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Articulu di u numaru 38, Nuvembre di u 2008


Gabi Mouesca
Président de l'Observatoire International des Prisons (OIP)



Invité des dernières Ghjurnate Internaziunale di Corti, Gabi Mouesca, Président de la section française de l'Observatoire International des Prisons (OIP) a accepté de répondre aux questions du Ribombu Internaziunale. Militant abertzale, incarcéré durant 17 ans pour son appartenance à l'organisation politico-militaire basque Ipparetarak, il milite désormais activement à la tête de l'OIP pour le respect des droits des personnes détenues, organisation qui entend agir comme il le dit lui-même en qualité de « contre pouvoir du Ministère de la Justice en matière de politique carcérale ». Ayant été personnellement confronté à la prison en France dans ses aspects les plus déshumanisants, puisqu'il y a connu le mitard durant 45 jours, il n'aura de cesse de se battre pour que l'état de droit s'applique à l'ensemble des hommes et des femmes incarcérés. Nous vous proposons un éclairage sur le combat qu'il mène au sein de l'OIP et vous invitons à découvrir son analyse de la situation faite aux prisonniers corses, leur place dans la résolution politique du conflit, sur sa conception de la prison.

U Ribombu Internaziunale : Gabriel Mouesca, vous êtes président de l'Observatoire International des Prisons, présenteznous votre organisation ?

Gabi Mouesca :
L'Observatoire International des Prisons est une organisation qui est pour faire court, un contre pouvoir du Ministère de la Justice en matière de politique carcéral.

Ca veut dire que nous sommes un organisme citoyen d'hommes et de femmes de droite comme de gauche qui sont attachés à une idée toute simple : la France est paraît-il un Etat de droit et à ce titre-là des droits et des devoirs s'imposent à tous et en tous lieux, y compris dans les prisons. Malheureusement on le sait, et on le voit trop souvent encore aujourd'hui, l'état de droit s'arrête aux portes des prisons donc notre travail est justement de faire en sorte que cet état de droit y pénètre et que chaque homme, chaque femme qui est incarcéré puisse bénéficier de toute la loi. Dans mon activité au sein de l'OIP, il m'arrive aussi d'avoir des informations, des contacts avec des associations humanitaires insulaires sur les prisonniers corses, soit avec leurs familles, soit avec leurs avocats qui travaillent à ce que leurs droits soient respectés lorsqu'ils sont bafoués. Et comme l'OIP a comme spécificité de ne faire aucune différence vis-à-vis de la population incarcérée, nous travaillons évidemment avec les prisonniers politiques corses comme nous travaillerions avec toute catégorie de personne détenue dans les 192 établissements pénitentiaires français.


U.R.I : Alors vous l'avez rappelé, l'OIP défend sans distinction l'ensemble des détenus dans leurs droits, au sein de l'univers carcéral, cependant depuis la suppression de la Cours de Sûreté de l'Etat par la France dans les années 80, les prisonniers politiques ne bénéficient plus de ce statut, alors qu'ils sont astreints à un régime spécial comme par exemple lors de leurs procès, ces cours d'assises spéciales qui ont été condamnés abondamment et dont certains demandent la suppression, quelle est votre position à ce sujet ?

G.M :
Il est vrai qu'au niveau de la politique pénale, et en particulier au niveau de ce que l'on appelle la lutte antiterroriste, nous savons que depuis le 9 septembre 1986, de nouvelles lois sont entrées en application en France, qui font que l'on a pris le mauvais côté de ce qui existait avant 81, qui était je le rappelle l'abolition des tribunaux spéciaux et de la Cour de Sûreté de l'Etat. Vous faites références aux assises spéciales où vous n'avez pas des tribunaux populaires mais des magistrats professionnels, mais on pourrait faire référence à ce qui a été mis en place il y a quelques mois, c'est-à-dire des juges d'application des peines attachés spécifiquement à ce qu'ils appellent les personnes condamnées pour des faits terroristes. Donc en 86 on a remis le mauvais côté de ce qui existait jusqu'en 81, mais on n'a pas remis le bon côté, c'est-à-dire ce statut spécial de détention qui jusqu'en 86, permettait aux prisonniers politiques, quelque soit leur origine, de disposer de plus d'heures de parloir, de possibilités de réunions suivant leur organisation etc…Donc évidemment je sais qu'en Corse, au Pays Basque, et parfois d'autres types de prisonniers politiques revendiquent le rétablissement du statut spécial, ce qui n'est pas, je le redis, une revendication de l'OIP parce que nous considérons que faire la différenciation des prisonniers fini toujours par nuire à une certaine catégorie de prisonniers. Cela dit, j'ai été personnellement aussi prisonnier politique basque pendant 17 ans dans les prisons françaises, je sais ce que représente cette revendication fondamentale d'un statut de prisonnier politique, c'est la reconnaissance de la nature politique d'un conflit et les prisonniers ne sont que cette partie immergée, évidente. Et personnellement je comprends que ces prisonniers, leurs familles et leurs comités de soutien et un mouvement soient amenés à revendiquer ce statut spécial de prisonnier politique.


