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Articulu di u numaru 40, Ghjennaghju 2009


PLU - PADDUC : Quatre prises de parole pour l’extrême Sud



Les interviews qui suivent reflètent les tendances, différentes ou divergentes, d'actrices et acteurs politiques, associatifs et économiques sur des sujets comme le développement communal, le foncier, la notion de résident, l'environnement, le P.L.U. ou le P.A.D.D.U.C. Pour Portivechju, ce sont Maria Claudia Branca et Roland Dominici qui exprime, selon leur propre sensibilité, leur vision du P.L.U. et du P.A.D.D.U.C. La première reprendra les principaux points de la nouvelle démarche communale « U Riacquistu » dont elle était la tête de liste durant les dernières municipales. « U Riacquistu » est la conséquence de la rupture unilatérale des convergences patriotiques décrétée par le P.N.C. local.

Le second explique son approche sur l'économie résidentielle et le tourisme. Il est l'un des rares entrepreneurs économiques à l'avoir fait publiquement. Son explication, dans le cadre d'une confrontation des idées, n'en était que plus attendue ! Pour Bunifaziu ce sont Vincente Cucchi de l'infatigable association ABCDE et Jean-Charles Orsucci, maire actuel, qui répondent aux questions. Vincente Cucchi donne une lecture de l'action associative contre l'influence et la puissance des nantis sur les choix communaux et les décisions judiciaires (pas toujours suivis d'effet !). Jean- Charles Orsucci explique sa marge de manoeuvre dans le cadre de sa gestion actuelle. Une précision attendue : la motivation de l'invitation par la municipalité au président Nicolas Sarkozy. Ces quatre interviews traduisent l'importance du débat et des points de vue en matière économique et sociale suscités par la situation actuelle de l'extrême sud, et plus précisément des deux communes concernées. Au-delà des choix respectifs, concordants et divergeants, la nécessité de projeter une économie politique selon un concept identitaire prend toute son importance. L'interrogation demeure : pourquoi la communauté corse reconnue comme telle n'est-t-elle pas le principal point d'appui de tout projet de développement économique ?

C'est bel et bien en édifiant une corrélation entre communauté originelle et perspective économique que se dessine l'essentiel du problème tel qu'il se pose à l'Etat Français : la reconnaissance en droit du Peuple corse. Et tout schéma d'avenir, d'évolution et de croissance, sera voué à l'échec s'il ne prend pas en considération première ce principal élément qu'est cette identité humaine spécifique qui habite depuis très longtemps le territoire de Corse. A Bunifaziu comme à Portivechju.

Maria Claudia Branca : « Cette politique résidentielle fait la part belle aux nantis et augmente le risque de fracture sociale ».

U Ribombu Internaziunale : U Riacquistu s'est opposé au projet de P.L.U. de la municipalité sortante. Parmi les points énoncés, le projet « pharaonique » du port de plaisance. Où en est aujourd'hui ce projet ?

Maria Claudia Branca :
Le projet sera réexaminé par le conseil municipal dans les prochains mois. Le maire a laissé entendre que le projet serait revu à la baisse mais aucune précision n'ayant été donnée à ce sujet nous en doutons fort. Sous sa forme actuelle nous le rejetons catégoriquement car il consacre une privatisation de la gestion du port, les emplois créés seront précaires, la protection environnementale et écologique du golfe n'est absolument pas garantie.


U.R.I : Que pensez-vous du P.A.D.D.U.C ? Y a-t-il une articulation entre ce dernier et le P.L.U. de Portivechju ?

M.C.B :
Le Plan d'Aménagement et de développement Durable de la Corse (P.A.D.D.U.C.) reproduit à l'échelle de la Corse ce que nous refusons comme orientation économique et sociale pour la commune de Portivechju, à savoir une économie essentiellement résidentielle et néglige les activités économiques productives. Ce padduc accroîtra la fracture sociale et la précarité, nous ne l'acceptons pas car il ne correspond absolument pas à ce que nous défendons. Nous nous battons pour promouvoir une économie productive et sociale au bénéfice du plus grand nombre. L'articulation est manifeste : l'esprit du P.L.U. de la commune de Portivechju s'inscrit dans une orientation politique économique identique à celle prônée par le P.A.D.D.U.C.


