Dire en quelques mots qui était Ange-Marie Tiberi et quelle a été sa vie ne serait pas lui rendre justice, loin s’en faut, tant un livre
entier ne suffirait pas.
Mais s’il ne fallait ne retenir que l’essentiel, en un résumé fatalement restrictif, voici ce que l’on pourrait dire de lui, de l’homme,
du chef de famille, du frère, de l’ami qu’il a été :
Ange-Marie plus que tout autre aura symbolisé pour ceux qui l’ont connu la générosité, la joie, la créativité, la disponibilité, le dévouement,
l’altruisme, la curiosité, la compétence et l’excellence dans tous les domaines qu’il abordait et Dieu sait qu’ils étaient nombreux…
La générosité tout d’abord parce que ceux qui l’ont côtoyé de près ou de loin pourront vous dire que toute sa vie n’aura été faite que de
dons de toutes sortes qu’il prenait un plaisir indiscutable à distribuer.
La joie qu’il savait si bien savourer et faire partager aux autres, celle d’un épicurien doublé d’un optimiste qui savait communiquer
l’espoir autour de lui comme une « maladie contagieuse ».
La créativité dans des domaines aussi nombreux que variés, capacité étonnante que tous les enfants qui ont croisé son chemin pourraient
vous rapporter comme un joyau d’onirisme car il savait faire d’un petit garçon un capitaine au long cours ou d’une petite fille une princesse
de l’espace et, ce qui était vraiment magique, l’imprimer en eux comme une réalité irréfutable.
La disponibilité qui aura fait de lui un « éternel voyageur » sur de courtes ou de grandes distances que ce soit sur terre, dans les airs ou
par les mers. Oui, cette terre, cette mer et son peuple qu’il aimait profondément et qui le trouvait toujours prêt à aider, construire, ou
lutter pour un avenir meilleur.
Son dévouement n’avait d’égal que son altruisme et son acuité à discerner chez l’autre ce qui le préoccupait, le tourmentait ou
plus simplement son besoin du moment. Ce besoin d’être présent, de secourir, de trouver des solutions coûte que coûte faisait que le
format journalier de 24 heures ne lui convenait pas vraiment : il aurait fallu beaucoup plus pour mener à bien toutes ses entreprises…
Dire d’Ange-Marie qu’il était curieux de tout serait un véritable pléonasme. On ne lui connaissait aucun domaine à propos duquel il
n’avait une opinion avisée et une connaissance souvent approfondie. C’était un amoureux de la science, des arts et particulièrement de
la musique à laquelle il s’essayait de manière plus ou moins heureuse mais avec tant de cœur que l’auditoire en était forcément charmé
et qu’il parvenait même quelquefois à éclipser, par son aura, de jeunes chanteurs ambitieux… Il s’intéressait à l’espace, à l’écologie,
rien ne lui échappait de la politique internationale et son analyse était toujours fine et intelligente.
Si sa compétence était indiscutable dans de nombreuses disciplines, il en est une pour lequel sa passion faisait de lui un expert
incontournable : la pêche. La pêche et la mer pour laquelle il éprouvait une attirance et une admiration sans bornes faisaient de lui
un des marins les plus connus et les plus appréciés de l’île. Ses nombreux amis pêcheurs venus lui rendre un dernier hommage étaient
là pour le prouver et ces « bateaux-orques » entonnant leur émouvant chant d’adieu nous ont fait la preuve que s’il aimait la mer, elle
le lui rendait bien. S’il savait construire et piloter les bateaux, il était capable aussi de renflouer les malheureux vaisseaux naufragés,
compétence qui lui avait valu les plus vives félicitations du préfet maritime pour le renflouage du Land’s End ( épave qui menaçait les côtes
de Sagone) qu’il avait mené de main de maître avec son ami et associé Gérard Serreri.
C’est pour cela que si un mot pouvait symboliser Ange-Marie ce serait l’excellence cette qualité si rare dans nos sociétés modernes
dites évoluées qui idolâtrent de fausses icônes et instaurent la médiocrité comme valeur fondatrice au travers de grands messes télévisuelles
factices qui perpétuent l’acculturation et l’abêtissement de millions « d’affalés du canapé ».
C’est contre cet avilissement, contre ce délitement, contre cette fuite en avant qui fait de cette terre un produit que l’on peut
vendre, salir, dénaturer et enfin jeter aux ordures comme une vile marchandise qu’Ange-Marie s’insurgeait et n’avait de cesse de faire
des propositions pour ne pas sombrer dans l’immobilisme et la résignation.
Voilà donc une infime partie des raisons pour lesquelles Ange-Marie manquera aux siens, à ses amis et enfin à notre pays la Corse qui
connaît peu d’amoureux et de défenseurs aussi ardents que lui.
Riposa in pace caru amicu, ti salutemu di core.
Avvedaci è à ringraziati…
Ghjuvan Carlu Papi ( I Sapareddi u 10 di ghjinnaghju di u 2007)