Les interviews qui suivent
reflètent les tendances, différentes
ou divergentes, d'actrices
et acteurs politiques, associatifs
et économiques sur des
sujets comme le développement
communal, le foncier, la notion de
résident, l'environnement, le
P.L.U. ou le P.A.D.D.U.C. Pour
Portivechju, ce sont Maria Claudia
Branca et Roland Dominici qui
exprime, selon leur propre sensibilité,
leur vision du P.L.U. et du
P.A.D.D.U.C. La première reprendra
les principaux points de la
nouvelle démarche communale
« U Riacquistu » dont elle était la
tête de liste durant les dernières
municipales. « U Riacquistu » est
la conséquence de la rupture unilatérale
des convergences patriotiques
décrétée par le P.N.C. local.
Le second explique son approche
sur l'économie résidentielle et le
tourisme. Il est l'un des rares
entrepreneurs économiques à
l'avoir fait publiquement. Son
explication, dans le cadre d'une
confrontation des idées, n'en était
que plus attendue ! Pour
Bunifaziu ce sont Vincente Cucchi
de l'infatigable association
ABCDE et Jean-Charles Orsucci,
maire actuel, qui répondent aux
questions. Vincente Cucchi donne
une lecture de l'action associative
contre l'influence et la puissance
des nantis sur les choix communaux
et les décisions judiciaires
(pas toujours suivis d'effet !). Jean-
Charles Orsucci explique sa
marge de manoeuvre dans le cadre
de sa gestion actuelle. Une précision
attendue : la motivation de
l'invitation par la municipalité au
président Nicolas Sarkozy. Ces
quatre interviews traduisent l'importance
du débat et des points de
vue en matière économique et
sociale suscités par la situation
actuelle de l'extrême sud, et plus
précisément des deux communes
concernées. Au-delà des choix
respectifs, concordants et divergeants,
la nécessité de projeter
une économie politique selon un
concept identitaire prend toute
son importance. L'interrogation
demeure : pourquoi la communauté
corse reconnue comme
telle n'est-t-elle pas le principal
point d'appui de tout projet de
développement économique ?
C'est bel et bien en édifiant une
corrélation entre communauté
originelle et perspective économique
que se dessine l'essentiel du
problème tel qu'il se pose à l'Etat
Français : la reconnaissance en
droit du Peuple corse. Et tout
schéma d'avenir, d'évolution et
de croissance, sera voué à l'échec
s'il ne prend pas en considération
première ce principal élément
qu'est cette identité humaine spécifique
qui habite depuis très
longtemps le territoire de Corse. A
Bunifaziu comme à Portivechju.
Maria Claudia Branca :
« Cette politique résidentielle fait la part belle aux
nantis et augmente le risque de fracture sociale ».
U Ribombu Internaziunale : U
Riacquistu s'est opposé au projet
de P.L.U. de la municipalité sortante.
Parmi les points énoncés, le
projet « pharaonique » du port de
plaisance. Où en est aujourd'hui
ce projet ?
Maria Claudia Branca : Le projet sera
réexaminé par le conseil municipal
dans les prochains mois. Le maire a
laissé entendre que le projet serait
revu à la baisse mais aucune précision
n'ayant été donnée à ce sujet
nous en doutons fort. Sous sa forme
actuelle nous le rejetons catégoriquement
car il consacre une privatisation
de la gestion du port, les emplois
créés seront précaires, la protection
environnementale et écologique du
golfe n'est absolument pas garantie.
U.R.I : Que pensez-vous du
P.A.D.D.U.C ? Y a-t-il une articulation
entre ce dernier et le P.L.U. de
Portivechju ?
M.C.B : Le Plan d'Aménagement et
de développement Durable de la
Corse (P.A.D.D.U.C.) reproduit à
l'échelle de la Corse ce que nous
refusons comme orientation économique
et sociale pour la commune
de Portivechju, à savoir une économie
essentiellement résidentielle et
néglige les activités économiques
productives. Ce padduc accroîtra la
fracture sociale et la précarité, nous
ne l'acceptons pas car il ne correspond
absolument pas à ce que nous
défendons. Nous nous battons pour
promouvoir une économie productive
et sociale au bénéfice du plus
grand nombre. L'articulation est
manifeste : l'esprit du P.L.U. de la
commune de Portivechju s'inscrit
dans une orientation politique économique
identique à celle prônée
par le P.A.D.D.U.C.
