L’année s’y prête, ce
bicentenaire de la
mort de Paoli le
permet. Les commémorations
se succèdent et se ressemblent.
Qu’elles viennent
du courant des
nationalises, émanation des
nationaux, I Naziunali, ou
de la classe politique dite
traditionnelle, terme qui
signifie claniste, parfois
elles se mêlent.
Et, sur la forme, à juste
titre car, il faut le dire,
Paoli appartient à tous, à I
Naziunali, aux Corses, aux
non Corses, aux humanistes
et constitutionalistes
aussi.
C’est d’ailleurs là, disonsle,
sa force principale, son
universalité. Alors il est
malvenu de se plaindre, de
dénoncer même ce que
nous savons être des tentatives
de récupération
médiatique par les enfants
spirituels du Traité de
Versailles, ou plutôt des
Traités de Versailles, à
commencer par celui du 15
mai 1768. Et il faut le dire
car c’est une réalité première,
ils sont nombreux
ceux pour qui une
République peut s’arroger
des droits sur des peuples,
sur des hommes « sans
leur consentement libre et
spontané ».
Oui, ils sont nombreux,
ils ont proliféré comme le
ferait la vermine, eux les
fils du Partitu Francese,
présent en Corse bien avant
Ponte Novu, ne l’oublions
pas.
Paoli décéda en février
1807, loin de sa Patrie et,
selon toute vraisemblance,
sans progéniture, sans descendance.
È l’altri ? È noi ? Chì
simu ?
Là est le véritable sujet de
débat s’il faut en chercher
un afin de ne pas verser
dans le sacramental
consensus angélisant. Ils
étaient pourtant des mille
et des cents, même au soir
de la défaite, même après
une bataille, celle du mois
de mai 1769. Ils venaient
de toutes les classes sociales,
librement, sans aucune
contrainte, adhérant à
l’idéal de la Révolution
Nationale, ayant pris les
armes pour elle.
Ils étaient de tous les villages,
de toutes les Pieve,
de toutes nos régions, un
Peuple en mouvement, un
Peuple en lutte. Savezvous,
savons-nous que chacun
d’entre nous a eu au
moins 1 si ce n’est 2, 4 ou
8 aïeuls qui ont eu, un jour,
ce courage de quitter leur
condition humaine, leur
rang dans la société, bourgeois
ou paysans, lettrés ou
bergers, pour saisir un
fusil, un stylet, un arcusgiu,
una catana.
Ils étaient des milliers et
pourtant l’Histoire dit
qu’ils ne furent pas plus de
300 à suivre le vieux
Général de la Nation dans
son exil. Et très vite, beaucoup
rentrèrent en Corse,
beaucoup rentrèrent dans le
rang, courbant l’échine, lui
tournant le dos.
Deux siècles ont passé,
c’est vrai. Non, n’inventons
pas l’Histoire, Paoli
n’eût pas de descendance.
Mais eux, les nationaux,
eux les révoltés, eux les
miliciens, eux ont laissé, à
sa place, une nombreuse
descendance.
Là est peut-être enfin le
débat. Je ne crois pas que
nous soyons les enfants de
Paoli, cela serait un rêve et
il serait trop beau.
Je suis certain que nous
sommes nombreux, des
mille et des cents, à ne pas
être les fils des esclaves de
Versailles et de ses traités
honteux.
Je rêve que nous nous
affirmions enfin comme les
descendants des Naziunali,
des miliciens, des combattants.
Aucun d’entre vous,
aucun d’entre nous n’a le
droit de rejeter cette hérédité
qu’il porte en lui,
aucun d’entre nous n’a le
droit de nier, de renier, ses
origines.
Aucun d’entre nous n’a le
droit de refuser de prendre
les armes que nos ancêtres
nous ont laissées.
Faisons ensemble la
démonstration que nous
sommes encore véritablement
les fils de nos pères,
d’I Naziunali. Peu importe
le projet, peu importe l’indépendance
ou ses formes.
Ayons cet amour de la
Nation que le plus modeste
berger du Niolu a su avoir,
sans besoin de projet de
société en 110 propositions,
sans garanties aucunes
que celle de savoir que
c’est sa vie, toute sa vie
qu’il engage pour servir la
Patrie.
Montrons-nous dignes
enfin de ceux qui avaient
les deux pieds posés sur les
pierres du pont étroit de
Ponte Novu afin d’être certains
que nous n’avons pas
rejoint, ultime trahison, les
troupes du partitu francese,
les rangs des colonisés.
Faisons-le, et vite, et autrement,
et mieux, et plus
solidairement qu’aujourd’hui
car alors il ne
servirait à rien de parler de
cet homme qui traversa un
jour, par hasard notre
Histoire, u nostru Pasquale
di Paoli.
Carlu Pieri