En 1755, lorsque
Pasquale de’Paoli
devient général en
chef de la Corse et
qu’il déclare l’indépendance,
il a
besoin de choisir
une capitale pour
installer son gouvernement.
Il choisit Corti, et
notamment l’ancien
Palazzo della
signoria, construit
vers 1570, qui
avait abrité par le
passé des officiers
génois notamment
le lieutenant de la
province de Corti.
Il doit alors doter ce bâtiment
de tous les attributs d’un
siège de gouvernement. Il
faut savoir qu’à l’époque, le
Palazzu Naziunale compte un
étage de moins.
Paoli n’a aucune prédisposition
pour vivre dans le luxe, mais il
fera des efforts car il percevra très
tôt l’importance de l’image qu’il
donnera de lui même et de son
gouvernement à l’extérieur. Il sera
par exemple très attentif à la tenue
vestimentaire des messagers corses.
Paoli donna comme l’explique
Jean Pulicani (conférence
donnée à la bibliothèque du
Palazzu Naziunale pour le centenaire
du retour des Cendres de
Paoli, le 4 septembre 1989), un
certain décorum pour le service la
vaiselle employée ou la diversité
des plats servis.
Le Palazzu Naziunale abrite également
les prisons d’Etat, dans
son rez-de-chaussée. C’est un
gros problème pour Paoli, car
lorsque les prisonniers entendent
que Paoli est là, ils se mettent à
hurler toute la nuit et il dort très
mal.
Il prendra ainsi la décision
d’aménager un appartement pour
recevoir les hôtes de marque à un
autre endroit, dans le couvent St
François, dont il ne reste
aujourd’hui plus que le fameux
clocher. Il utilisera lui-même
occasionnellement ce logement
pour se reposer.
Les animaux du
gouvernement
Dans le Palazzu, Paoli installe
aussi les archives gouvernementales.
Les Génois avaient eu beaucoup
de mal à se protéger des souris
qui causaient des dégâts
considérables dans les archives.
Paoli a l’idée de mettre des chats,
au nombre de cinq qui seront nourris aux frais... du gouvernement
! Paoli avait également un
ou plusieurs cursini qui montaient
la garde devant sa chambre, dont
un, Nasone, auquel il devait tenir
tout particulièrement au point de
l’avoir amené en exil avec lui à
Londres.
En 68, il y avait aussi un perroquet,
sans doute arrivé de Tunis,
deux autruches, et un “tigre” qui
devait être un femelle guépard,
cadeaux du Bey de Tunis.
Les habitants
du Palazzu
Au rez-de-chaussée du Palazzu,
se trouvait la garde du Palazzu,
composée de 5 soldats et d’un
officier. Il y avait une sentinelle
en fraction en permanence.
La garde personnelle de Paoli
qui l’accompagnait et l’escortait
dans tous ces déplacements était
composée d’une cinquantaine
d’hommes qui étaient logés chez
l’habitant à Corti comme lors des
déplacements.
Le père Valentini était le trésorier
du Royaume. Il réglait les
dépenses de l’Etat, notamment
l’entretien du Palazzu. Il y avait
un garde des Sceaux dont le rôle
était d’authentifier tous les courriers
ou acte officiels, son fils était
chargé de l’organisation des
receptions et de l’accueil des invités.
On trouvait également dans le
Palazzu le docteur personnel du
général.
En plus des secrétaires intérimaires
suivant les besoins, il y avait
un secrétaire particulier. Le
Palazzu payait également un chasseur
pour approvionner la cuisine
en gibier. Des pallefreniers s’occupaient
du cheval de Paoli, du
mulet chargé de transporté son lit
de camp en déplacement et vers la
fin du Royaume du cheval arabe
offert par le Bey de Tunis en 68.
Paoli avait également un valet de
chambre.
Un chef avait 5 ou 6 personnes à
son service, et le maître d’hôtel
deux.
Histoire et avenir
En revanche, le Palazzu n’abrite
pas les locaux de l’Université de
Corse contrairement à une idée
répandue. En fait, l’Université est
logée dans la Casa Rossi, un maison
aujourd’hui détruite, au-dessus
de la place Paoli, dans l’alignement
de la statue et de la
fontaine. On remarque d’ailleurs
qu’il manque un bâtiment à cet
endroit.
Il serait intéressant aujourd’hui
de pouvoir recréer dans le Palazzu
Naziunale l’aménagement de
l’époque paoline et d’en faire un
musée sur Paoli. Cela permettrait
d’avoir un lieu de mémoire supplémentaire
sur cette époque au
lieu de le confiner au rôle, certes
prestigieux, de présidence de
l’Université, mais qui le coupe du
grand public.
Ghjuvan Filippu Antolini