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Articulu di u numaru 22, farraghju di u 2007


Paoli, la résistance incarnée



Dans les manuels scolaires qui ont pour vocation d’éveiller la conscience citoyenne des jeunes français, il n’y a pas de place pour l’histoire de la Corse. On y apprend seulement que la République de Gènes a cédé à la France ses droits sur la Corse. Sans plus d’explication. Ce genre de raccourci a au moins le mérite de ne pas surcharger les programmes, mais pour le reste, il résume parfaitement les malentendus qui sont à l’origine d’une situation conflictuelle qui perdure. Pire, il contribue largement à entretenir le conflit. Si les vainqueurs écrivent l’Histoire comme ils l’entendent, ils n’ont pas toujours le pouvoir de l’arrêter où ils voudraient qu’elle s’arrêtât.

Ainsi plus personne n’ose sérieusement prétendre aujourd’hui que le sort de la Corse française fut scellé définitivement à Versailles le 15 mai 1768. Tant il est vrai que l’Histoire n’a de sens que si les luttes présentes lui en accordent. Et pour nombre de corses, pour les forces vives, pour la jeunesse de ce pays, ce ne sont, ni le traité de Versailles, ni la Révolution française, ni le serment de Bastia et encore moins le vote référendaire sur les institutions, qui ont mis un terme à leur aventure collective. Celle ci continue, avec ses doutes, ses drames, ses espérances, mais toujours habitée par une force imperceptible qui vient certainement du fond des âges et qui a le don de réveiller ceux que l’on croyait à jamais endormis. Qui parlerait de Pasquale Paoli aujourd’hui si le mouvement national n’avait su renouer avec l’esprit de lutte et dépoussiérer des concepts comme ceux de peuple et de nation, dans un monde promis à l’uniformité.


Qui parlerait encore de Paoli ?

Pas grand monde assurément. Sauf pour lui opposer la Révolution française triomphante, le mythe de la vocation française à l’universalité ou lui renouveler l’accusation de la Convention envers une Patrie qui n’était pas la sienne !

Il faut croire que c’est l’actualité qui décide de la vocation des historiens. On peut même penser que si des chercheurs aussi brillants que A.M. Graziani s’investissent avec une telle énergie dans le souvenir de Paoli, c’est par ce qu’ils sont intimement convaincus que - là - se trouve une réponse aux interrogations de notre temps. D’ailleurs l’épopée paoliste était-elle terminée ? Certainement pas. Du moins pour le mouvement national qui peut vérifier au fil des luttes, l’étonnante contemporanéité de Paoli. Deux siècles, c’est peu dans l’histoire d’un peuple, d’autant plus quand la culture de ce peuple est portée par la force de l’oralité, une oralité qui fait nécessairement de ce peuple un acteur permanent de son histoire et qui rend dérisoires les certitudes et l’arrogance du dernier énarque débarqué en Corse, persuadé d’être investi d’une mission civilisatrice. Car si on ne se décide pas au niveau de l’Etat français, à admettre, une fois pour toutes, que la question nationale corse s’inscrit dans une continuité historique, il y a peu de chance de voir s’instaurer un dialogue constructif. Si l’évocation de la figure de Paoli à l’occasion de la commémoration du 200° anniversaire de sa mort, va certainement faire l’objet d’une vaste entreprise de récupération de la part de ceux qui nient l’existence même du peuple corse, le mouvement national lui, n’aura nul besoin de solliciter des historiens en service commandé, pour réaffirmer qu’il est le seul héritier de la pensée politique de Paoli.

Une pensée qui s’articule autour du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et qui implique, aujourd’hui comme hier, des choix stratégiques prioritaires comme l’union des patriotes, la dénonciation des survivances féodales à travers le système du clan, la lutte contre l’obscurantisme qui a été l’obsession philosophique de Paoli et qui s’impose toujours avec la même acuité.


L’esprit critique, levier de l’émancipation

Dans son testament Paoli, avait souhaité que ses biens servent à la création d’une école à Merusaglia et à la réouverture de l’université de Corti. Si ce dernier voeu a été exaucé grâce à la lutte du mouvement national, il faut bien comprendre que les espaces où se transmet le savoir, sont toujours fragiles. Les oligarchies politiques et financières, s’accommodent mal de la liberté de penser. Ceci était vrai dans l’Europe des monarques, cela l’est tout autant dans la France républicaine.

Les méthodes répressives ont tout simplement évoluées avec leur temps. Mais pour l’autoritarisme des pouvoirs, la problématique première demeure, celle de la confiscation du savoir. Le mouvement de la pensée est toujours insupportable aux pouvoirs établis car il entraîne inévitablement les mouvements politiques et sociaux. C’est pour cela que l’Etat français et ses relais clanistes se sont longtemps opposés à la réouverture de l’université de Corti et s’ils ont cédé à la pression populaire, ils n’ont pas renoncé pour autant à contrarier son fonctionnement et à empêcher son développement. La toute récente actualité, où l’on a pu voir à ce propos, le ministre français de l’intérieur se parjurer, doit nous inciter à renforcer cet esprit de résistance, celui là même qui n’a cessé d’habiter Paoli, et à nous engager sur ces voies de la connaissance qui sont autant de chemins de la liberté. Car un peuple qui sait qui il est, n’acceptera jamais d’être un autre.

Dumenicu Tognotti

 

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