U.R.I : Alors justement vous avez fait référence à votre passé de prisonnier politique, au titre de votre appartenance à l'organisation politico-militaire Ipparetarak, depuis cette époque justement, quelles sont les évolutions que vous avez constatées dans le milieu carcéral ?

G.M :
J'aurais aimé vous dire : on a fait quelques pas en avant ! J'aurais aimé vous dire ça parce que beaucoup de mes compatriotes, mais aussi beaucoup de vos compatriotes sont derrière les barreaux et cela me peine de dire que fondamentalement, la prison n'a pas changé. La prison continue à être ce qu'un poète appelait la « mangeuse d'hommes », c'est-à-dire que chaque instant passé derrière les barreaux, chaque instant carcéral, est un instant qui broie les êtres, et la prison qui n'est qu'une institution qui vit depuis 200 ans en France, reste ce qu'elle était il y a 200 ans et ce qu'elle pourrait être dans 50 ou 100 ans s'il y a encore la prison. Fondamentalement, et je le dis avec la gravité qui doit s'imposer en tenant de tels propos, la prison a été, est et sera malheureusement toujours une mangeuse d'hommes, c'est-à-dire un outil cruel, un outil barbare, un outil totalement indigne de notre niveau de civilisation.


U.R.I : Au cours des Journées Internationales, le Comité Anti Répression a porté une revendication qui est déjà ancienne, c'est celle du rapprochement des prisonniers politiques corses sur leur terre, par souci humanitaire, pour les rapprocher de leurs familles. Ce rapprochement prend du temps, il est fait souvent à dose homéopathique, est-ce que l'OIP suit ce dossier ?

G.M :
J'ai suivi notamment le déplacement il y a peu en terre corse du Médiateur de la République qui a tenu des propos extrêmement intéressants pour tout le monde : il faisait état de son étonnement de voire qu'un certain nombre de cellules, donc de places dans les prisons corses, ne sont pas occupées. On se dit alors, comment se fait-il que des Corses qui sont incarcérés à des centaines et des centaines de kilomètres de leur territoire ne soient pas transférés, puisqu'il y a des cellules vides ? J'ai également rencontré des élus et je sais qu'aujourd'hui des élus de tout bord, sont en train de se mobiliser et de demander tout simplement quelque chose qui n'a rien de révolutionnaire : l'application de la loi ! C'est vrai que les comités de soutien aux prisonniers politiques corses, mais basques aussi, demandent le rapprochement des prisonniers, ça n'a rien de révolutionnaire, ce n'est que la demande de l'application de la loi de la République, et bien évidemment je ne peux qu'encourager les Corses, mais j'allais dire l'ensemble des personnes qui sont dépendantes de la loi de la République de dire : nous exigeons que les lois de la République soient respectées y compris en matière de droit des personnes détenues, et donc je comprend parfaitement la légitimité de cette revendication.


U.R.I : Un des sujets de ces Journées Internationales portait sur la place des prisonniers politiques dans la résolution des conflits et l'importance d'une solution à ce problème. Je suppose que vous partagez cette analyse, qu'on ne peut avoir une résolution de conflit sans résoudre la question des prisonniers politiques. Quel est votre avis à ce sujet ?

G.M :
Alors ce n'est pas en tant que Président de l'OIP que je vais vous répondre bien évidemment, mais c'est plutôt en tant que citoyen, en tant que Basque tout simplement que je répondrais en vérité à cette question, qui est importante, parce que je connais cette situation, je viens d'un pays où un conflit persiste comme ici. Il est inimaginable que l'on puisse dialoguer, que l'on puisse cheminer sur la voie d'une discussion qui va développer un climat de négociation en laissant de côté les gens qui sont au coeur de l'appareil de répression, au coeur du système carcéral ou pénal. Et bien évidemment je considère que le premier pas qui doit être fait par l'Etat c'est de se soucier du sort des prisonniers. Vous ne pouvez pas parler de paix sans prendre en compte cette question. Parce qu'évidemment ça ne se fait pas du jour au lendemain, c'est des mois, parfois des années de dialogue, de discussion entre les deux parties. Ceux qui aujourd'hui sont face à face dans le conflit, demain seront amenés en Corse comme ailleurs à se retrouver autour d'une table ; et bien les gens qui seront autour de cette table : représentants corses, représentants de l'Etat français, leur premier souci devra être de porter une réponse rapide aux gens qui sont en souffrance. Je pense en particulier aux gens qui sont en prison, à leurs familles, aux gens qui sont recherchés et je n'imagine pas que des discussions puissent se faire sur le dos des prisonniers et de leurs familles que l'on laisse perdurer dans une situation génératrice de tant de souffrances.

 

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