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Articulu di u numaru 16, aostu di u 2006


Le “Grand Moyen Orient”


La tension actuelle entre, d’une part le Hezbollah situé au Liban, et l’armée israélienne d’autre part, au-delà des évènements conjoncturels qui ont précipité les affrontements, est surtout la traduction d‘un conflit permanent qui oppose le « monde arabe » aux Etats- Unis, et leurs alliés occidentaux. L’objectif recherché étant d’affirmer une suprématie politique et économique au travers d’un concept visant à situer selon une vague notion un espace pompeusement baptisé « grand Moyen Orient »…

Cette nouvelle appellation en remplace d’autres plus anciennes mais à identique objectif. Qu’on la nomme Proche Orient ou Moyen Orient, Sud- Est méditerranéen ou Méditerranée occidentale, pour ne citer que ceuxlà, le but recherché demeure identique : assouvir l’approche impériale américaine.


Une présence étrangère très militaire…

Cette présence militaire précède les tentatives de renverser certains régimes en place pour installer des Etats basés sur des valeurs et des concepts totalement étrangers au monde arabe. Et les tensions constatées tant en Irak qu’en Afghanistan, reflets de cette approche spatiale extensive, montrent l’incompatibilité des rapports et surtout le rejet de la présence armée américaine.


Un nouvel avatar…

Le Grand Moyen Orient comme l’explique fort bien dans « Enjeux Méditerrannée » du mois de juin, le directeur du centre d’études et de recherches sur le monde arabe contemporain, M. Bishara Khader n’est qu’un nouvel avatar d’une vision appuyée, sinon établie par nombre de « think thank » américains et qui refusent toute solution politique posée comme le conflit palestino israélien. Très puissants et influents, souvent porteurs de discours aux relents messianiques qui n’ont pas grand-chose à envier à la rhétorique de certains courants islamistes, ces « think thank » mettent en évidence la pensée conservatrice et impérialiste qui nourrit les desseins de l’expansion américaine.


Occulter le monde arabe

L’expansionnisme américain n’a que faire de la matrice référentielle arabe. Et l’appellation ne répond à aucun critère historique, identitaire et territorial mais traduit surtout sous le fallacieux prétexte de démocratisation des Etats constitués et dénoncés comme autoritaires, la volonté hégémonique d’une puissance mondiale selon ses schémas de façonnage du monde…


La non résolution de la question palestinienne

Ce n’est donc pas un hasard, audelà de l’élection conjoncturelle à la tête de l’autorité palestinienne, du Hamas, si la question palestinienne selon le concept universel des peuples à disposer d’eux-mêmes ne cesse de se poser : l’Etat israélien, aligné sinon influençant même la politique extérieure américaine, réfute la réalité, malgré les discours actuels de façade, d’un Etat palestinien sur un territoire légitimement délimité. Cet Etat remettrait en cause le dépeçage territorial engendré par l’hégémonie américaine.


Une Europe sans poids

Même l’Europe, malgré ses récents desseins de constitution ne peut peser réellement sur cette approche impérialiste. Tout au plus, malgré certaines et timides critiques de circonstance, l’ensemble des pays européens demeure aligné peu ou prou sur la vision américaine, considérant le contexte géostratégique de la région comme instable.

L’Europe politique ne peut peser car elle n’existe pas : la position différente de la Grande Bretagne sur le cessez-le-feu au Liban le démontre une nouvelle foi… Elle accompagne en cela l’Organisation des Nations Unies totalement impuissante devant cette situation.


La permanence d’une menace

Le grand Moyen Orient que les tenants de l’actuel pouvoir américain peuvent donc étendre du Pakistan à la Mauritanie ne revêt pas de caractère identitaire précis et ne vise qu’une trajectoire : instaurer des régimes politiques de complaisance pour mieux répondre aux exigences et au redéploiement du marché actuel, notamment en matière d’exploitation et de production de sources d’énergie comme le pétrole, mais pas seulement : la maîtrise de l’eau constitue également un enjeu.

Ainsi l’invasion de l’Afghanistan puis de l’Irak, si elle paraissait répondre à la dangerosité et aux menaces que pouvaient constituer le dit terrorisme islamiste ou les dits Etats terroristes de la région, semble également accompagner un schéma d’extension mercantile.


La prise en compte de l’identité arabe

Le grand Moyen Orient est un projet impérialiste qui nie l’identité arabe et les spécificités et les cultures qui font sa richesse naturelle. En unifiant artificiellement un territoire, il gomme toutes ces mosaïques qui font des peuples arabes des peuples vivants et aspirant à la liberté.

Au-delà des critères religieux qui sont certes à prendre en compte mais non pas à exagérer, il est bel et bien question ici, comme ailleurs, de neutraliser des aspirations à la souveraineté nationale qui risquent de remettre en cause un ordre international imposé par Israël et les Etats- Unis, et avec lequel collaborent quelques Etats de la région.

Et quelle leçon de démocratie un Arabe peut il tirer de ces pays qui, des prisons obscures de Guantanamo au sang versé par les soldats américains et israéliens en Irak et en Palestine, donnent une image réelle de cet obscurantisme occidental ?

C’est dire aussi que cet énième projet de Grand Moyen Orient, à l’instar de ce qui se passe actuellement en Afghanistan, en Irak, en Palestine et au Liban, pour ne citer que ces exemples là, est voué à l’échec.

Ulivieru Sauli

 

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