Mobilisation populaire et solidarité
2 mois après la chute de Dumè Pasqualaggi,
du 3e étage des locaux de la PJ parisienne,
dans des conditions toujours non éclaircies,
malgré un enquête interne menée par la propre
directrice de la DCPJ…, la solidarité
envers ce prisonnier politique et sa famille ne
faiblit pas. Au contraire, elle s'organise et
s'amplifie. Ainsi, le 30 juillet, plus de 300
personnes ont manifesté à Corti pour apporter
un soutien à Dumè.
Réunis place Paoli, les manifestants ont défilé sur le
cours Paoli, jusqu'à la sous-préfecture, pour réclamer sa
libération immédiate afin qu'il puisse bénéficier de soins
médicaux adaptés à sa situation. En effet, après un
intermède à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Dumè se
trouve actuellement incarcéré à la - sinistre - prison
hôpital de Fresnes dans des conditions inacceptables.
Enfermé dans une cellule " médicalisée " surveillée, il ne
peut recevoir l'ensemble des soins dont il a besoin pour
sa rééducation. Il est actuellement cloué sur un lit, les
jambes et un bras paralysés, et commence à avoir des
escarres. Il devient par conséquent impératif et urgent
que Dumè soit rapidement transféré dans un centre hospitalier
spécialisé digne de ce nom.
Une triste situation qui met une nouvelle fois en évidence
une atteinte aux droits fondamentaux des prisonniers
en matière de santé, puisque, dans le cas de Dumè,
la loi Kouchner dans les prisons est purement bafouée.
Un tel cas n'est pas sans rappeler que, par le passé, certains
prisonniers avaient eu à connaître les affres de la
douleur en prison, comme Jean-Pierre Antonelli, qui a
failli rester paralysé suite à un accident de voiture survenu
quelques temps avant son incarcération, Carlu
Pieri, qui ne pouvait avoir accès à des soins particuliers
pour le traitement d'un oeil blessé suite à l'attentat du
1er juillet 1996, ou le regretté Michel Henry, interpellé
en mars 1994 à Sperone et décédé un an après des suites
d'un cancer après avoir été soigné durant plusieurs
semaines à l'aide de doliprane, faute d'avoir pu voir des
spécialistes plus tôt…
Dans l'affaire Pasqualaggi, la France montre une nouvelle
fois son visage haineux en refusant d'appliquer des mesures
élémentaires en matière de droit à la santé. Paris
bafoue les droits de l'homme et se comporte comme les
pires régimes totalitaires…
Afin d'éclairer de nouveau les faits et d'alerter l'opinion
publique.
INTERVIEW Jean Marc RODRIGUEZ
1) Jean-Marc Rodriguez, vous êtes un des amis de
Dumè Pasqualaggi, et l'un des principaux animateurs
de son comité de soutien. Première question, quel est
son état de santé actuel ?
Les dernières nouvelles de la santé de Dumè sont assez
alarmantes ; son état nécessite des soins constants et
adaptés que l'administration pénitentiaire ne peut lui
prodiguer faute de personnel et de matériel. La rééducation
programmée à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière, destinée
à le préparer aux opérations lourdes qu'il doit subir,
n'est pas assurée. Au contraire, les conditions de confinement
dans une cellule « médicalisée », dans laquelle il
n'a pas accès à la seule ampoule qui l'éclaire, contribuent
à détériorer son état physique et moral. A ses nombreuses
blessures viennent s'ajouter une fracture non
réduite, des suppurations et des escarres mal soignées.
Il n'a de cesse de répéter : « ils m'ont mis ici pour me
laisser mourir ».
2) Au cours de la manifestation du 29 juillet dernier à
Corti, vous avez déclaré qu'il ne fallait pas que Dumè
devienne "un Bobby Sands corse". Qu'entendez vous
par là? Ses conditions d'hospitalisation à Fresnes le
mettent-il en danger ?
Bobby Sands, membre de l'IRA, emprisonné dans les geôles
anglaises, avait entamé, le 1er mars 1981, une grève
de la faim pour protester contre le sort réservé aux républicains
irlandais ; ces derniers réclamaient le statut de
prisonniers politiques. Madame Margareth Thatcher était
resté muette à ces requêtes ainsi qu'à celles de nombreux
organismes humanitaires internationaux et Bobby
Sands est décédé après 66 jours de grève de la faim, premier
martyr des dix républicains qui connurent le même
sort. L'absence d'humanité du 1er ministre anglais surnommée " la dame de fer " a précipité la mort d'un
homme qui luttait pour la liberté de son peuple.
