Au coeur de la Corse, la société des
eaux d’Orezza, partie intégrante du
patrimoine insulaire depuis 1856,
témoigne d’une réussite économique,
basée sur un produit identitaire
et culturel où la qualité est le
maître mot. Rencontre avec Iviu
Pasquali, son directeur intérimaire
de production.
Quelle est la situation actuelle des eaux
d’Orezza ?
Après la reprise de l’exploitation en
2000, la situation des eaux d’Orezza
est aujourd’hui bonne. 20 personnes
y sont employées et nous produisons
7 millions de bouteilles
par an, dont 95% sont destinées
au marché corse. Nous sommes
dans une phase d’expansion de
notre activité commerciale, et
nous envisageons d’augmenter
nos exportations, notamment
vers le Japon, les USA, la
Suisse et l’Europe de l’Est. A ce
titre, nous prévoyons la production
de 11 millions de bouteilles
pour l’année 2007. Sur l’île
nous sommes leader sur ce marché,
malgré la concurrence de
grandes marques, et nous représentons
un pôle économique
important pour la micro région
d’Orezza et la Corse.
Nos relations avec le Conseil
Général de la Haute-Corse, propriétaire
du site, sont excellentes.
Il est à notre écoute, nous
soutient, et nous aide pleinement
dans notre développement et
autres projets d’extension de nos
activités. Cela permettra une
hausse de notre production et la
création de plusieurs emplois.
A cette réussite, il faut bien sûr
associer Mr François-Xavier
Mora, notre président, sans qui rien n’aurait
été possible. Son investissement personnel,
désintéressé, passionné et affectif,
puisqu’il est originaire de Munacia, a été
un atout majeur pour la relance et le succès
de l’activité.
L’eau a une renommée internationale, pouvez-
vous nous en parler d’avantage ?
En effet, depuis toujours les qualités de
l’eau d’Orezza sont connues. C’est une
eau minérale, la seule de Corse, et elle a
des vertus thérapeutiques, puisqu’elle
fut reconnue par l’Académie de médecine,
et très fortement conseillée en
cas d’anémie de fer ou de paludisme.
Par le passé, de nombreux
curistes fréquentaient la station.
C’est aussi l’une des eaux les
plus ferrugineuse du monde,
avec ses 35/38 mg/ litre, et sa
pureté est également liée à une
absence ou quasi absence de
nitrite, nitrate, ammonium et
sodium. C’est une eau pétillante,
digeste, grâce à sa
teneur en gaz carbonique
naturel. Il est d’origine magmatique
et provient de 6 km
de profondeur ! La filtration
de l’eau met environ 20 ans
pour parvenir dans la nappe
où elle se mélange avec ce
gaz.
Quelles sont les conditions de
son exploitation ?
Pour avoir une eau de qualité
exceptionnelle il faut des
conditions d’exploitation un
peu particulières, en vue de sa
commercialisation. Elles doivent
être en accord avec la
législation en vigueur. Après
la captage de l’eau il est
nécessaire d’effectuer dans un
premier temps une opération de
dégazéification. Le gaz est traité,
stocké à l’état liquide, à -40 degrés, dans des cuves. Ensuite il faut réaliser une
déferrisation, car les normes imposent 0 mg/litre.
L’eau déferrée est regazeifiée avec son propre gaz,
puis, après l’élimination de divers déchets, comme
des résidus de rouille, mise en conditionnement
A cela, s’ajoute des contrôles permanents de
notre laboratoire sur la qualité de l’eau, en collaboration
étroite avec le Laboratoire Régional
d’Aiacciu et la DASS de Haute-Corse.
C’est un travail très lourd, et la mise en place de
notre système de traitement, imposant et à la
pointe de la technologie, a été très coûteuse.
Plusieurs millions d’euros. La lourdeur de la tâche
fait que nous traitons seulement 3 m3 à l’heure.
Nos techniciens font un travail remarquable, ce
sont des personnes compétentes, et qui plus est
d’origine corse. Cela prouve qu’il y a sur notre île
des gens de qualité, issus de nos écoles et de l’université
de Corti.
Comment définiriez-vous l’eau d’Orezza ?
L’eau d’Orezza est un produit de qualité, voire,
n’ayons pas peur des mots, de luxe. Tout est fait
pour donner une excellente image à ce produit, de
la bouteille en verre au graphisme de l’étiquette,
en passant par la beauté du bouchon. C’est la seule
eau minérale de Corse, et ses qualités thérapeutiques
accentuent sa renommée.
Mais, au-delà de la commercialisation de l’eau,
Orezza représente également une institution, un
patrimoine culturel et identitaire de la Corse.
C’est pour cela que nous essayons d’être à
l’écoute de tout le monde et que l’on apporte une
aide directe ou indirecte à divers acteurs culturels,
sportifs ou caritatifs. L’activité d’Orezza vise à la
mise en valeur de la région, et elle participe à son
développement. On a par exemple contribué à la
création d’un parcours pédestre, en collaboration
avec le Parc Régional de Corse, la réfection de
sentier, à l’effort écologique avec le recyclage que
nous nous imposons en matière de déchets… Nous
avons aussi très souvent la visite de touristes, de
Tour Operators, de scolaires à qui nous faisons état
de nos compétences techniques mais aussi acte de
sensibilisation culturelle, géologique ou historique.
Nous avons un partenariat avec l’Université,
et plus particulièrement son IUT. Beaucoup de ses
étudiants font des stages dans notre entreprise, et
le résultat de leurs travaux nous aide à améliorer
sans cesse la qualité de notre outil de travail.
Orezza fait partie de l’histoire, et c’est un outil
qualitatif de développement au service la Corse.
Propos recueillis par
Battì Lucciardi