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Articulu di u numaru 22, farraghju di u 2007


La Flamme de la résistance paoline



Deux mille sept sera on le sait l’année Pascal Paoli. S’il est juste de faire briller en ce bicentenaire de son décès avec éclat les lumières paolines, s’il est bon que la Corse entière se rassemble derrière celui qui fut le père fondateur de la patrie, il faut cependant prendre garde à ce que sa mémoire ne soit ni profanée, ni utilisée à des fins bassement électoralistes.

Déjà se profile l’image affadie d’un Paoli consensuel amputé de ses plus flamboyants élans, ceux qui firent de lui un chef d’état rassemblant, comme il l’écrit le 15 septembre 1755, tous les efforts « vers le combat pour la patrie et contre l’ennemi commun de notre nation » (1)

Bientôt se préparera subrepticement la mystification venue de ceux qui ayant toujours combattu la notion de patrie et de nation au sens où l’entendait Paoli, se battront pour en devenir les héritiers testamentaires. Quitte à en altérer complètement la pensée et le message, quitte à en diminuer la grandeur pour le ravaler au rang de premier président de conseil général lui qui n’a siégé « au conseil général qu’une seule fois le 11 novembre 1790 »(2) tant il refusait avec hauteur de tels pseudo pouvoirs.

De même la polémique ouverte par Michel Vergé Franceschi selon laquelle le mouvement nationaliste a tort « de voir en lui (Pascal Paoli) l’ennemi de la France, car il ne se situe pas en terme de simples Etats, Gênes, la France, l’Angleterre, et cette vision réductrice fait injure à sa mémoire de citoyen du monde »(3), n’a pas lieu d’être et trouve sa plus éclatante réfutation dans les textes de Paoli rapportés par ce même historien dans son livre : Pascal Paoli, un Corse des Lumières. Force est de constater que Paoli s’est toujours opposé avec virulence à la France et ce à toutes les étapes de sa vie.

Jeune chef d’Etat, quand le 27 août 1768 il affirme à Mann : « Si mon pays est écrasé, je ne resterai pas en Corse ni dans un territoire de l’empire français, si j’ai la possibilité de m’échapper. Tout sera fait pour m’opprimer personnellement et pour m’arracher tous mes écrits qui si ils voient un jour la lumière, pourraient éclairer le monde sur la manière dont les ministres de France considèrent la loyauté ».(4)

Exilé, quand en 1770 il écrit dans son pamphlet “sentiments des nationaux corses contre l’invasion de leur patrie” à propos de la cession de la Corse par Gênes à la France : « Il est révoltant de penser que les droits de souveraineté qu’un monarque ou une république ont sur des homme peuvent être cédés à un autre souverain sans leur consentement libre et spontané ».(5)

Prophète quand le 24 octobre 1793 il tire ce constat définitif : « le drapeau de la république française n’est plus celui des Corses »(6). Homme vieillissant, quand il déplore en 1798 la mort de sa soeur : « Ma soeur a cessé de vivre et la France cruelle, et la rapacité de son gouvernement ont rendu trop amers les derniers moments de son existence. »(7)

La vision de la nation corse comme une nation libre est au coeur de la pensée paoline comme un acte de foi qui explique tout et justifie tout. De l’incarnation de ce rêve que fut le stupéfiant défi concrétisé d’une Corse indépendante, à la fin d’un parcours chaotique mais toujours cohérent. Quand Paoli se rallie aux idées de la révolution, c’est qu’il s’enflamme pour une vision de la nation française qui est momentanément celle d’un état exportant les lumières et luttant pour les valeurs sacrées de la liberté et des droits naturels.

En fait comme le confirment et sa déception rapide et la suite de son combat politique, il s’agit pour Paoli d’une adhésion à un idéal et d’un choix absolument pur d’une éthique et d’une philosophie, et non d’un ralliement à un tutorat porteur d’autorité et distributeur de pouvoir. Dans son esprit la vision de la Corse en tant que nation est toujours intacte comme le montrera le rapprochement avec l’Angleterre avec qui il traite « sur un pied d’égalité de nation à nation. »(8)

Ainsi ceux qui ne voient pas briller dans l’avenir la flamme de la nation corse, ne peuvent se dire en totalité les héritiers de celui qui écrivait au roi Georges III : « Le peuple corse est résolu de soutenir sa liberté et son indépendance ».(9)

Les fils de Paoli sont bien aujourd’hui à chercher dans les rangs de ceux qui luttent pour un idéal dont plus que jamais en cette année d’hommages, par une présence constante et vigilante, ils protégeront l’intégrité et en exprimeront la vitalité.

Docteur Auguste Bagnaninchi

(1) PASCAL PAOLI CORRESPONDANCES VOLUME I, la prise de pouvoir 1749 -1756, page 177, ANTOINE MARIE GRAZIANI, Editions ALAIN PIAZZOLA.
(2) PAOLI UN CORSE DES LUMIERES, MICHEL VERGE FRANCESCHI, Editions FAYARD, page 450.
(3) CORSE MATIN du 14/01/07, page 6.
(4) MICHEL VERGE FRANCESCHI op. sit. page 359.
(5) IBIDEM page 400.
(6) IB. page 473.
(7) IB. page483.
(8) IB. page 474.
(9) IB. Page 472.

 

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