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Articulu di u numaru 31, Nuvembre di u 2007


Quelle opportunité pour la nation kurde ?



La ferme volonté du gouvernement turc à envahir la région autonome kurde situé en territoire irakien pour tenter de neutraliser les unités résistantes du PKK rappelle la réalité d’une nation fragmentée entre quatre états et toujours non reconnue malgré ses 40 millions d’habitants. Aujourd’hui avec les vélléitées turques et la situation irakienne à travers la présence armée américaine, la région reste source d’instabilité avec en toile de fond la question nationale kurde. En 2003, u Ribombu di a Corsica Nazione (n°55), avec un article de Ulivieru SAULI donnait une analyse de la question nationale kurde avant l’invasion américaine en Irak. Elle reste d’actualité...

Les bruits de bottes se font de plus en plus forts et incessants aux frontières irakiennes. Peu importe la mission d’inspection de l’ONU, peu importe les positions internationales opposées à toute intervention militaire, les Etats-Unis, avec leur vassal anglais comptent bien, et unilatéralement intervenir en Irak, avec sans doute à la clé, l’installation à terme d’un gouvernement beaucoup plus docile…

Une question reste néanmoins d’importance : quelle opportunité la nation kurde peut-elle tirer d’une telle situation ? Un bref rappel historique : les zones de peuplement kurde se répartissent entre quatre principaux états constitués : l’Irak, l’Iran, la Turquie et la Syrie. Les estimations – variables – donnent une nation répartie entre 25 et 45 millions de personnes toujours sans nationalité kurde internationalement reconnue.

Pourtant un état kurde avait déjà été prévu par le traité de Sèvres en 1920 mais n ‘a jamais vu le jour, et ce « peuple historique » du Proche- Orient n’a eu de cesse d’opposer à tous ces états qui l’annihilent au sein de leurs frontières respectives une résistance farouche. Le conflit de 1991 en Irak, après l’invasion par les forces armées de ce dernier du Koweït, aboutit, face à une coalition internationale principalement animée par les Etats-Unis et l’Europe, à une défaite du gouvernement irakien mais non à sa destruction. A la fin de la guerre, les américains ont soutenu une insurrection kurde écrasée par l’armée irakienne, causant en l’occurrence l’exode de près de deux millions de personnes.

Paradoxalement le régime du parti Baath fur laissé en place, l’action se limitant à « libérer » le dit état koweïtien. L’insurrection kurde ne fut jamais soutenue, particulièrement à cause de ses implications géostratégiques, risquant effectivement de menacer, et les frontières établis et les régimes en place des états concernés. L’intervention des pays européens comme la France et la Grande Bretagne pour endiguer la catastrophe humanitaire d’alors que constitue cet exode et l’instauration par les Etats-Unis de l’inviolabilité, au nord du 36eme parallèle, d’une zone d’exclusion aérienne, permit l’établissement pour les kurdes d’Irak d’une autonomie de facto en vigueur depuis plus d’une décennie.

Comparativement à la situation des kurdes d’Irak, les kurdes sous emprise turque restent niés dans leurs droits. D’ailleurs longtemps confronté à une guérilla organisée du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), le gouvernement a toujours refusé toute avancée politique de reconnaissance préférant évidemment la répression militaire. La Turquie a toujours été un fidèle allié des Etats-Unis et ne pouvait que voir d’un mauvais oeil, et la chute du gouvernement irakien et la progression de la guérilla kurde en territoire irakien. Situation approximativement identique en Iran, ou certes la langue kurde est ici reconnue, et une région administrative dénommée « Kordistan » existe, mais ne répond pas aux frontières naturelles des zones de peuplement kurde. Si l’Iran compte parmi ses députés au parlement des kurdes, les prisons sont-elles aussi pleines de prisonniers politiques kurdes… L’Iran a soutenu pendant longtemps la lutte armée en Irak du Parti Démocratique Kurde. La Syrie également n’est pas en reste, car si elle a toujours soutenu la lutte du Parti des Travailleurs Kurdes en Turquie, et a participé à la coalition occidentale de 1990 à 1991 contre l’Irak, les prisons syriennes elles aussi révèlent une répression à l’intérieur des frontières de l’état en question d’une répression politique et militaire contre les kurdes. On s’aperçoit ainsi que ces états précédemment cités cherchent à instrumentaliser les organisations kurdes, parfois avec réussite comme en témoigne de 1994 à 1996 l’affrontement fratricide en « kurdistan irakien » du Parti Démocratique Kurde (PDK) et l’Union patriotique kurde (UCK). A la lecture de ces différentes manoeuvres, la nation kurde apparaît comme un éternel laissé pour compte des règlements internationaux… Et les évolutions de sa lutte, comme en Turquie, avec l’annonce par le Parti des Travailleurs Kurdes d’un arrêt de la lutte armée et de la transformation du parti en Congrès pour la liberté et la démocratie au Kurdistan (KADEK) ne semblent guère modifier la situation actuelle, malgré une timide reconnaissance par le gouvernement turc de permettre l’apprentissage de la langue kurde… Néanmoins les conditions conflictuelles demeurent, comme en témoigne récemment cet affrontement armé en date du 16 janvier de cette année entre des soldats turcs et des membres de la « KADEK » à Diyarbakir, dans le sud-est. Cet affrontement s’est soldé par un mort du côté turc.

Il n’en demeure pas moins que l’éventuelle attaque anglo-américaine contre l’Irak suppose des perspectives que le mouvement kurde pourrait exploiter, mais l’actuelle position des états concernés par les zones de peuplement kurde contre la guerre, position à la fois suscitée et par la crainte de l’émergence d’un état kurde reconnu dans son espace naturel, et l’analyse d’une déstabilisation de la région accentuée par la forte progression du sentiment anti-américain, dû tout particulièrement à son soutien tacite et immodéré à la politique sanguinaire du gouvernement israélien contre la Palestine. La complexité de la situation, même en supposant une chute de l’actuel régime irakien n’assure pas pour autant de réelles perspectives d’évolutions positives pour la nation kurde, tant en Irak, que dans les états voisins qui continuent d’intriguer sur le dos d’un peuple cent fois déchiré, mille fois meurtri mais jamais abattu. Il en va de même pour l’éventuelle intervention militaire anglo-américaine qui risque de s’avérer comme le précise fort bien Gérard Challian dans une conférence internationale sur les kurdes d’Irak comme un « enjeu qui n’est rien moins qu’un remodelage du Moyen Orient plus conforme aux intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés». Quid alors de la nation kurde ?

Ulivieru SAULI

 

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