Le génie de Paoli réside dans
son étonnante capacité à
appréhender le passé pour
éclairer l’avenir.
Dans la formation intellectuelle de
Paoli, il y a deux pôles, sa culture
classique avec une parfaite connaissance
des démocraties grecque, et de
la Rome républicaine, et aussi cet
acquis de chrétien lucide et non pas
bigot.
La Corse de 1755 ne sort pas d’une
période d’esclavage, elle n’a connu
ni les affres des guerres de religion
fratricides, ni le pouvoir absolu de
despotes couronnés. Elle a toujours
lutté contre ses envahisseurs successifs
en maintenant ses acquis démocratiques
fort anciens. De tous temps,
les communautés corses ont vécu
dans l’expression de la démocratie
directe, élisant leurs représentants.
Chaque citoyen a toujours pu s’exprimer
quelque soit son rang, son
sexe ou son origine. Chaque décision
mettant en cause la vie des communautés
était prise en commun dans la
plus parfaite transparence démocratique.
Il existait donc en 1755 une tradition
démocratique séculaire , bien
vivace, respectueuse des opinions de
chacun, des libertés individuelles,
soucieuse du bien public et toujours
portée par des valeurs chrétiennes
très fortes. La Corse était alors un
ensemble de pièvi, de provinces,
autogérées et très soucieuses de leur
indépendance décisionnelle comme
peut l’être la cellule familiale.
Le génie de Paoli a été en faisant la
synthèse de ses acquis théoriques et
culturels de réaliser l’unité d’une
nation, en respectant la diversité de
ses composantes. C’est ici que réside
la modernité du grand homme. Dans
l’Europe politique en construction,
nous assistons à un processus similaire
à l’échelle d’un continent. Les
Etats nations constitués au 19ème
siècle, ou après les conflits de 14-18
et 39-45, se décomposent et les communautés
régionales d’Europe réapparaissent
pour revendiquer leur souveraineté.
Toutes les manoeuvres
diplomatiques de Paoli n’avaient
pour but que la reconnaissance de la
souveraineté nationale et sa protection,
pas au sens du protectorat colonial,
mais au sens du tutorat. C’est ce
qui se réalise aujourd’hui avec la
construction européenne.
Dans ce processus, la subsidiarité
est mise en avant, il s’agit de rapprocher
le décideur du citoyen, de déléguer
le pouvoir exécutif aux régions
et de responsabiliser les élus décideurs
aux yeux de leurs mandants les
citoyens. La devise de l’U.E « in
pluribus unum » n’est-elle pas l’essence
de la nation corse, unité dans la
diversité. Quels éléments devons
nous tirer de l’oeuvre législative de
Paoli ?
Une représentation populaire détentrice
du pouvoir législatif, omnipotente
dans tous les domaines. Un exécutif
nommé par la représentation
populaire chargé d’appliquer les politiques
définies par la majorité. Un
contrôle de légalité exercé par une
cour de justice indépendante, chargée
du contrôle des finances publiques
mais également de dire le droit dans
tous les domaines. Une constitution
réduite à l’essentiel, modifiable par
la Cunsulta qui soit un code de bon
fonctionnement des institutions et
non un carcan réglementaire.
L’application large du principe de
subsidiarité pour rapprocher le décideur
du citoyen, pour responsabiliser
politiques et citoyens dans leurs
droits et devoirs respectifs, l’état
n’étant là que pour insuffler des politiques
et exercer ses compétences
régaliennes, justice, éducation, santé,
budget et solidarité nationale, sécurité.
C’est en cela que l’oeuvre législative
de Pasquale Paoli est moderne, il
a su respecter les traditions et coutumes,
respecter les religions et être
laïc sans être athée, organiser un état
efficace où les énergies ne se perdent
pas dans les milles feuilles administratifs.
La nation Corse de demain sera plurielle
respectueuse des individus,
assise sur ses acquis historiques, partie
prenante de cette Europe qui sera
notre tuteur dans le concert des
nations.
Clément Filippi