La tension actuelle entre,
d’une part le Hezbollah situé
au Liban, et l’armée israélienne
d’autre part, au-delà
des évènements conjoncturels
qui ont précipité les
affrontements, est surtout la
traduction d‘un conflit permanent
qui oppose le «
monde arabe » aux Etats-
Unis, et leurs alliés occidentaux.
L’objectif recherché
étant d’affirmer une suprématie
politique et économique
au travers d’un
concept visant à situer selon
une vague notion un espace
pompeusement baptisé «
grand Moyen Orient »…
Cette nouvelle appellation en remplace
d’autres plus anciennes mais à
identique objectif. Qu’on la nomme
Proche Orient ou Moyen Orient, Sud-
Est méditerranéen ou Méditerranée
occidentale, pour ne citer que ceuxlà,
le but recherché demeure identique
: assouvir l’approche impériale
américaine.
Une présence étrangère
très militaire…
Cette présence militaire précède les
tentatives de renverser certains
régimes en place pour installer des
Etats basés sur des valeurs et des
concepts totalement étrangers au
monde arabe. Et les tensions constatées
tant en Irak qu’en Afghanistan,
reflets de cette approche spatiale
extensive, montrent l’incompatibilité
des rapports et surtout le rejet de la
présence armée américaine.
Un nouvel avatar…
Le Grand Moyen Orient comme l’explique
fort bien dans « Enjeux
Méditerrannée » du mois de juin, le
directeur du centre d’études et de
recherches sur le monde arabe contemporain,
M. Bishara Khader n’est qu’un
nouvel avatar d’une vision appuyée,
sinon établie par nombre de « think
thank » américains et qui refusent toute
solution politique posée comme le
conflit palestino israélien. Très puissants
et influents, souvent porteurs de
discours aux relents messianiques qui
n’ont pas grand-chose à envier à la rhétorique
de certains courants islamistes,
ces « think thank » mettent en évidence
la pensée conservatrice et impérialiste
qui nourrit les desseins de l’expansion
américaine.
Occulter le monde
arabe
L’expansionnisme américain n’a que
faire de la matrice référentielle arabe.
Et l’appellation ne répond à aucun
critère historique, identitaire et territorial
mais traduit surtout sous le fallacieux
prétexte de démocratisation
des Etats constitués et dénoncés
comme autoritaires, la volonté hégémonique
d’une puissance mondiale
selon ses schémas de façonnage du
monde…
La non résolution de la
question palestinienne
Ce n’est donc pas un hasard, audelà
de l’élection conjoncturelle à la
tête de l’autorité palestinienne, du
Hamas, si la question palestinienne
selon le concept universel des
peuples à disposer d’eux-mêmes ne
cesse de se poser : l’Etat israélien,
aligné sinon influençant même la
politique extérieure américaine, réfute
la réalité, malgré les discours
actuels de façade, d’un Etat palestinien
sur un territoire légitimement
délimité. Cet Etat remettrait en cause
le dépeçage territorial engendré par
l’hégémonie américaine.
Une Europe sans poids
Même l’Europe, malgré ses récents
desseins de constitution ne peut
peser réellement sur cette approche
impérialiste. Tout au plus, malgré certaines
et timides critiques de circonstance,
l’ensemble des pays européens
demeure aligné peu ou prou sur la
vision américaine,
considérant
le contexte
géostratégique
de la région
comme
instable.
L’Europe politique
ne peut
peser car elle
n’existe pas : la
position différente
de la
Grande
Bretagne sur le
cessez-le-feu au Liban le démontre
une nouvelle foi… Elle accompagne
en cela l’Organisation des Nations
Unies totalement impuissante devant
cette situation.
La permanence d’une
menace
Le grand Moyen Orient que les
tenants de l’actuel pouvoir américain
peuvent donc étendre du Pakistan à
la Mauritanie ne revêt pas de caractère
identitaire précis et ne vise qu’une
trajectoire : instaurer des régimes
politiques de complaisance pour
mieux répondre aux exigences et au
redéploiement du marché actuel,
notamment en matière d’exploitation
et de production de sources d’énergie
comme le pétrole, mais pas seulement
: la maîtrise de l’eau constitue
également un enjeu.
Ainsi l’invasion de l’Afghanistan puis
de l’Irak, si elle paraissait répondre à
la dangerosité et aux menaces que
pouvaient constituer le dit terrorisme
islamiste ou les dits Etats terroristes
de la région, semble également
accompagner un schéma d’extension
mercantile.
La prise en compte de
l’identité arabe
Le grand Moyen Orient est un projet
impérialiste qui nie l’identité arabe et
les spécificités et les cultures qui font
sa richesse naturelle. En unifiant artificiellement
un territoire, il gomme
toutes ces mosaïques qui font des
peuples arabes des peuples vivants et
aspirant à la liberté.
Au-delà des critères religieux qui
sont certes à prendre en compte mais
non pas à exagérer, il est bel et bien
question ici, comme ailleurs, de neutraliser
des aspirations à la souveraineté
nationale qui risquent de
remettre en cause un ordre international
imposé par Israël et les Etats-
Unis, et avec lequel collaborent
quelques Etats de la région.
Et quelle leçon de démocratie un
Arabe peut il tirer de ces pays qui,
des prisons obscures de Guantanamo
au sang versé par les soldats américains
et israéliens en Irak et en
Palestine, donnent une image réelle
de cet obscurantisme occidental ?
C’est dire aussi que cet énième projet
de Grand Moyen Orient, à l’instar
de ce qui se passe actuellement en
Afghanistan, en Irak, en Palestine et
au Liban, pour ne citer que ces
exemples là, est voué à l’échec.
Ulivieru Sauli