Un mouvement de
Libération Nationale quelle
que soit sa quête justifiée
d’émancipation nationale
et aussi sociale n’échappe
pas souvent aux divergences
et aux contradictions,
voire aux vicissitudes d’une
lutte que l’ennemi dominateur
peut observer positivement,
exploiter voire susciter…
Il en va ainsi, avec ses
réalités spécifiques, de la
Palestine confrontée à la
fois, aux menées armées et
sanglantes de Tsahal, la
puissante formation militaire
israélienne, et aux
affrontements inter-palestiniens
opposant certains
tenants du Fatah et du
Hamas.
Une cinglante
actualité…
C’est à priori, telle une goutte
d’eau qui fait déborder le vase, à
cause de l’annonce faite par le président
de l’Autorité Palestinienne
Mahmoud Abbas d’élections présidentielle
et législatives anticipées,
que sont survenus les affrontements
inter – palestiniens, qui ne cessent
de se succéder tant dans la bande de
gaza qu’en Cisjordanie. Des affrontements
opposant des militants du
Fatah aux militants du Hamas et qui
souvent se terminent – hélas – dans
le sang, démentant pour le moment
les appels lancés ici et là à l’unité
nationale. Il y a peu, encore une
fois, l’actuel responsable du gouvernement
palestinien Ismaïl
Haniyeh exhortait « toutes les parties
à s’en tenir à l’accord de réconciliation
»… Il y a peu, au même
moment, des hommes du Fatah faisaient
feu sur une manifestation à
Naplouse d’une manifestation de
milliers de militants du Hamas…
La complexité
historique
Au-delà d’une conjoncture, la
complexité de la question palestinienne
repose sur des éléments
déterminant son avenir. Les accords
d’Oslo – pour citer ceux – là – ont
démontré la possibilité d’une solution
politique amenant l’Etat israélien
à admettre le principe d’un Etat
palestinien. Mais les principes sont
souvent démentis par les faits, et
l’Intifada depuis 2000 rappelle la
complexité d’une situation ou la
Palestine demeure un territoire morcelé,
occupé militairement – on y
construit même un mur digne de
l’apartheid ! -, et où Israël poursuit
sa politique de colonisation et d’exploitation
économique au détriment
d’une communauté quasiment soumise
à un quotidien d’humiliation,
de pauvreté sinon de misère et de
négation… Israël peut impunément
continuer sa politique d’agression et
de soumission et ce pour trois principales
raisons :
la création d’un Etat palestinien au
sens entier du terme, n’est pas
majoritairement admise au sein de
la classe politique israélienne malgré
la réalité d’un fort mouvement
pacifiste ;
Israël bénéficie pour cette approche
du soutien intégral des Etats-
Unis.
Le silence imposé ou complice
d’une communauté internationale,
malgré la marge de manoeuvre de
l’O.N.U.
Les accords d’Oslo (1993) ont certes
ouvert une perspective, mais
n’ont pas répondu à la globalité
complexe du problème posé. La
situation actuelle le rappelle.
L’émergence du
Hamas
Les atermoiements des politiques
internationales, minées à la fois par
les intentions réelles des conservateurs
israéliens et américains, n’ont
pas permis à l’autorité palestinienne,
y compris du temps historique
de Yasser Arafat, de prendre
toute la place qui était la sienne sur
les territoires qui lui ont été accordés.
Même l’Europe qui n’est pas
du tout opposée à la mise en place
d’un Etat palestinien n’a pu influencer
le sort imparti à toute une communauté
qui malgré des accords,
malgré des aides et des apports
financiers, n’a vu ni connu une
substantielle évolution de développement
social et économique. Les
détournements opérés au sein des
institutions palestiniennes au détriment
des besoins collectifs et vitaux
ont commencé à détourner nombre
de couches sociales défavorisées
d’un pouvoir perçu comme « gangrené
» au bénéfice d’une association
au départ religieuse, caritative
dont l’installation progressive et le
maillage sur l’ensemble de la
société auront une traduction politique conséquente lors des dernières
législatives de cette année puisque
le Hamas devient le mouvement
politique majoritaire ayant à charge
de constituer le nouveau gouvernement
palestinien. Entre – temps le
Hamas, malgré la liquidation physique
de ses principaux dirigeants a
démontré sa capacité militaire à
frapper sur le sol israélien et à lui
asséner de sanglants revers.