U.R.I : l'occupation symbolique de la propriété « Clavier » à Punta d'Oru est-elle révélatrice selon vous des problèmes du foncier sur la région ?

M.C.B :
La prolifération des résidences secondaires a provoqué la flambée des prix de l'immobilier, il est pratiquement impossible pour des habitants de la région d'accéder à la propriété. Cette politique résidentielle fait la part belle aux nantis et augmente le risque de fracture sociale. La propriété de Christian Clavier est un exemple parmi tant d'autres.


U.R.I : Comment concevez- vous la notion de résident ?

M.C.B :
La mise en place du statut de résident est indispensable si l'on veut empêcher que nous soyons totalement dépossédés de notre terre.

Vivre en Corse depuis 10 ans, s'investir dans la vie économique, sociale et culturelle de notre pays pour pouvoir acquérir des terrains ou des maisons me semblent des conditions qui pourraient empêcher que notre terre nous échappe peu à peu.



Roland Dominici : « N'est-ce pas dans la situation actuelle que le développement anarchique du tourisme mène véritablement à ce tout-tourisme ? »

U Ribombu Internaziunale : Vous avez publiquement défendu le P.A.D.D.U.C. pourquoi ?

Roland Dominici :
Ce n'est pas le PADDUC que j'ai défendu, car à ce jour il n'a pas encore été présenté à l'Assemblée et donc finalisé et voté, mais la démarche engagée sur un projet de PADDUC. En effet lorsque la délibération de l'Assemblée de Corse du 27 février 2003 a voté les modalités de mise en oeuvre du PADDUC, j'ai accepté d'être membre de la commission PADDUC, qui a créé les groupes de travail. J'ai participé, au sein de ces groupes de travail à de nombreuses séances, aux cours desquelles j'ai pu voir des représentants de tous les groupes politiques, des représentants des maires et des Conseil Généraux, des représentants de secteurs d'activité économiques, ainsi que d'associations. Les débats étaient toujours animés, passionnants voire passionnés, mais ont toujours permis de prendre en compte les avis de chacun.

A chaque réunion, tous les groupes politiques étaient informés, ainsi que tous les acteurs participants aux groupes de travail. En quatre ans ils se sont réunis plusieurs fois (plus de dix concernant celui de Stéphanie Grimaldi sur les lois littorale et montagne). Lorsque la Commission PADDUC a rendu son rapport de synthèse le 26 juin 2008, l'ensemble des membres, malgré quelques remarques sur la perfectibilité du projet, n'ont pas remis en cause le travail effectué, il suffit pour cela de relire le procès verbal de cette réunion. Quelques mois après, à l'initiative d'associations la polémique anti PADDUC a pris de l'ampleur, en demandant notamment le retrait du projet. Il est vrai que j'ai pris la défense du projet, car les arguments servant à le discréditer, étaient souvent entachés de contre-vérités et les attaques personnelles dirigées vers certains hommes politiques étaient insultantes, déplacées, et diffamatoires.

La plupart des griefs concernaient principalement la loi littorale et notamment l'écart constaté avec l'Atlas de l'Etat, qui n'a aucune valeur juridique et qui a été élaboré sans véritable concertation avec les élus Corses. C'est quand même paradoxal que les Corses préfèrent se référer à ce document imposé par l'Etat, plutôt que d'essayer d'en élaborer un, conformément aux objectifs de la loi de décentralisation de 2002, découlant d'une compétence en matière d'aménagement et d'organisation du territoire, que la loi a expressément confiée à la Collectivité Territoriale de Corse et qui est exercée de manière exclusive par celle-ci. A croire que certains voudraient revenir au statu quo ante Matignon ! En outre, concernant le secteur d'activité que je représente, les attaques faisant croire que le projet était la porte ouverte au « tout-tourisme », vont à l'encontre de la vérité, car il suffit de lire les quatre pages dédiées au tourisme pour s'en persuader :

•La Corse peut s'inscrire dans une optique de développement durable et s'opérer de manière mesurée en préservant les équilibres des territoires et la qualité de l'environnement.

