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Les conditions politiques de la naissance du FLNC


Le 5 mai 2006, le FLNC aura 30 ans. La rédaction du Ribombu a décidé de mettre en avant deux périodes clefs de ces années de résistance, la création en 1976 et la décennie des années 80. Eclairage sur une des pages essentielles de l’actualité corse.

« Vous prétendez juger au nom du peuple français, selon vos immortels principes de 1789, de soi-disant citoyens français de Corse pour atteinte à l’intégrité du territoire.

Nous vous dénions ce droit :
Au nom du peuple corse
Au nom du droit des peuples à disposer d’euxmêmes
Au nom de notre légitimité historique »

Cette déclaration liminaire de J.P. Roesh au nom des 22 patriotes corses jugés à Paris en 1979 par la cour de sûreté de l’Etat, situe parfaitement l’ambition du FLNC, qui dès sa création entend bien s’imposer comme la structure organisationnelle d’un peuple corse vaincu militairement, humilié et semble-t-il alors condamné à disparaître. Car c’est assurément au nom de l’Histoire que le Front, comme il est alors communément désigné, compte assumer toutes ses responsabilités dans un conflit francocorse que la défaite de Ponte Novu n’a pas réussi à solder. Et c’est précisément dans l’Histoire qu’il convient de rechercher les éléments susceptibles de nous faire comprendre pourquoi des patriotes corses ont estimé devoir doter leur peuple d’une structure politico-militaire. Nous nous contenterons d’interroger ici l’histoire récente, celle qui commence avec Saveriu Paoli quand il écrit dans sa revue A CISPRA « a Corsica ùn hè micca un d i p a r t i m e n t u francesu, mà una Nazione vinta ch’hà dà rinascie ».

En effet cette a f f i r m a t i o n marque le début d’une revendication régionaliste qui va s’exprimer avec force tout au long de la première moitié du 20° siècle, à travers notamment la revue A MUVRA, le Partitu Corsu d’Azzione, puis le Partitu Corsu Autonumistu. Si nous faisons référence à cette époque d’intense activité politique et littéraire, c’est pour que l’on comprenne bien que le Riacquistu du début des années 70 s’inscrit dans la continuité d’une lutte seulement interrompue par le conflit mondial de 39-45. Qu’on en juge : la revendication de réouverture de l’Université de Corti est déjà formulée en 1920 avec des exigences que beaucoup ignorent, comme le multilinguisme véhicule d’enseignement ou encore l’ouverture au monde arabe. Quant au plan strictement politique, les autonomistes corses de l’entre-deux guerres affirment déjà leur solidarité avec toutes les minorités opprimées. Qu’on ne s’y trompe pas. La mémoire du Front est une mémoire ancienne.

La propagande de l’Etat français véhiculée en Corse par des politicards clanistes, affairistes et singulièrement déculturés, voudrait que la lutte armée enclenchée le 5 mai 1976 soit le fait de quelques esprits malades. Or, qu’on le veuille ou non, que cela plaise ou pas, le choix de cette lutte armée est la résultante d’une implacable logique.

Celle qui oppose des intérêts fondamentalement et définitivement contradictoires. Les intérêts d’un Etat français arc-bouté sur son jacobinisme originel et ceux d’un peuple corse constitué et cependant nié dans ses droits. La conséquence annoncée d’une telle opposition est bien entendu, l’échec du régionalisme.

Dans les faits, c’est évidemment ALERIA et ses malentendus qui vont consacrer la fin de l’illusion réformiste, par l’action conjuguée d’un Etat français en proie à ses démons répressifs à celle de dirigeants autonomistes incapables d’assumer une situation qu’ils avaient pourtant provoquée. Car c’est bien au lendemain d’ALERIA que se dessine la structure unitaire qui deviendra le FLNC. Un projet né de la concertation entre des organisations clandestines comme le FPCL et Ghjustizia Paolina, qui dans les faits sont à l’initiative de la « propagande armée » et des patriotes fortement marqués par une approche marxiste des luttes de libération nationale. Nous ne nous livrerons pas ici à une analyse critique de l’histoire du FLNC pour la simple raison, qu’à notre connaissance son histoire n’est pas achevée. Et d’ailleurs, beaucoup trop nombreux sont ceux qui l’ont faite, sans que pour cela le peuple corse puisse en tirer des enseignements significatifs. C’est l’action présente et elle seule qui éclaire le sens de l’Histoire.

Le seul constat que nous puissions faire ici, c’est que le Front, en trente années, a su engendrer le pire et le meilleur. Le pire, quand il a été conçu, voire confisqué, comme un instrument de pouvoir.

Le meilleur, quand chaque patriote corse a pu s’y reconnaître, y adhérer et pour le moins lui témoigner une immense solidarité. Aujourd’hui, le débat est ouvert au sein du mouvement public sur l’opportunité d’une telle structure et sur ses moyens d’action. Certains l’estiment anachronique et le disent, sans pour autant proposer une alternative tactique et stratégique lisible. L’aspiration à la paix est certes une constante dans l’histoire du peuple corse, mais exception faite de sa courte indépendance, il a rarement eu les moyens d’en décider, et aujourd’hui semble-t-il moins que jamais, à l’heure précisément où les forces conjuguées de l’appareil d’Etat, de la finance européenne et du clanisme local tentent une ultime agression contre le peuple corse : le déposséder de sa terre.

Et dès lors une seule question doit se poser à l’ensemble du mouvement national et plus généralement à tous les Corses qui entendent le demeurer : les conditions sont-elles réunies pour que cesse la lutte ?

Dumenicu Tognotti

 

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