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Articulu di u numaru 22, farraghju di u 2007


Pasquale Paoli, un législateur moderne



Le génie de Paoli réside dans son étonnante capacité à appréhender le passé pour éclairer l’avenir.

Dans la formation intellectuelle de Paoli, il y a deux pôles, sa culture classique avec une parfaite connaissance des démocraties grecque, et de la Rome républicaine, et aussi cet acquis de chrétien lucide et non pas bigot.

La Corse de 1755 ne sort pas d’une période d’esclavage, elle n’a connu ni les affres des guerres de religion fratricides, ni le pouvoir absolu de despotes couronnés. Elle a toujours lutté contre ses envahisseurs successifs en maintenant ses acquis démocratiques fort anciens. De tous temps, les communautés corses ont vécu dans l’expression de la démocratie directe, élisant leurs représentants.

Chaque citoyen a toujours pu s’exprimer quelque soit son rang, son sexe ou son origine. Chaque décision mettant en cause la vie des communautés était prise en commun dans la plus parfaite transparence démocratique.

Il existait donc en 1755 une tradition démocratique séculaire , bien vivace, respectueuse des opinions de chacun, des libertés individuelles, soucieuse du bien public et toujours portée par des valeurs chrétiennes très fortes. La Corse était alors un ensemble de pièvi, de provinces, autogérées et très soucieuses de leur indépendance décisionnelle comme peut l’être la cellule familiale.

Le génie de Paoli a été en faisant la synthèse de ses acquis théoriques et culturels de réaliser l’unité d’une nation, en respectant la diversité de ses composantes. C’est ici que réside la modernité du grand homme. Dans l’Europe politique en construction, nous assistons à un processus similaire à l’échelle d’un continent. Les Etats nations constitués au 19ème siècle, ou après les conflits de 14-18 et 39-45, se décomposent et les communautés régionales d’Europe réapparaissent pour revendiquer leur souveraineté.

Toutes les manoeuvres diplomatiques de Paoli n’avaient pour but que la reconnaissance de la souveraineté nationale et sa protection, pas au sens du protectorat colonial, mais au sens du tutorat. C’est ce qui se réalise aujourd’hui avec la construction européenne.

Dans ce processus, la subsidiarité est mise en avant, il s’agit de rapprocher le décideur du citoyen, de déléguer le pouvoir exécutif aux régions et de responsabiliser les élus décideurs aux yeux de leurs mandants les citoyens. La devise de l’U.E « in pluribus unum » n’est-elle pas l’essence de la nation corse, unité dans la diversité. Quels éléments devons nous tirer de l’oeuvre législative de Paoli ?

Une représentation populaire détentrice du pouvoir législatif, omnipotente dans tous les domaines. Un exécutif nommé par la représentation populaire chargé d’appliquer les politiques définies par la majorité. Un contrôle de légalité exercé par une cour de justice indépendante, chargée du contrôle des finances publiques mais également de dire le droit dans tous les domaines. Une constitution réduite à l’essentiel, modifiable par la Cunsulta qui soit un code de bon fonctionnement des institutions et non un carcan réglementaire.

L’application large du principe de subsidiarité pour rapprocher le décideur du citoyen, pour responsabiliser politiques et citoyens dans leurs droits et devoirs respectifs, l’état n’étant là que pour insuffler des politiques et exercer ses compétences régaliennes, justice, éducation, santé, budget et solidarité nationale, sécurité.

C’est en cela que l’oeuvre législative de Pasquale Paoli est moderne, il a su respecter les traditions et coutumes, respecter les religions et être laïc sans être athée, organiser un état efficace où les énergies ne se perdent pas dans les milles feuilles administratifs. La nation Corse de demain sera plurielle respectueuse des individus, assise sur ses acquis historiques, partie prenante de cette Europe qui sera notre tuteur dans le concert des nations.

Clément Filippi

 

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