Accolta

Accolta Cap'articulu Attualità Pulitica Ghjustizia Internaziunale I Prigiuneri Fiure Cultura Abbunamentu Cuntatti Ligame


Articulu di u numaru 16, aostu di u 2006


Les oubliés de l’Histoire (1840-1870)


Des Corses au service de Napoléon III par Charles Castellani

S’il est un siècle que nous connaissons encore moins que les autres à propos de la Corse c’est bien le dix neuvième.

Terrible paradoxe : là où les archives sont proches la mémoire est lointaine sinon évanescente à l’image du tombeau du comte Benedetti, situé en gare de Lupinu, disparu, totalement oublié des Bastiais. Le 19ème siècle en Corse faut-il y voir la transition ou bien le masque ? Charles Castellani, avec un art consommé de la synthèse historique, nous ouvre quelques portes de cette vaste demeure en faisant ressurgir les portraits de personnages aussi singuliers que Leunettu Cipriani, le cardinal Dumenicu Savelli ou l’avocat Charles Etienne Conti.

Ecrivant dans un style épuré qui confine à la limpidité l’auteur nous restitue la Corse dans le vaste mouvement du carbonarisme avec sa forme locale d’I Pinnuti, appellation à double sens provenant à la fois de la serpe « u pinnatu » que ce groupe portait en signe de reconnaissance et d’une comparaison possible avec les chauve-souris, induit du caractère nocturne de leurs réunions.

Les Pinnuti furent-ils les derniers rebelles insulaires dans la république naissante ou bien des intellectuels toscannisants avant de se faire avaler par le gavinisme ?

L’auteur à défaut de répondre suggère et nous invite à plus de curiosité. L’ouvrage, judicieusement illustré, nous introduit peu à peu dans la Corse bonapartiste, celle de Napoléon III, qui avait constitué autour de lui une sorte de vieille garde où les Corses se taillaient la part du lion.

Charles Castellani rappelle : « Napoléon sachant la fidélité des Corses à l’idéal bonapartiste en nomme quelques-uns à des postes de confiance dans différentes administrations à Paris ou à la tête de départements sensibles ». Ainsi au fil des ans il constituera un « cabinet occulte » basé sur la « corsitude » et formé de fidèles prêts à l’aider, le seconder et le défendre.

Secrétaire particulier (Pietri- Franceschini), chef de cabinet (Conti), chambellan (Ornano, Baciocchi), aumônier (abbé Orsini), médecin particulier (Conneau), préfets de police chargés de sa sécurité (les frères Pietri), agents de la diplomatie secrète ou officielle (les frères Cipriani, Benedetti), sicaire (Griscelli), homme de confiance (Alessandri) tous forment un réseau au service d’une ambition... ».

Du rattachement de Nice et de la Savoie à la France à la dépêche d’Ems et au désastre de Sedan, les insulaires furent étroitement mêlés à cette politique de condottiere valsant entre grandeur et sujétion. Charles Castellani évoque encore l’intérêt que porta le dernier empereur au développement de l’île tout en en relativisant l’ampleur décrite par certains historiens.

Napoléon III devant François Xavier Braccini, maire d’Ajaccio, n’affirmait-il pas lui-même en 1860 « la Corse n’est pas pour moi un département comme les autres, c’est ma famille ». Ce qui valut d’ailleurs à notre île, au soir de l’échec bonapartiste, une vague d’anti corsisme qui n’avait rien à envier à l’actuel assaut ! Les « oubliés de l’histoire » de Charles Castellani c’est plus qu’un livre grand public, une véritable référence.( l)

Vincent Stagnara

(l) Edité en 2005 Stamperia Sammarcelli.

 

Sur le même thème

© U Ribombu Internaziunale — 2006