•Les nouvelles capacités d'accueil devront prioritairement favoriser : les zones où la pression touristique le permet et où les infrastructures publiques sont suffisamment calibrées pour les accueillir, évitant ainsi les coûts collectifs additionnels ; les hébergements où les lacunes de l'offre sont patentes, correspondent aux évolutions de marchés et sont attractives toute l'année. Cela consiste à prioriser notamment les hébergements hôteliers de qualité de niveau international et de capacité suffisante pour accéder notamment aux marchés du tourisme d'affaires ; les hébergements liés à des démarches qualité environnementale, entrant dans des labels reconnus et favorisant les bonnes pratiques (Qualité Corse) ; les hébergements de qualité permettant de fixer les séjours dans l'intérieur de l'île, avec une mention particulière pour les structures de charme réhabilitant le patrimoine bâti.

•Ainsi, loin d'un tourisme de masse sur lequel se portent d'autres destinations, la Corse privilégiera un tourisme maîtrisé et équilibré en rapport avec la densité de population résidente.

•Valoriser le patrimoine naturel et culturel de l'île, ce qui permettra de renforcer l'attractivité de l'offre et sera générateur de flux économiques et d'emplois.

Où voit-on là trace de « tout-tourisme » ? N'est-ce pas dans la situation actuelle que le développement anarchique du tourisme mène véritablement à ce « tout-tourisme » ? Que ce projet ne soit pas parfait, nul ne le conteste, mais il a au moins le mérite d'exister et permettra aux élus de l'Assemblée Territoriale d'en débattre, de l'amender et de ne pas jeter aux oubliettes quatre années de travail de ceux qui ont au moins fait l'effort de participer à son élaboration.


U.R.I : Quel est votre analyse du P.L.U. de Portivechju ?

R.D :
Porto Vecchio troisième ville de Corse est devenu l'un des premiers pôles touristiques et de développement économique de la Corse. A ce titre le PLU doit être un outil indispensable pour accompagner ce développement tout en maîtrisant les équilibres territoriaux et notamment l'identité de la partie rurale de la commune. L'enjeu est de taille et l'exercice est difficile pour concilier les intérêts divergents de tous les résidents.

L'attractivité de la cité en termes de développement économique ne peut qu'être bénéfique pour la création d'emploi et générateur de richesse pour l'ensemble de la communauté. Il est évident que je suis partisan de la création de véritables golfs permettant d'assurer une activité touristique toute l'année, qui aurait des incidences sur l'annualisation de l'emploi, encore trop précaire aujourd'hui. De même l'extension du port de plaisance s'inscrit dans les objectifs de développement de la filière nautique votée par l'Assemblée de Corse, avec également pour conséquences un accroissement de l'activité toute l'année pour un secteur également générateur d'emploi. Je pense que globalement le projet est ambitieux et répond à l'objectif de faire de Porto Vecchio le moteur du Grand Sud.


U.R.I : Quelle est votre conception de l'économie résidentielle ?

R.D :
Là encore on trouve l'exemple type des contre-vérités utilisées pour critiquer le PADDUC. Certains ont voulu faire croire que le concept d'Economie Résidentielle était basé sur le développement des résidences secondaires à vocation touristique ! Ce qui est tout à fait faux. Tout d'abord, mon approche du développement du tourisme va à l'encontre du para-commercialisme débridé qui sévit en Corse et qui se révèle, la plupart du temps, comme une concurrence déloyale, une économie parallèle qui favorise la fuite de capitaux en défavorisant la création d'emplois. L'économie résidentielle (appelée également économie présentielle) regroupe les activités économiques destinées à satisfaire les besoins de la population du territoire, dite résidente. Elle comprend toutes les activités locales dont les produits et services sont destinés à être consommés directement par les personnes présentes sur un territoire, qu'elles y travaillent, résident en permanence ou occasionnellement (retraités, touristes). La production de ces activités est consommée sur place. Donc l'économie résidentielle désigne l'ensemble des activités domestiques présentes sur un territoire et nécessaires à la vie de ses habitants : artisanat, commerces, services médicaux et paramédicaux, activités de culture et de loisir, services à la personne… L'économie de production comporte deux types d'entreprises :

•Celles qui satisfont des besoins locaux (commerce, artisanat, services marchands et non marchands) - dont la production est consommée sur place -et dont le développement économique est lié essentiellement à la quantité et aux caractéristiques, notamment économiques, de la population locale.