La communauté
internationale
Au même titre que Georges Bush
hier, et selon le choix sélectif de
Ariel Sharon de ne pas reconnaître
en Yasser Arafat l’homme politique
des possibles négociations d’alors,
le gouvernement israélien
aujourd’hui à travers Ehud Olmert
et toujours avec l’actuel président
américain se refusent de reconnaître
– malgré l’incontestable démonstration
démocratique – la victoire du
Hamas et de voir en lui un acteur
d’éventuelles négociations. L’Union
Européenne adopte le même principe.
Et dans cette campagne d’isolement
international, les aides et
versements financiers sont gelés,
axphyxiant de fait l’économie palestinienne…
des mouvements de protestations
sociales commencent à se
faire sentir ici et là, tel les fonctionnaires
de la sécurité non payés, exacerbant
ainsi une situation et une
confrontation entre le Hamas isolé
et le président de l’autorité palestinienne,
Mahmoud Abbas, détenteur
des sympathies de la communauté
internationale.
Le Hamas malgré sa nouvelle
expérience du pouvoir persiste dans
son refus de reconnaître historiquement
l’Etat d’Israël, s’isolant plus
qu’il ne l’était au niveau des nations
et peuples constitués, et malgré les
tentatives très fragiles et sans succès
de la Russie – pour citer cet exemple
– de tenter de briser l’ostracisme
dont il est sujet…
Un tout autre choix
La récente rencontre entre
Mahmoud Abbas et Ehud Olmert à
Jérusalem a confirmé le choix international
– après l’annonce des élections
anticipées – de « l’interlocuteur
». Ehud Olmert n’en a pas fait
secret : Parmi les gestes de
« bonne volonté » proposés, la
levée des restrictions de mouvement
imposées aux palestiniens et le
retrait de plusieurs barrages en
Cisjordanie, le transfert
des taxes qu’Israël perçoit
pour la Palestine et qui ne
sont plus versées depuis
mars, la dote de plusieurs
centaines de fusils d’assaut
en Cisjordanie pour
renforcer la garde du président.
Pendant ce temps
là, le premier ministre
Ismaïl Haniyeh continue
de dénoncer comme illégitimes
et anti constitutionnelles
ces élections anticipées…
Un fait est acquis
pour le moment : l’échec
d’une unité nationale qui
aurait pu avoir raison des
manoeuvres internationales
de division et de manipulation…
L’incertitude
Il n’en reste pas moins que le calcul
supposé de ces élections anticipées
– une défaite du Hamas – n’est
pas forcément le meilleur. Si une
grande partie de la communauté
internationale mise sur cette supposition,
rien en l’état actuel des choses
n’étaye cette approche. Ainsi
certains pays du Moyen Orient,
l’Egypte, l’Arabie Saoudite et la
Jordanie envisagent plutôt une nouvelle
victoire du Hamas aux législatives
et aussi à la présidentielle. Il
est vrai qu’actuellement c’est bel et
bien le Hamas qui contrôle la trêve,
et qui détient également le soldat
israélien capturé, deux éléments qui
dans la situation actuelle pèsent.
Ainsi si le scénario venait à se
reproduire, les conditions de conflit
iraient certainement en s’amplifiant…
En attendant Israël continue sa
politique de colonies, construisant
au sud de Jérusalem un projet de
13 000 unités de logement dont
l’objectif à terme est d’entourer par
le biais de plusieurs colonies la ville
historique en question…
Ulivieru Sauli