Main basse sur une île, tel
était déjà en 1971 le titre
de l’ouvrage du FRC
(Front Régionaliste Corse). A cette
époque débutait la dénonciation des
méfaits du colonialisme français.
Plus de trois décennies plus tard
cette affirmation demeure d’actualité
avec le développement d’un processus
relativement récent, celui d’une
mondialisation globalisante forcenée
broyeuse de peuples. C’est une
véritable dépossession qui se profile
dans tous les secteurs de l’économie
corse. Si cet état de fait ne touche
bien évidemment pas que notre pays
et peut sembler inéluctable à
l’échelle de la planète, le mouvement
indépendantiste entend bien
s’opposer fermement à toute mise en
coupe réglée de la terre de Corse au
profit d’appétits spéculatifs. Depuis
plusieurs mois déjà le mouvement
de libération nationale a affirmé sa
volonté de mettre en place un système
alternatif dans le cadre d’un
projet d’indépendance. Par le biais
d’une communication en date du 11
juin dernier (cf. Ribombu
Intarnaziunale du mois de juillet) le
FLNC Union des Combattants mettait
en accusation «les groupes et
leurs dirigeants qui s'engraissent
dans des secteurs comme la grande
distribution, les transports et l'énergie
». Cette appropriation par des
puissances en situation de monopole
participe à l’appauvrissement
programmé d’un pays aux potentialités
innombrables.
La Corse réserve d’Indiens ?
Il y a quelques temps circulait sur
l’internet corse une image tirée
d’une campagne de l’Agence du
Tourisme de la Corse qui avait fait
grand bruit en présentant l’île
comme une «réserve naturelle de
vacances». Il ne s’agit pourtant en
termes accessibles au profane que
de la vulgarisation de l’esprit du
PADDUC, document qui planifie
clairement le processus de dépossession
de la terre de Corse et qui
sera débattu à la rentrée devant
l’Assemblée de Corse. Pour s’en
tenir à la politique touristique ici
concernée il apparaît clairement
que celle-ci ne profite en aucun
cas au peuple corse en tant que
collectivité. Les retombées de la
politique de transports maritimes
sont pour la Corse quasi inexistantes,
tandis que les concepts de tourisme
et d’économie identitaire
demeurent au stade de la déclaration
d’intention afin de répondre à
une demande de l’opinion publique
corse. Il paraît pourtant évident
que le développement de ce secteur
passe par la mise en place
d’un tourisme de qualité, non pas
pour transformer la Corse en
Cavallu grandeur nature, en
«bronze-cul» pour jet-setteur en
mal de sensations, mais bien pour
d’une part faire payer au touriste
son séjour au juste prix avec les
dégradations et les frais qui en
découlent (routes, environnement,
qualité de l’eau, secours en montagne…),
et d’autre part pour pouvoir
développer un véritable tourisme
social et culturel en le substituant
au «tourisme-poubelle» que nous
connaissons actuellement.
«La micro-entreprise
est l’entreprise de l’avenir».
Philippe Simonnot (Economiste).
Lors de la campagne municipale
de mars 2008, Corsica Nazione
Indipendente dénonçait la situation
de monopole de la grande distribution
et ses conséquences néfastes
sur l’économie corse. Ce document
sans concessions avait semble-t-il fait preuve d’une grande pertinence
puisque dans une interview
accordée au mensuel Corsica,
Charles Capia y apportait comme
seule réponse l’accusation d’un
tract « haineux » sans remettre un
instant en cause son contenu. La
position de CNI n’était autre que
celle du bon sens et l’économiste
Philippe Simonnot l’a fort justement
rappelé dans son interview accordée
à notre mensuel le mois précédent
: l’entreprise de l’avenir est la
micro-entreprise ; comme en
matière de population la petitesse
n’est pas handicap mais au contraire
un avantage. En mettant en oeuvre
une fiscalité adaptée c’est donc par
le biais de ces petites entreprises
que passe le salut de l’économie
corse et la mise en place d’un système
alternatif identitaire.
Veolia / Kyrnolia :
de la libération sociale
à la libération nationale
Jean-Guy Talamoni dans son discours
final à la tribune des
Ghjurnate Internaziunale a
dénoncé avec justesse la « gigantesque
OPA lancée sur la Corse »
par certaines multinationales, avant
d’établir avec exactitude la comparaison
avec la Banque de Saint-
Georges à l’époque génoise. La
multinationale qui correspond
sans doute le mieux à cette description
n’est autre que Veolia,
dont la filiale corse en charge de
la gestion de l’eau dans de nombreuses
communes, Kyrnolia, se
trouve depuis plusieurs semaines
au coeur d’un important conflit
social. La légitime revendication
des personnels grévistes pour la
défense des acquis sociaux relève
d’une partie de la problématique
Veolia en Corse. Cependant la
mainmise de la multinationale sur
des pans entiers de l’économie
corse n’est pas uniquement un
problème social, il s’agit également
et peut-être même avant tout
d’un problème sociétal. La remise
en cause des droits des travailleurs
découle de l’essence même
de cette société, la rentabilité à
tout prix et dans tous les secteurs.
C’est ainsi que ce conflit abordé
dans une optique globale prend
toute sa dimension. Il s’agit de
l’exploitation par cette multinationale
d’un bien collectif du peuple
corse, certainement celui que
nous avons de plus cher et qui est
appelée à devenir l’ «or bleu» de
demain : l’eau. Comme l’a rappelé
U Riacquistu qui avait déjà
développé ce thème lors de la
campagne municipale de
Portivechju : ce sont «deux
approches sociétales qui s’affrontent.
Pour notre part nous entendons
défendre l’eau, bien universel,
comme un besoin commun et
public.» Il s’agit donc de populariser
la notion d’ «eau bien
public», en effet, poursuit U
Riacquistu «étant un besoin premier,
tout bénéfice privé qui en
grève le prix, est inadmissible».
L’eau doit être un exemple parmi
bien d’autres, il s’agit dans chaque
secteur de «nationaliser»,
c’est-à-dire non pas nécessairement
et automatiquement en plaçant
chaque pan de l’économie
sous la tutelle publique mais c’est
tout simplement rendre au peuple
corse la maîtrise de sa terre.
Petru Antone Tomasi