U.R.I : l'occupation symbolique de la
propriété « Clavier » à Punta d'Oru
est-elle révélatrice selon vous des
problèmes du foncier sur la région ?
M.C.B : La prolifération des résidences
secondaires a provoqué la flambée
des prix de l'immobilier, il est
pratiquement impossible pour des
habitants de la région d'accéder à la
propriété. Cette politique résidentielle
fait la part belle aux nantis
et augmente le risque de fracture
sociale. La propriété de Christian
Clavier est un exemple parmi tant
d'autres.
U.R.I : Comment concevez- vous la
notion de résident ?
M.C.B : La mise en place du statut de
résident est indispensable si l'on veut
empêcher que nous soyons totalement
dépossédés de notre terre.
Vivre en Corse depuis 10 ans, s'investir
dans la vie économique,
sociale et culturelle de notre pays
pour pouvoir acquérir des terrains ou
des maisons me semblent des conditions
qui pourraient empêcher que
notre terre nous échappe peu à peu.
Roland Dominici : « N'est-ce pas dans la situation actuelle que le
développement anarchique du tourisme mène
véritablement à ce tout-tourisme ? »
U Ribombu Internaziunale : Vous avez
publiquement défendu le
P.A.D.D.U.C. pourquoi ?
Roland Dominici : Ce n'est pas le
PADDUC que j'ai défendu, car à
ce jour il n'a pas encore été présenté
à l'Assemblée et donc finalisé
et voté, mais la démarche engagée
sur un projet de PADDUC. En effet
lorsque la délibération de
l'Assemblée de Corse du 27 février
2003 a voté les modalités de mise
en oeuvre du PADDUC, j'ai
accepté d'être membre de la commission
PADDUC, qui a créé les
groupes de travail. J'ai participé, au
sein de ces groupes de travail à de
nombreuses séances, aux cours
desquelles j'ai pu voir des représentants
de tous les groupes politiques,
des représentants des maires
et des Conseil Généraux, des représentants
de secteurs d'activité économiques,
ainsi que d'associations.
Les débats étaient toujours animés,
passionnants voire passionnés,
mais ont toujours permis de prendre
en compte les avis de chacun.
A chaque réunion, tous les groupes
politiques étaient informés, ainsi
que tous les acteurs participants
aux groupes de travail. En quatre
ans ils se sont réunis plusieurs fois
(plus de dix concernant celui de
Stéphanie Grimaldi sur les lois littorale
et montagne). Lorsque la
Commission PADDUC a rendu son
rapport de synthèse le 26 juin
2008, l'ensemble des membres,
malgré quelques remarques sur la
perfectibilité du projet, n'ont pas
remis en cause le travail effectué, il
suffit pour cela de relire le procès
verbal de cette réunion. Quelques
mois après, à l'initiative d'associations
la polémique anti PADDUC a
pris de l'ampleur, en demandant
notamment le retrait du projet. Il
est vrai que j'ai pris la défense du
projet, car les arguments servant à
le discréditer, étaient souvent entachés
de contre-vérités et les attaques
personnelles dirigées vers certains
hommes politiques étaient
insultantes, déplacées, et diffamatoires.
La plupart des griefs concernaient
principalement la loi littorale
et notamment l'écart constaté
avec l'Atlas de l'Etat, qui n'a
aucune valeur juridique et qui a été
élaboré sans véritable concertation
avec les élus Corses. C'est quand
même paradoxal que les Corses
préfèrent se référer à ce document
imposé par l'Etat, plutôt que d'essayer
d'en élaborer un, conformément
aux objectifs de la loi de décentralisation de 2002, découlant
d'une compétence en matière
d'aménagement et d'organisation
du territoire, que la loi a expressément
confiée à la Collectivité
Territoriale de Corse et qui est exercée
de manière exclusive par
celle-ci. A croire que certains
voudraient revenir au statu quo
ante Matignon ! En outre,
concernant le secteur d'activité
que je représente, les attaques
faisant croire que le projet était
la porte ouverte au « tout-tourisme
», vont à l'encontre de la
vérité, car il suffit de lire les quatre
pages dédiées au tourisme
pour s'en persuader :
•La Corse peut s'inscrire dans une
optique de développement durable
et s'opérer de manière mesurée en
préservant les équilibres des territoires
et la qualité de l'environnement.
