffamation
d'un magistrat. Le jugement a été
mis en délibéré au 13 février.
Gérard Dykstra, responsable du site Rinnovu.com a accepté de répondre aux questions
du Ribombu Internaziunale, il revient sur cette affaire et aborde la question de
la remise en cause des libertés fondamentales.
U Ribombu Internaziunale : Gérard
Dykstra, le site rinnovu.com a été
récemment porté devant les tribunaux
par l'intermédiaire de Félix
Benedetti, quels faits sont précisément
reprochés à votre média
militant ?
Gérard Dykstra : Il s'agit d'outrage à
magistrat. Ce procès opposait le
Ministère de la justice (Rachida
Dati) qui défendait « l'honneur »
de son magistrat Gilbert Thiel et
Félix Benedetti pour Rinnovu.com.
Au départ nous pensions que la
fameuse photo de Pinochet qui
illustrait notre article en regard à
celle du magistrat motivait l'accusation
d'outrage. Mais nous
n'étions pas poursuivi pour cette
photo, cette question a été abandonnée
par l'accusation car elle
semblait ne pas tenir. On nous
reproche en fait le contenu de la
conférence de presse de Cuscenza
Viva qui dénonçait les méthodes
d'interrogatoires de Thiel l'accusant
de « manipulation mentale »
et de « pressions psychologiques
graves » sur un prisonnier nationaliste.
De nombreux médias l'ont
relayée, cela va du Nouvel
Observateur au Ribombu en passant
par d'autres sites corses. Alors
évidemment ce ciblage sur
Rinnovu on s'y est habitués, il ne
nous a pas surpris. Mais il y a pire,
nous pensons à ceux qui sont
incarcérés pour des faits de résistance.
U.R.I : Le juge Thiel dans son
ouvrage «Solitude et servitudes
judiciaires » parle d' « incitations à
la haine » alors que visiblement les
faits incriminés paraissent relever
d'un travail journalistique des plus
anodins…
Gérard Dykstra : Je pense que la
haine est du coté de nos adversaires.
Les militants corses se battent
sans haine (et sans salaires contrairement
aux juges et aux policiers),
pour qu'on reconnaisse ses droits
au peuple corse. Notre travail est
plus militant qu'anodin : nous
avons volontiers relayé les dénonciations
de Cuscenza Viva car nous
les partageons. Dans son ouvrage
le juge écrivain Thiel explique bien
qu'il n'a pas supporté cette conférence
de presse et qu'il s'en est pris
au site Rinnovu, qu'il consulte, et
c'est la police politique qui a censuré
cet article et tous les autres sur
ce thème auprès de notre hébergeur.
C'est du jamais vu comme
l'ont souligné nos avocats Maître
Mariaggi et Mondoloni. En France
maintenant c'est la police qui censure
avant les juges. Comme l'a dit
Félix au procès on est plus du côté
de Pinochet, toute chose égale par
ailleurs, que d'« Allende » !
U.R.I : U Rinnovu, désormais partie
intégrante de Corsica Libera a été
confronté ces derniers mois à une
situation répressive à l'instigation
de Gilbert Thiel, considérez-vous
le procès contre le site
rinnovu.com comme un procès
politique dans le droit fil de cette
confrontation ?
Gérard Dykstra : C'était un procès
politique. Mais Gilbert Thiel personnage
pourtant médiatique s'est
dérobé en n'étant pas partie civile
et en privant les juges et les observateurs
d'un débat sur le fond
quant à cette défenestration et à
ces méthodes de la justice spéciale.
Il s'est contenté dans son
livre de parler de « brûlot » pour
qualifier notre article. C'est un peu
court comme explication.
U.R.I : A l'heure où le monde de
l'information se caractérise par
l'irruption des milieux politiques
d'une part et du pouvoir financier
de l'autre, pensez-vous que les
médias libres aient un avenir en
Corse et au-delà ?
Gérard Dykstra : Le monde de l'information
connaît en effet un resserrage
général dans toutes les sociétés
occidentales. Le fric est libre,
c'est le libéralisme économique.
Mais pour la pensée, les pouvoirs
tentent de la mettre en condition.
Les médias vraiment libres de tout
pouvoir économique sont rares. Ils
diffusent la peur aux différents JT
(la météo, les catastrophes, les
guerres, les maladies...) et incitent
à consommer avec la pub pour que
les gens compensent cette peur. Les
médias libres ont un avenir, en particulier
les médias qui véhiculent
des courants de pensée. On les
croyait obsolètes, il n'en est rien.
De plus, l'information internet par
sa rapidité et sa multiplicité est un
espace de liberté : chaque citoyen
peut confronter ses sources et être
son propre PPDA avec un minimum
de perspicacité. Le pluralisme
dans la presse écrite en Corse
est aussi une nécessité, c'est
encore trop monolithique.
Amnistia.net : la pinède de la discorde
L'occupation de la villa de
Christian Clavier par des militants
de Corsica Libera le 30 août
2008 aura permis de populariser le
débat sur le Plan d'Aménagement et
de Développement Durable de la
Corse (PADDUC) qui avant cette date
était promis à un examen en catimini
devant la seule Assemblée de Corse. A
la suite de cette action symbolique qui
a aura eu - du fait de la gestion grandguignolesque
de l'affaire par le gouvernement
français - un retentissement
international, le débat a donc
quitté la seule sphère institutionnelle
pour concerner peu à peu l'ensemble
de la société corse. Les médias se sont
également fait abondamment l'écho
des problématiques inhérentes à ce
projet de plan d'aménagement. Dès le
4 septembre, la société de presse
indépendante Amnistia.net publie sur
son site internet diverses chroniques
sur ce dossier et s'intéresse de près
aux surprenantes collusions entre
l'élaboration du dit document par un
certain nombre d'élus territoriaux
UMP et le « déclassement » de propriétés
leur appartenant, jusque-là
considérées comme espaces remarquables.
Amnistia a notamment
publié une enquête complète sur l'affectation
nouvelle de terrains situés
dans la pinède ce Calvi dont le propriétaire
n'est autre que le président
de l'exécutif de la Collectivité
Territoriale de Corse, Ange Santini et
qui, si le PADDUC était adopté en
l'état, deviendraient constructibles
dans l'intérêt de la SCI U Serenu - du
même Ange Santini - qui n'a pour
autre objet social que « la construction,
puis la vente d'immeubles ».
C'est ce qu'affirme Enrico Porsia pour
Amnistia. Santini qui n'apporte selon
la société de presse, aucun élément
contredisant ces allégations, dénonce
leur caractère mensonger et diffamatoire.
Ce dernier bien embarrassé
devant ces révélations n'hésite pas à
faire appel à ses collègues territoriaux
qui dans un généreux élan de solidarité
décident d'adopter une motion en
réponse aux « affirmations calomnieuses
d'un obscur organe de presse
au contenu sulfureux et racoleur ».
Seuls les élus indépendantistes par la
voix de Jean-Guy Talamoni refuseront
de délivrer un « brevet d'honnêteté et
d'intégrité » à l'exécutif territorial tout
en continuant à dénoncer un étrange
mélange des genres entre des intérêts
immobiliers éminemment personnels
et la conception du PADDUC, sensé
incarner l'intérêt général. Ange Santini
menace par ailleurs depuis plusieurs
semaines de porter plainte contre
Amnistia.net… Bien qu'étant parfois
en désaccord avec les articles d'Enrico
Porsia et d'Amnistia concernant la
Corse, nous ne pouvons cependant
tolérer ce genre de dénigrement et de
pressions, par ailleurs largement
relayés par la grande majorité des
médias corses, à l'encontre d'un
organe d'information.