La levée de boucliers contre le
PADDUC et les débats qu’il provoque
est significatif du malaise
qui traverse la société corse et du peu
de confiance que cette dernière
accorde à ses représentants élus. Si
les raisons de la colère sont diverses
et souvent contradictoires en fonction
des sensibilités politiques de chacun ,
il est un sentiment commun qui se
dégage : la crainte d'être dépossédé
d’un bien ancestral, ce qu’aucune
logique économique ne saurait justifier.
Car au-delà d’une phraséologie
qui peut sembler ésotérique au
citoyen lambda, le PADDUC traduit
et répond à une philosophie du développement
parfaitement lisible : la
Corse est considéré comme une
valeur marchande. Un axiome déjà
ancien, car il faut se souvenir que la
grande braderie de la terre corse initiée
voilà un demi siècle et encouragée
par les décideurs politiques
devait répondre aux besoins du touttourisme.
D’ailleurs , la réalisation de
grandes infrastructures comme le barrage
de U Spidali ou de l’aéroport de
Figari n’ont à l’époque été conçues
que pour servir ce choix économique.
Il n’y a donc pas lieu
aujourd’hui de s’étonner de la teneur
d’un document, réaliser par des technocrates
étrangers à la Corse et qui
n’a pour ambition que d’entériner
une politique déjà ancienne. Avec
cependant une nouveauté, non pas
sur le fond qui lui demeure intangible,
mais dans la méthode. Une
méthode, o combien perverse, qui
consiste à rendre les corses responsables
de leur infortune. Car les conséquences
sociales de ce PADDUC
sont prévisibles, la jeunesse corse en
particulier en fera les frais, confrontée
à la paupérisation, privée de repères
culturels et contrainte à l’exil. Tout
ceci, au nom de la démocratie! C’est
bien pourquoi ce document ne doit
pas être amendé. mais rejeté dans sa
globalité.
Punta d’ Oru : Une enclave républicaine en Corse
La presse française dans son ensemble,
qui généralement s’associe à
tous les mauvais coups portés à la
Corse, a cette fois été contrainte
d’admettre le burlesque de la situation.
Mais même si le chef de l’Etat
français a pu nous divertir un instant
en volant au secours de son bouffon,
il faut bien voir qu’au-delà de cette
pantalonnade, le choix politique de
l’Etat français face à la question
nationale corse est terriblement
inquiétant. Ici, la France prend le
visage d’une république bananière.
L’affaire de Punta d’ Oru nous laisse
entrevoir quel serait le comportement
de l’Etat français dans la protection
de ses ? privilégiés, dignitaires
du régime, magnats de la
finance, vedettes du showbiz. Tout
ce beau est déjà largement présent
en Corse. Mais si d’aventure le projet
de PADDUC devait se réaliser, la
Corse deviendrait définitivement le
lupanar de l’Europe.
Un contre projet
La meilleure façon de s’opposer à un
projet c’est assurément d’en proposer
un autre . Les indépendantistes doivent
s’en persuader car ils sont les
plus à même de concevoir la Corse
dans sa globalité, témoins qu’ils sont,
du lien indéfectible qui unit un peuple
à sa terre. Une certaine déviance
du nationalisme a conduit certains à
ne plus considérer l’économie que
sous ses aspects sectoriels, ce qui leur
permet d’éluder la question pourtant
essentielle, à savoir, le développement
pour qui ? Une question d’autant
plus embarrassante que de la
réponse qui lui est donnée, dépend le
choix de participer ou non à la gestion
du système. Pour les indépendantistes,
il est clair qu’un système
qui ne reconnaît pas au préalable
l’existence d’un peuple corse historiquement
constitué, ne peut apporter
de solutions satisfaisantes aux problèmes
économiques, sociaux ou culturels
. D’où la nécessité d’élaborer nos
propres propositions dans la perspective
d’une indépendance qui, au vu
de la conjoncture internationale,
apparaît plus que jamais comme la
solution du bon sens.
Dumenicu Tognotti