Que faut-il attendre de la tenue en Corse du Conseil des Ministres ?
Pas grand chose assurément...
S’il en était autrement, nous ferions volontiers amende honorable.
Mais si l’on se réfère au dernier passage de SARKOZY et à
son discours méprisant et suffisant, il est à craindre de devoir
entendre de la bouche de ses très fidèles ministres, les mêmes
lieux communs, les mêmes contrevérités que le président de la
France est venu asséner ici, comme si le peuple Corse était un
peuple infantile. Les thèmes qui ont servi de support au show
médiatique de SARKOZY méritent une toute autre approche que
celle qui en a été faite par ce dernier, fort du soutien des béni-ouioui
qui président l’Assemblée de Corse.
Le développement économique
C’est la tarte à la crème de tous les gouvernants qui refusent de
considérer la question nationale Corse dans sa globalité. Faudraitil
d’abord avoir l’honnêteté d’analyser l’économie de la Corse avant
que de prétendre la développer. Pour n’importe quel économiste,
l’économie de la Corse se définit comme une économie de type
colonial, caractérisée par la fuite de ses éléments de base et par
l’arrivée massive de produits fabriqués à l’extérieur. Privés de
l’étape intermédiaire de la fabrication des produits, la Corse ne
peut prétendre à la prospérité. Privée également de la maîtrise de
ses transports et de ses moyens d’échange, elle est condamnée
à l’assistanat et à la mendicité. Cette situation conséquente à
la conquête militaire française, est allée s’aggravant jusqu’à
menacer aujourd’hui l’existence même du peuple Corse, car, à
ce phénomène classique d’économie coloniale qui a provoqué un
exil massif des corses vient s’ajouter maintenant une entreprise
de dépossession de la terre, planifiée en particulier à travers le
PADDUC. Dès lors, parler dans ces conditions de développement
économique devient une imposture qu’il convient de dénoncer et
de combattre comme telle.
La langue Corse
Quand on connaît l’hostilité du gouvernement français à la charte
européenne des langues minoritaires, il n’y a pas grand-chose à
attendre de ce dernier, en dehors des efforts d’annonce dont il est
coutumier. D’ailleurs, quand SARKOZY affirme ne pas être hostile
à ce que les jeunes Corses apprennent « la langue de leurs
grands-pères », on comprend bien que dans son esprit, la langue
Corse est une langue morte, donc un objet d’étude. Il ignore
sans doute que la transmission de cette langue n’a jamais cessé
de se faire, car même minorisée sur sa terre, privée de statut,
elle est toujours portée par un peuple vivant, toutes générations
confondues. Mais c’est certainement ce peuple là que SARKOZY
ne veut pas voir.
Les prisonniers politiques
La question du rapprochement des prisonniers politiques ne
devrait même pas se poser. Le rapprochement est prévu par la
loi française. L’assemblée de Corse en a manifesté le souhait.
Il est pourtant à craindre que seule une infime minorité puisse
bénéficier du rapprochement car il ne faut pas ignorer ici la
volonté de vengeance de l’Etat français et de ses élites face à
la lutte d’un peuple qu’ils croyaient avoir définitivement soumis. Il
suffit d’entendre la haine des propagandistes du système, distillée
comme un venin sur les grands médias français, dès qu’il s’agit de
la question nationale Corse. D’autre part, il faut bien comprendre
que les prisonniers politiques Corses sont pour l’Etat français des
otages dont ils entendent bien se servir dans le rapport conflictuel
avec la Corse et qui risque fort de perdurer. La piètre prestation de
Rachida DATI lors de sa promenade Corse est significative du peu
d’intérêt que le gouvernement SARKOZY porte à cette question.
Mais pour cette question là, comme pour les autres, seul un
nouveau rapport de force pourra inverser sa politique. On le sait
bien, le colonialisme ne connaît pas la raison. Pour en finir avec
les sujets abordés par SARKOZY et qui risquent fort d’être repris
par ses ministres, il y a bien sûr celui de la criminalisation de la
lutte du peuple Corse. Un sujet récurrent. Après la conquête, les
patriotes qui résistaient à la présence française étaient appelés :
bandits. Rien n’a changé dan le langage du vainqueur. Mais se
saisir d’un minable fait divers pour tenter de criminaliser une lutte
est indigne, cela l’est d’autant plus quand c’est un ex-ministre de
l’intérieur qui n’ignore rien des méandres du banditisme et qui
s’y emploie. En Corse où chacun sait qui est qui, ce genre de
manipulation de l’opinion n’a aucune chance de réussir. Mais il est
vrai que la Corse n’a jamais été au coeur des préoccupations de
l’Etat français. Et le conseil des ministres de la fin Octobre risque
fort de le confirmer.
DUMENICU TOGNOTTI
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