•Celles qui s'inscrivent dans des logiques de systèmes de production, de marchés et de financement qui leur sont propres et dont la production est principalement destinée à être exportée du territoire. La production des premières est destinée à la consommation de l'économie résidentielle, celle des secondes à l'exportation. La Corse avec sa faible démographie a un marché de consommation interne relativement faible, que seuls les flux touristiques, permettent d'optimiser et d'accroître le marché destiné à la production locale, donc à l'économie résidentielle. Le territoire attire ainsi des revenus de l'extérieur qui constituent une base économique. Ce revenu stimule l'activité locale, l'emploi local qui produit des biens (de consommation ou d'équipement) et des services vendus localement et détermine ainsi le niveau de revenu, d'emploi et de cohésion du territoire. Au moment ou la globalisation transforme en profondeur les systèmes productifs locaux (et parfois les éradiquent), on peut se demander si l'attractivité résidentielle et son double, l'attractivité culturelle, des loisirs et de la qualité de la vie, ne représente pas un enjeu majeur pour les territoires, et un stabilisateur économique.


U.R.I : L'affaire dite « Clavier » n'estt- elle pas révélatrice des problèmes actuels inhérents au foncier ?

R.D :
Il est évident qu'il existe un véritable problème du foncier en Corse, l'affaire Clavier n'en est qu'un faible exemple au vu du tapage médiatique qu'elle a déclenché. Tout d'abord je regrette que l'on n'ait jamais élaboré un code des investissements qui aurait certainement protégé la Corse de nombreuses tentatives prédatrices.

Pour autant si l'on peut regretter, comme dans d'autres régions françaises, les acquisitions foncières par de nombreux étrangers, il faut toutefois convenir que ce sont la plupart du temps des Corses qui vendent ces terrains ! … Bien des convoitises sont à craindre, mais je ne pense pas que le PADDUC les amplifie. Bien au contraire, aujourd'hui sans règles du jeu bien définies on a bien vu que l'application de la loi était à géométrie variable et s'appliquait par tribunaux administratifs interposés avec bien souvent des résultats contradictoires d'une juridiction à l'autre. Le PADDUC, soumis à la loi littorale, quoiqu'on puisse en dire, permettra aux maires d'avoir un document de référence permettant une meilleure élaboration des PLU.



Vincente Cucchi : « ABCDE n'a jamais été hostile au développement, pas plus qu'elle ne s'oppose systématiquement à toute construction ».

U Ribombu Internaziunale : Pourriez - vous nous présenter un bilan de l'activité de votre association ?

Vincente Cucchi :
Nous avons mené depuis 12 ans de nombreuses actions destinées à alerter l'opinion comme les pouvoirs publics. Des actions « de terrain », comme l'organisation ou la co-organisation de manifestations (par exemple contre la vente de la caserne Montlaur, contre le passage des pétroliers dans les Bouches de Bonifacio, contre la base nucléaire de la Maddalena), mais aussi de nature juridique, notamment en déposant des recours auprès des différentes juridictions administratives pour demander l'annulation de permis de construire sur le littoral de la commune, ainsi qu'une requête en annulation du PLU. En effet, des problèmes comme Cavallo, Calalonga, Sperone- Piantarella nous ont sensibilisés au fait que le littoral est une ressource fragile, rare, non renouvelable.

Depuis 12 ans environ, la trentaine de permis de construire (concernant à peu près une centaine de constructions) pour lesquels nous avons été amenés à déposer des recours ont tous été annulés pour non-conformité avec la loi littoral ou retirés par la commune. Nous avons donc largement contribué à établir une jurisprudence concernant l'application de la loi « littoral » et à freiner l'urbanisation du littoral bonifacien. Mais la pression spéculative est si forte et la non-application de la loi si fréquente qu'il nous faut rester mobilisés en permanence.


U.R.I : Quelle est votre approche de l'environnement et du développement économique ?

