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Articulu di u numaru 31, Nuvembre di u 2007


A Muvra méritait-elle les cimes ou le précipice ?



La polémique est loin d’être close sur ce sujet incandescent où, les arrières pensées idéologiques sont constamment présentes. La doctrine irrédentiste, propagande mussolinienne sur les territoires italiens qui doivent être délivrés, Corse, Nice, Savoie, a permis la confusion entre « corsisme » et « irrédentisme » qui, globalement, n’avait pas lieu d’être.

Hormis le remarquable ouvrage de Hyacinthe YVIACROCE, acteur engagé de l’époque, publié grâce aux éditions du regretté Dominique ALFONSI, intitulé « Vingt années de corsisme » (1) qui s’est essentiellement intéressé à l’action des muvristes, aucune analyse globale, digne de ce nom, n’avait jamais été tentée.

Maître Jean-Pierre POLI a décidé de prendre le mouflon par les cornes et de le regarder droit dans les yeux. Il nous livre un ouvrage qui répond à la double exigence si chère à Saint Augustin : « il faut comprendre pour croire et croire pour comprendre ». Refusant de plaider tout autant que de requérir mais exposant avec clarté tous les éléments de la controverse – ils sont nombreux – Jean-Pierre Poli, dans un essai où le patriotisme corse affleure à chaque page lève plus qu’un coin du voile. Il propose des réponses à des questions importantes. Pourquoi les muvristes, Petru ROCCA à leur tête, se sont-ils obstinés, au nom de la sauvegarde de la langue et de la Nation corses, à ne pas dissiper l’équivoque de l’amalgame, savamment entretenu tant par les nationalistes mussoliniens que par les pseudo républicains français ? Comment ontils pu minimiser la saine inquiétude d’un peuple corse ulcéré par les revendications annexionnistes du fascisme italien ? Enraciné dans sa solide culture corse, nourrie de lectures exhaustives, passant au crible tous les débats ayant émaillé cette époque, Jean-Pierre Poli nous apporte une contribution de premier plan sans hésiter à soulever le couvercle de cette marmite explosive. Son premier chapitre consacré à l’irrédentisme recense avec minutie l’important travail historique des intellectuels italiens qui n’étaient pas tous des chantres inconditionnels de l’italianité de la Corse. Il en est ainsi du grand médiéviste Gioacchino VOLPE, responsable de « L’ARCHICIO SRORICO DI CORSICA » qui ne saurait être ravalé au rang de Francesco GUERRI, propagandiste mussolinien zélé qui recueillit sous son aile aquiline une dizaine de jeunes corses, certes de talent, mais égarés dans une italophobie de combat. L’histoire a donné raison à VOLPE contre GUERRI et Jean-Pierre Poli de souligner que, dès 1927, dans son ouvrage « CORSICA » le premier nommé, rappelait qu’à la question posée en 1824 par Alfred de VIGNY : « les Corses ont-ils le coeur français ou italien ? » POZZO DI BORGO répondit « corse ! ».

Faut-il pour autant renoncer à la superbe écriture d’un Anton Francesco FILIPPINI, dont Poli publie l’hommage à l’Abbé Dumenicu CARLOTTI, qui est sans conteste le plus grand poète à ce jour ? Un débat identique fait rage, en matière de philosophie, à propos d’HEIDEGGER sans qu’il soit plus facile de trancher de façon péremptoire.

Autre mérite de l’ouvrage, celui d’avoir donné une place à part au corsisme de A MUVRA, expression de la classe moyenne cultivée de la population insulaire qui enflamma pourtant, comme le rappelait récemment Rinatu COTI, un socialiste de premier ordre comme Louis COSTA, le « notaire rouge » maire de Cognocoli, fondateur de sociétés mutualistes et de coopératives agricoles puis créateur de la section corse du Parti Communiste Français en 1920. A MUVRA, diffusée en 1924 à 1200 exemplaires mais lue dans tous les villages où l’on se prêtait volontiers l’hebdomadaire, joua un rôle décisif dans la réaffirmation de l’idée nationale corse. L’auteur relate qu’à l’origine ce journal « défend l’autonomie institutionnelle de l’île en la présentant comme la solution permettant de préserver la spécificité de la Nation corse sans rompre les liens créés dans les siècles précédents avec la France » pour sombrer, notamment durant l’année 1938, dans des dérives pamphlétaires dénonçant le seul nationalisme français niveleur de l’identité corse et refusant d’entrevoir les dangers d’un nationalisme italien tout autant impérialiste.

Depuis le succès des « Etats généraux » de 1934 les attaques se sont concentrées contre les muvristes, venant des appareils clanistes de droite et de gauche, et ceux ci vont réagir avec l’état d’esprit d’une citadelle assiégée.

Pourtant l’essentiel sépare les muvristes du fascisme mussolinien et l’auteur d’en faire le compte : le nivellement des cultures locales, la glorification de l’Etat, l’absence de démocratie, l’embrigadement militaire, l’expansion coloniale, le culte de la technique, le futurisme, la volonté de créer un homme nouveau, la glorification de la puissance de l’élan vital et le triomphe du corps et de l’énergie. La conclusion de l’ouvrage est sans surprise : « vu rétrospectivement le combat des corsistes pour la défense de la Nation corse autonome aurait dû logiquement conduire Petru ROCCA et ses amis à considérer aussi illégitimes les positions des nationalistes italiens que celles des français, dans la mesure où elles induisent l’une et l’autre la négation de l’existence même d’une nation corse ». Analysant l’Histoire par grandes masses, refusant d’isoler de leur contexte certains phénomènes ou attitudes, textes à l’appui à défaut de témoignages oraux qui manquent peut être, Jean-Pierre Poli a réalisé un véritable « Disingannu » de la période politique corsiste de l’entre deux-guerres. Il participe en cela d’une vérité démontrée et calculée qui paraît donc objectivement établie.

Vincent STAGNARA

(1) Hyacinthe YVIA-CROCE « Vingt années de corsisme » 1920-1939 - Editions Cyrnos et Méditerranée

 

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