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Articulu di u numaru 28/29, Aostu/Sittembre di u 2007


Verità è libertà pè Dumè Pasqualaggi



Mobilisation populaire et solidarité

2 mois après la chute de Dumè Pasqualaggi, du 3e étage des locaux de la PJ parisienne, dans des conditions toujours non éclaircies, malgré un enquête interne menée par la propre directrice de la DCPJ…, la solidarité envers ce prisonnier politique et sa famille ne faiblit pas. Au contraire, elle s'organise et s'amplifie. Ainsi, le 30 juillet, plus de 300 personnes ont manifesté à Corti pour apporter un soutien à Dumè.


Réunis place Paoli, les manifestants ont défilé sur le cours Paoli, jusqu'à la sous-préfecture, pour réclamer sa libération immédiate afin qu'il puisse bénéficier de soins médicaux adaptés à sa situation. En effet, après un intermède à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Dumè se trouve actuellement incarcéré à la - sinistre - prison hôpital de Fresnes dans des conditions inacceptables.

Enfermé dans une cellule " médicalisée " surveillée, il ne peut recevoir l'ensemble des soins dont il a besoin pour sa rééducation. Il est actuellement cloué sur un lit, les jambes et un bras paralysés, et commence à avoir des escarres. Il devient par conséquent impératif et urgent que Dumè soit rapidement transféré dans un centre hospitalier spécialisé digne de ce nom.

Une triste situation qui met une nouvelle fois en évidence une atteinte aux droits fondamentaux des prisonniers en matière de santé, puisque, dans le cas de Dumè, la loi Kouchner dans les prisons est purement bafouée.

Un tel cas n'est pas sans rappeler que, par le passé, certains prisonniers avaient eu à connaître les affres de la douleur en prison, comme Jean-Pierre Antonelli, qui a failli rester paralysé suite à un accident de voiture survenu quelques temps avant son incarcération, Carlu Pieri, qui ne pouvait avoir accès à des soins particuliers pour le traitement d'un oeil blessé suite à l'attentat du 1er juillet 1996, ou le regretté Michel Henry, interpellé en mars 1994 à Sperone et décédé un an après des suites d'un cancer après avoir été soigné durant plusieurs semaines à l'aide de doliprane, faute d'avoir pu voir des spécialistes plus tôt…

Dans l'affaire Pasqualaggi, la France montre une nouvelle fois son visage haineux en refusant d'appliquer des mesures élémentaires en matière de droit à la santé. Paris bafoue les droits de l'homme et se comporte comme les pires régimes totalitaires…

Afin d'éclairer de nouveau les faits et d'alerter l'opinion publique.


INTERVIEW Jean Marc RODRIGUEZ

1) Jean-Marc Rodriguez, vous êtes un des amis de Dumè Pasqualaggi, et l'un des principaux animateurs de son comité de soutien. Première question, quel est son état de santé actuel ?


Les dernières nouvelles de la santé de Dumè sont assez alarmantes ; son état nécessite des soins constants et adaptés que l'administration pénitentiaire ne peut lui prodiguer faute de personnel et de matériel. La rééducation programmée à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière, destinée à le préparer aux opérations lourdes qu'il doit subir, n'est pas assurée. Au contraire, les conditions de confinement dans une cellule « médicalisée », dans laquelle il n'a pas accès à la seule ampoule qui l'éclaire, contribuent à détériorer son état physique et moral. A ses nombreuses blessures viennent s'ajouter une fracture non réduite, des suppurations et des escarres mal soignées. Il n'a de cesse de répéter : « ils m'ont mis ici pour me laisser mourir ».


2) Au cours de la manifestation du 29 juillet dernier à Corti, vous avez déclaré qu'il ne fallait pas que Dumè devienne "un Bobby Sands corse". Qu'entendez vous par là? Ses conditions d'hospitalisation à Fresnes le mettent-il en danger ?

Bobby Sands, membre de l'IRA, emprisonné dans les geôles anglaises, avait entamé, le 1er mars 1981, une grève de la faim pour protester contre le sort réservé aux républicains irlandais ; ces derniers réclamaient le statut de prisonniers politiques. Madame Margareth Thatcher était resté muette à ces requêtes ainsi qu'à celles de nombreux organismes humanitaires internationaux et Bobby Sands est décédé après 66 jours de grève de la faim, premier martyr des dix républicains qui connurent le même sort. L'absence d'humanité du 1er ministre anglais surnommée " la dame de fer " a précipité la mort d'un homme qui luttait pour la liberté de son peuple. Je crains que l'intransigeance du gouvernement actuel qui ne réagit pas à nos sollicitations répétées ait les mêmes effets : si Dumè n'est pas transféré dans les plus brefs délais dans un hôpital digne de ce nom, je crains effectivement que sa vie soit en danger. Les trois ministres qui peuvent intervenir dans ce dossier douloureux sont trois femmes : Madame Alliot-Marie, ministre de l'intérieur, Madame Dati, ministre de la Justice et Madame Bachelot, Ministre de la santé. Comme je l'ai dit dans mon intervention, selon leurs prises de décision, nous verrons si le Président de la République française, concernant la Corse, a placé dans son jeu des dames de coeur ou des dames de fer.