Je crains que l'intransigeance du gouvernement actuel
qui ne réagit pas à nos sollicitations répétées ait les
mêmes effets : si Dumè n'est pas transféré dans les plus
brefs délais dans un hôpital digne de ce nom, je crains
effectivement que sa vie soit en danger. Les trois ministres
qui peuvent intervenir dans ce dossier douloureux
sont trois femmes : Madame Alliot-Marie, ministre de l'intérieur,
Madame Dati, ministre de la Justice et Madame
Bachelot, Ministre de la santé. Comme je l'ai dit dans
mon intervention, selon leurs prises de décision, nous
verrons si le Président de la République française,
concernant la Corse, a placé dans son jeu des dames de
coeur ou des dames de fer.
3) Quelles sont les responsabilités de l'Etat français
dans cette affaire, et notamment de la part de la SDAT
et de la 14e section ?
Les véritables responsabilités peuvent être établies par
un organisme de contrôle indépendant qui mènerait une
véritable enquête, non seulement sur les conditions réelles
de la défenestration mais également sur les évènements
qui ont précédé et suivi ce terrible drame.
L'enquête diligentée par le Ministère de l'intérieur et
effectuée par l'Inspection Générale de la Police
Nationale s'oriente apparemment vers la version officielle
de la tentative d'évasion.
Pour ma part, après les confidences que m'avait faites
Dumè, au cours des parloirs, je continue à croire que les
pratiques de la SDAT et de la 14ème section, c'est-à-dire
les tortures psychologiques infligées à Dumè sont la
cause essentielle de la défenestration. Ces pratiques
sont connues des différents ministères de tutelle, je persiste
à dire que c'est tout l'appareil d'état français qui est
responsable et, cela, en plus haut lieu. Les juridictions
d'exception sont la négation même d'un état démocratique.
L état français est responsable de l'absence de sécurité
des détenus, de l'absence d'éthique des établissements
hospitaliers et des errements de l'administration pénitentiaire
qui va à l'encontre des décisions du juge d'application
des peines. Ce dernier avait accordé des visites
quotidiennes à la famille de Dumè.
4) Il se murmure que le juge Thiel est sensible au sort
de Dumè....info ou intox ?
Monsieur Gilbert Thiel, mis en cause par le biais de mes
conférences de presse, à cause des propos inadmissibles
qu'il tenait durant les interrogatoires de Dumè
Pasqualaggi a trouvé ce moyen pour se dédouaner
quelque peu vis-à-vis de l'opinion publique; nous savons
que la presse française hermétique à nos revendications
laisse, par contre, ses colonnes largement ouvertes à ce
genre de fonctionnaire de la raison d'état : l'article paru
dans " Le Monde " est un écran de fumée destiné à masquer
les responsabilités des services du Juge Thiel.
5) Dès la création du comité de soutien, la LDH a soutenu
votre initiative. Avez vous également sensibilisé
d'autres organismes de défense des droits de l'homme
au plan européen ?
Je tiens à remercier ici, l'action d'André Pacou et de la
LDH : leurs communiqués et leur présence parmi les
nombreux manifestants du 29 juillet ont contribué à
faire mieux connaître le côté inhumain de la situation de
Dumè. La réussite de ce rassemblement de soutien a
apporté du baume au coeur de Dumè et sa famille qui
tiennent à remercier chaleureusement chaque participant.
Evidemment si ce traitement barbare devait perdurer,
nous envisageons de contacter d'autres organismes au
niveau international. La France a été souvent mise au
ban de l'Europe sur ce plan-là, cela n'a en rien modifié
son comportement ; sur le plan judiciaire, malheureusement,
nous ne pouvons intervenir à ce niveau qu'après
avoir épuisé les recours de la justice française. Nous
savons que même le rapport européen de Monsieur Gil
Roblès au sujet des prisons françaises n'a pas fait évoluer
les conditions d'enfermement des prisonniers…A contrario,
l'absence d'amnistie, en connaissant les problèmes
de surpopulation carcérale, ne fait qu'ajouter à la pénibilité
des conditions de détention de chaque détenu.
6) Peut-on envisager réellement une libération
prochaine de Dumè ?
La famille et le comité de soutien de Dumè l'espèrent
vivement. Madame Rachida Dati a fait récemment adopter
une loi qui crée un poste de Contôleur Général des
prisons. En cela, elle ne fait que se conformer aux directives
européennes que la France a toujours refusé d'appliquer.
Mais nous voulons croire que c'est un signe fort
de rupture avec des pratiques contraires aux droits de
l'homme ; même si je reste sceptique quant aux prérogatives
réelles que peut avoir un homme mis en place par
le pouvoir.
La suspension de la détention de Dumè conformément à
la loi Kouchner serait un geste concret de la volonté de
paix de l'état français qui appliquerait enfin ses propres
lois. L'obtention du statut de prisonniers politiques et le
rapprochement de tous les détenus corses, en faisant
rentrer en priorité ceux qui ont été condamnés à perpétuité
et ceux qui purgent de longues peines, entrent dans
ce cadre-là. Aucune solution politique durable du problème
corse ne peut être envisagée sans la prise en
compte de ces hommes qui ont sacrifié leur liberté pour
celle de leur nation.
Batti LUCCIARDI