V.C :
ABCDE n'a jamais été hostile au développement, pas plus qu'elle ne s'oppose systématiquement à toute construction. Il ne s'agit pas de ne rien construire, mais de mieux construire. ABCDE défend en toute transparence une idée d'un mieux-être à partager et réfléchit sur une réorientation profonde de notre mode de développement. Cette conception va forcément à l'encontre de ce qui nous est proposé à travers les PLU et autre PADDUC, à savoir le tourisme et l'économie résidentielle dont nous constatons les effets pervers dans notre micro-région.


U.R.I : Quelle est votre analyse du P.L.U. de l'ancienne municipalité ?

V.C :
Ce PLU est catastrophique. Il autorise en effet la création artificielle d'une multitude de lotissements, soit sur des espaces vierges à très grande valeur paysagère et remarquables pour ce qui est des biotopes, soit à partir de groupes (en général de taille minime) très disparates de constructions préexistantes qui n'ont rien d'un village et qui n'accueillent aucun service public ou commercial. Ces nouvelles agglomérations montées de toutes pièces et dont l'immense majorité est destinée à la résidence secondaire dite "de luxe" (et réservées pour la plupart à la location) pourraient accueillir des milliers de nouveaux résidents secondaires. S'il était appliqué, on assisterait alors à une déstructuration totale de l'urbanisme aboutissant à une juxtaposition de poches touristiques dortoirs surpeuplées l'été et désertes l'hiver, et de milieux plus ou moins mités pour les "privilégiés". La perte de cohésion économique et sociale serait tout autant catastrophique qu'inévitable.

En résumé, il réserve des pans entiers de la commune - les plus prestigieux - pour de l'habitat secondaire aux investisseurs privés de forte capacité financière et "ghettoïse" le "bonifacien de base" Quant au coût pour la collectivité (réseaux) et aux inconvénients inévitables (saturation des réseaux ou a contrario surdimensionnement très coûteux d'installation et d'entretien), il est inacceptable pour la collectivité. D'autre part, la protection des milieux naturels est inexistante. Bien au contraire, ces milieux sont livrés à une urbanisation essentiellement spéculative. Au lieu d'avoir un document d'urbanisme qui réponde aux besoins de la population résidente et tente de freiner le rouleau compresseur de la spéculation foncière et immobilière (aujourd'hui, plus aucun bonifacien n'est en mesure d'acheter un morceau de terre), nous avons un PLU qui accompagne et favorise ces phénomènes conduisant à la spoliation. On peut d'ailleurs adresser ces mêmes critiques au PADDUC qui applique à l'échelle de la Corse les mêmes orientations catastrophiques.


U.R.I : Quels sont vos rapports avec la municipalité en place ?

V.C :
Nos rapports avec la nouvelle municipalité se sont normalisés (aucun dialogue n'était possible avec la précédente.) Nous n'entendons pas jouer le rôle de l'opposant systématique. Nous ne nous positionnons pas en contre-pouvoir, mais nous entendons nous exprimer librement sur les choix que les nouveaux élus auront à faire. Nous attendons d'eux des mesures fortes qui soient en totale rupture avec les orientations et les pratiques de l'ancienne municipalité. Quant aux permis qui étaient illégaux avant les élections, ils le demeurent, et nous sommes donc dans la continuité de nos actions lorsque nous les attaquons.



Jean Charles Orsucci : « Si Nicolas Sarkozy veut être pour la Corse ce que Michel Rocard a été pour la Nouvelle Calédonie, autrement dit trouver une solution politique aux problèmes de notre île, je suis preneur ! »

U Ribombu Internaziunale : Quel est dans l'esprit le point de rupture avec le P.L.U. tel qu'il a été prôné par l'ancienne municipalité ?

Jean Charles Orsucci :
Il convient avant tout de noter la différence d'état d'esprit qui anime mon équipe. Nous sommes favorables à un renforcement de la construction sur le plateau calcaire ou granitique de Bonifacio, là où la spéculation est moins forte et où le bonifacien souhaite s'installer. En ce qui concerne le littoral, nous sommes en retrait par rapport à nos prédécesseurs, nous sommes défavorables à la construction d'un second golf sur les terrains de Mr Dewez à Balistra, nous sommes hostiles à la constructibilité sur les terrains de Mr Dewavrin à Canetto, et nous nous opposons à l'extension de constructions sur l'île de Cavallo. Ces trois exemples sont très explicites quant à nos divergences. La protection du littoral est nécessaire tant d'un point de vue environnemental ou écologique que d'un point de vue économique, ce patrimoine étant un capital exceptionnel à transmettre aux générations futures.