3) Quelles sont les responsabilités de l'Etat français dans cette affaire, et notamment de la part de la SDAT et de la 14e section ?

Les véritables responsabilités peuvent être établies par un organisme de contrôle indépendant qui mènerait une véritable enquête, non seulement sur les conditions réelles de la défenestration mais également sur les évènements qui ont précédé et suivi ce terrible drame.

L'enquête diligentée par le Ministère de l'intérieur et effectuée par l'Inspection Générale de la Police Nationale s'oriente apparemment vers la version officielle de la tentative d'évasion.

Pour ma part, après les confidences que m'avait faites Dumè, au cours des parloirs, je continue à croire que les pratiques de la SDAT et de la 14ème section, c'est-à-dire les tortures psychologiques infligées à Dumè sont la cause essentielle de la défenestration. Ces pratiques sont connues des différents ministères de tutelle, je persiste à dire que c'est tout l'appareil d'état français qui est responsable et, cela, en plus haut lieu. Les juridictions d'exception sont la négation même d'un état démocratique.

L état français est responsable de l'absence de sécurité des détenus, de l'absence d'éthique des établissements hospitaliers et des errements de l'administration pénitentiaire qui va à l'encontre des décisions du juge d'application des peines. Ce dernier avait accordé des visites quotidiennes à la famille de Dumè.


4) Il se murmure que le juge Thiel est sensible au sort de Dumè....info ou intox ?

Monsieur Gilbert Thiel, mis en cause par le biais de mes conférences de presse, à cause des propos inadmissibles qu'il tenait durant les interrogatoires de Dumè Pasqualaggi a trouvé ce moyen pour se dédouaner quelque peu vis-à-vis de l'opinion publique; nous savons que la presse française hermétique à nos revendications laisse, par contre, ses colonnes largement ouvertes à ce genre de fonctionnaire de la raison d'état : l'article paru dans " Le Monde " est un écran de fumée destiné à masquer les responsabilités des services du Juge Thiel.


5) Dès la création du comité de soutien, la LDH a soutenu votre initiative. Avez vous également sensibilisé d'autres organismes de défense des droits de l'homme au plan européen ?

Je tiens à remercier ici, l'action d'André Pacou et de la LDH : leurs communiqués et leur présence parmi les nombreux manifestants du 29 juillet ont contribué à faire mieux connaître le côté inhumain de la situation de Dumè. La réussite de ce rassemblement de soutien a apporté du baume au coeur de Dumè et sa famille qui tiennent à remercier chaleureusement chaque participant.

Evidemment si ce traitement barbare devait perdurer, nous envisageons de contacter d'autres organismes au niveau international. La France a été souvent mise au ban de l'Europe sur ce plan-là, cela n'a en rien modifié son comportement ; sur le plan judiciaire, malheureusement, nous ne pouvons intervenir à ce niveau qu'après avoir épuisé les recours de la justice française. Nous savons que même le rapport européen de Monsieur Gil Roblès au sujet des prisons françaises n'a pas fait évoluer les conditions d'enfermement des prisonniers…A contrario, l'absence d'amnistie, en connaissant les problèmes de surpopulation carcérale, ne fait qu'ajouter à la pénibilité des conditions de détention de chaque détenu.


6) Peut-on envisager réellement une libération prochaine de Dumè ?

La famille et le comité de soutien de Dumè l'espèrent vivement. Madame Rachida Dati a fait récemment adopter une loi qui crée un poste de Contôleur Général des prisons. En cela, elle ne fait que se conformer aux directives européennes que la France a toujours refusé d'appliquer. Mais nous voulons croire que c'est un signe fort de rupture avec des pratiques contraires aux droits de l'homme ; même si je reste sceptique quant aux prérogatives réelles que peut avoir un homme mis en place par le pouvoir.

La suspension de la détention de Dumè conformément à la loi Kouchner serait un geste concret de la volonté de paix de l'état français qui appliquerait enfin ses propres lois. L'obtention du statut de prisonniers politiques et le rapprochement de tous les détenus corses, en faisant rentrer en priorité ceux qui ont été condamnés à perpétuité et ceux qui purgent de longues peines, entrent dans ce cadre-là. Aucune solution politique durable du problème corse ne peut être envisagée sans la prise en compte de ces hommes qui ont sacrifié leur liberté pour celle de leur nation.

Batti LUCCIARDI

 

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