Le mouvement national a toujours affirmé que son engagement
politique devait s'articuler autour de trois axes
majeurs : lutte institutionnelle , lutte de masse , lutte
armée . L'efficacité de son action dépendant de la complémentarité
de ces luttes . Dans ce tryptique , l'occupation
du terrain institutionnel a toujours fait débat au
sein des structures militantes , tant il est vrai qu'en l'absence
d'un corps électoral corse , il est difficile d'accorder
un total crédit à un résultat électoral .Le seul enseignement
à tirer de toutes les élections passées est que
le mouvement national est la seule force politique qui
bénéficie de l'adhésion du peuple corse . Pour preuve ,
son égale implantation dans le moindre village de Corse
, au contraire des forces clanistes , concentrées , dans
la plus pure tradition féodale , dans les zones d'influence
des chefs de clan . On peut dire avec certitude que si
demain Zuccarelli se présentait sous le sigle UMP et
Rocca Serra sous celui du PRG , cela ne changerait rien
à leurs scores respectifs , parce-que leur force électoral
tient essentiellement du clientélisme . Dès lors , à la
lumière de ce constat , nombre de militants de la cause
nationale sont en droit de se demander : a quoi cela
sert-il d'aller aux élections ?
D'abord de donner la parole aux femmes et aux hommes
libres de ce pays , à celles et à ceux qui ne se sentent
pas redevables pour un emploi ou un quelconque service
rendu et qui n'entendent pas remettre plus longtemps
leur destin entre les mains de ceux qui précisément ,
depuis des générations ont conduit la Corse dans un état
de délabrement économique , social , culturel et moral
, unique en Méditerranée .
Ensuite pour signifier à l'Etat français que son entreprise
de substitution de population , initiée dès le début du
19°siècle n'était pas achevée et que tout au contraire ,
nombreux sont les corses qui entendent reconstruire
leur Nation humiliée par la force des armes .
Et enfin , envoyer un message d'espoir aux prisonniers
politiques pour qu'ils sachent que le mouvement unanime
entend bien arracher une solution politique qui
seule pourra mettre un terme à leur calvaire .
Une élection française
Certes . Mais il faut rappeler aux plus réticents et aux
plus sceptiques que les élections municipales et territoriales
sont aussi des élections françaises . On peut penser
que le peuple corse reconnu dans ses droits saura
rompre avec le modèle démocratique français et favorisera
l'expression de la démocratie directe , beaucoup
plus adaptée à sa démographie et à sa culture , mais
pour l'heure la Corse est sous la tutelle de l'administration
française . Et la question qui se pose n'est pas tant
de savoir si telle ou telle élection est plus ou moins favorable
au mouvement national , mais bien de dire ce que
l'on peut attendre d'une élection législative dans le cas
qui nous occupe et des élections en général .
En dépit des déclarations péremptoires d'agents spéciaux
infiltrés dans les médias et qui annoncent régulièrement
la fin du mouvement national , ce dernier ne
cesse de s'affirmer comme la seule alternative au clanisme
. Ses idées irriguent la société corse toute entière
comme en témoigne sa forte implantation dans le
monde syndical , associatif , dans les chambres consulaires
et plus généralement partout où s'expriment les forces
vives de ce pays . Et s'il est vrai que sa représentativité
électorale ne traduit pas son impact politique réel
, il n'en progresse pas moins sur un terrain institutionnel
miné par un clanisme qui sait parfaitement exploiter les
peurs , profiter du délabrement du tissus économique et
du conservatisme naturel à toute population vieillissante
.
Dans ces conditions le fait de privilégier la lutte institutionnelle
au détriment des autres équivaudrait à entretenir
l'illusion réformiste selon laquelle il serait possible
d'aménager le système dans le sens des intérèts collectifs
du peuple corse , alors que c'est par la rupture avec
le système que ces intérèts seront pris en compte .
A quoi sert , par exemple , de parler de développement
économique si la question préalable du développement
pour qui , n'est pas posée . Il en va de mème pour la
question de l''aménagement du territoire ou de la maitrise
du foncier , car le traitement sectoriel des problèmes
se fait toujours contre l'intérèt collectif du peuple
corse . D'ailleurs mème quand l'Assemblée de Corse fait
preuve de sagesse et demande majoritairement , la
reconnaissance du peuple corse , l'enseignement obligatoire
de sa langue ou le rapprochement des prisonniers
politiques , l'Etat français répond par la négative ,parceque
pour lui il n'existe ni peuple corse , ni nation corse
.
Mais les limites de l'espace institutionnel français ne doivent
cependant pas servir de prétexte pour l'ignorer .
Tant que le peuple corse n'aura pas défini son corps électoral
et n'aura pas mis en place ses propres institutions
, il faudra combattre le clanisme partout où il sévit et
particulièrement sur son terrain privilégié : l'institutionnel
français .
C'est là tout le sens de notre engagement dans cette
élection législative et c'est aussi l'occasion de renforcer
l'union stratégique du mouvement national , sachant
très bien qu'il y a d'autres luttes à venir .
Dumenicu Tognotti