U.R.I : Quelle est votre analyse sur le P.A.D.D.U.C ?

J.C.O :
En relation directe avec la question précédente, je crois qu'afin d'aider les maires à faire face à toutes les sortes de pressions qui pèsent sur eux, il conviendrait que des règles élaborées à l'échelon régional soient édictées pour mieux encadrer nos marges de manoeuvres. Le PADDUC est une de ces règles, mais je pense que ce serait une erreur de croire qu'avec ce seul document, tous les problèmes de la Corse seront réglés. Par exemple, en matière de foncier, la problématique de la Corse ne se résume pas aux seuls espaces remarquables, mais la CTC devra un jour user de ses compétences en matière d'expérimentation législative pour encadrer la politique foncière qui doit permettre aux corses de pouvoir construire sans être tentés de vendre. Le PADDUC tel qu'il nous est proposé, est largement insuffisant pour le Maire de Bonifacio, notons une absence totale de réflexion sur les rapports corso-sardes, ou sur le devenir de la caserne Montlaur, patrimoine ô combien important de notre région.


U.R.I : Gestion du foncier, droit de résident, projets immobiliers et protection de l'environnement... Quel est le point de désaccord aujourd'hui avec l'association A.B.C.D.E. ?

J.C.O :
Je précise avant tout que j'ai plus de points de convergences que de divergences avec cette association. Cependant, un des points qui m'oppose à bon nombre d'associations de défense de l'environnement, notamment celle de Mme Salotti (car ce point a été évoqué lors de l'AG de ABCDE) c'est le principe qui consiste à ne faire aucune différence entre le permis demandé par Mr Seguela et celui demandé par un bonifacien désireux de construire sa résidence principale sur le terrain de ses aïeux.

J'ai d'ailleurs été surpris d'apprendre que certaines organisations nationalistes qui ont adhéré au collectif pour le maintien de la loi littoral cautionnaient cette idée. Pour ma part, je soutiens l'idée d'un développement de l'activité hôtelière, génératrice d'emplois, plus que la construction de résidences secondaires gourmandes en foncier et avec trop peu d'emplois induits. Je ne m'oppose nullement à un statut de résident bien au contraire.

Je suis favorable à un code des investissements, car des capitaux extérieurs sont nécessaires afin de créer des emplois pour que les jeunes de cette terre n'aient plus à partir comme l'on fait mon grand-père et mon père. Ma théorie en matière d'urbanisme pourrait se résumer en une seule formule, à laquelle il faudrait donner un cadre juridique : laisser construire, mais ne pas laisser vendre. Autrement dit, mettre ainsi fin à la spéculation immobilière.


U.R.I : Vous annonciez il y a peu, avec votre conseil municipal, inviter le président français Nicolas Sarkozy à Bunifaziu : Pourquoi une telle invitation ?

J.C.O :
Depuis que je suis aux responsabilités je n'ai qu'un désir : être efficace. Le dossier de la Caserne Montlaur est victime depuis des décennies de l'inertie et du désintéressement de nos responsables régionaux. Le G8 se déroulera à la Maddalena et Mr Sarkozy sera présent. Pourquoi ne pas profiter de cette présence pour faire enfin avancer ce dossier ? Montlaur pourrait peut être avoir sa place dans le projet de l'union pour la méditerranée.

Mon équipe notamment composée de gens de gauche et de nationalistes n'a pas interpellé le président de la république pour plus d'état policier car telle n'est pas notre philosophie. Cependant, si Nicolas Sarkozy veut être pour la Corse ce que Michel Rocard a été pour la Nouvelle Calédonie, autrement dit trouver une solution politique aux problèmes de notre île, je suis preneur !


Propos recueillis par Ulivieru Sauli

 

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