•Les nouvelles capacités d'accueil
devront prioritairement favoriser :
les zones où la pression touristique
le permet et où les infrastructures
publiques sont suffisamment calibrées
pour les accueillir, évitant
ainsi les coûts collectifs additionnels
; les hébergements où les lacunes
de l'offre sont patentes, correspondent
aux évolutions de marchés
et sont attractives toute l'année.
Cela consiste à prioriser notamment
les hébergements hôteliers de
qualité de niveau international et
de capacité suffisante pour accéder
notamment aux marchés du tourisme
d'affaires ; les hébergements
liés à des démarches qualité environnementale,
entrant dans des
labels reconnus et favorisant les
bonnes pratiques (Qualité Corse) ;
les hébergements de qualité permettant
de fixer les séjours dans
l'intérieur de l'île, avec une mention
particulière pour les structures
de charme réhabilitant le patrimoine
bâti.
•Ainsi, loin d'un tourisme de masse
sur lequel se portent d'autres destinations,
la Corse privilégiera un
tourisme maîtrisé et équilibré en
rapport avec la densité de population
résidente.
•Valoriser le patrimoine naturel et
culturel de l'île, ce qui permettra de
renforcer l'attractivité de l'offre et
sera générateur de flux économiques
et d'emplois.
Où voit-on là trace de « tout-tourisme
» ? N'est-ce pas dans la situation
actuelle que le développement
anarchique du tourisme mène véritablement
à ce « tout-tourisme » ?
Que ce projet ne soit pas parfait,
nul ne le conteste, mais il a au
moins le mérite d'exister et permettra
aux élus de l'Assemblée
Territoriale d'en débattre, de
l'amender et de ne pas jeter aux
oubliettes quatre années de travail
de ceux qui ont au moins fait l'effort
de participer à son élaboration.
U.R.I : Quel est votre analyse du
P.L.U. de Portivechju ?
R.D : Porto Vecchio troisième ville
de Corse est devenu l'un des premiers
pôles touristiques et de développement
économique de la
Corse. A ce titre le PLU doit être un
outil indispensable pour accompagner
ce développement tout en
maîtrisant les équilibres territoriaux
et notamment l'identité de la partie
rurale de la commune. L'enjeu est
de taille et l'exercice est difficile
pour concilier les intérêts divergents
de tous les résidents.
L'attractivité de la cité en termes de
développement économique ne
peut qu'être bénéfique pour la
création d'emploi et générateur de
richesse pour l'ensemble de la
communauté. Il est évident que je
suis partisan de la création de véritables
golfs permettant d'assurer
une activité touristique toute l'année,
qui aurait des incidences sur
l'annualisation de l'emploi, encore
trop précaire aujourd'hui. De
même l'extension du port de plaisance
s'inscrit dans les objectifs de
développement de la filière nautique
votée par l'Assemblée de
Corse, avec également pour conséquences
un accroissement de l'activité
toute l'année pour un secteur
également générateur d'emploi. Je
pense que globalement le projet est
ambitieux et répond à l'objectif de
faire de Porto Vecchio le moteur du
Grand Sud.
U.R.I : Quelle est votre conception
de l'économie résidentielle ?
R.D : Là encore on trouve l'exemple
type des contre-vérités utilisées
pour critiquer le PADDUC.
Certains ont voulu faire croire que
le concept d'Economie
Résidentielle était basé sur le développement
des résidences secondaires
à vocation touristique ! Ce
qui est tout à fait faux. Tout
d'abord, mon approche du développement
du tourisme va à l'encontre
du para-commercialisme
débridé qui sévit en Corse et qui se
révèle, la plupart du temps, comme
une concurrence déloyale, une
économie parallèle qui favorise la
fuite de capitaux en défavorisant la
création d'emplois. L'économie
résidentielle (appelée également
économie présentielle) regroupe
les activités économiques destinées
à satisfaire les besoins de la population
du territoire, dite résidente.
Elle comprend toutes les activités
locales dont les produits et services
sont destinés à être consommés
directement par les personnes présentes
sur un territoire, qu'elles y
travaillent, résident en permanence
ou occasionnellement (retraités,
touristes). La production de ces
activités est consommée sur place.
Donc l'économie résidentielle
désigne l'ensemble des activités
domestiques présentes sur un territoire
et nécessaires à la vie de ses
habitants : artisanat, commerces,
services médicaux et paramédicaux,
activités de culture et de
loisir, services à la personne…
L'économie de production comporte
deux types d'entreprises :
•Celles qui satisfont des besoins
locaux (commerce, artisanat, services
marchands et non marchands) -
dont la production est consommée
sur place -et dont le développement
économique est lié essentiellement
à la quantité et aux caractéristiques,
notamment économiques,
de la population locale.
