La mobilisation entamée ces dernières
semaines face au projet
de PADDUC élaboré par l’exécutif
territorial n’est nullement le fruit
du hasard, mais bien l’aboutissement
d’un clivage politique clairement établi
entre deux visions antagonistes
quant au devenir de la Corse. Ce
document n’est en définitive que la
traduction d’orientations développées
par les élus de la majorité
depuis plusieurs mois déjà : désanctuarisation
du littoral, économie résidentielle…
Le mouvement indépendantiste
désormais incarné par
Corsica Libera entend bien s’opposer
à ce document et proposer une alternative
prenant en compte les intérêts
de notre pays dans sa globalité.
Une tentative de confiscation
du débat public
L’actuel projet de PADDUC n’est en
aucun cas une création ex nihilo de
l’actuel exécutif territorial. En effet,
depuis la mise en application du statut
particulier de 1982 issu des lois
de décentralisation Defferre,
l’Assemblée de Corse se doit d’élaborer
un plan d’aménagement : les
différentes majorités de droite
comme de gauche s’en montreront
totalement incapables à tel point que
c’est l’Etat français par l’intermédiaire
du Préfet qui établira en 1992 le
schéma d’aménagement encore en
vigueur de nos jours, face à l’incurie
de la CTC. Le statut de 2002 (art.12)
dispose quant à lui que l’Assemblée
de Corse doit se doter d’un Plan
d’Aménagement de Développement
Durable. Ce document d’une grande
importance pour le développement
de la Corse des prochaines années
s’acheminait vers une adoption en
catimini entre les murs de l’Hôtel de
Région si certaines voix ne s’étaient
élevées, au premier rang desquelles
celles des indépendantistes qui n’ont
cessé de dénoncer ce projet déjà
esquissé depuis de nombreux mois
autour d’un principe jusque là
inconnu en droit de l’environnement
et de l’urbanisme : la «désanctuarisation
». En effet, si l’exécutif se devait
d’élaborer le document, il lui incombait
naturellement d’organiser un
vaste débat traversant la société corse
toute entière. Au contraire, MM.
Santini et de Rocca Serra, comme ils
le déclareront à plusieurs reprises
entendaient bien examiner ce
fameux PADDUC au sein de
l’Assemblée en écartant ceux qu’ils
considèrent comme des «professionnels
de l’agitation et de la contestation
». «Le lieu où doit s’exercer la
démocratie c’est l’Assemblée de
Corse», affirmait Ange Santini quelques
jours après l’occupation de la
villa de Clavier par les militants de ce
qu’il convenait alors d’appeler la
«démarche de refondation» qui se
voyaient visés par la diatribe transmise
à la presse par le celui-ci. Voilà
une vision bien étriquée du débat
démocratique… A Corsica Libara,
l’ex-futur maire de Calvi associe dans
un même mépris ceux qu’il considère
comme des «ayatollahs verts» et
«soixantehuitards attardés».
Cependant à y regarder de plus près
il ressort que la composition du Front
Uni Contre Ce PADDUC constitué à
Corti reflète l’opposition à ce projet
qui traverse l’ensemble de la société
corse. Le refus par le Préfet d’entendre
une délégation de ce collectif
dans le cadre de l’audition par le
Conseil des Sites ainsi que la verve
avec laquelle celui-ci défend le projet
dénote à merveille la bienveillance
de l’Etat envers la logique de «développement
» proposée par la CTC.
Un document limité dans l’espace et dans
le temps
Pour un document attendu depuis
des décennies et présenté comme
stratégique, les Corses ont de quoi
rester sur leur faim. En effet, en
dehors de concepts bien creux ayant
bonne presse au sein de la société
corse comme celui bien trompeur de
«Développement Durable», ce PADDUC apparaît comme un document
de piètre facture en bien des domaines.
Celui-ci, très souvent ne fait que
recueillir en un même texte quantité
de projets déjà anciens (projet de
bibliothèque à Corti…) ou de dispositions
en parties mises en oeuvre. À
ce sujet l’exemple de l’Università di
Corsica est criant du vide abyssal de
ce document qui prévoit dans la partie
consacrée à l’enseignement supérieur
et à la recherche : la réduction
du taux d’échec en 1ère année sur la
base d’une pédagogie rénovée et le
renforcement des services d’information
et d’orientation déjà prévus par
la loi Pécresse ; ainsi que la mise en
oeuvre de parcours d’écoles supérieurs
qui constitue l’un des axes de
programme de la Présidence de
l’Università… Cependant, s’il y a
bien un concept qui semble être maîtrisé
c’est celui d’une littoralisation
accrue basée sur un accroissement
exponentiel des résidences secondaires.
Ce qui nous amène à dire que ce
modèle de développement est limité
dans l’espace puisque les pistes de
revitalisation de l’intérieur sont
inexistantes étant entendu que pour
les concepteurs du PADDUC la
Corse rurale semble se limiter aux
zones périurbaines (communes du
Sud-Bastia et de l’agglomération
ajaccienne essentiellement). Mais
celui-ci est aussi limité dans le temps
puisque ce modèle de développement
préconisé est déjà en échec
dans de nombreux endroits de la planète
et que beaucoup tentent de faire
machine arrière en sauvant ce qui
peut encore l’être. En Espagne, le gouvernement
met en mouvement un
processus qui s’apparente à une
«resanctuarisation», allant jusqu’à
détruire des immeubles construits
dans des espaces remarquables, désormais
conscients du contre-développement
que constitue l’économie
résidentielle et le règne du béton.
Des enjeux essentiels oubliés :
le plan de l’exécutif des bons copains
A la lecture du document on s’interroge
sur l’absence de vision stratégique
sur des pans entiers de notre
économie et de notre société. S’agitil
alors d’une volonté délibérée en
confinant le développement de la
Corse à certains aspects décrits précédemment,
ou bien d’une absence
totale d’ambition pour ce pays ? A
moins que la présence de lieux communs
et de concepts sans contenu ne
reflètent l’incompétence de l’actuelle
gouvernance territoriale à gérer notre
île. Après tout la loi les obligeait à
élaborer un plan : ne pouvant se
ridiculiser une nouvelle fois en se
montrant incapables de faire face à
cette responsabilité, ils ont fait appel
à un cabinet d’étude étranger pour
les seconder dans la mise en application
du seul axe programmatique
dans lequel ils excellent : le mitage
du littoral. En effet, quels projets pour
un rééquilibrage économique,
démographique et structurel en
faveur de l’intérieur de l’île ? Quelle
gestion de l’eau ? Quel avenir pour
notre agriculture? Pour notre jeunesse
? Qu’en est-il de la rénovation
de nos équipements sportifs ?
Quelle ambition juridique pour
notre langue ?
Les seules réponses que l’on nous
apporte ne font que confirmer la stratégie
de non-développement durable
de l’exécutif : des ghettos pour people
occupés quelques mois dans
l’année comme à Punta d’Oru. Elles
n’ont pour but que de stigmatiser les
opposants à ce projet présentés
comme archaïques et de défendre
ses copains de l’exécutif malmenés
par ces empêcheurs de tourner en
rond à grand coup d’interventions
médiatiques.
C’est encore loin 2010 ?
P.A Tomasi