J'ai pu apprécier dans les colonnes d'Arritti cet
écrit d'Elice Guerrini à propos d'un de ses amis
qu'il avait rencontré en France et qui avait compris
tout le mal qui avait été fait à notre peuple au nom
du sien. Au nom du peuple français.
Elice avait su trouver les mots et l'avait certainement
convaincu, je l'en félicite car son courage est grand
et plus grande encore notre tâche. Elice nous le dit,
il a convaincu un Français, si nous étions 260 000 de
la valeur d'Elice, ce qui est peu probable et c'est à
souhaiter, ils sont encore 60 000 000 à convaincre.
Notre force de conviction doit être à la mesure de
cette différence, notre force de conviction.
Tout comme son ami, Georges, je suis tenté de dire
" Pardon pour mon peuple " quand je lis, en contrepoint,
l'éditorial du PNC.
Je le dis à l'ensemble des prisonniers politiques et
davantage encore à la mémoire de ceux de nos frères
qui sont morts pour que vive notre Nation. Il est
indécent de crier victoire et de tresser ainsi des couronnes
de laurier à l'occupant et à sa justice d'exception,
de lui délivrer des certificats de bonne
conduite selon qu'il ait été indulgent avec untel plutôt
qu'avec tel autre. Personne n'a le droit de crier
victoire quand un seul patriote demeurera emprisonné.
S'il y a eu une victoire, et c'est le mot employé par
le PNC, c'est celle de l'Etat français depuis des semaines
et des mois à travers des condamnations incroyablement
lourdes, même à l'entendement des journalistes
français, qui ont visé des dizaines de patriotes
corses.
Contrairement à ce qui forge l'idéologie du mouvement
autonomiste, le jugement rendu à Paris constitue
la concrétisation d'une politique qui ne s'appelle
pas le dialogue mais la répression sauvage. Surtout,
oui surtout, il est illusoire, même pour le scribe de ce
parti, d'imaginer qu'il puisse y avoir un iota de différence
d'appréciation entre nous, entre militants d'un
même mouvement. Nous avons tous très bien compris
que la relaxe, mille fois légitime, d'un d'entre
nous n'était qu'un leurre destiné à mieux masquer la
férocité de l'attaque.
Nous savons tous depuis plus de deux ans qui s'est
battu pour la mise en place de la politique de
l'Unione et il a accepté d'en payer le prix, sa liberté,
alors que tous, scribe du PNC et même le principal
dirigeant de Corsica Nazione, y étaient farouchement
hostiles. Nous savons tous depuis plus de deux ans
qui a oeuvré pour ouvrir le chemin de la paix, avec
toutes les composantes du nationalisme corse, y
compris les oubliés ou les revenants. Nous savons
tous depuis plus de deux ans que l'Etat français tirera
toujours parti de nos silences coupables.
De la même façon, pardon pour ce peuple à longueur
de condamnations réitérées des actions d'un
certain mouvement présenté comme le vilain canard
du nationalisme.
Là aussi le droit à l'erreur ne doit plus exister, il n'y
a aucun antagonisme entre nationalistes sincères.
Il faut cesser ce jeu sournois qui consiste à attribuer
à des patriotes corses la responsabilité de la stratégie
de l'Etat. C'est l'Eta qui recherche car il en a besoin,
car il se sait perdu, l'isolement supposé et illusoire
du mouvement national. c'est l'Etat qui refuse le dialogue,
qui emprisonne les patriotes et qui tente de
nous diviser sur ce point du soutien ou pas à des
composantes de la lutte. S'il le fait, et il se trompe,
c'est qu'il pense qu'au sein de l'Unione, existent des
faiblesses. Faux.
C'est l'Etat qui tente de discréditer notre lutte en l'affublant
des qualificatifs les plus péjoratifs. Et il se
trompe aussi car le peuple n'est pas dupe. Le PNC
fait référence à d'autres luttes et à nos frères de lutte
irlandais, il se garde bien de dire quelle est la position
intangible du Sinn Fein face aux attaques visant
l'IRA et l'accusant de pratiques mafieuses ou autres
cambriolages. Et personne ne peut se réjouir de l'effondrement
du parti de John Hume.
Le PNC a une vision étrange de la situation au Pays
Basque et oublie l'arrestation de Arnaldo Otegi,
porte-parole interdit de Batasuna. Mais là, je comprends
mal le propos. Si demain il devait y avoir
négociations sur la base ou pas de l'arrêt de la lutte
armée, en quoi sommes-nous concernées, en quoi le
PNC peut-il se sentir concerné ?
Le PNC est une composante essentielle de l'Unione,
il sait quels sont les objectifs historiques de notre
lutte nationale. Nul n'a vocation à perdurer la guerre.
Le PNC représente l'une des deux poutres maîtresses
du nationalisme, sa branche autonomiste.
C'est ainsi que l'ensemble est en équilibre. Le PNC
doit oeuvrer, à sa place, avec ses forces, à légitimer,
au quotidien, l'esprit de résistance.
L'oeuvre de paix est notre objectif à tous et non la
propriété de quelques-uns, elle est indissociable des
avancées que nos luttes, toutes nos luttes, détermineront.
Aucune n'est en position dominante sur l'ensemble
des autres et aucune n'a vocation à l'être.
La recherche d'alliances avec d'autres formations
politiques de Corse peut demeurer un axe de travail.
Encore faut-il d'abord considérer celles qui n'ont
point les mains liées.
C'est la politique de l'Etat que de mettre en situation
de soumission absolue la représentativité politique,
nationalistes exclus bien entendu. De la réduire au
silence politique. C'est aussi une forme de répression.
Ce n'est pas le fait du hasard, c'est au contraire
l'aveu de son échec. Ce n'est qu'à ce prix qu'il tente
encore de briser notre volonté d'établir des passerelles,
à n'importe quel prix, au prix de la paix.
L'Etat ne veut pas de paix aujourd'hui en Corse, il
n'en a ni la volonté ni les moyens.
Carlu Pieri