•Celles qui s'inscrivent dans des
logiques de systèmes de production,
de marchés et de financement
qui leur sont propres et dont la production
est principalement destinée
à être exportée du territoire. La
production des premières est destinée
à la consommation de l'économie
résidentielle, celle des secondes
à l'exportation. La Corse avec
sa faible démographie a un marché
de consommation interne relativement
faible, que seuls les flux touristiques,
permettent d'optimiser et
d'accroître le marché destiné à la
production locale, donc à l'économie
résidentielle. Le territoire attire
ainsi des revenus de l'extérieur qui
constituent une base économique.
Ce revenu stimule l'activité locale,
l'emploi local qui produit des biens
(de consommation ou d'équipement)
et des services vendus localement
et détermine ainsi le niveau
de revenu, d'emploi et de cohésion
du territoire. Au moment ou la globalisation
transforme en profondeur
les systèmes productifs locaux
(et parfois les éradiquent), on peut
se demander si l'attractivité résidentielle
et son double, l'attractivité
culturelle, des loisirs et de la
qualité de la vie, ne représente pas
un enjeu majeur pour les territoires,
et un stabilisateur économique.
U.R.I : L'affaire dite « Clavier » n'estt-
elle pas révélatrice des problèmes
actuels inhérents au foncier ?
R.D : Il est évident qu'il existe un
véritable problème du foncier en
Corse, l'affaire Clavier n'en est
qu'un faible exemple au vu du
tapage médiatique qu'elle a
déclenché. Tout d'abord je regrette
que l'on n'ait jamais élaboré un
code des investissements qui aurait
certainement protégé la Corse de
nombreuses tentatives prédatrices.
Pour autant si l'on peut regretter,
comme dans d'autres régions françaises,
les acquisitions foncières
par de nombreux étrangers, il faut
toutefois convenir que ce sont la
plupart du temps des Corses qui
vendent ces terrains ! … Bien des
convoitises sont à craindre, mais je
ne pense pas que le PADDUC les
amplifie. Bien au contraire,
aujourd'hui sans règles du jeu bien
définies on a bien vu que l'application
de la loi était à géométrie
variable et s'appliquait par tribunaux
administratifs interposés avec
bien souvent des résultats contradictoires
d'une juridiction à l'autre.
Le PADDUC, soumis à la loi littorale,
quoiqu'on puisse en dire, permettra
aux maires d'avoir un document
de référence permettant une
meilleure élaboration des PLU.
Vincente Cucchi : « ABCDE n'a jamais été hostile au développement,
pas plus qu'elle ne s'oppose systématiquement
à toute construction ».
U Ribombu Internaziunale : Pourriez -
vous nous présenter un bilan de
l'activité de votre association ?
Vincente Cucchi : Nous avons mené
depuis 12 ans de nombreuses
actions destinées à alerter l'opinion
comme les pouvoirs publics. Des
actions « de terrain », comme l'organisation
ou la co-organisation de
manifestations (par exemple contre
la vente de la caserne Montlaur,
contre le passage des pétroliers dans
les Bouches de Bonifacio, contre la
base nucléaire de la Maddalena),
mais aussi de nature juridique,
notamment en déposant des recours
auprès des différentes juridictions
administratives pour demander l'annulation
de permis de construire sur
le littoral de la commune, ainsi
qu'une requête en annulation du
PLU. En effet, des problèmes comme
Cavallo, Calalonga, Sperone-
Piantarella nous ont sensibilisés au
fait que le littoral est une ressource
fragile, rare, non renouvelable.
Depuis 12 ans environ, la trentaine
de permis de construire (concernant
à peu près une centaine de constructions)
pour lesquels nous avons été
amenés à déposer des recours ont
tous été annulés pour non-conformité
avec la loi littoral ou retirés par
la commune. Nous avons donc largement
contribué à établir une jurisprudence
concernant l'application
de la loi « littoral » et à freiner l'urbanisation
du littoral bonifacien.
Mais la pression spéculative est si forte et la non-application de la loi si
fréquente qu'il nous faut rester
mobilisés en permanence.
U.R.I : Quelle est votre approche de
l'environnement et du développement
économique ?
