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Articulu di u numaru 37, Ottobre di u 2008


L’exécutif de la CTC et le PADDUC :
Une stratégie de non-développement durable



La mobilisation entamée ces dernières semaines face au projet de PADDUC élaboré par l’exécutif territorial n’est nullement le fruit du hasard, mais bien l’aboutissement d’un clivage politique clairement établi entre deux visions antagonistes quant au devenir de la Corse. Ce document n’est en définitive que la traduction d’orientations développées par les élus de la majorité depuis plusieurs mois déjà : désanctuarisation du littoral, économie résidentielle…

Le mouvement indépendantiste désormais incarné par Corsica Libera entend bien s’opposer à ce document et proposer une alternative prenant en compte les intérêts de notre pays dans sa globalité.


Une tentative de confiscation du débat public

L’actuel projet de PADDUC n’est en aucun cas une création ex nihilo de l’actuel exécutif territorial. En effet, depuis la mise en application du statut particulier de 1982 issu des lois de décentralisation Defferre, l’Assemblée de Corse se doit d’élaborer un plan d’aménagement : les différentes majorités de droite comme de gauche s’en montreront totalement incapables à tel point que c’est l’Etat français par l’intermédiaire du Préfet qui établira en 1992 le schéma d’aménagement encore en vigueur de nos jours, face à l’incurie de la CTC. Le statut de 2002 (art.12) dispose quant à lui que l’Assemblée de Corse doit se doter d’un Plan d’Aménagement de Développement Durable. Ce document d’une grande importance pour le développement de la Corse des prochaines années s’acheminait vers une adoption en catimini entre les murs de l’Hôtel de Région si certaines voix ne s’étaient élevées, au premier rang desquelles celles des indépendantistes qui n’ont cessé de dénoncer ce projet déjà esquissé depuis de nombreux mois autour d’un principe jusque là inconnu en droit de l’environnement et de l’urbanisme : la «désanctuarisation ». En effet, si l’exécutif se devait d’élaborer le document, il lui incombait naturellement d’organiser un vaste débat traversant la société corse toute entière. Au contraire, MM. Santini et de Rocca Serra, comme ils le déclareront à plusieurs reprises entendaient bien examiner ce fameux PADDUC au sein de l’Assemblée en écartant ceux qu’ils considèrent comme des «professionnels de l’agitation et de la contestation ». «Le lieu où doit s’exercer la démocratie c’est l’Assemblée de Corse», affirmait Ange Santini quelques jours après l’occupation de la villa de Clavier par les militants de ce qu’il convenait alors d’appeler la «démarche de refondation» qui se voyaient visés par la diatribe transmise à la presse par le celui-ci. Voilà une vision bien étriquée du débat démocratique… A Corsica Libara, l’ex-futur maire de Calvi associe dans un même mépris ceux qu’il considère comme des «ayatollahs verts» et «soixantehuitards attardés».

Cependant à y regarder de plus près il ressort que la composition du Front Uni Contre Ce PADDUC constitué à Corti reflète l’opposition à ce projet qui traverse l’ensemble de la société corse. Le refus par le Préfet d’entendre une délégation de ce collectif dans le cadre de l’audition par le Conseil des Sites ainsi que la verve avec laquelle celui-ci défend le projet dénote à merveille la bienveillance de l’Etat envers la logique de «développement » proposée par la CTC.


Un document limité dans l’espace et dans le temps

Pour un document attendu depuis des décennies et présenté comme stratégique, les Corses ont de quoi rester sur leur faim. En effet, en dehors de concepts bien creux ayant bonne presse au sein de la société corse comme celui bien trompeur de «Développement Durable», ce PADDUC apparaît comme un document de piètre facture en bien des domaines.

Celui-ci, très souvent ne fait que recueillir en un même texte quantité de projets déjà anciens (projet de bibliothèque à Corti…) ou de dispositions en parties mises en oeuvre. À ce sujet l’exemple de l’Università di Corsica est criant du vide abyssal de ce document qui prévoit dans la partie consacrée à l’enseignement supérieur et à la recherche : la réduction du taux d’échec en 1ère année sur la base d’une pédagogie rénovée et le renforcement des services d’information et d’orientation déjà prévus par la loi Pécresse ; ainsi que la mise en oeuvre de parcours d’écoles supérieurs qui constitue l’un des axes de programme de la Présidence de l’Università… Cependant, s’il y a bien un concept qui semble être maîtrisé c’est celui d’une littoralisation accrue basée sur un accroissement exponentiel des résidences secondaires.

Ce qui nous amène à dire que ce modèle de développement est limité dans l’espace puisque les pistes de revitalisation de l’intérieur sont inexistantes étant entendu que pour les concepteurs du PADDUC la Corse rurale semble se limiter aux zones périurbaines (communes du Sud-Bastia et de l’agglomération ajaccienne essentiellement). Mais celui-ci est aussi limité dans le temps puisque ce modèle de développement préconisé est déjà en échec dans de nombreux endroits de la planète et que beaucoup tentent de faire machine arrière en sauvant ce qui peut encore l’être. En Espagne, le gouvernement met en mouvement un processus qui s’apparente à une «resanctuarisation», allant jusqu’à détruire des immeubles construits dans des espaces remarquables, désormais conscients du contre-développement que constitue l’économie résidentielle et le règne du béton.


Des enjeux essentiels oubliés : le plan de l’exécutif des bons copains

A la lecture du document on s’interroge sur l’absence de vision stratégique sur des pans entiers de notre économie et de notre société. S’agitil alors d’une volonté délibérée en confinant le développement de la Corse à certains aspects décrits précédemment, ou bien d’une absence totale d’ambition pour ce pays ? A moins que la présence de lieux communs et de concepts sans contenu ne reflètent l’incompétence de l’actuelle gouvernance territoriale à gérer notre île. Après tout la loi les obligeait à élaborer un plan : ne pouvant se ridiculiser une nouvelle fois en se montrant incapables de faire face à cette responsabilité, ils ont fait appel à un cabinet d’étude étranger pour les seconder dans la mise en application du seul axe programmatique dans lequel ils excellent : le mitage du littoral. En effet, quels projets pour un rééquilibrage économique, démographique et structurel en faveur de l’intérieur de l’île ? Quelle gestion de l’eau ? Quel avenir pour notre agriculture? Pour notre jeunesse ? Qu’en est-il de la rénovation de nos équipements sportifs ? Quelle ambition juridique pour notre langue ?

Les seules réponses que l’on nous apporte ne font que confirmer la stratégie de non-développement durable de l’exécutif : des ghettos pour people occupés quelques mois dans l’année comme à Punta d’Oru. Elles n’ont pour but que de stigmatiser les opposants à ce projet présentés comme archaïques et de défendre ses copains de l’exécutif malmenés par ces empêcheurs de tourner en rond à grand coup d’interventions médiatiques.

C’est encore loin 2010 ?

P.A Tomasi

 

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