V.C : ABCDE n'a jamais été hostile
au développement, pas plus qu'elle
ne s'oppose systématiquement à
toute construction. Il ne s'agit pas
de ne rien construire, mais de
mieux construire. ABCDE défend
en toute transparence une idée
d'un mieux-être à partager et réfléchit
sur une réorientation profonde
de notre mode de développement.
Cette conception va forcément à
l'encontre de ce qui nous est proposé
à travers les PLU et autre
PADDUC, à savoir le tourisme et
l'économie résidentielle dont nous
constatons les effets pervers dans
notre micro-région.
U.R.I : Quelle est votre analyse du
P.L.U. de l'ancienne municipalité ?
V.C : Ce PLU est catastrophique. Il
autorise en effet la création artificielle
d'une multitude de lotissements,
soit sur des espaces vierges à
très grande valeur paysagère et
remarquables pour ce qui est des
biotopes, soit à partir de groupes (en
général de taille minime) très disparates
de constructions préexistantes
qui n'ont rien d'un village et qui
n'accueillent aucun service public
ou commercial. Ces nouvelles
agglomérations montées de toutes
pièces et dont l'immense majorité
est destinée à la résidence secondaire
dite "de luxe" (et réservées pour
la plupart à la location) pourraient
accueillir des milliers de nouveaux
résidents secondaires. S'il était appliqué,
on assisterait alors à une déstructuration
totale de l'urbanisme
aboutissant à une juxtaposition de
poches touristiques dortoirs surpeuplées
l'été et désertes l'hiver, et de
milieux plus ou moins mités pour les
"privilégiés". La perte de cohésion
économique et sociale serait tout
autant catastrophique qu'inévitable.
En résumé, il réserve des pans
entiers de la commune - les plus
prestigieux - pour de l'habitat secondaire
aux investisseurs privés de forte
capacité financière et "ghettoïse" le
"bonifacien de base" Quant au coût
pour la collectivité (réseaux) et aux
inconvénients inévitables (saturation
des réseaux ou a contrario surdimensionnement
très coûteux d'installation
et d'entretien), il est inacceptable
pour la collectivité. D'autre
part, la protection des milieux naturels
est inexistante. Bien au
contraire, ces milieux sont livrés à
une urbanisation essentiellement
spéculative. Au lieu d'avoir un document
d'urbanisme qui réponde aux
besoins de la population résidente et
tente de freiner le rouleau compresseur
de la spéculation foncière et
immobilière (aujourd'hui, plus
aucun bonifacien n'est en mesure
d'acheter un morceau de terre),
nous avons un PLU qui accompagne
et favorise ces phénomènes
conduisant à la spoliation. On peut
d'ailleurs adresser ces mêmes critiques
au PADDUC qui applique à
l'échelle de la Corse les mêmes
orientations catastrophiques.
U.R.I : Quels sont vos rapports avec
la municipalité en place ?
V.C : Nos rapports avec la nouvelle
municipalité se sont normalisés
(aucun dialogue n'était possible
avec la précédente.) Nous n'entendons
pas jouer le rôle de l'opposant
systématique. Nous ne nous positionnons
pas en contre-pouvoir,
mais nous entendons nous exprimer
librement sur les choix que les nouveaux
élus auront à faire. Nous
attendons d'eux des mesures fortes
qui soient en totale rupture avec les
orientations et les pratiques de l'ancienne
municipalité. Quant aux
permis qui étaient illégaux avant
les élections, ils le demeurent, et
nous sommes donc dans la continuité
de nos actions lorsque nous
les attaquons.
Jean Charles Orsucci : « Si Nicolas Sarkozy veut être pour la Corse ce que
Michel Rocard a été pour la Nouvelle Calédonie,
autrement dit trouver une solution politique aux
problèmes de notre île, je suis preneur ! »
U Ribombu Internaziunale : Quel
est dans l'esprit le point de
rupture avec le P.L.U. tel qu'il
a été prôné par l'ancienne
municipalité ?
Jean Charles Orsucci : Il convient
avant tout de noter la différence
d'état d'esprit qui anime mon
équipe. Nous sommes favorables
à un renforcement de la
construction sur le plateau calcaire
ou granitique de
Bonifacio, là où la spéculation
est moins forte et où le bonifacien
souhaite s'installer. En ce
qui concerne le littoral, nous sommes en retrait par rapport à
nos prédécesseurs, nous sommes
défavorables à la construction
d'un second golf sur les terrains
de Mr Dewez à Balistra,
nous sommes hostiles à la
constructibilité sur les terrains
de Mr Dewavrin à Canetto, et
nous nous opposons à l'extension
de constructions sur l'île
de Cavallo. Ces trois exemples
sont très explicites quant à nos
divergences. La protection du
littoral est nécessaire tant d'un
point de vue environnemental
ou écologique que d'un point
de vue économique, ce patrimoine
étant un capital exceptionnel
à transmettre aux générations
futures.
U.R.I : Quelle est votre analyse
sur le P.A.D.D.U.C ?
J.C.O : En relation directe avec la
question précédente, je crois
qu'afin d'aider les maires à faire
face à toutes les sortes de pressions
qui pèsent sur eux, il
conviendrait que des règles élaborées
à l'échelon régional
soient édictées pour mieux
encadrer nos marges de
manoeuvres. Le PADDUC est
une de ces règles, mais je pense
que ce serait une erreur de
croire qu'avec ce seul document,
tous les problèmes de la
Corse seront réglés. Par exemple,
en matière de foncier, la
problématique de la Corse ne se
résume pas aux seuls espaces
remarquables, mais la CTC
devra un jour user de ses compétences
en matière d'expérimentation
législative pour encadrer
la politique foncière qui
doit permettre aux corses de
pouvoir construire sans être tentés
de vendre. Le PADDUC tel
qu'il nous est proposé, est largement
insuffisant pour le Maire
de Bonifacio, notons une
absence totale de réflexion sur
les rapports corso-sardes, ou sur
le devenir de la caserne
Montlaur, patrimoine ô combien
important de notre région.
U.R.I : Gestion du foncier, droit
de résident, projets immobiliers
et protection de l'environnement...
Quel est le point de
désaccord aujourd'hui avec
l'association A.B.C.D.E. ?
J.C.O : Je précise avant tout que
j'ai plus de points de convergences
que de divergences avec
cette association. Cependant,
un des points qui m'oppose à
bon nombre d'associations de
défense de l'environnement,
notamment celle de Mme
Salotti (car ce point a été évoqué
lors de l'AG de ABCDE)
c'est le principe qui consiste à
ne faire aucune différence
entre le permis demandé par Mr
Seguela et celui demandé par
un bonifacien désireux de
construire sa résidence principale
sur le terrain de ses aïeux.
J'ai d'ailleurs été surpris d'apprendre
que certaines organisations
nationalistes qui ont
adhéré au collectif pour le
maintien de la loi littoral cautionnaient
cette idée. Pour ma
part, je soutiens l'idée d'un
développement de l'activité
hôtelière, génératrice d'emplois,
plus que la construction
de résidences secondaires gourmandes
en foncier et avec trop
peu d'emplois induits. Je ne
m'oppose nullement à un statut
de résident bien au contraire.
Je suis favorable à un code des
investissements, car des capitaux
extérieurs sont nécessaires
afin de créer des emplois pour
que les jeunes de cette terre
n'aient plus à partir comme
l'on fait mon grand-père et mon
père. Ma théorie en matière
d'urbanisme pourrait se résumer
en une seule formule, à laquelle
il faudrait donner un cadre
juridique : laisser construire,
mais ne pas laisser vendre.
Autrement dit, mettre ainsi fin
à la spéculation immobilière.
U.R.I : Vous annonciez il y a
peu, avec votre conseil municipal,
inviter le président français
Nicolas Sarkozy à Bunifaziu :
Pourquoi une telle invitation ?
J.C.O : Depuis que je suis aux
responsabilités je n'ai qu'un
désir : être efficace. Le dossier
de la Caserne Montlaur est victime
depuis des décennies de
l'inertie et du désintéressement
de nos responsables régionaux.
Le G8 se déroulera à la
Maddalena et Mr Sarkozy sera
présent. Pourquoi ne pas profiter
de cette présence pour faire
enfin avancer ce dossier ?
Montlaur pourrait peut être
avoir sa place dans le projet de
l'union pour la méditerranée.
Mon équipe notamment composée
de gens de gauche et de
nationalistes n'a pas interpellé
le président de la république
pour plus d'état policier car
telle n'est pas notre philosophie.
Cependant, si Nicolas
Sarkozy veut être pour la Corse
ce que Michel Rocard a été
pour la Nouvelle Calédonie,
autrement dit trouver une solution
politique aux problèmes de
notre île, je suis preneur !
Propos recueillis par
Ulivieru Sauli